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Interview de Christopher Mitchum (page 2)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Christopher Mitchum (page 2)


Au début des années 1970, vous êtes allé travailler en Europe (Italie, Espagne, France...) et avez joué dans de nombreuses séries B, réalisées par des cinéastes comme Tulio Demichelli ou Aldo Sambrell. Qu'est-ce qui a motivé ce changement dans votre carrière ? Etiez-vous conscient que cela pouvait avoir un impact négatif sur votre image ?

Bien sûr que ça a eu un impact négatif sur mon image. Après avoir tourné « Big Jake » avec John Wayne, j'ai remporté pas mal de prix : celui du meilleur espoir, la médaille d'or Photoplay du meilleur nouveau venu, etc. Alors que je faisais la promo de « Big Jake », on m'a proposé de tourner un film en Espagne avec Olivia Hussey, Karl Malden et une super distribution internationale. J'étais la vedette, donc j'ai accepté. Quand je suis revenu, je n'ai pas eu d'audition pendant onze mois. Finalement, j'ai décroché une audition pour « Steelyard Blues ». Le directeur de casting m'a regardé et il m'a dit : « Oh, vous êtes le fameux Chris Mitchum. Désolé, je ne peux pas vous recevoir ».

« Pourquoi ? »

« Parce que vous avez joué avec John Wayne ».

Duke [surnom de John Wayne, NDLR] était alors très actif dans son soutien à nos troupes au Vietnam. A Hollywood, on considérait qu'il « soutenait la guerre », ce qui n'était pas le cas. Qu'importe, quiconque avait joué avec lui se faisait blacklister. « Ils » ne voulaient pas risquer d'avoir une autre vedette qui aurait tenu un discours politique dissonant. Donc, j'étais grillé dans certains cercles. On m'a proposé un autre boulot en Espagne : quand je suis allé là-bas, mon premier film, « Meurtres au soleil », avait marché du tonnerre. Il a joué pendant un an au cinéma Gran Via. J'étais une grosse vedette là-bas et dès que je suis revenu, on m'a proposé un autre film. J'avais une famille à nourrir, c'était en Europe qu'il y avait du boulot ; donc, bien sûr, je suis allé en Espagne. Evidemment, une fois que vous devenez un « acteur qui tourne à l'étranger », vous devenez un acteur de « série B » et vous sortez du circuit.

Comment vous êtes-vous retrouvé à tourner aux Philippines et en Indonésie ? Quelles étaient les conditions de tournage là-bas ? Avez-vous, par exemple, des souvenirs précis du producteur Bobby A. Suarez (patron de BAS Films, pour qui vous avez fait « Master Samourai » en 1974), des réalisateurs Cesar Gallardo et son fils Jun, ou des anecdotes sur le film « SFX Retaliator » (1987) avec Linda Blair et Gordon Mitchell ?

Quand [le général] Franco était vivant, l'Espagne avait une super industrie du cinéma, avec de nombreux débouchés internationaux. Dès qu'il est mort, à peu près un mois après mon retour aux USA, l'industrie du cinéma espagnol s'est cassée la figure. Ils ne voulaient plus tourner que du porno ou des films antifranquistes. Mes films espagnols et européens m'avaient valu de devenir une vedette en Asie. J'ai commencé à recevoir des offres venant de ce côté du monde. Mon premier film là-bas était « H-Bomb », tourné en Thaïlande, sur lequel j'ai retrouvé Olivia Hussey (« Meurtres au soleil », le plus gros succès du cinéma espagnol de l'époque, avait marché du tonnerre en Asie). Après que j'ai fait mon premier film en Asie, d'autres boîtes de production ont commencé à m'appeler.



Linda Blair ? Je crois que je suis amoureux d'elle. C'est une femme formidable. Gordon Mitchell ? C'est marrant, avant d'être acteur, c'était le prof de gym de mon frère. J'aimais bien Gordon, et nous sommes restés en contact jusqu'à sa mort.



Pour d'autres anecdotes... il vous faudra lire mon livre de souvenirs !

Votre frère James a aussi fait des films en Italie et aux Philippines : qui a montré la voie à l'autre (concernant le boulot à trouver dans ces pays) ?

Dans notre famille, les acteurs parcouraient des chemins comparables, mais nous avons chacun tracé notre propre voie.

Quels souvenirs gardez-vous de Jess Franco et de ses méthodes de travail ? Il semble que « Les Prédateurs de la Nuit » ait été en partie réalisé par sa femme Lina Romay. Est-ce vrai ? Avez-vous des commentaires à faire sur « Dark Mission, les Fleurs du Mal », par Franco ? Des souvenirs sur Brigitte Lahaie, Telly Savalas, Helmut Berger, Richard Harrison ?

Ah, oui. Pour ça aussi, il vous faudra attendre mon livre.


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