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Interview de Christopher Mitchum (page 3)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Christopher Mitchum (page 3)


Vous avez joué dans « L'Ange de la Mort », alias « Commando Mengele », réalisé par Andrea Bianchi. Il semble que le film ait inclus pas mal de métrage du film « El Hombre que mató a Mengele », réalisé par Jesus Franco sur le même sujet, avec aussi Howard Vernon. En avez-vous entendu parler ? Avez-vous travaillé avec Franco sur ce film ? Quelle opinion aviez-vous de la compagnie de production Eurociné et de son patron, Marius Lesoeur ?

J'ai une anecdote marrante sur ce film. Quand Daniel Lesoeur m'a appelé pour faire ce film, j'avais une hernie discale. En fait, j'ai été opéré après le tournage. J'avais mal en permanence et je pouvais à peine marcher, mais j'avais besoin de bosser, alors j'ai pris le rôle. Je suis arrivé en marchant avec ma canne (et en prenant des pilules) et j'ai rencontré Daniel. Je lui ai dit que j'imaginais mon personnage comme un vétéran du Vietnam, revenu de là-bas à demi paralysé par ses blessures, et qui du coup détestait tellement les communistes qu'il s'était mis au service de Mengele. Daniel qui, Dieu merci, ne comprenait pas grand-chose aux acteurs, a dit « très bien ». Donc, nous sommes allés voir Andrea et je lui ai raconté la même histoire. Imaginez la vedette expliquant au réalisateur comment il veut jouer son rôle, pendant que le producteur hoche la tête. Andrea a dit « Très bien ». Donc, j'ai joué avec ma canne, et j'en avais vraiment besoin. Quand nous avons tourné la première scène de baston, Andrea voulait que je fasse des high-kicks. On tournait depuis à peu près deux semaines. J'ai dit : « Andrea, mon personnage est handicapé » ; il est devenu tout pâle. Comme je suis ceinture noire en Kenpo, j'avais imaginé une chorégraphie avec ma canne, et on a tourné comme ça. J'ai entendu dire qu'Andrea faisait aussi des pornos sous le nom de Drew White, mais je ne suis pas allé vérifier. Jess ? Je ne l'avais pas encore rencontré à l'époque mais c'était un bon pote de Daniel et, bien sûr, Howard jouait dedans. J'ai adoré travaillé avec Daniel. C'était une entreprise très « familiale ». J'ai rencontré Marius, mais je ne peux pas vraiment dire que je l'ai connu.

Avez-vous jamais estimé qu'on vous embauchait surtout pour avoir votre nom de famille au générique ou en tête d'affiche ? Comment ressentiez-vous cela ?

Dès mes débuts, j'ai vite compris qu'aux auditions il me fallait être dix fois meilleur que n'importe qui, pour qu'au cas où le film fasse un bide, on ne puisse pas accuser la personne qui m'avait embauché de m'avoir pris uniquement à cause de mon nom. Personne ne va miser des millions de dollars uniquement sur un nom de famille ; il faut faire ses preuves. Idem quand je travaillais en Europe et en Asie. J'étais connu pour moi-même. En fait, mon père m'a raconté que, quand il était au Japon pour tourner « Yakuza », une jeune femme est venue le voir et lui a demandé « Vous être Robert Mitchum ? »

« Oui »

« Père de Chris Mitchum ? »

« Oui »

« Vous pourriez m'avoir son autographe ? »

Il adorait raconter cette histoire.



Plus tard, quand ma carrière a décliné et que mon père était toujours au top, je suis sûr que mon nom de famille a contribué à me faire travailler. C'est toujours ça de gagné pour bosser.

Dans les années 1990, vous avez tenu de nombreux rôles secondaires, comme dans « Tombstone », et vous avez fait moins de films. Avez-vous délibérément pris du champ par rapport au métier d'acteur ?

Hé non. Je me suis fâché avec mon agent et je l'ai viré, sans réaliser à quel point le métier avait changé. Aujourd'hui, avec les figurants qui ont tous leur carte au syndicat des acteurs, les cachets qui ont diminué pour tout le monde sauf pour les grandes vedettes, c'est devenu tellement difficile pour les petites agences de trouver suffisamment de boulot à leurs clients que celles-ci ne prennent plus de nouveaux acteurs... sauf ceux qui bossent déjà régulièrement. Les grosses agences travaillent pour elles-mêmes, pas pour leurs clients. Je préfère une approche plus personnelle. En bref, je n'ai plus d'agent depuis quatorze ans. Et donc, c'est plus dur pour trouver du boulot.

Votre fils Bentley est aussi comédien. Avez-vous soutenu son choix de carrière ? Vous avez joué ensemble dans un film, « Soul Searchers », qu'il a réalisé. Pourriez-vous nous en parler ?


Robert, Christopher et Bentley : trois générations de Mitchum.

Je lui ai dit que si c'était sa vocation, je le soutenais. J'aurais préféré qu'il continue ses études et qu'il fasse une école de cinéma, ça lui aurait ouvert davantage de portes. Sa carrière a démarré quand il a fait, avec mon père et moi, le téléfilm de CBS « Palmer père et fils ». « Soul Searchers » est un petit film d'horreur qu'il a écrit, réalisé et produit au Texas. Il a eu des gens de talent qui sont venus bosser pour lui. Le film a été monté et là, il en est au stade de la distribution.

Quels sont vos autres projets ? Vous occupez-vous uniquement de votre carrière d'acteur ou avez-vous d'autres activités ? Participez-vous à la gestion des droits des films de votre père ?

Si j'avais un agent, j'aimerais jouer davantage. On verra bien. En ce moment, je m'occupe surtout d'écriture. J'ai écrit neuf scénarios qui ont tous été tournés à l'étranger. Je travaille sur un western, je m'occupe de vendre deux scénarios que j'ai terminés, je travaille aussi sur deux livres pour enfants pour lesquels je cherche un éditeur, et j'écris un roman policier. Il n'y a pas grand-chose à faire concernant les droits des films de mon père, à part toucher les chèques quand ils arrivent.

Durant votre carrière, vous avez travaillé dans le monde entier, aux Etats-Unis, en Europe (France, Espagne, Italie, Allemagne...) et en Asie (Hong Kong, Philippines, Indonésie, Japon...) avec les plus grandes stars, mais aussi parfois dans les plus mauvais films de l'Histoire du Cinéma. Avec le recul, quel regard portez-vous sur votre carrière, en tant qu'expérience professionnelle et surtout humaine ?

J'étais aux Philippines, et je tournais « Le Commando du Triangle d'Or » avec John Phillip Law. Je me plaignais de ne plus avoir de boulot avec les majors hollywoodiennes. « Tu tournes combien de films par an, Mitch ? » m'a demandé JP. « Trois. » « Tu gagnes ta vie ? » « Oui, et assez bien », j'ai répondu. « Mitch, tu sais combien d'acteurs syndiqués seraient prêts à tuer pour faire ce que tu fais ? », m'a demandé JP. Je savais. Je savais que j'avais pas mal de boulot, et que ce que je touchais me plaçait parmi les 2% d'acteurs qui gagnent le mieux leur vie à Hollywood. Donc, j'ai arrêté de me plaindre.

J'ai travaillé dans quatorze pays différents et j'ai joué avec les plus grosses vedettes mondiales. J'ai bien gagné ma vie. J'ai fait de mon mieux avec ce qu'on me donnait à faire, j'ai tâché de respecter mes valeurs en gardant mes vêtements à l'écran et en évitant les dialogues vulgaires. Je voulais que mes enfants puissent regarder mes films. J'ai rencontré des gens merveilleux, des personnages merveilleux et j'ai voyagé dans des endroits merveilleux... tout en étant payé pour faire ça ! Comme on dit, la vie s'écoule pendant qu'on essaie de la planifier. C'est ce qui m'est arrivé, mais j'ai toujours cherché à faire de mon mieux. Des regrets ? Bien sûr, j'aurais préféré que ma carrière hollywoodienne continue, mais je ne suis pas encore mort. Pour le moment, ma vie a été un chouette voyage... et ça va faire un sacré livre de souvenirs !


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