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Interview de Richard Harrison (page 3)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Richard Harrison (page 3)


Dans les années 70, vous avez tourné dans des films policiers extrêmement durs et violents comme Ultime Violence (La Belva Col Mitra, The Mad Dog Killer / The Beast With a Gun 1977) de Sergio Grieco avec Helmut Berger et Marisa Mell. Quel regard portez-vous sur ces films qui furent souvent durement critiqués pour leur violence crue ? Savez-vous que Tarantino est un fan de ce film au point d'en avoir glissé des extraits sur une télévision que regarde Bridget Fonda dans Jackie Brown ?

Ce n'est pas souvent qu'on me proposait des scenarii qui me plaisaient, mais Sergio Grieco était quelqu'un de vraiment bien et j'avais hâte de faire ce film. Helmut et moi nous entendions très bien jusqu'à ce que Marisa Mell arrive et qu'elle le fasse replonger dans la came.
Je tolère déjà difficilement les gens qui prennent de la drogue mais ce qui était encore pire, c'est qu'Helmut est devenu complètement incontrôlable. Au cours d'une scène, il a frappé un autre acteur qui a fini à l'hôpital ; le lendemain, nous avions une importante scène de combat pour la fin du film dans laquelle il tenait un couteau. Il est arrivé une heure en retard, complètement défoncé.
Comme le couteau était un vrai, il était très important de ne pas faire d'erreur.A deux reprises il me l'a presque planté dans le visage.
J'étais tellement fou de rage que je lui ai dit que la prochaine fois je le frapperai si fort que personnene pourrait plus le reconnaître. Il s'est alors mis à crier comme un bébé. Finalement, on a terminé en ayant recours à des doublures. Plus tard, Helmut s'est excusé auprès de moi, m'expliquant qu'il était incapable de jouer s'il ne se défoncait pas avant.

J'avais de la peine pour lui. Récemment, un acteur allemand m'a dit qu'Helmut avait arrêté la drogue et qu'il était marié. J'espère que c'est vrai. Quelqu'un m'a envoyé il y a peu une coupure d'article dans laquelle un critique me reprochait de ne pas me montrer assez énergique dans mon interprétation mais dans la mesure où Helmut jouait son rôle comme un cinglé, j'ai décidé de jouer plus calmement.

Toute personne qui a joué la comédie sait qu'il est plus difficile d'être sobre que d'en faire des tonnes. Je n'aime absolument pas les scènes de violence gratuites ni la grossiereté au cinéma, sauf quand ça apporte vraiment quelque chose à l'histoire.


"Helmut et moi nous entendions très bien jusqu'à ce que Marisa Mell arrive et qu'elle le fasse replonger dans la came"

D'aucuns considèrent Les Espions Meurent à Beyrouth (Titre italien Le Spie Uccidono a Beirut, titre international Secret Agent Fireball, 1965) comme votre tout meilleur film. Etes-vous de cet avis ? Est-ce que le rôle de l'agent Bob Fleming 077 a beaucoup contribué à faire de vous un acteur culte ?

J'ai adoré tourner ces histoires contemporaines. La plupart des films tournés en Italie à cette époque étaient si fauchés que ça nuisait vraiment au film, mais bien que celui-ci et certains des autres films dans lesquels j'ai joué n'aient pas été de gros budgets, le producteur a eu assez de jugeote pour mettre de l'argent là où il en fallait.
Je ne me la suis jamais joué "grande star". Et je ne me suis jamais considéré comme un acteur culte, si tant est que j'en soie un. Je vous avouerais que parfois, je commençais un film et le trouvais si mauvais que je me contentais ensuite de jouer mon rôle sans me sentir concerné.


"Je vous avouerais que parfois, je commençais un film et le trouvais si mauvais ...
...que je me contentais ensuite de jouer mon rôle sans me sentir concerné"

Est-ce que le fait d'avoir été la vedette de films d'aventures historiques tels que Le Boucanier des Iles (Titre italien Il Giustiziere dei Mari, titre international Avenger of the Seven Seas, 1961) ou Les Trois Sergents de Fort Madras (I Tre Sergenti del Bengala / Three Sergeants of Bengal, 1965) vous donnait l'impression de rivaliser avec les plus grands d'Hollywood, vivants ou morts, comme Errol Flynn ou Gary Cooper ?

Ce que j'ai le plus apprécié dans ma carrière d'acteur, c'était de voyager et de rencontrer des gens intéressants, ainsi que la possibilité d'avoir toujours de belles maisons. Je n'ai jamais considéré que je faisais partie de la catégorie d'acteurs que vous mentionnez, et lorsque dans certains pays on a commencé à le faire, je me suis senti très gêné. Je n'ai jamais voulu être quelqu'un d'autre ; au contraire, je me suis toujours efforcé de m'améliorer en tant qu'individu. En fait, ca m'agacait quand des gens faisaient des oh! et des ah! à mon sujet.


"Je n'ai jamais voulu être quelqu'un d'autre"

Curieusement, on vous voit peu dans les productions fantastiques ou d'horreur de l'époque : était-ce un choix délibéré ?

J'aurais voulu jouer dans des films français, italiens etc. qui parlaient de la vie réelle. Ca ne s'est jamais fait.


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