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Interview de Phoebe Dollar (page 2)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Phoebe Dollar (page 2)


Comment percevez-vous les films d'horreur contemporains ? Quels sont vos films préférés (anciens et contemporains) dans ce genre, et en général ?

J'apprécie les films d'horreur contemporains quand ils sont surprenants, ou quand ils ont de l'humour, même si c'est de l'humour subtil. Je déteste les films d'horreur où ils font marcher les acteurs pendant une demi-heure dans des couloirs en roulant des yeux terrifiés. Pour moi, ça veut dire « on n'a rien à raconter, alors on fait du remplissage ». Mes films préférés dans le genre sont « Tueurs nés », « Devil's rejects », « Evil Dead », « Zombie Honeymoon », « Les Tueurs de la lune de miel ». Mon film préféré de tous les temps, c'est « Autant en emporte le vent ». J'aime avant tout les films décalés, les films underground et les films cultes !

On retrouve souvent dans vos films des rôles de femmes tueuses, que vous interprétez parfois vous-mêmes. Parleriez-vous à ce sujet d'un propos « féministe » ?

Le thème des femmes tueuses dans mes films, c'est un hommage au pouvoir des femmes. Bien sûr, c'est extrême, mais je préfère représenter des femmes qui prennent les choses en main, plutôt que des victimes. Ceci dit, je ne suis pas féministe : la plupart des féministes détestent les hommes. Pas moi : j'adore les hommes. Je pense que les femmes fortes sont sexy et plus marrantes à jouer que des rôles de femmes passives.

Pourriez-vous nous parler de votre travail comme scénariste sur « Charlie's Death Wish » ? Etiez-vous contente du film ? Avez-vous écrit d'autres scénarios ? Le film rend notamment hommage à Charles Bronson : est-ce l'une de vos idoles ? Quels sont vos acteurs préférés ?

Je suis l'auteur du concept de « Charlie's Death Wish » mais pas du scénario. Jeff m'en a laissé le crédit, par gentillesse. J'avais commencé à l'écrire mais Jeff est tellement rapide qu'il a tout écrit du premier jet alors que j'en étais encore à dix pages. Je n'ai pas écrit d'autres scénarios. Mon premier vrai scénario, c'est « Sunset Society ». Je suis très contente de « Charlie's Death Wish ». Rien n'a été changé, c'est exactement comme Jeff et moi l'avons voulu. Un distributeur voulait changer la musique, et bien sûr j'ai dit « pas question ! ». J'aime travailler en dehors des pressions syndicales à cause de liberté artistique. Je suis très flexible si je travaille sur le projet d'autres réalisateurs, parce que c'est leur vision, mais pour mes propres projets, c'est ma vision et je ne veux pas qu'on y touche.



J'aime la façon dont Charles Bronson prenait les choses en main dans la série des «Un Justicier dans la ville », alors c'est de ça dont je me suis inspiré. C'était aussi un grand acteur. La plupart de mes acteurs préférés sont morts. Marlon Brando, Clark Gable, Gary Cooper, Jean Harlow, Myrna Loy. Parmi les acteurs vivants, mes préférés sont Gary Oldman, Jack Nicholson, Harry Dean Stanton, Steve Buscemi, Christian Bale, Juliette Lewis, Dominique Swaim, Rose McGowan, Heather Graham...

Pourriez-vous nous parler de la participation de Lorenzo Lamas à « Alien 3000 » ? Jeff Leroy a-t-il eu du mal à avoir un acteur aussi connu ? Il nous a semblé que ses scènes avaient été tournées en peu de temps, en décalage avec le reste du tournage, sans qu'il croise la plupart des autres acteurs ? Est-ce le cas ?

La participation de Lorenzo Lamas à « Alien 3000 » a été minimale. Ça n'a pas été dur de l'avoir parce qu'à ce moment-là il n'avait pas beaucoup de boulot. A mon avis, ça le gênait plutôt par rapport aux désagréments que ce film pouvait occasionner à sa carrière, mais il a été très cool et professionnel, et il s'est comporté comme s'il avait été sur un film important à gros budget. Et sinon : bien vu, il n'a effectivement pas tourné ses scènes en même temps que les autres. Il les a tournées après nous.

Vous avez joué plusieurs fois avec la star du X Ron Jeremy. Est-ce un ami à vous ? Quel genre d'homme est-il ? IMDB note votre participation au documentaire « Porn star: the legend of Ron Jeremy » comme étant votre premier crédit à l'écran, bien que cela ait sans doute été des images tirées du tournage de « Hell's Highway ». Avez-vous travaillé sur ses autres films ? (Non, pas comme actrice dans ses films porno, mais comme assistante ou autre. Nous posons cette question car vous semblez assez proches professionnellement)

Ron Jeremy est un ami proche : en fait, il fait presque partie de ma famille. Mon père l'a rencontré à New York quand j'avais six ans. Ils avaient un ami commun. C'est quelqu'un de formidable, sa famille et ses amis sont ce qui compte le plus pour lui. Il est toujours adorable avec ses fans. C'est quelqu'un d'authentique. Je n'ai jamais travaillé sur aucun de ses films porno, en fait je n'en ai vu aucun et je n'en ai pas envie. Je connais le côté non-porno de Ron. J'aime travailler avec lui sur ces séries B, parce que nous sommes proches. Je voulais que tout le monde voie qu'il est capable d'incarner un vrai personnage, au lieu de mourir au bout de cinq minutes, comme dans la plupart des films grand public qu'il tourne. Je voulais que les gens voient que c'est un très bon acteur. C'est tout ce qui l'intéresse, il adore jouer la comédie.

Nous avons été déçus de voir que dans « Werewolf in a Women's Prison », vous n'apparaissez que quelques minutes, sans avoir grand-chose à faire. Avez-vous fait cette apparition par amitié pour Jeff Leroy ?

J'ai fait ça pour rendre service à Jeff. En fait, je n'avais pas envie de jouer là-dedans. Ce n'est pas mon type de film. Bien qu'étant actrice, je ne me vois pas tenir un rôle ou jouer une scène qui me déplairait. C'est pour ça que je n'ai jamais fait de scènes de nu. Je ne voulais même pas être au générique. Je pense que c'est un film marrant pour ce que c'est, mais c'est seulement parce que Jeff y a apporté sa patte et son sens de l'humour. Sans lui, ce film aurait été très mauvais.

Pourriez-vous nous parler de votre film actuellement en post-production, « Sunset Society », avec Lemmy Kilmister de Motörhead dans le rôle du méchant « Ace ». Comment s'est passé votre début comme réalisatrice ? Quelles sont vos ambitions pour ce film ?

« Sunset Society », c'est mon bébé. Je l'ai produit, écrit et réalisé. J'adore réaliser et je n'étais pas sûre d'aimer ça au début. C'est tellement excitant de voir ce que vous avez dans la tête prendre vie avec les acteurs. Lemmy est un mec très drôle et adorable. J'ai laissé les gars improviser et j'ai obtenu des prestations incroyables. Ce sont déjà des artistes, donc le film fonctionne en les laissant être eux-mêmes et porter les scènes. Je pense que tout le monde va être épaté par la prestation de Dizzy Reed. Tracii Guns est très bien lui aussi. J'ai vraiment eu de la chance de les avoir. Je crois qu'ils ont passé un bon moment et c'était très important pour moi. J'ai approché le rôle de réalisateur en utilisant ce que j'ai appris de Jeff. J'ai expliqué les personnages aux acteurs et je les ai laissés libres. Ca a été assez naturel pour moi. En ce moment, je fais le montage. C'est quelque chose d'incroyable, c'est comme ça que le film prend vraiment forme, c'est comme de faire un puzzle de 100 000 pièces. J'adore ça ! J'adore tout ce qui a trait aux métiers du cinéma. Je pense que je proposerai ce film à des festivals. Je vais peut-être le distribuer moi-même, mais certainement pas le laisser à un distributeur comme j'ai fait avant, à moins qu'on me fasse une offre trop intéressante pour être refusée. Le film va sans doute être obscur et difficile à voir. On pourra peut-être l'avoir via MySpace ou YouTube. Ce film compte tellement pour moi que même si je ne le montre que dans des projections privées, ça ira pour moi. Je ne pourrai le confier à personne, alors je vais sans doute m'en occuper moi-même. Je pense que ça a le potentiel d'être un film culte grâce aux gens qui y participent, et grâce à son caractère unique.

Pour terminer, une question complètement idiote : saviez-vous que vous ressemblez un peu à Ségolène Royal, qui a été candidate à l'élection présidentielle française en 2007 ?

Je ne savais pas que je ressemblais à Madame Royal. Une candidate à la présidentielle, wouaha !

Merci de nous avoir accordé un peu de votre temps.

Merci de vous intéresser à moi et à mon travail. J'ai bien apprécié cette interview. Portez-vous bien !


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