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Interview de Henry Strzalkowski

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Henry Strzalkowski


Henry Strzalkowski a promené son allure bonhomme dans de nombreuses séries B tournées aux Philippines durant les années 1980-90. Traître, policier, mercenaire, notre homme a été l'un des seconds rôles les plus récurrents des films de Cirio H. Santiago. Très actif devant et derrière la caméra, Henry Strzalkowski a bien voulu revenir pour nous sur son passé et nous révéler quelques arcanes du show-biz philippin.

Interview menée par Team Nanarland


Pour commencer, pourriez-vous nous parler de vous ? Comment êtes-vous entré dans le monde du cinéma ?


Une brève apparition le temps d'un coup de fil dans "Blood Chase" (1989),

une production Kinavesa réalisée par Teddy Page.

Je suis né en 1954 aux Philippines, d'un père polonais et d'une mère philippine. Mon père est venu dans l'archipel en 1936 pour y travailler comme mineur. A l'époque, les Philippines connaissaient un essor de leur activité minière, surtout concernant l'or, et un grand nombre d'expatriés sont venus s'installer dans ce que mon père appelait « le paradis ». Il avait voyagé dans le monde entier, l'Europe, l'Afrique du nord, le Canada, l'Amérique du sud, la Chine, et pourtant il a décidé de s'établir là. Il a passé la guerre dans un camp de prisonniers japonais et, comme la Pologne était devenue un état communiste, il ne pouvait pas y revenir.

Ma scolarité a été surtout américaine. J'ai étudié dans ce que l'on appelait l'Ecole Américaine, et qui a depuis été rebaptisée l'Ecole Internationale, pour des raisons politiques. C'était en 1971. J'ai donc eu ce que l'on pourrait appeler une éducation très cosmopolite. La plupart des médias philippins sont en anglais, ce qui fait qu'en grandissant j'avais un physique et un accent plus étranger que philippin. Je considère pourtant que j'ai une mentalité et une personnalité plutôt philippines. Mais ça ne m'a pas empêché d'utiliser cette dualité comme un atout. Je suis complètement bilingue, bien que je sois plus à l'aise en anglais.


Une figuration en soldat nazi pour Henry, dans « Les Nouveaux Conquérants »

(« Future Hunters » aka « Deadly Quest » aka

« Spear of Destiny », 1986) de Cirio H. Santiago.

J'ai fait la fac aux Philippines. Assez jeune, je me suis intéressé au cinéma mais j'ai vu qu'il n'y avait pas d'école de cinéma, bien qu'il y ait eu une industrie du cinéma très active. J'ai intégré l'Université d'Etat des Philippines pour faire des études de communication. Il y avait dans ce département un cours de cinéma. Quand j'ai compris que je devrais ronger mon frein en faisant des années de journalisme radio et télé, j'ai pris des cours de comédie, où je pensais pouvoir acquérir au moins un peu de formation dramatique. J'ai aussi pris des cours de littérature anglaise qui m'ont été très utiles. Je pensais à l'époque partir faire une école de cinéma à l'étranger après mon diplôme.

Et puis d'un seul coup, en 1975, on m'a proposé un boulot de figurant sur « Apocalypse Now » de Francis Ford Coppola. J'ai accepté et ça a changé ma vie. Je me suis rendu compte que c'était le monde où je voulais vivre. J'ai ensuite fait d'autres figurations, à la fois pour le pognon et pour mon expérience personnelle. J'ai travaillé sur « Les Boys de la Compagnie C » de Sidney J. Furie, puis j'ai été figurant sur pas mal de films produits par Kinavesa et Cinex Films. Sidney Furie est revenu quelques années plus tard pour faire le film « Au Coeur de l'Enfer » (« Purple hearts »), avec Ken Wahl et Cheryl Ladd, et j'ai encore travaillé comme figurant sur ce film.


Note de Henry : « C'est la seule photo d'Apocalypse Now où je figure que j'ai pu trouver.

Même si on ne peut me voir que de dos, c'est bien moi là à droite. »


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