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Interview de Christopher Mitchum

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Christopher Mitchum


Christopher "Chris" Mitchum souffre d'une lourde hérédité : porteur d'un nom de famille écrasant, le fils de Robert Mitchum a subi en outre moult quolibets pour s'être commis dans un certain nombre de nanars insondables. Il a bien voulu revenir pour nous sur une carrière qui avait pourtant bien démarré, avant de prendre sérieusement du plomb dans l'aile. La faute à pas de chance, mais sans doute aussi à un patronyme qui ne pouvait manquer d'attirer la comparaison.

Interview menée par John Nada


Merci de nous faire l'honneur de répondre à nos questions. Pour commencer, pouvez-vous nous dire ce qui vous a motivé, votre frère James et vous, pour suivre la profession de votre père ? Avez-vous été encouragé à le faire ou était-ce un choix délibéré ?


Robert Mitchum avec les petits James et Christopher.



Je ne peux pas répondre à la place de mon frère. Je sais qu'il a commencé à l'âge de seize ans, parce qu'Elvis Presley n'était pas disponible pour tenir le rôle du frère de mon père dans le film « Thunder Road ». Pour ma part, je ne désirais en rien entrer dans l'industrie du cinéma. Je suis allé à la fac, d'abord à l'Université de Pennsylvanie, puis à l'Université d'Arizona. Je suis diplômé en littérature anglaise ; je voulais écrire et enseigner. Mais la vie a voulu qu'au moment de ma sortie de la fac, j'aie été déjà marié et père de deux enfants. J'avais donc besoin de travailler. Quand j'étais en Arizona, je travaillais souvent à Old Tucson [studio de tournage spécialisé dans les décors de western, NDLR] comme figurant pour le cinéma et la télévision (13,80$ par jour, plus le déjeuner !). Sam Maners, le directeur de production de la série télé « Dundee and the Culhane », avec John Mills, m'a dit qu'il me procurerait un rôle si jamais je venais à Los Angeles. Nous avons emménagé à Los Angeles et, comme j'avais besoin de boulot, je suis allé voir Sam. J'ai décroché un rôle dans la série, payé 150$ par jour. J'étais ravi, jusqu'à ce que je voie le scénario. Je devais mourir pendant le pré-générique, et en hors-champ ! Je jouais le rôle d'un mort. Mais finalement, j'ai bossé pendant deux jours au lieu d'un. 300 $ représentaient une belle somme en 1967. Après ça, je me suis retrouvé à tenir un autre rôle dans « The Danny Thomas Hour », une série de dramatiques télévisées. Sammy Davis Jr tenait le rôle principal. C'était une histoire située pendant la Seconde Guerre Mondiale ; je jouais le rôle d'un GI, dans les baraquements, et j'avais deux répliques à échanger avec Bo Hopkins. Je me tenais toujours à l'horizontale, mais ce coup-ci j'étais vivant, et ça ne pouvait donc aller que mieux !



Je n'ai plus eu de rôles dans les deux ans qui ont suivi, donc j'ai fait pas mal d'autres choses. En 1969, j'ai décroché un boulot dans un studio comme grouillot ; je faisais surtout un travail de coursier. J'ai travaillé sur la production de pas mal de films, comme premier ou deuxième assistant réalisateur, producteur associé, assistant de production, etc. On a commencé à me proposer de rebosser comme acteur. Ca payait davantage. Mais ce n'est que quand j'ai travaillé avec Howard Hawks que j'ai commencé à vraiment aimer le métier d'acteur. Donc, jouer la comédie n'était pas ma vocation initiale. Je n'ai jamais reçu d'encouragements. En fait, ce n'est que vers 1973 que mon père a reconnu que j'étais bel et bien comédien.

Dans votre enfance, est-ce que vous avez accompagné votre père sur les tournages et grandi dans l'univers du show-biz, ou bien votre père vous « protégeait »-il ?

Oui et non. Je me souviens, dans mon enfance, d'être allé à la RKO et d'avoir joué dans la salle du matériel avec des King Kongs miniatures et des vaisseaux de guerre télécommandés, pendant que mon père « travaillait ». Je n'avais aucune idée de l'endroit où je me trouvais. En fait, je pense que je n'ai pas réalisé avant l'âge de douze ans que mon père était acteur. Donc, oui, je suis allé dans les studios et en été, je l'ai accompagné en Grèce ou en France sur des tournages. Mais pour lui, c'était un boulot. Quand le boulot était terminé, on rentrait à la maison. Donc, non, je n'ai pas grandi dans le « milieu ».

Pouvez-vous nous parler de vos premières expériences au cinéma, comme dans Rio Lobo ? Être le fils de Robert Mitchum vous a-t-il aidé ? Etait-ce un avantage social et professionnel, ou bien étiez-vous considéré comme un pistonné ?

Dans mon enfance, être « le fils de Robert Mitchum », c'était une plaie. A l'école primaire, les grands venaient me passer à tabac. Dans ma jeunesse, je ne pouvais jamais savoir si les gens m'appréciaient uniquement parce que j'étais le fils de mon père. Quand j'ai commencé à travailler dans le cinéma, le directeur de casting Ed Foley m'a dit qu'il ne m'embaucherait jamais parce qu'il était contre le « népotisme ». Quand on m'a envoyé sur la côte Est faire un bout d'essai pour « Le Souffle de la guerre » [mini-série télévisée, gros succès de 1983, avec Robert Mitchum et Ali McGraw, NDLR], le réalisateur Dan Curtis s'est assuré que je venais maquillé. Je suis arrivé au studio, et on m'a dit que je ne devais pas porter de maquillage, parce qu'ils voulaient voir à quoi je ressemblais vraiment. Alors que j'allais sur le plateau, j'ai aperçu Jan-Michael Vincent, un ami de Dan, qui en sortait tout maquillé. C'est lui qui a décroché le rôle [celui du fils du personnage joué par Robert Mitchum dans la série, NDLR]. Le fait que mon père tienne la vedette de la série ne m'a pas aidé. Il ne m'a jamais « pistonné », et je pense que tout le monde sait ça dans le métier. Et pourtant, bien qu'ayant trente ans de carrière derrière moi et que mon père soit mort depuis plus de dix ans, on parle toujours de moi comme « le fils de Robert Mitchum ». Sur les plateaux, on m'a toujours considéré comme une personne à part entière.



Sur Rio Lobo ? Jouer avec John Wayne, être dirigé par Howard Hawks, dans les dernières années de l'ère des grands studios... A votre avis, comment j'ai pu vivre ça ?


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