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Interview de Richard Harrison (page 4)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Richard Harrison (page 4)



Les films italiens dans lesquels vous avez tourné ont été vendus dans le monde entier. N'avez-vous jamais été tenté de retourner aux Etats-Unis comme Clint Eastwood pour y refaire carrière ? Ou est-ce que votre statut de star du B-Movie italien s'est avéré un handicap plutôt qu'un atout ?

A mon avis, c'est du suicide pour un acteur d'apparaître dans trop de films de série B, ou devrais-je dire de série C. Je me considère honnêtement comme un bon scénariste et, si les conditions de travail sont bonnes, comme un bon réalisateur.
Ma plus grande contribution au cinéma est peut-être de ne pas avoir fait "Pour une Poignée de Dollars" et d'avoir recommandé Clint Eastwood pour le rôle.


"Ma plus grande contribution au cinéma est peut-être de ne pas avoir fait "Pour une Poignée de Dollars" et d'avoir recommandé Clint Eastwood pour le rôle."

A la fin des années 70, vous avez tourné dans Les Plaisirs d'Hélène (Orgasmo Nero / Black Orgasm / Voodoo Baby, 1979), un film fantastico-érotique réalisé par Joe D'Amato qui existe également dans une version X avec des scènes pornographiques additionnelles. Comment avez-vous été impliqué dans ce film et qu'avez-vous pensé de cette expérience ? Comment était le travail avec Aristide Massacesi, alias Joe D'Amato ?

Je n'étais encore jamais allé à Saint-Domingue, où le film était tourné, et le scénario que j'avais lu n'avait rien de porno. Je ne sais pas comment Joe D'Amato s'est débrouillé pour m'inclure dans des scènes érotiques mais il était connu pour ce genre d'entourloupes. Je n'ai pas apprécié le tournage de ce film. Il y avait quelque chose dans toute cette entreprise qui ne me plaisait pas. Ils étaient très forts pour ce qui était de me laisser dans le flou, comme l'a été plus tard Monsieur Joseph Lai [NdlR : patron de la firme hongkongaise IFD. Voir plus loin dans l'interview.]


"Je ne sais pas comment Joe D'Amato s'est débrouillé pour m'inclure dans des scènes érotiques mais il était connu pour ce genre d'entourloupes"

Dans les années 80, la production italienne baisse inexorablement en quantité et en qualité devant la concurrence de la série B en provenance des États-Unis ou d'Asie. A votre avis, quelle a été la raison principale de ce déclin ? Est-ce parce qu'on ne vous proposait plus de rôles intéressants en Europe que vous vous êtes exilé en Asie, notamment aux Philippines puis à Hong Kong ?

Le travail s'était mis à manquer pour tout le monde en Italie. Les Italiens avaient tellement fait grimper les prix que leur pays avait tout simplement cessé d'être un lieu de tournage attractif pour les studios étrangers. J'avais un train de vie faramineux, ce qui était en grande partie de ma faute. A un moment j'entretenais cinq maisons, une Rolls Royce, une Ferrari, une Mercedes et tout un tas de parasites. Il n'y a pas eu de transition. Du jour au lendemain il n'y a plus eu de boulot. Il m'a fallu un moment pour comprendre que c'était fini. Sauf pour les Shaw Brothers. Dans l'ensemble, ça n'a pas été une bonne expérience.

Si Marco Polo (Ma Ko Po Lo, 1975) et La Révolte des Boxers (Pa KuoLien Chun, 1976) peuvent être considérés comme de bons films des Shaw Brothers Studio, en revanche, on ne peut pas en dire autant des films de \"Ninja\" que vous avez tourné à Hong Kong pour Godfrey Ho, Joseph Lai et la firme IFD. Bien que nous soyons déjà plus ou moins au courant des déboires que vous a valu votre expérience hongkongaise et des pratiques douteuses de Godfrey Ho, nous aimerions beaucoup que vous preniez le temps de bien tout nous raconter. Ayant vu plusieurs des films incriminés, il semble en effet que votre apparition soit par moments le fruit d'un remontage abusif. Dans certains de ces films vous portez une moustache, dans d'autres non ; vous jouez généralement des rôles de ninjas mais pas seulement (comme dans Cobra Vs Ninja a.k.a. Hitman le Cobra, 1987). Puisqu'il semble que vous ayez à coeur de vous expliquez, s'il vous plaît, éclairez-nous ! ?

C'en est presque douloureux de discuter de tout ça avec vous. Mr Ho était un jeune homme qui était venu me chercher à l'aéroport quand je suis venu travailler avec la Shaw Brothers [NdlR : pour le tournage de Marco Polo, sur lequel Godfrey Ho était alors assistant]. Je me souvenais de lui parce qu'il était tellement enthousiaste à l'idée de devenir réalisateur un jour...
Je n'arrive plus exactement à me souvenir comment j'ai été contacté par la suite pour ces films de Hong Kong produits par Joseph Lai, mais j'étais ravi quand j'ai appris que Godfrey Ho en serait le réalisateur. Je suis allé deux fois à Hong Kong travailler pour eux et bien que les films aient été exécrables, mon épouse et moi nous sommes beaucoup plus là-bas, et l'équipe était très sympa dans l'ensemble. Ensuite Mr Tomas Tang [NdlR : mystérieux producteur devenu par la suite le patron de la douteuse firme Filmark derrière laquelle se cachaient, sous pseudonyme, des personnalités du cinéma asiatique comme Godfrey Ho ou Ratno Timoer] m'a contacté pour faire un film avec lui. J'ai parlé de cette offre à Godfrey en toute confidentialité mais il en a parlé à son patron Joseph Lai, qui est venu me dire que je ne pourrai pas faire ce film.
Bien entendu, je lui ai répondu qu'une fois mon contrat terminé, j'étais libre de travailler avec qui je voulais.
Mr Lai a alors contacté un de ses amis qui était agent des impôts et à qui il a raconté que je devais pas mal d'argent au Fisc. Quand je lui ai montré que mon contrat stipulait que je n'avais aucune charge à payer à Hong Kong, cette personne a dit que la clause n'était pas valide. J'ai alors accepté de faire un autre film pour Mr Lai afin de payer ce que je devais. Il n'y avait pas de scénario, juste des bribes de scènes. Ce qu'on me faisait tourner n'avait pas de sens et, en général, les histoires ne tenaient pas debout de toutes façons. Un jeune Anglais m'a alors prévenu de faire attention parce qu'ils étaient en train de me jouer un très mauvais tour. Pour tâcher d'être honnête, je vous dirais que je n'étais pas trop inquiet dans la mesure où tout le travail que j'avais fait pour eux était si mauvais que j'étais convaincu que tout ça ne sortirait jamais de la salle de montage. En outre, pendant le tournage de ce(s) dernier(s) film(s), nos conditions de vie n'étaient pas bonnes.
Mon premier coup de fil est venu d'un distributeur allemand qui m'a dit à quel point ces films étaient mauvais, ajoutant qu'il ne les avait achetés que parce qu'ils m'accordaient du crédit. Je n'ai aucune idée du nombre de films qu'ils ont bien pu faire à partir de la dernière session de tournage mais certains vont jusqu'à avancer le nombre de dix. Comme j'ai vraiment foi en l'amitié, ça m'a blessé, et pas uniquement sur le plan professionnel.


"Je n'ai aucune idée du nombre de films qu'ils ont bien pu faire à partir de la dernière session de tournage mais certains vont jusqu'à avancer le nombre de dix."

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