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Interview de Gary Daniels

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Gary Daniels


Vedette du film d'action de série B, Gary Daniels, qui pour beaucoup restera à jamais "Ken le survivant", présente à sa manière un parcours exemplaire : authentique athlète et artiste martial hors pair, il est passé par les Philippines et Hong Kong avant de devenir une star des vidéo-clubs dans les années 1990. Gary Daniels a eu la gentillesse de bien vouloir revenir pour nous sur son parcours, avec franchise et lucidité.

Interview menée par l'équipe de Nanarland


Pour commencer, comment êtes-vous passé du monde des arts martiaux à celui du cinéma ? En fait, nous savons que hormis un petit rôle dans la série "Deux Flics à Miami", c'est aux Philippines que vous avez véritablement débuté votre carrière. Comment vous êtes-vous retrouvé sur le tournage de ce "Final Reprisal" ? Jim Gaines (James L. M. Gaines Jr.), qui était lui aussi acteur dans "Final Reprisal", a ensuite réalisé ce qui est votre deuxième film, "The Secret of King Mahis Island", et qui demeure malheureusement inconnu par chez nous. Quels sont vous souvenirs de Jim, de ces deux premiers films et de votre séjour aux Philippines ?

Je pense que vous savez déjà que je suis originaire d'Angleterre, où j'ai commencé à pratiquer les arts martiaux vers l'âge de 8 ou 9 ans. Je suis d'abord parti aux Etats-Unis quand j'ai eu la vingtaine, prenant des cours de comédie et apparaissant dans quelques publicités et petits rôles à la télé, avant d'aller aux Philippines quand j'ai eu 23/24 ans. J'y ai rencontré Wilson Tieng, qui dirigeait alors la firme Solar Films et m'a fait signer un contrat de deux ans. C'est Wilson qui m'a présenté le réalisateur Teddy Chiu [Nanarland: alias Ted Johnson alias Teddy Page. Gary nous apprend donc que c'est ce réalisateur bien connu de Nanarland qui signe la réalisation de "Final Reprisal", ici caché sous le pseudonyme de "Ted Hemingway"] et James (Jimmy) Gaines, qui était le scénariste de "Final Reprisal", mon premier film aux Philippines.


De gauche à droite : Teddy Chiu, Max Thayer et Jim Gaines (photo prise par Nick Nicholson).

Bien évidemment, à l'époque j'étais encore très naïf en ce qui concerne l'industrie du cinéma. Du coup, Jimmy est devenu à la fois une sorte de mentor et d'ami qui m'a appris les ficelles du métier. Il m'a fait découvrir Manille et ses environs et a contribué à me former au métier d'acteur. Jimmy est quelqu'un de vraiment chouette, avec un grand sens de l'humour et un caractère très calme, très décontracté, donc c'était facile de s'entendre avec lui. J'étais jeune et impulsif à cette époque et c'est un peu grâce à Jimmy que j'ai appris à gérer ce tempérament. Les deux années que j'ai passées aux Philippines comptent parmi les meilleures de ma vie. "Final Reprisal" n'avait rien d'un chef-d'oeuvre, mais je me suis éclaté à le faire et à bosser avec Teddy, Jimmy et un paquet d'autres expatriés et vétérans de l'armée américaine vivant et travaillant aux Philippines. J'ai aussi beaucoup appris sur le processus de création d'un film, le genre de choses qu'on ne peut apprendre dans aucune institution scolaire.
Le second film que j'ai fait là-bas s'appelait "The Secret of King Mahis Island", et devait être une sorte de film d'aventures et d'action à la Indiana Jones, mais ça s'est plutôt mal passé. Le réalisateur initialement en charge du projet a jeté l'éponge au bout d'une semaine et Jimmy a pris le relais, mais il y avait toutes sortes de problèmes et au final le résultat s'est avéré catastrophique. Il n'y a dès lors rien de surprenant à ce que le film n'ait pas bénéficié d'une large distribution, et ce n'est pas moi qui m'en plaindrai.

Après ces premiers tournages aux Philippines, vous avez ensuite commencé à faire des films aux Etats-Unis pour le compte de Cine Excel. Cette petite société de production américaine semble entretenir des liens avec son homologue philippine Kinavesa/Silver Star, que dirige un businessman chinois nommé K. Y. Lim (producteur, via Cine Excel, de films vous mettant en vedette comme "Capital Punishment", "American Streetfighter" ou "Final Impact"). Est-ce Jim Gaines (qui a beaucoup travaillé pour lui) qui vous a présenté à Mr. Lim ? En sauriez-vous plus concernant l'association entre Cine Excel et K. Y. Lim ?

J'ai d'abord rencontré Kimmie Lim aux Philippines avant de rencontrer Wilson Tieng. En fait à la base je suis parti aux Philippines parce que ma petite amie de l'époque était allée là-bas et y avait rencontré un réalisateur du nom de Wilfredo Lim. Elle lui avait donné des photos de moi, une vidéo me montrant à l'entraînement et il avait alors dit que si je venais aux Philippines, il "ferait de moi une star". C'est la raison pour laquelle je suis parti dans l'archipel. Sauf qu'il s'est avéré que ce type me prenait pour un Américain plein aux as qui allait financer ses films, et du coup quand il a réalisé que ce n'était pas le cas il a coupé les ponts. Comme je me trouvais désormais aux Philippines, j'ai décidé de tenter ma chance auprès de différents producteurs et Kimmie a été l'un des premiers que j'ai rencontrés. Il m'a proposé un rôle de figurant dans un de ses films mais j'ai refusé. Plus tard, une fois rentré aux Etats-Unis, je suis allé au Marché du Film Américain pour y voir Kimmie Lim, et David Huey était avec lui dans le stand. La discussion s'est engagée et c'est là qu'ils m'ont proposé de tourner dans des films, aux Etats-Unis. A l'époque j'étais à la fois serveur dans un restaurant et prof d'arts martiaux, donc l'opportunité de faire à nouveau des films était la bienvenue.

Vous avez donc tourné plusieurs films pour Cine Excel et continué à travailler avec eux pendant plusieurs années. L'acteur Mel Novak, figure récurrente de ces productions, disait du patron de la firme, David Huey, qu'il tirait toujours le meilleur parti des budgets de ses films. Etait-ce aussi votre sentiment ? Comment se passait le boulot avec David Huey, et qu'elle était l'ambiance sur les plateaux d'une société de production indépendante comme Cine Excel ? Vous avez à nouveau travaillé avec cette firme en 2006 en tenant la vedette de "Reptilicant", près de dix ans après votre précédent film tourné pour eux. Quels commentaires vous inspire ce dernier opus ?

David Huey est quelqu'un de bien et là encore nous sommes rapidement devenus amis. Comme le dit Mel Novak, David sait exploiter au mieux les budgets de ses films, et ces budgets étaient très réduits. "Capital Punishment" a été le premier film qu'on ait fait ensemble, et je crois que le contrat que David avait signé avec Kimmie stipulait qu'il ne devait pas y avoir plus de 15 mn de dialogue dans le film. On a donc tourné 42 scènes de combat en 3 semaines, c'était très éprouvant physiquement. Avec le recul, je dirais que je n'aurais jamais dû faire ces trois films, car je pense qu'ils ont porté préjudice à ma carrière, mais tout ça aura fait partie de mon apprentissage et j'ai noué une solide amitié avec David qui se poursuit à ce jour. C'est cette amitié qui m'a amené à accepter de faire "Reptilicant", même si là encore ça n'est pas le meilleur choix de carrière que j'ai pu faire.

Dans "Capital Punishment", votre combat final contre Tadashi Yamashita (alias Bronson Lee, le nom qu'il utilisait dans des films de bruceploitation) s'impose comme le clou du film. Comment était-ce de travailler avec Yamashita, et qu'avez-vous pensé de ses compétences en arts martiaux ?

Tadashi Yamashita était un ami de mon Sifu (Maître) ainsi qu'une des légendes contemporaines du karaté. Travailler avec lui fut donc un honneur, il est très talentueux et j'ai profondément apprécié notre collaboration. Je lui ai laissé chorégraphier l'essentiel du combat final et il a fait du bon boulot.


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