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Interview de Don Gordon Bell (page 2)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Don Gordon Bell (page 2)


On vous a parfois vu tenir de petits rôles d'artiste martial, à l'époque où les films de kung-fu étaient encore en vogue. Est-ce que vous aviez de l'expérience dans le domaine des arts martiaux ?

En matière de sport, j'ai toujours été attiré par les arts martiaux. Pour moi c'était une manière de renouer avec mes origines asiatiques. Dès l'âge de 10 ans j'ai commencé à lire des bouquins à ce sujet, et à apprendre tout ce que je pouvais dès que l'occasion s'en présentait. A 11 ans, j'ai fais la connaissance d'un gamin japonais qui m'a enseigné les bases du Judo et du Jujitsu pendant un an. Un jour, alors qu'on s'entraînait dans un parc, un soldat américain est venu me voir et m'a demandé si j'avais des origines coréennes. J'étais très surpris qu'il arrive à deviner mes origines, d'habitude la plupart des gens sont incapables de distinguer les Asiatiques entre eux. Il s'avérait qu'il avait étudié le Tae Kwon Do pendant six ans en Corée, alors qu'il était stationné là-bas au sein de l'armée. Il avait étudié auprès de Jhoon Rhee, un précurseur qui a introduit le Tae Kwon Do en Amérique. Mon ami japonais et moi avons dès lors fait l'apprentissage de l'art martial de mon pays d'origine, et je fus l'un des premiers à rencontrer le maître coréen Jhoon Rhee, en 1964. J'avais 12 ans, et pendant les quatre années suivantes je me suis entraîné dur et j'ai étudié tous les bouquins qui existaient à l'époque, jusqu'à finalement obtenir une ceinture noire de Tae Kwon Do à l'âge de 16 ans.


Don s'entraîne avec Marrie Lee sur le tournage de "Cleopatra Wong".

Fin des années 60 / début des années 70, je m'inscrivais presque tous les week-ends à des tournois libres, comme le tournoi des "Quatre Saisons" de Chuck Norris. Les tournois libres offraient la possibilité d'affronter des artistes martiaux de différents styles et différentes écoles - chinoises, japonaises, d'Okinawa. Il n'y avait pas encore de kickboxing Muay Thaï à l'époque, mais j'étais avide d'apprendre tout ce que je pouvais. Avec mes 70 kgs, je concourrais dans les catégories des poids-légers ou des poids-moyens. Au fil des ans j'ai remporté 45 trophées, à la fois en combats et en démonstrations de katas. J'ai été entraîné à l'ancienne, avec des instructeurs qui insistaient sur l'apprentissage des fondamentaux, et une montée des échelons qui se faisait très lentement.

Au Viêt-nam, j'ai fait quelques combats amicaux avec des Marines coréens de la 2ème Brigade des "Dragons Bleus", dont j'avais fait la connaissance à l'occasion d'un entraînement commun avec mon unité. Les Marines coréens n'appréciaient pas du tout qu'un "Tuigi" à moitié coréen comme moi leur botte le cul ! Mon instructeur américain était un ancien boxeur, qui nous avait appris à développer la puissance de nos coups de poing. Un jour, un Sergent coréen qui était un vrai dur a fini par me demander où est-ce que j'avais appris le Tae Kwon Do. Après le lui avoir raconté, il est retourné auprès des Marines coréens et leur a expliqué que mon prof était l'élève d'une légende du Tae Kwon Do, à savoir Jhoon Rhee. Après ça, ils m'ont accepté comme un camarade Marine qui était "à peu près" coréen. On buvait leur soju fait-maison et on mangeait de la viande de chien, du kimchi etc. chaque fois que l'occasion se présentait. Le 1er Bataillon de Reconnaissance des Marines entraînait beaucoup de soldats coréens, ceux des Divisions "Tigre" et "Cheval Blanc", ainsi que les Marines coréens de la 2ème Brigade des "Dragons Bleus". C'était des combattants redoutables, coriaces, avec une grande discipline, qui étaient craints et respectés par l'ennemi.

Après avoir servi au Viêt-nam, en 1970-71, je suis resté stationné à Camp Pendleton, la base des Marines, près de Los Angeles. Là-bas j'ai rencontré un Marine originaire de Hawaï qui m'a fait découvrir le style Kajukenbo, un mélange hawaïen de Karaté, de Judo et de Kempo. Ce style est ensuite devenu le "Karaté Kenpo" sous la houlette d'Ed Parker, un Hawaïen qui entraînait de nombreuses vedettes de Hollywood et qui a contribué à populariser les arts martiaux aux Etats-Unis dans les années 60. Le premier élève d'Ed Parker à obtenir une ceinture noire fut James Ibrao, lui aussi hawaïen. Ce dernier a ouvert une école à Pasadena, en Californie, où ses deux élèves les plus brillants furent les frères Carlos et Doug Bunda, également de Hawaï. Et moi j'étais un des meilleurs élèves de Carlos.


Technique de Uechi-ryu.

Pour vous donner une idée, Carlos Bunda c'est le champion catégorie poids légers qui a battu Chuck Norris (catégorie poids moyens) pour le titre de Grand Champion, lors des Championnats Internationaux de Karaté organisés par Ed Parker en 1964. C'est aussi lors de cet évènement que Bruce Lee a fait la démonstration de sa fameuse technique du "one-inch punch", et qu'on a pu voir du Gung Fu pour la première fois à la télé. Je me suis entraîné pendant quatre années sous la tutelle des frères Bunda, et obtenu ma ceinture noire 1ère Dan. Tous ces Hawaïens avec qui je m'entraînais m'appelaient "hapa-Howley" ("demi-Blanc"), un terme affectueux et condescendant à la fois.

De retour aux Etats-Unis, j'ai également repris la compétition. Pour mon premier grand tournoi libre, j'ai terminé à la 3ème place dans la catégorie poids-moyens. Entre 1972 et 1975, j'ai remporté plusieurs trophées en Californie, dans le Nevada, l'Arizona, le Nouveau Mexique, et même Hawaï à deux reprises. Quand les tournois de Full Contact ont vu le jour, au milieu des années 70, j'ai eu le déshonneur de voir mon nom figurer dans le magazine Black Belt pour avoir été le premier combattant à être mis KO. Mon salopard d'adversaire m'a flanqué un coup de pied latéral arrière, alors que l'arbitre venait de stopper le combat et que j'étais en train de me replacer. Il a perdu un point, mais moi j'ai perdu conscience quand ma tête a heurté le sol en bois. J'ai néanmoins pu reprendre le combat, et je me suis vengé en l'emportant 5-3, atteignant les demi-finales et terminant 3ème.

Quand je suis arrivé aux Philippines, j'ai pris quelques cours avec des cascadeurs sur le combat au bâton, l'escrime, et des techniques de Kali. Quand j'ai rencontré Chuck Norris, qui venait tourner dans l'archipel le premier "Portés Disparus" ("Missing in Action"), il a tout de suite su qui j'étais, parce qu'il m'avait vu quelques années plus tôt avec les Hawaïens, dans des restaurants de Chinatown, à Los Angeles. Il n'avait pas oublié que mon prof Carlos Bunda l'avait battu en compétition.

Plus tard, j'ai fait la rencontre d'un autre Hawaïen, Mike Stone, qui s'était marié avec Priscilla Presley, la veuve d'Elvis. Mike affichait un palmarès record de 98 victoires en compétition, 0 matchs nuls et 0 défaites. Il était venu aux Philippines avec le réalisateur Ed Murphy, et quand je me suis présenté et que je lui ai mentionné les noms de mes différents instructeurs, il m'a proposé de travailler avec lui comme assistant sur deux films. L'un d'eux s'appelait "Forces Spéciales" alias "Special Force" ("Raw Force" alias "Kung Fu Cannibals", 1982), et j'y tenais aussi le rôle du zombie du célèbre samouraï Musashi. [Note de Nanarland : Don tient même deux rôles dans le film, puisqu'en plus du samouraï zombie, il joue un bad guy avec un tee-shirt noir flanqué du logo Superman, qui tente de découper Rey Malonzo à coups de sabre, avant de chuter d'une falaise sous la forme d'un mannequin en mousse]


Don entre les mains des maquilleuses pour jouer le rôle du zombie de Musashi.

[Note de Nanarland : Mike Stone était un artiste martial réputé, connu notamment pour ses liens avec Bruce Lee, et pour avoir été le prof de karaté de Elvis Presley, dont il a grandement influencé le jeu de scène. A l'origine, il était parti aux Philippines pour tourner "L'Implacable ninja" avec Menahem Golan, d'après une histoire qu'il avait développée et qui lui tenait à coeur. Sauf que très rapidement, Golan s'est rendu compte que si Mike Stone était compétent sur le plan martial, il était en revanche incapable de jouer la comédie. Ne sachant trop quoi faire, Golan croise par hasard Franco Nero dans un ascenseur durant le Festival du Film de Manille, et lui propose alors de tenir le premier rôle dans "L'Implacable ninja" à la place de Mike Stone, ce dernier se chargeant de la chorégraphie des combats et des cascades. Plus tard, Mike Stone va également travailler sur la série des "American Ninja" avec Michael Dudikoff, toujours pour la Cannon. Il tiendra finalement le premier rôle dans "Tiger Shark" (1987), un navet tourné aux Philippines et dont il signe par ailleurs le scénario.]


Mike Stone, Don et le réalisateur Ed Murphy.

Puis Romano Kristoff et moi avons ensuite fait la connaissance du Sensei Robert Campbell, un grand rouquin originaire de Boston avec une histoire incroyable. A Boston, Bob avait commencé par apprendre le Uechi-ryu, un style de karaté originaire d'Okinawa, perfectionnant sa pratique pendant de nombreuses années auprès du Sensei George Mattson. Puis il est parti à Taipei, sur l'île de Taïwan, où il a fait l'apprentissage du Wu Shu au sein de l'armée taïwanaise en tant qu'invité du Général au pouvoir. Après ça, Sensei Campbell est allé s'entraîner à Okinawa sous la tutelle des plus grands maîtres de Uechi-ryu. Il a atteint le niveau de Ceinture Noire 7ème Dan, et fut le premier artiste martial non-originaire d'Okinawa à remporter les championnats de cette discipline. Romano et moi on s'est entraînés pendant cinq ans sous sa supervision, apprenant le maniement des armes traditionnelles chinoises (ma préférée était la lance), la pratique japonaise du iaodo (qui consiste, en gros, à dégainer un katana avec vitesse et précision), le kendo, le bo-jitsu, ou encore le maniement des nunchakus (Romano était très bon avec un nunchaku dans chaque main). Parmi ses étudiants il y avait des riches, il y avait des pauvres, et tous ensemble on s'entraînait et on suait dans l'école du Manila Polo Club, une salle qui existe toujours aujourd'hui.

Donc... oui ! On peut dire que j'avais une certaine expérience dans le domaine des arts martiaux, pas juste quelques séances de chorégraphies de combat comme tant d'autres acteurs. Aujourd'hui encore, à Seoul, je donne des cours particuliers de Uechi-ryu.


Don et Romano (tout à gauche) aux côtés de leur Sensei Robert Campbell.

Est-ce que vos contacts dans le milieu des arts martiaux vous ont offert d'autres opportunités ?

Grâce à Ed Parker et à ses contacts à Hollywood, j'ai pu bosser comme figurant sur deux productions avec Bruce Lee, "Le Frelon vert" (1968), tourné aux Etats-Unis, et "Opération Dragon" (1973), tourné à Hong Kong. J'apparais aussi le crâne rasé dans quatre épisodes de "Kung Fu" (la première série, celle de 1972-75), avec David Carradine. Un acteur que j'ai eu l'occasion de rencontrer plus tard, aux Philippines. Un jour, alors que j'étais accoudé au bar du "Pagsanjan Falls Hotel", David est venu vers moi, m'a regardé de haut en bas, de bas en haut. « Mmh, tu m'as l'air bien entraîné... quel style ? ». Je me suis légèrement incliné pour le saluer, puis je lui ai raconté mon parcours. Malheureusement, je m'étais déjà engagé sur une autre production, "Opération Cambodge" avec Richard Harrison, ce qui fait que je n'ai pas pu participer au projet dans lequel Carradine devait jouer. Par contre il me semble que Nick Nicholson et Henry Strzalkowski ont tous les deux travaillé dessus.


Don face à Franco Nero dans "L'Implacable ninja" (1981), réalisé par Menahem Golan.

Aux Philippines vous avez joué dans des films de bruceploitation comme "Bruce's Five-Style Fists", "They Call Him Bruce Lee" ou "Le Poing vengeur de Bruce"...

"They Call Him Bruce Lee" (1978) fut le premier des trois, c'était une production locale avec Rey Malonzo en vedette [Note de Nanarland : Rey Malonzo est parfois crédité Rey King comme dans "Special Force" ou Bruce Ly comme dans "Chaku Master"]. Rey était un très bon acteur et un excellent artiste martial, et c'est à lui que je dois ma première vraie scène de combat dans un film. Après m'avoir observé sur le plateau alors que je m'entraînais dans mon coin, il est venu me voir et m'a demandé quels genres je pratiquais. Suite à quoi lui et moi avons ensuite travaillé une longue scène de combat qui m'a permis de montrer un peu mes capacités, et qui le mettait bien en valeur lui aussi. C'était quelqu'un de très motivant, qui m'a encouragé et m'a même présenté à des agents pour me faire connaître d'autres chorégraphes de films d'action. Je pense que j'avais aussi les traits suffisamment occidentaux pour tenir ce genre de rôle, avec cette tête de méchant étranger dont les héros philippins avaient besoin pour se faire mousser (de même que dans ses films, Bruce Lee affrontait des Japonais ou des Occidentaux comme Chuck Norris ou Kareem Abdul-Jabbar). Et ouais, c'est comme ça que j'ai pu jouer dans toute une ribambelle de films philippins, pas en tant que grand méchant mais souvent comme son bras droit. Mes compétences en arts martiaux auraient été suffisantes pour jouer les premiers rôles, mais je n'étais qu'un inconnu, un étranger, et je suis resté cantonné aux rôles d'hommes de main et de seconds couteaux. Donc voilà, il y avait toujours le grand méchant du film, et moi j'étais son principal homme de main, comme dans "Le Poing vengeur de Bruce" où Romano Kristoff jouait le bad guy en chef et moi son bras droit.


Don se fait botter les fesses par Rey Malonzo (vêtu du fameux survêt' jaune à bandes noires) dans le final de "They Call Him Bruce Lee" (1978).

Ensuite il y a eu "Bruce's Five-Style Fists" (1978), qui appartient lui aussi à cette vague de films surfant sur le succès de Bruce Lee. Les acteurs principaux étaient Ann Villegas, Allan Shishir, Boy Fernandez, Jack Lee et moi-même, crédité sous mon nom coréen, Joon Yong Su, qui est d'ailleurs mal orthographié (en fait ce devrait être "Jun Yong-Soo"). Je jouais pour une fois le rôle du méchant principal, et Jack Lee et moi avons donc tourné quelques gros combats. J'incarnais un maître du kung-fu spécialisé dans la technique des "griffes de l'aigle", et à la fin de chaque journée de tournage, mes doigts étaient si courbaturés qu'il fallait qu'une douce et jolie créature me masse délicatement les mains. "Bruce's Five-Style Fists" a été écrit et réalisé par Leonardo C. Pascual et produit par Abella Pascual. Jack Lee et moi avions été "prêtés" aux Pascual par Mr. Lim de Kinavesa, avant que nous ne tournions "Le Poing vengeur de Bruce" l'année suivante avec Bruce Le. Je crois me souvenir que "Bruce's Five-Style Fists" a été vendu à l'étranger à l'époque, mais il ne semble pas avoir été distribué en vidéo.


Don et Jack Lee sur le tournage de "Bruce's Five-Style Fists" (1978).


Don, un figurant, Carla Reynolds & Jack Lee.

Quels souvenirs gardez-vous de Bruce Le ?

Bruce Le était l'un des meilleurs sosies de l'époque, il imitait plutôt bien le vrai Bruce Lee. C'était un artiste martial accompli dans plusieurs styles de Gung Fu, et il était néanmoins très doué pour reproduire le style très particulier du Jeet Kune Do. Le Jeet Kune Do, c'était le "style qui n'en est pas un" de Bruce Lee, une combinaison de Wing Chun, de boxe chinoise et de plein d'autres choses que Lee avait piochées dans d'autres arts martiaux. Avant d'aller aux Philippines, j'avais rencontré Danny Inosanto à de nombreuses reprises à Los Angeles, c'était un des meilleurs élèves de Bruce Lee, donc j'étais un peu familier avec le Jeet Kune Do, et je peux vous dire que Bruce Le m'a vraiment impressionné.

Sur "Le Poing vengeur de Bruce", Bruce Le travaillait beaucoup et finissait souvent tard, après une journée de tournage il passait du temps avec tout le monde pour mettre au point des combats que chacun pourrait exécuter correctement le lendemain. Le réalisateur [Note de Nanarland : Joseph Velasco, alias Joseph Kong, collaborateur régulier de Bruce Le] et Bruce Le fonctionnaient comme un vrai duo, mais la plupart du temps c'est surtout le 2ème Assistant Réalisateur qui communiquait avec nous, parce qu'il parlait anglais. Bruce Le parlait néanmoins assez bien anglais pour nous donner des indications sur les chorégraphies des combats.

Si à mes yeux Bruce Le était un très bon imitateur, c'était plus encore un excellent combattant, et un artiste martial qui aurait mérité d'exister par lui-même. Il maîtrisait tant de styles de Kung Fu différents, et puis il avait un vrai talent pour mettre au point des chorégraphies de combat efficaces, tout en devant composer avec des figurants aux compétences limitées. Il savait tirer le meilleur parti de chaque homme pour le bien du film. Non, vraiment je regrette que Bruce Le soit resté cantonné à son rôle d'imitateur sans avoir eu la chance de pleinement démontrer son potentiel. Je serais curieux de savoir quel tour a pris sa carrière par la suite.


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