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Interview de Florence Guerin

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Florence Guerin


Cataloguée dans les années 1980 comme actrice de films érotiques, Florence Guérin a davantage varié les plaisirs qu'on ne le croit. Partenaire d'Aldo Maccione, héroïne de thrillers gentiment miteux, comédienne pour Jesus Franco et Jean-Marie Pallardy, Florence a promené son gracieux minois dans des films parfois bien éloignés du porno-soft, même si ses charmes en sont demeurés le principal atout. Elle a bien voulu revenir pour nous sur une carrière aussi variée que fantasque.

Une carrière également marquée par un tragique évènement : le 31 mai 1998, Florence a été victime d'un terrible accident de la circulation causé par un chauffard ivre à Villepinte, dans lequel son fils unique Nicolas, âgé de 5 ans, a trouvé la mort. Victime d'un important traumatisme crânien, Florence sera plongée dans le coma, passera trois mois en fauteuil roulant, subira de nombreuses opérations, et plusieurs années de rééducation avant de pouvoir reprendre sa carrière. En hommage à son fils, elle a depuis changé son nom de façon officielle, et demande à être appelée Florence Nicolas

Interview menée par Shimano


Florence, comment avez-vous débuté au cinéma ?

Après un revirement financier de mes parents, je me suis retrouvée vers 10 ans à vivre dans un H.L.M. de Cannes-la-Bocca. A l'école j'étais souvent en colle parce que je rêvassais à ma future "grande et belle carrière de comédienne" et m'entraînais à signer des autographes au lieu de suivre les cours... Je n'avais qu'une seule idée en tête : devenir une star et me sortir de cet endroit sordide. J'ai participé à un concours de "Miss Cinéma", durant le festival de Cannes 1980, et à ma grande surprise j'ai été élue. Quelques jours plus tard, déambulant dans mon maillot léopard avec mon titre sur la poitrine, je vois sur la plage bondée, en train de déjeuner, Michel Drucker. Je fonce et je lui dis : "Bonjour, je suis Florence Guérin, je suis Miss Cinéma, vous n'auriez pas un "trou" dans votre émission de dimanche ? A l'époque il n'y avait que 3 chaînes et "Les Rendez-Vous du Dimanche" était regardée par un maximum de personnes ! Bref, c'est comme ça que j'ai fait ma première télé. Ensuite, j'ai répondu à des petites annonces pour de la figuration, toujours sur la Côte d'Azur, et je donne ma première réplique au cinéma dans le film "Les Sous-Doués en Vacances" de Claude Zidi. Après avoir fait une journée de figuration sur son film, je savais que le lendemain, ils avaient besoin d'une fille pour une scène nue, mais dans laquelle elle avait une réplique. J'ai supplié Claude Zidi en allant devant son bateau et il a cédé, en me disant que peut-être la scène serait coupée et qu'ils avaient déjà une autre actrice. Résumé : j'ai tourné, la scène n'a pas été coupée et au générique de fin on peut voir : B.B 1 : Florence Guérin. La gloire !

Quels souvenirs marquants gardez-vous de votre carrière ?

J'ai adoré tourner avec Dino Risi. On avait une grande complicité, même si je n'avais qu'un second rôle. La Scala de Milan où j'ai cru que j'allais mourir chaque soir tellement j'avais peur ! Un moment inoubliable. 120 personnes sur scène, 3 heures, un opéra en 5 langues, du pur délire. Surtout que je me suis "battue" avec mon chef d'orchestre pour que nous, les comédiens, nous n'ayons pas de micro. Un défi que nous avons gagné. Un autre film (magnifique) qui je pense ne sortira jamais (il y a eu des problèmes de non paiement) : "Storie di Seduzione", tourné en Italie, mon premier film après la naissance de mon fils. Il avait un an et demi et bien sûr, il était avec moi. Sur 2h17 de film, je dois apparaître à l'écran 2h08 !

Comment s'est passée votre collaboration avec Jean-Marie Pallardy dans "Femmes ou Maîtresses" ?

Concernant Jean-Marie, c'est une connaissance de longue date. Ce n'est pas un grand metteur en scène, mais il a beaucoup de charme et de conviction. Nous nous sommes tous retrouvés en Turquie pour tourner ce petit film, sans prétention et surtout, avec très peu d'argent. Personnellement j'en garde un merveilleux souvenir. Non pas du film, mais du séjour en Turquie, dernier tournage avec Nicolas auprès de moi dans un très beau pays.

Pourquoi être partie en Italie au milieu des années 80 ?

Je ne suis pas "partie" en Italie, mais j'ai fait le casting pour "La Bonne", un film franco-italien, et j'ai été sélectionnée. Là-bas le film a cartonné et ensuite on m'en a proposé beaucoup d'autres. Ce film reste aussi un merveilleux souvenir. Ma rencontre avec ce pays, Roma que j'adore... et plein d'autres choses. Et puis, j'avais 20 ans !

Vous reverra-t-on un jour au cinéma ?

J'aimerais bien qu'on me revoie au cinéma ou dans un bon film télé, mais ça ne dépend pas de moi. J'ai perdu beaucoup de temps depuis mon accident (7 ans) et on verra bien... Il faut faire des prières et croire en son destin.

Merci à Florence Nicolas (ne plus l'appeler Florence Guérin !), d'avoir accepté de répondre à nos questions.



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