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Le glossaire de nanarland

Pitch, 2 en 1, Nudie, Rape and Revenge, Nanar volontaire, Kaiju Eiga, nous nous sommes rendu compte que les termes employés frisaient parfois le jargon. Pas question de déconcerter le néophyte : le nanar, comme tout objet d'étude, mérite d'avoir un vocabulaire accessible et clairement défini.
Grâce à ce lexique, vous pourrez saisir le jargon de la cinéphilie pointue et/ou décadente, mais aussi découvrir ou approfondir votre science du monde fantastique du mauvais film symathique.
Voici donc pour la première fois au monde le glossaire nanar, simple, évolutif, et richement illustré.

Le glossaire nanarland

Or (suffixe nanar) :

« Yor, X-or, Ator, Kalidor, Musclor, Predator, Thor, Alligator, Exterminator, Michèle Torr (euh, non !) Turbo Interceptor, Ninja Terminator... Ce n'est pas aux habitués de Nanarland que j'apprendrai que tout ce qui se termine par "or" vaut souvent son pesant d'or. »
Cette citation du Rôdeur, tirée de sa chronique de Eliminator, nous rappelle avec un brillant sens de l'à-propos que la terminaison "or" constitue un cas intéressant de suffixe nanar dans la grammaire des producteurs et distributeurs de films d'exploitation.

Dans de nombreux cas, ce suffixe est tout bêtement l'équivalent anglais de notre suffixe français "eur" qui n'a pas été traduit, sans doute parce qu'en anglais il dégage une sonorité plus tapageuse et froidement définitive. C'est par exemple le cas de films à succès comme Terminator, Predator ou Reanimator (qui, après tout, auraient très bien pu être titrés par chez nous Terminateur, Prédateur et Ré-animateur).

Un exemple honteux de jaquette démarquant Ré-animator, tant au niveau du titre que du visuel.

Phénomène prépondérant dans les années 80, on distinguera d'abord les films se contentant de jouer la carte de la surenchère décomplexée dans le titre qui tue, comme Annihilator, Commando Destructor, Detonator, The Devastator, Eliminator, Exterminator 1 & 2, Mad Mutilator, Réincarnator, SFX Retaliator (un ersatz philippin de "F/X, effets de choc" sorti un an plus tôt), Trepanator, Vendicator, Vindicator et tant d'autres encore.





Pour certains de ces exemples, il s'agit du titre original anglais conservé en l'état, pour d'autres, d'une pure invention des distributeurs français et autres éditeurs vidéo adeptes du retitrage sauvage pour allécher le chaland. Puisqu'une fois dépassé les bornes il n'y a plus de limites, l'imagination des distributeurs et éditeurs est parfois allée racler très profond dans les creusets de l'inspiration mercatique. Parmi nos chouchous, on applaudit bien fort l'impétueux Réactor, on vibre aux exploits de Revendicator et on se bidonne toujours autant devant la jaquette de... Formator !

A quand "Satanic Tractor" ou "Cosmo-Matador" ?


Derrière cette jaquette se dissimule en fait Les Défenseurs de l’espace.

Une autre pratique, le crossover, consiste à mixer deux titres de films qui dépotent et obtenir ainsi gratis un titre puissamment évocateur auprès du grand public. Tenez, prenez par exemple Alien et Terminator et vous obtenez :

Alienator ! Histoire d'être sûrs que tout le monde ait bien compris, ils sont quand même allés jusqu'à sous-titrer ça "The Ultimate Terminator"...

Remarquez, il y en a qui se sont encore moins embêtés...

Un sous-Alien torché en 1995 par Dave Payne.

La jaquette britannique de Top Line, un sous-Terminator italien de 1988 signé Nello Rossati avec en vedette Franco Nero.

Autre exemple, prenez la première syllabe de Robocop, la dernière de Terminator et vous obtenez :

R.O.T.O.R. : Robotic Officer Tactical Operation Research. Ben voyons...

Toujours plus loin, toujours plus fort, mélangez Terminator et Crocodile Dundee et ça donne :

Terminator Dundee... ils ont osé !

Certains se sont encore moins foulés, comme les auteurs d'un certain Predator Man. D'autres encore ont poussé la technique du crossover jusqu'au grand n'importe quoi, vendant leur camelote sous des titres aussi ronflants que Ninja Exterminator, Ninja Terminator, Project Eliminator, Exterminator Final ou Top Mission Exterminator.

Une repompe indonésienne de Terminator, également connue sous le titre Nasty Hunter.






Il y a, enfin, les pures inventions, qui se concentrent essentiellement dans le domaine de l'heroic fantasy, les mères de barbares semblant elles aussi étrangement séduites par le suffixe aurifère. On citera, parmi les films figurant sur Nanarland, des titres tels que le sous-Conan italien Ator et ses deux suites, le réjouissant Yor à moumoute blonde immortalisé par Reb Brown, Gor et sa suite Les Bannis de Gor, produits par la Cannon, Kor le conquérant dans "Le Crépuscule des Magiciens", ou encore Kalidor.




Bien sûr, les noms des personnages de films et séries n'échappent pas à la règle, quitte à être rebaptisés en version française (on citera le cas de Darth Vader devenu Dark Vador dans la VF de La Guerre des étoiles). Les ex-rejetons de la génération gloubiboulga-Club Dorothée se souviennent sans doute des X-Or, Albator, Patlabor, le compagnon d'Actarus nommé Alcor dans Goldorak ou encore de la série San Ku Kai, où l'on pouvait entendre des répliques aussi savoureuses que "Je m'appelle Volcor, j'ai été envoyé par Coménor à bord du Cosmosaur !".



Volcor, envoyé par Coménor à bord du Cosmosaur...

Ainsi, dans le nanar, les héros n'ont pas le monopole du bon goût patronymique : les méchants aiment eux aussi parer leur nom de cet élégant suffixe. On se souvient ainsi de Proxor, cruel dictateur post-apocalyptique dans Le Chevalier du monde perdu, l'apprenti maître du monde Exxor ennemi des Biokid's, ou bien l'infâme Yor (encore !) campé par Gordon Mitchell dans Rush.

Exxor, ennemi cabotin des Biokid's.

Dans Les Maîtres de l'univers, le gentil Musclor (Dolph Lundgren) affronte le vil Skeletor.

L'industrie du cinéma n'ayant pas l'apanage du bon goût, nous serions tentés d'évoquer encore l'univers des jeux vidéo (inoubliable Probotector sur console Nintendo 8 bits... on se souvient aussi avec tendresse de Télévisator 2, la première émission de jeux vidéo à la télé), celui de la musique (ah, le death metal pêchu des Tchèques de Krabathor, tout un poème ! Et ces cassettes de Kreator qu'on écoutait au volant de sa Super 5...) ou même celui de la cuisine (qui aime les côtes de porc ?). Ce serait malheureusement déborder du cadre de ce site...
Allez, encore quelques jaquettes en vrac mettant à l'honneur le précieux suffixe, évocateur de puissance, de high tech et de futur où ça va barder :










Il aura fallu attendre la catastrophique adaptation de 2001 pour s'autoriser à classer Belphégor parmi les nanars en "or"...


Une dernière pour la route : cette pimpante jaquette alternative des Défenseurs de l’espace, tout simplement retitrée Robotor.
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