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Le glossaire de nanarland

Pitch, 2 en 1, Nudie, Rape and Revenge, Nanar volontaire, Kaiju Eiga, nous nous sommes rendu compte que les termes employés frisaient parfois le jargon. Pas question de déconcerter le néophyte : le nanar, comme tout objet d'étude, mérite d'avoir un vocabulaire accessible et clairement défini.
Grâce à ce lexique, vous pourrez saisir le jargon de la cinéphilie pointue et/ou décadente, mais aussi découvrir ou approfondir votre science du monde fantastique du mauvais film symathique.
Voici donc pour la première fois au monde le glossaire nanar, simple, évolutif, et richement illustré.

Le glossaire nanarland

Deux en Un (2 en 1) :

Procedé consistant à sortir un long métrage composé de rushes issus de différents films (allant de deux à l'infini), qui sont ensuite assemblés via le montage, avec différentes astuces - par exemple un nouveau doublage de l'ensemble - pour assurer un minimum de cohérence. Cette méthode, qui pousse à l'extrême la technique de l'insert, a été très prisée à Hong Kong dans les années 1980; les chinois sont cependant loin d'être les seuls à l'avoir employée. Le procédé le plus courant consiste à faire correspondre les deux (ou plusieurs) histoires via deux protagonistes des films différents "rapprochés" par un champ/contre-champ...


Stuart Smith discutant avec un gars d'un autre rush dans "The Ultimate Ninja".


...ou via un scène dite de téléphone.


Salut, ça va ? Quel temps il fait dans ton rush de film ?


Mais une autre astuce très prisée et complémentaire est la technique dite du "scénario incompréhensible", qui consiste à se foutre royalement des incohérences et à balancer un film au récit indéchiffrable, puisque constitué de deux histoires complètement différentes qu'on essaie de faire passer pour un seul et même film.

Plusieurs degrés de ce que nous appellerons aimablement le foutage de gueule peuvent se constater dans les films asiatiques de ce genre : certains -très peu- poussent l'habileté et la "conscience professionnelle" jusqu'à engager un ou deux acteurs du film original pour tourner quelques scènes de raccord ("Clash of the Ninjas"), d'autres sont nettement plus grossiers dans leur façon de faire mais se tiennent encore vaguement, bien que la méthode commence franchement à se voir ("Ninja Terminator"), certains se livrent à des acrobaties de scénario invraisemblables pour faire tenir ensemble les deux histoires ("Flic ou Ninja"), d'autres font n'importe quoi sans aucun complexe ("Les Guerriers de feu"), jusqu'à ne quasiment plus faire aucun effort pour donner le change au gogo, avec tout juste une scène de téléphone sans queue ni tête ("Kickboxers King").


Le Saint Patron de ces pratiques demeure sans aucun doute Godfrey "I never edited footages in my movies" Ho qui réussit pour le compte de la firme IFD, avec quelques rushes de ninjas occidentaux et des chutes de pellicules de films asiatiques (chinois, coréens, thaïlandais, philippins...) partis aux oubliettes, à sortir plus de films de ninja-ploitation que les nanardeurs du monde entier réunis n'ont de doigts pour les compter. Le record de la discipline n'est toutefois pas détenu par un film de ninja de Godfrey Ho mais par un dessin animé distribué par IFD : "Space Thunder Kids" est constitué de morceaux de pas moins de huit films d'animation coréens différents, assemblés pour en faire un neuvième. A ce niveau, l'arnaque devient un art. Voir à ce sujet : " Ninja Fury ", " Ninja Connection ", " Crocodile Fury ", "Ninja : American Warrior", " Robo Vampire ", "Bad Ninjas", "Ninja Invasion", "Black Ninja", etc.


Le but de la manoeuvre peut être d'obtenir plusieurs films pour le prix d'un, mais parfois également de rafraîchir un produit jugé hors d'âge ou trop exotique et de le rendre vendable sur les marchés internationaux. On citera l'exemple de "Savage island" : prenons d'abord un film de prison de femmes hispano-italien tourné en 1980, "Orinoco, paraiso del sexo". Rajoutons-y deux-trois scènes avec Linda Blair. Mixons le tout avec une intrigue secondaire qui justifie la présence de Linda (censée raconter en flash-back le reste du film) : emballez, c'est pesé, on obtient "Savage island" (1985), un film tout nouveau tout beau, américanisé et théoriquement distribuable partout dans le monde !



Eurociné pratiqua allègrement le mélange de métrages, en tournant des scènes additionnelles minables (et généralement égrillardes) pour les ajouter à un ancien film et en faire ainsi un nouveau pour quelques bouts de ficelle. Une bonne demi-heure de "La Griffe du coyote" (un vieux western-paella et sous-Zorro réalisé dans les années 1960 par Mario Caiano) est ainsi insérée dix ans plus tard, avec un nouveau doublage, au milieu de nouvelles scènes plus ou moins dénudées et péniblement humoristiques tournées par le ringard Pierre Chevalier, pour donner l'insondable "Les Filles du Golden Saloon".


Quant à La Pension des Surdoués, 40% du métrage de cette accablante "comédie" est composé de scènes tirées d'"Hommes de joie pour femmes vicieuses", un porno soft réalisé plusieurs années auparavant. On tente de lier le tout avec le même acteur principal, Daniel Darnault, qui perd et regagne des cheveux d'un plan sur l'autre.

Voir également : Filmark, stock-shot, insert, caviarder
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