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Le glossaire de nanarland

Pitch, 2 en 1, Nudie, Rape and Revenge, Nanar volontaire, Kaiju Eiga, nous nous sommes rendu compte que les termes employés frisaient parfois le jargon. Pas question de déconcerter le néophyte : le nanar, comme tout objet d'étude, mérite d'avoir un vocabulaire accessible et clairement défini.
Grâce à ce lexique, vous pourrez saisir le jargon de la cinéphilie pointue et/ou décadente, mais aussi découvrir ou approfondir votre science du monde fantastique du mauvais film symathique.
Voici donc pour la première fois au monde le glossaire nanar, simple, évolutif, et richement illustré.

Le glossaire nanarland

Philippines :

République de l'Asie du Sud-Est composée d'un archipel de plus de sept mille îles. 65 millions d'habitants. Capitale : Manille. L'autre pays du nanar.





L'industrie du film.

Les Philippines comptèrent assez rapidement une industrie du cinéma très développée et dynamique, produisant malgré des moyens qui, vus d'Occident, paraîtraient ridicules, des films populaires destinés au grand public.





Le cinéma philippin commença à s'exporter dans les années 1950 : durant la décennie suivante, les réalisateurs locaux usinèrent en grand nombre des comédies plus ou moins sexy, des films d'action et d'espionnage sur le modèle des James Bond, qui remportèrent un grand succès local et circulèrent en Asie, voire pour certaines oeuvres jusqu'en Occident.



L'industrie locale s'affirma, grâce à des techniciens chevronnés, comme une productrice efficace de films de divertissement : action, fantastique, super-héros. Dans les années 1960, les stars locales comme Fernando Poe Jr ou Joseph Estrada jouissent auprès du public populaire, qui apprécie leur image de justiciers, d'un statut de demi-dieux. Estrada deviendra même en 1992 vice-président de la République, avant d'être élu président en 1998. Il sera cependant destitué trois ans plus tard pour corruption (les héros de cinéma ne sont plus ce qu'ils étaient). Le James Bond local, l'agent Tony Falcon X44, interprété par Tony Ferrer (voir la chronique de "Sabotage") électrise les foules dans une série de près de vingt films. Le pays sera même un temps au troisième rang de la production cinématographique mondiale, derrière l'Inde et les Etats-Unis, avec près de trois cent films par an.




Désireux d'exporter au maximum leur production, les réalisateurs philippins optent progressivement pour des tournages en anglais. L'un des pionniers de cette méthode est sans doute le réalisateur-producteur Bobby A. Suarez, auteur de la série des "Cleopatra Wong" ("Cleopatre la panthère du kung-fu" pour l'exploitation française) et de "Dynamite Boy", délirants pastiches de films d'espionnage, qui cartonnent à leur niveau dans le monde entier.



Eddie Romero, avec "Le Médecin dément de l'île de sang", réalise un film d'horreur "à l'occidentale" qui lance dans l'archipel la vogue du film d'épouvante sanglant. Le cinéma philippin, dynamique, possède même une "cérémonie des César" bien à lui, qui s'appelle "la cérémonie des FAMAS" (ça ne s'invente pas !).

Délocalisation des tournages et "faux films américains".

Les Philippines comptèrent dès les années 1970 parmi les chefs de file de la production et de l'exportation du nanar à destination de l'Occident, bénéficiant de l'apport technique du cinéma hongkongais (pour ce qui concernait la fourniture du matériel et les travaux de laboratoire notamment) et du soutien logistique et financier des Etats-Unis (notamment des producteurs Roger Corman, et Golan/Globus), voire de pays plus exotiques comme la Malaisie et son producteur Sunny Lim, patron de Sunny Films et bailleur de fonds de la Silver Star Films/Kinavesa.



Le marché de la série B occidentale, ressuscité par l'explosion de la vidéo, se tourna un temps, pour des raisons évidentes de coût de production, vers cet archipel qui avait l'insigne avantage de posséder au niveau local, un cinéma très actif (et les techniciens qui vont avec), développé depuis la fin des années 40, en grande partie pour des raisons politiques. Dans les années 80, certaines sociétés de productions prospérèrent avant que l'engorgement du marché de la vidéo due à la surproduction de bousasses tendance Sous-Chuck Norris et surtout la demande des diffuseurs télé pour des produits plus présentables, plus ricains et moins "bizarres" que "Slash le Découpeur" ou "Commando Massacre", ne viennent ruiner la bonne santé du nanar philippin.



Kinavesa, alias Silver Star Films du nom d'une décoration américaine des anciens du Vietnam (ça en dit long !), reste la société de production nanarde des Philippines la plus connue dans la nanarosphère. Citons encore RoMar pictures, le label de l'acteur Ron Marchini, qui démarra depuis les Philippines, et ajoutons que de nombreux cinéastes bis européens vinrent y tourner des films d'exploitation à peu de frais (Ruggero Deodato, Antonio Margheriti, Bruno Mattei, Umberto Lenzi...). Il reste de cette période des centaines de milliers de VHS aux visuels provocants et bien souvent truqués (l'américanisation du produit est passée par là), à la distribution hésitante, aux accroches racoleuses, aux résumés immodestes et faux, attendant patiemment d'être tirées des Cash Converters.



L'émergence des Philippines comme nouveau centre de la série Z et du nanar, tout comme celle de Hong Kong auparavant, contribua à la déconfiture d'un Bis européen déjà bien mal en point. Aussi, il n'est guère étonnant de retrouver au générique de ces films quelques acteurs caucasiens qui, réduits au chômage sur le vieux continent, se sont laissés tenter par le mirage Philippin. On citera volontiers Richard Harrison (un Américain autrefois actif en Italie), sans doute le plus emblématique, mais également d'autres exilés du bis européen, Mike Monty et Gordon Mitchell en tête, ou bien encore des comédiens d'Hollywood en pleine panade, tels Max Thayer, Linda Blair, le tout mou Christopher Mitchum, le débutant Robert Patrick et même cette vieille gouape de David Carradine. L'essor du nanar philippin permit, au surplus, de mettre en lumière quelques tronches d'origines indigènes ou incertaines mais néanmoins inoubliables, comme Romano Kristoff , Mike Cohen, Jim Gaines, Bruce Baron, le nain boxeur Weng Weng ou Nick Nicholson. Les réalisateurs, généralement transfuges de la cinématographie locale, se nomment quant à eux Teddy Page, Jett C Espiritu, César Gallardo et son fils Jun Gallardo (alias John Gale), Charlie Ordonez, Bobby Suarez, Nick Cacas, Eddie Nicart, Danilo "Jun" Cabreira (alias J C Miller), sans oublier bien sûr, le plus célèbre en Occident car tourné avant tout vers l'exportation : Cirio H. Santiago, grand faiseur de post-apocalyptique fauché, accointé avec Roger Corman, l'un des papes du bis américain.



Dans la pure tradition du bis et du Z, le film d'exploitation philippin s'est spécialisé en "sous" voire en "sous-sous", se contentant de décliner les thèmes et les scénarii à la mode en versions tâcheronées, avec une nette appétence pour les films où tout le monde tire dans la gueule des figurants mal habillés du début à la fin.
La jungle omniprésente s'avère commode pour tourner en décors naturels des sous-Indiana Jones, sous-Predator et tout autre film de baroudeur exotique, avec une assez grande préférence pour les sous-Portés disparus / sous-Rambo 2 où il est question d'envoyer une mission commando récupérer un ricain prisonnier des viets' philippins dans une cage en bambou. Ex : "Ultime Mission", "Opération Cambodge", "Vengeance Squad". Les autres grands thèmes porteurs du cinéma de genre sont ainsi passés au grill : l'actioner burné, tendance "seul contre les méchants" ("Laser Force"), le film de terroriste ("Top mission"), le film d'autodéfense ("Eliminator") et bien sûr le post-apocalyptique ("Apocalypse Warriors (Equalizer 2000)", "Les Roues de Feu"), voire tout en même temps ("Les Nouveaux Conquérants").



Dans les années 1990-2000, les infrastructures et les conditions de production des Philippines continuent d'attirer des équipes étrangères, mais les années fastes sont passées et le cinéma philippin se recentre sur le marché local et asiatique. La production déclinera dangereusement, victime de la vidéo et du changement des circuits de distribution, pour tomber à trente films tournés en 2006. Le cinéma philippin continue cependant de se risquer au film de super-héros ou d'heroic-fantasy, dans des "superproductions" locales au résultat souvent désopilant.






Un article inestimable de notre confrère australien Andrew Leavold sur le cinéma bis philippin de ces 40 dernières années : VO et VF.
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