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Interview de Stuart Smith

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Stuart Smith


Stuart Smith est l'une des personnalités les plus intrigantes du cinéma de Godfrey Ho. Nous ne savions presque rien, jusqu'ici, du parcours de ce ninja carnavalesque, qui interpréta à grand renfort de cabotinage méchants et héros dans des chefs-d'œuvre comme "Black Ninja", "Ninja Connection" ou "The Ultimate Ninja".

Mais tel l'Atlantide ou le Triangle des Bermudes, tous les grands mystères ont leur solution : nous sommes parvenus à retrouver la trace de Stuart, qui a bien voulu nous raconter son étonnant parcours de Maître ninja. Nous remercions chaleureusement Stuart Onslow-Smith (son nom complet) pour sa générosité et le temps qu'il nous a accordé.

Interview menée par Nikita


Merci d'avoir eu la gentillesse de répondre à nos questions. Pour commencer, pourriez-vous nous dire quelques mots sur vous et votre vie avant que vous vous rendiez en Extrême-Orient ? Où êtes-vous né ? Quel a été votre parcours ?

Je suis né à Winchester, en Angleterre, mais j'ai grandi à Sydney, en Australie. Je travaillais dans l'import-export après avoir raté mes études de droit et, entre deux boulots, j'ai commencé à fréquenter un groupe qui montait, grâce à des financements publics, une petite école de cinéma et d'acteurs. Nous avons tourné quelques documentaires sur les jeunes surfeurs locaux et j'ai conduit la plupart des interviews filmées. Nous avions la possibilité de prendre 12 mois de cours de comédie et en dehors des tournages, ce boulot nous permettait d'avoir accès à volonté à tous les équipements comme les caméras et les tables de montage. J'ai alors pris un agent, Shay Martin, et j'ai commencé à travailler, d'abord comme figurant, sur pas mal de productions ABC, des soap operas australiens et quelques films. Mon agent considérait que c'est en forgeant qu'on devient forgeron et c'est ce que j'ai fait, en décrochant peu à peu des petits rôles dialogués, dans des productions plus importantes.

Quand êtes-vous parti pour Hong Kong, et quelle a été votre motivation pour quitter votre pays pour l'Extrême-Orient ?

Je suis arrivé à Hong Kong en mars 1986. Mon agent à Sydney s'occupait aussi d'une agence de voyages et, bien que j'aie adoré grandir à Sydney, je voulais partir et vivre quelque chose de complètement différent. Il m'a dit que les réalisateurs et les producteurs de Hong Kong cherchaient des acteurs occidentaux, alors j'ai vendu tout ce que je possédais à Sydney et j'ai pris un avion pour Hong Kong.



Je suis venu à Hong Kong pour faire du cinéma, rien d'autre ! J'ai dormi sur le canapé d'un ami pendant trois mois, jusqu'à ce que je décroche mon premier rôle. Ensuite, les choses ont suivi leur cours.

Pendant les années 1980, il semble qu'il y ait eu de bonnes opportunités pour les acteurs occidentaux dans le cinéma de Hong Kong. A quoi ressemblait la vie d'un acteur gweilo [blanc, NDLR], à HK ? (vos rapports avec les équipes chinoises, votre salaire, vos relations avec les autres gweilos, etc.) Certains sites web ont écrit que vous aviez été cascadeur. Est-ce vrai ?

Hé bien, "Le Syndicat du crime" venait de sortir, "Tai Pan" était en tournage et l'industrie du cinéma de Hong Kong était en plein renouveau. Par chance, je me suis retrouvé au bon endroit au bon moment. Je parlais un peu le cantonnais, donc je n'ai pas eu de problèmes avec les équipes techniques. J'avais fait un peu de boxe et de Tae Kwen Do à l'école, et j'adorais le surf, si bien que j'étais toujours content de travailler avec les cascadeurs et les chorégraphes de combat ; je crois qu'ils appréciaient ça. Imaginez un peu : j'étais un jeune acteur, à Hong Kong, et je faisais des films de kung fu. C'était vraiment cool !

De fil en aiguille, je me suis retrouvé catalogué comme méchant "gweilo", mais à chaque fois qu'il y avait besoin d'un blanc pour se faire tuer, poignarder, ou jeter du bord d'un précipice, ils m'appelaient. On appelle ça mourir pour gagner sa vie !



Il me fallait toujours négocier mon salaire, mais mon tarif standard était de 100 dollars américains par jour. Pas grand-chose si l'on considère le niveau de vie actuel, mais à l'époque, pour Hong Kong, c'était un salaire appréciable.

La communauté des acteurs occidentaux était assez resserrée et chacun se connaissait, ou avait entendu parler des autres. Lors des castings, nous étions toujours là pour les mêmes rôles , si bien que nous avions des rapports un peu incestueux. J'avais comme complice Louis Roth, un acteur de New York, et nous nous épaulions beaucoup. l'industrie du cinéma de Hong Kong était comme ça, à l'époque.



Mais pour ce qui est du qualificatif de cascadeur, je ne prétendrai jamais en avoir été un. Je faisais des cascades pour mes rôles autant que je le pouvais, et il m'est arrivé d'être la doublure de quelques acteurs connus, mais je laissais volontiers les experts s'occuper des cascades dangereuses.

Vous avez fait plusieurs films avec le réalisateur Godfrey Ho et son producteur Joseph Lai. d'autres acteurs occidentaux comme Richard Harrison et Bruce Baron, qui ont tous deux tourné des films de ninjas avec Ho et Lai, nous ont expliqué s'être fait arnaquer. En effet, les scènes qu'ils ont tournées ont été mélangées au montage avec de vieux films asiatiques, ce qui fait qu'au-delà du déplorable résultat artistique final, ils se sont retrouvé sans leur consentement dans davantage de films que leurs contrats ne le spécifiaient. Avez-vous vécu la même mésaventure ? Auriez-vous des commentaires à faire sur les interviews que nous avons recueillies ? Quels souvenirs gardez-vous de Bruce Baron, Pierre Tremblay, Richard Harrison, Louis Roth, Mike Abbott, Grant Temple, Alphonse Beni, etc ?


Godfrey Ho.

Hé bien, il ne m'a pas fallu longtemps pour comprendre qu'un tournage de 10-15 jours n'allait pas produire 90 minutes de film, et que, donc, quelque chose clochait. J'avais un contrat pour tant de jours de tournage, sur tel ou tel film, pour tant par jour. Ils faisaient ce qu'ils voulaient du métrage. Je ne doute pas que ce que Richard et Bruce ont raconté est la vérité. Les 10 ou 15 minutes de film tournées à Hong Kong ont été remontées avec de multiples films asiatiques de seconde zone, surtout des films thaïlandais ou philippins. J'ai travaillé avec Richard et Bruce, qui étaient tous deux des professionnels chevronnés.


Stuart et Louis Roth.

Louis Roth était un très bon ami à moi; je le regrette beaucoup. Je l'ai rencontré sur le plateau de l'un des premiers films de Godfrey et j'ai failli lui casser le nez sur notre première scène en commun. C'était un dur de New York, vétéran du Vietnam, et un excellent acteur. Nous avons fait de nombreux films ensemble, dont « Guerres de l'ombre », alias « Guerre non déclarée ». Son intelligence et son humour pince-sans-rire sont restés dans les mémoires de ceux qui l'ont connu. Il avait un caractère assez emporté si on ne le connaissait pas et il lui est arrivé de voler dans les plumes de certains. Il a fondé l'Actor's Studio à Hong Kong et l'un de mes meilleurs souvenirs est de l'avoir remplacé pour donner des cours lorsqu'il était absent sur l'un de ses nombreux tournages. Il n'y a rien de mieux que d'avoir la chance de pouvoir partager un peu de votre expérience avec ceux qui débutent ou qui veulent apprendre.


Mike Abbott.

Le grand Mike Abbott était un gentil géant, qui avait toujours un mot aimable pour tout le monde. J'ai surtout connu le toujours excentrique Pierre Tremblay dans le milieu du doublage à Hong Kong. Idem pour Grant Temple. Alphonse était un mec très sympa, pour autant que je me souvienne, et je crois qu'il se débrouillait bien en arts martiaux.

Nous avons lu sur un site web que Louis Roth était impliqué dans l'écriture des scénarios et la continuité sur certains des films de ninjas de Godfrey Ho. Est-ce exact ?

Je crois que Louis était impliqué dans la réécriture de pas mal des "scénarios" dont ils accouchaient. Mais ce serait une erreur de jugement que de le considérer comme responsable. Tous ceux qui apparaissaient dans leurs films ont eu un rôle dans la réécriture de leurs dialogues car, croyez-moi ou non, c'était encore pire avant ! Louis a par contre écrit le premier scénario de « Guerres de l'ombre » et fait un peu de réécriture avant que quelqu'un n'arrive de L.A. pour retravailler le scénar.


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