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Interview de Bruce Baron (page 4)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Bruce Baron (page 4)


Dans deux productions différentes, il semble que vos connaissances du français vous aient été utiles: vous interprétez un ambassadeur français dans « Shangaï Fung Wung » (imaginez notre joie d'apprendre ça) et avez coproduit au moins un épisode de la série érotique « Joy », avec Zara Whites. Pouvez vous nous en dire plus sur ces productions ? Avez-vous aussi joué un rôle dans « Joy » ?

Désolé, pour mon rôle d'ambassadeur français dans le film « Shangaï Fung Wung », je disais mon texte en chinois, sans son direct sur le plateau. Pour « Joy à Hong Kong », j'étais assistant de production et réalisateur de seconde équipe [ils m'ont laissé tourner les scènes de combat]. En gros, je ne faisais que traduire du français au chinois et inversement à l'intention de l'équipe et des acteurs. Il s'agissait d'une équipe majoritairement française venue tourner un film érotique à Macao. L'essentiel du casting venait lui aussi de l'étranger. A aucun moment je n'apparais devant la caméra. [NDLR : depuis cette interview, nous avons pu vérifier que Bruce Baron, contrairement à ses dires, tient bel et bien dans ce film un petit rôle de photographe de mode, dans lequel il cabotine sans vergogne. Précisons qu'il garde ses vêtements]

Dans la notice biographique que vous avez rédigée à votre sujet sur l'IMDB, vous concluez par ces mots pour le moins ironiques : « Se retire [par manque de succès] du cinéma au jeune âge de 40 ans [avant qu'il ne soit trop tard], trouve un vrai métier et se fait un peu d'argent ». Où vivez-vous désormais, et quelles sont vos activités professionnelles ? Etes-vous resté en Asie ou rentré en Amérique ?

Je me suis lancé dans les affaires à Hong Kong, au début des années 90, et dirige depuis une petite société qui traite à travers toute l'Asie. Je vis essentiellement dans la grande île de Hawaï, mais j'ai gardé un petit appartement à Hong Kong, où je retourne 3, 4 fois dans l'année pour affaires ? affaires qui n'ont rien à voir avec l'industrie du cinéma.

Beaucoup de légendes absurdes ont circulé sur Internet sur votre compte, notamment l'annonce de votre décès en Suède en 1986 à la suite d'une overdose de produits amincissants ! Comment expliquez-vous pareilles rumeurs ?

Je n'ai pas la moindre idée de qui a pu lancer une telle rumeur. Godfrey Ho peut-être, dans le but de doper ses ventes [?] J'ai le sentiment que celui qui dans l'univers des sites sur les ninjas se fait appeler «Garaijan» [NdlR : webmaster du défunt site "Fist of wine" sur géocities, grand spécialiste de IFD et auteur d'une sensationnelle interview de Godfrey Ho] pourrait être le responsable, et j'irai même jusqu'à suspecter ce Garaijan de n'être qu'un des nombreux pseudonymes de Godfrey Ho [phonétiquement, « Garaijan » correspond approximativement à un mot chinois qui signifie « fausse personne »]. La première fois que je suis tombé sur ces allégations, j'ai trouvé ça plutôt amusant [et j'ai eu l'occasion de reprendre la célèbre citation de Mark Twain « les rumeurs concernant ma mort sont exagérées et prématurées »] mais hélas, au fur et à mesure que cette rumeur se répandait sur toujours plus de ces sites Ninja ridicules, c'est devenu un peu ennuyeux, le fait de me présenter comme étant mort d'une overdose de drogues, de diurétiques et tout ça n'étant pas le moins gênant. Le fait est que je n'ai jamais formellement étudié les arts martiaux et que je n'ai jamais participé à aucun tournoi d'art martial d'aucun genre. Bien que je sois allé en Suède, je peux vous assurer que je n'y suis pas mort, et que je n'y ai pas plus concouru dans un tournoi d'arts martiaux. J'étais bien sûr en bonne condition physique, et dégrossi sur le plan martial par les quelques semaines de préparation au tournage de «Dragon Force», et occasionnellement par celles de films ultérieurs, mais pour moi il s'agissait surtout de chorégraphies.

Avec le recul, quels sont vos meilleurs souvenirs de votre carrière cinématographique et les moments dont vous êtes le plus fier ? Quels genres de films aimez-vous ? Aviez-vous des acteurs de référence quand vous avez débuté ?

J'ai bien peur qu'il n'y ait aucun des films auxquels j'ai participé dont je sois vraiment fier, même si certains sont indiscutablement moins embarrassants que d'autres et bien qu'il y en ait beaucoup que je n'ai pas vu. Je pense que la seule chose dont je puisse être fier, c'est d'avoir survécu à cette période de ma vie en restant à peu près intact, et avoir trouvé les ressources pour passer à autre chose, sans séquelles graves sur le plan physique ou moral. J'ai aussi traversé cette période sans jamais vraiment me faire d'illusions. J'avais conscience d'être paresseux et de poursuivre un rêve irréalisable, c'est quelque chose que je n'ai jamais perdu de vue, je me suis laissé porter. Hé ! Je me disais qu'aussi longtemps qu'il y avait des gens assez bêtes pour continuer à faire appel à moi et à me proposer des rôles en y mettant le prix, j'avais envie de poursuivre mon petit bonhomme de chemin, comme ça ; mais je n'ai jamais vraiment crû, après « Dragon Force », avoir la moindre chance que tout ça mène quelque part. C'était juste une solution de facilité.



Avec le recul, j'aime [à présent] « Dragon Force » pour sa ringardise purement idiote. ?'Kill Bill 2'' m'a ouvert les yeux et m'a aidé à dépasser ma déception initiale. En fait je le trouve chouette et amusant à regarder aujourd'hui, alors qu'à l'époque de sa sortie j'avais vraiment été très déçu. Les plus sympas à faire étaient probablement ces films stupides pour Kinavesa, à cause de l'esprit de camaraderie qui régnait sur le plateau [on se faisait tous baiser, et on pouvait pas y faire grand-chose à part encaisser en serrant les dents, et voir lequel d'entre nous pourrait se taper le plus d'« actrices », ou boire le plus de bière et être debout malgré tout le lendemain matin]. Même si à l'époque c'était frustrant de tourner de telles merdes, en ayant conscience que c'était de la merde, et de ne rien pouvoir y faire.



J'apprécie plein de genres de films différents. Mes réalisateurs préférés sont probablement Tarantino et Kurosawa. Mes films préférés, si je devais choisir, seraient probablement « Pulp Fiction » et « Dersou Ouzala ».



La première fois que j'ai travaillé avec des acteurs qui avaient le statut d'acteurs « modèles », c'était probablement sur « Nom de Code : Oies Sauvages » [Borgnine, à l'opposé de Kinski], et c'était déjà vers le milieu de ma « carrière ».



Plutôt triste, pas vrai ? Un récit consternant doublé d'une bonne mise en garde. Aussi, pour tous les gamins qui rêvent de devenir une star, voici mon conseil : [si vous le devez,] mettez-vous y sérieusement quand vous êtes ado, allez dans une bonne école d'art dramatique, décrochez un diplôme universitaire, et si vous ne gagnez toujours pas confortablement votre vie le jour de vos 30 ans, TROUVEZ AUTRE CHOSE A FAIRE.


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