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Interview de Mike Abbott

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Mike Abbott


Gweilo beuglant après Richard Harrison ("Philiiiippe !") ou suant à grosses gouttes dans des costumes ninjas colorés, dégommé au fusil à pompe par Chow-Yun Fat ou mitraillant un Jackie Chan bondissant, l'acteur-bourlingueur Mike Abbott a quelques sympathiques anecdotes à raconter. Bad guy emblématique de l'écurie IFD et de ses productions les plus minables, figurant aux côtés des méga stars de l'âge d'or du cinéma de Hong Kong, cet Anglais au physique de brute mais adorable de caractère revient pour nous sur son parcours dans le meilleur et le pire du cinéma asiatique, entre Godfrey Ho et John Woo en passant par l'Indonésie et Chris Mitchum.

Interview menée par John Nada


Pour commencer, pourriez-vous nous dire quelques mots sur vous et ce qu'a été votre vie avant votre expatriation en Extrême-Orient ? Où et quand êtes-vous né ? Quelle était votre profession ?

Mon nom complet est Michael William Abbott. Je suis né le 27 juin 1953, à Penryn, dans les Cornouailles, en Angleterre. Je n'ai pas fait d'études supérieures. De 1972 à 1975, j'ai été portier, moniteur de piscine, animateur pour enfants, barman, sommelier, "redcoat" chez Butlins... [Nanarland : "Butlins" est une chaîne de villages de vacances proposant logement, restauration et activités de loisirs pour tous les âges et toutes les bourses. Les distractions sont organisées par des animateurs vêtus d'un costume rouge et qui, pour cette raison, sont surnommés "redcoats"] Puis j'ai été mineur dans les mines d'étain de Cornouailles de 1975 à 1980, de nouveau barman, puis employé de chantier (1980-1983). En mars 1983, j'ai déménagé pour le sud de la France, à Vias-sur-Mer, où j'ai été gérant d'un bar pour le compte d'un voyagiste anglais. En octobre de la même année, je suis parti pour la Bavière, à Berchtesgaden, pour travailler en cuisine au Berchesgadener, un hôtel pour l'armée américaine. En juillet 1984, je suis parti pour Chicago, aux USA, et j'ai travaillé là-bas dans deux bars (comme barman dans l'un et comme videur dans l'autre). D'avril à juillet 1985, j'ai séjourné en Alaska et j'ai travaillé sur un bateau de pêche. J'ai été en mer pendant quatre mois. Pendant six mois, aux USA, j'ai fait du stop sur 12000 kilomètres, à travers 24 Etats. Une super expérience !
Le 21 juillet 1985, j'ai pris un vol d'Anchorage (Alaska) pour Hong Kong. J'ai d'abord travaillé à Hong Kong comme prof d'anglais, moniteur de gym, gérant de bar... J'ai aussi animé des soirées pour une entreprise dans l'évènementiel. En mai 1989, j'ai monté ma propre boîte, "Abbott Leisure", qui tourne toujours aujourd'hui.

Une fois à Hong Kong, comment avez-vous intégré le monde du cinéma ?

En octobre 1986, alors que je travaillais comme portier dans un bar/discothèque appelé "The Madhoose" (et qui appartenait bien sûr à un Ecossais), j'ai été approché par un agent de casting. Il était impressionné par mon allure (Je fais 1 mètre 82 pour 127 kilos). Il m'a demandé si je voulais faire un film. Bien entendu, j'ai répondu oui. La boîte de prod' était I.F.D. Films, avec Joseph Lai comme producteur et Godfrey Ho et Phillip Ko comme réalisateurs. Ca a été le début de ma carrière au cinéma et de trois ans de boulot avec IFD. D'octobre 85 à 87, j'ai fait neuf films pour IFD et un seul pour Filmark (Tomas Tang). Dans ces films, j'étais le méchant principal. J'avais pas mal de temps de présence à l'écran et plein de dialogue. En général, j'étais deuxième au générique.

Malheureusement, je ne dispose pas de ma filmographie complète, mais j'ai des affiches avec des photos et de l'info. Voilà quelques titres : "Royal Warriors" (avec Richard Harrison), "Hitman le Cobra" (avec Richard Harrison), "Rage of a Ninja", "Platoon the Warriors", "Goddess Mission", "Heaven's Hell", "Joy for the Living Dead", "Kill for Love", "Angel's Blood Mission". C'était les neuf de IFD. Il y en avait un autre, "Nom de code : Ninja", pour Filmark. Dans "Rage of a Ninja", il y avait une scène où je brandissais mon sabre de samuraï en beuglant, "I AM THE ULTIMATE NINJA". C'est peut-être là l'origine du site internet "Ultimate Ninja" ??? [Nanarland : Aujourd'hui disparu] Ca vaudrait le coup de vérifier.

Quels souvenirs avez-vous de "Hitman le Cobra" et de Richard Harrison ?

Hé bien, je me souviens très bien de "Hitman le Cobra", parce que c'était le second film avec Richard Harrison, mais je n'ai pas de souvenirs plus précis que ça. Je pense que c'était sans doute le meilleur film de IFD, simplement parce qu'il y avait Richard. Il en a fait beaucoup et, après qu'il soit retourné en Italie, j'ai continué à jouer les rôles de méchants, mais les gars qui ont été choisis après son départ pour jouer les héros n'étaient pas du même calibre que Richard.

Combien touchiez-vous pour ces films ?

J'étais l'un des acteurs les mieux payés (souvenez-vous que je n'ai jamais été figurant sur ces films). Je touchais neuf dollars américains de l'heure. En moyenne, je travaillais dix heures par jour pour six à huit jours de tournage. Le salaire complet pour chaque film tournait donc entre 540 et 720 dollars américains. Des acteurs comme Richard touchaient plus, bien sûr.

Certains acteurs occidentaux comme Richard Harrison et Bruce Baron, qui ont tous les deux fait des films de ninjas avec Godfrey Ho et Joseph Lai, nous ont expliqué s'être fait arnaquer. En effet, les scènes qu'ils avaient tournées ont été montées en dépit du bon sens avec de vieux films asiatiques et, au-delà du résultat artistique déplorable, ils se sont retrouvés dans bien plus de films que leurs contrats ne le spécifiaient. Avez-vous eu des problèmes similaires ?

Je n'ai jamais eu de problèmes avec IFD ni avec Godfrey Ho. Vous avez dit que Richard s'est fait arnaquer : je me rendais compte qu'il n'était pas content, mais il ne s'est jamais montré grossier avec eux. Richard était un gentleman. Je n'ai jamais eu de contrat avec IFD. Comme c'était mes premiers films, je n'avais pas de point de comparaison. Richard et son pote Bruce, par contre, avaient pas mal d'expérience, donc ils avaient plus à perdre que moi en se faisant "arnaquer". Je trouve que Godfrey a été réglo avec moi. Je l'aimais bien et il m'aimait bien. J'ai été bien traité par l'équipe mais de toutes façons, en général, je m'entends bien avec les gens. Si un acteur était un emmerdeur, il se faisait virer à la fin du tournage !


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