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Interview de Suzanne Donahue et Mikael Sovijarvi - Gods in spandex - Gods In Polyester (page 2)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Suzanne Donahue et Mikael Sovijarvi - Gods in spandex - Gods In Polyester (page 2)


Combien de temps vous a demandé la réalisation de ces projets ? Quelles en sont les étapes ?

MIKAEL: Pour avoir un nombre raisonnable de contributeurs et de contributions, cela peut prendre de six mois à trois ans. Ensuite, de deux semaines à trois mois de nuits blanches, de stress et de jeûne pour terminer la mise en page. Plus un temps indéfini, afin de trouver un imprimeur aux prix suffisamment dérisoires, et qui ne fera pas n'importe quoi avec les livres. Les braves gens de Headpress au Royaume-Uni avaient déjà vendu « Polyester », donc cela n'a pas été trop long de trouver un magasin disponible pour « Spandex ». Les livres sont imprimés en Finlande, et le lectorat se trouve essentiellement au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Il est donc nécessaire d'avoir un distributeur à l'étranger.



SUZANNE : C'est comme d'assembler un grand puzzle. Une fois que vous avez votre idée de départ, vous seriez surpris de savoir combien la liste de films potentiels et de personnalités à traiter se définit rapidement. Commencez par vos préférés pour chaque genre, et les opportunités sont rapidement établies à partir de ça. De plus, vous pouvez toujours faire un truc relatif au projet tout en attendant qu'un autre se concrétise, ce qui permet de gagner pas mal de temps. Par exemple, pendant que les contributeurs écrivent leurs textes, vous pouvez toujours trouver des idées pour la couverture et la maquette. Quand vous recevez de nouveaux articles, vous pouvez vous occuper de les éditer et de les corriger tout de suite au lieu d'attendre de les avoir tous reçus. Quand tout est parti chez l'imprimeur, vous pouvez vous occuper de voir où les spécimens vont partir et quelles boutiques sont intéressées par le livre. Et je ne saurais dire combien il est important d'avoir des retombées dans des magazines (sur support papier ou sur le web) ou sur des sites internet. C'est une étape essentielle si vous voulez vendre votre travail. Les gens ont tout simplement besoin d'en entendre parler avant de l'acheter.

Avez-vous rencontré des difficultés liées au sujet que vous aviez choisi (en d'autres termes, comment les éditeurs, ou bien vos amis, ont-ils réagi quand vous avez parlé de votre projet de livre sur les films obscurs) ? Diriez-vous de votre projet qu'il était plutôt facile ou difficile à monter ?

MIKAEL: Non, je ne parle pas de mes, heu.... « projets artistiques » avec les autres, c'est une partie de ma vie que je garde entièrement pour moi. Il y a des amis que je connais depuis des années et qui ignorent tout de ces choses. Des gens qui ne sont pas mes amis me croient complètement fou. Des amis pensent que je n'ai pas toute ma tête. La vie est comme ça, et vous vous terminez avec elle. Ce qu'il y a de plus dur, c'est de trouver l'argent pour payer l'imprimeur. Des projets comme « Spandex » n'apportent pas spécialement la gloire et la fortune, et ce n'est pas mon boulot de tous les jours. Je préfère faire les choses plutôt que d'en parler. C'est tout bête.





SUZANNE: En général, ma philosophie est de passer le plus de temps possible avec des gens qui sont dans le même trip que moi et le moins de temps possible avec les autres. Donc, bien que je n'aime pas claironner mes projets partout, mes amis et collègues qui ont entendu parler de « Gods in Polyester » et « Gods in Spandex » m'ont toujours soutenue à 100%. Certains partagent mes goûts en matière de cinéma, et les autres ont la courtoisie de les respecter, mais tous savent à quel point je suis passionnée par le sujet et que je donne tout dans mes livres. Donc ça ne m'a jamais posé de problèmes. Quant à la difficulté, ce n'est pas bien grave quand vous pouvez créer quelque chose à partir de ce que vous aimez. Il n'y a qu'à s'y mettre, ensuite ça va tout seul.

Il y a dans vos livres de très nombreuses anecdotes sur le côté obscur du cinéma. Y en a-t-il qui vous tiennent particulièrement à coeur ?


Gary Graver

MIKAEL: Tout ce que Hy Pyke a écrit pour Polyester et Spandex. C'était un véritable original en tant qu'homme et en tant qu'acteur, et une incarnation de la contre-culture des années 1960-70, qui est très chère à mon coeur. J'ai vraiment été touché par la conclusion de son texte dans « Gods in Polyester » : « Les spectateurs français ont adoré l'idée d'une histoire vue à travers les yeux d'une enfant amoureuse de son pasteur. Alors que je chantais Rock of Ages, je l'ai ressenti aussi. Cheryl, repose en paix ». C'est ce que j'ai pu lire de plus beau comme épitaphe pour Cheryl « Rainbeaux » Smith. J'ai aussi été très étonné d'apprendre que « Killpoint » n'avait pas de scénario. « Fireback » non plus. « Killpoint » n'est peut-être pas le « Citizen Kane » des films d'action à petit budget, mais il est à « Fireback » ce qu' « Orange mécanique » est à « Glen ou Glenda ».



SUZANNE: Dans « Gods in Polyester », j'ai une affection particulière pour le texte de Gary Graver sur « Texas Lighting ». C'est un récit franc du collier sur la manière dont le film qu'il voulait tourner a été transformé en tout autre chose par les ronds-de-cuir et à la fin, on ressent une vraie empathie pour ce gars. Bizarrement, la version voulue par Gary Graver a eu une petite sortie vidéo en Europe, et j'ai eu la chance de pouvoir la visionner : par rapport à la version que tout le monde a pu voir, c'est le jour et la nuit. Ca ne m'étonne pas qu'il soit aigri. Dans « Gods in Spandex », j'aime beaucoup la contribution de Kenneth J. Hall sur « Evil Spawn ». C'est hilarant et rempli d'anecdotes de tournage inoubliables. Quand il se met à parler de la contribution d'un pornographe auteur de titres aussi mémorables que « Return to Anal Castle » et « Boot-licking Pony Boy », je vous jure que c'est à se rouler par terre.

Parfois, en rencontrant des gens que nous ne connaissions que via leurs films, on découvre une personnalité inattendue, dont on ne prévoyait pas la gentillesse ou la franchise. Cela a été notre cas quand nous avons interviewé Max Thayer ou rencontré Richard Harrison, par exemple. Parmi vos intervenants, qui vous a le plus surpris et pourquoi ?

MIKAEL: John P. Dulaney. Avant nos livres, on le voyait seulement comme « le barbu qui jouait dans les films de Nico Giraldi » [NDLR : comédies policières italiennes des années 1970 où Tomas Milian interprète un flic à la Serpico]. Il s'est révélé être une vraie encyclopédie sur les séries B italiennes et philippines, avec un humour à froid que j'ai trouvé très amusant. A mon avis, ses contributions sur les films de Silver Star/Kinavesa et « Robowar » sont parmi les passages les plus drôles de « Spandex ». Depuis que Gordon Mitchell nous a quittés, il est le seul acteur vivant à avoir travaillé pour Federico Fellini et K.Y. Lim ce qui est, pour le moins, assez original. Jerry Ciccoritti était « le gars qui a fait Graveyard Shift ». Je ne savais pas quoi en attendre. Ses textes sont finalement dans mon top 5 personnel. Un homme irrévérencieux et méchamment drôle.



SUZANNE: Parmi les contributeurs de « Gods in Spandex », Jerry Ciccoritti m'a étonnée moi aussi. Et il est aussi drôle dans sa correspondance par mail que quand il discute de ses films. Un gars génial à tous les égards. J'ai aussi été surprise par Rold de Heer. En dehors du fait que j'étais fan de « Incident at Raven's Gate », je ne savais presque rien de l'homme à part qu'il vivait en Australie. Mais son intelligence et son humour m'ont vraiment conquise. Dans « Gods in Polyester », Ed Adlum et Jeff Lieberman ont attiré mon attention ; Adlum pour sa lucidité sur ses films et Lieberman pour son humour.

Dans l'avant-propos de "Gods in Spandex", vous indiquez que selon vous, "l'époque des films indépendants à petit budget est née à la fin des années 1960, s'est épanouie dans les années 1970, est lentement morte dans les années 1980 et ne renaîtra probablement jamais ». Pourriez-vous développer ce point de vue ?

MIKAEL: L'âge d'or des films d'exploitation indépendants aux Etats-Unis est fini depuis longtemps. Les drive-ins sont morts et les indépendants ont été avalés par de grands studios, ou bien se sont transformés en usines qui sortent à la chaîne des imitations sans âme des merdes produites par les majors. Il n'y a pas de film de genre européen en dehors de l'Espagne. Il y a bien des exceptions occasionnelles mais généralement, il n'y a pas de visionnaires fous ou de commerçants folkloriques derrière ces merveilles à petit budget. Les excentriques qui ont fait des films comme « Toy Box » ou « Carnival of Blood » ne font plus rien qui relève du film de genre. Surtout en ce qui concerne le film d'horreur : les hommages sans originalité à Fulci, Romero ou Hooper que j'ai eu le malheur de voir ces dernières années ont presque entièrement tué mon intérêt pour le genre. Les films ne sont pas intéressants et ceux qui les font non plus.



SUZANNE: Le cinéma indépendant n'a plus rien à voir avec son équivalent des années 1960 à 80. D'un côté, on a des gens qui se prétendent « indépendants », mais qui ont en fait des millions à leur disposition, un flouze qu'ils n'ont pas à sortir de leur propre poche ou à soutirer à leurs amis ou bien à des commerçants locaux comme leurs prédécesseurs. D'un autre côté, on a accès à un équipement numérique à des prix de plus en plus abordables, ce qui veut dire que n'importe qui peut aller au supermarché du coin, acheter le micro le moins cher possible (en général un micro qui rend le dialogue totalement inaudible à force de capter tous les bruits environnants) et, avec le moins d'enthousiasme et de créativité possible, bidouiller ce que j'appelle des « non-films ». Ces « non-films » n'ont ni personnalité, ni style, ni substance... pas grand-chose. En toute honnêteté, ce serait plus intéressant de regarder de la peinture sécher. Par contraste, avec les films indépendants des années 1960-80, on avait le sentiment que les gens derrière la caméra essayaient de leur mieux de faire un VRAI film. Ce n'était pas un projet du week-end pour tuer le temps entre deux matchs de foot, ou simplement parce qu'on pouvait se permettre d'acheter les gadgets en solde. En fait, c'était quelque chose en quoi ils croyaient et qu'ils essayaient de rendre aussi unique que possible, souvent avec du sang et des larmes. C'est une grosse différence.

Pourriez-vous nous parler de vos prochains projets ?

MIKAEL: Je préfère ne pas faire de la promotion pour quelque chose qui n'est pas terminé et prêt à être publié. Parler de projets qui tombent à l'eau ou qui traînent pendant des années, c'est assez gênant. Si « Spandex » se vend bien, « Polyester » sera retravaillé et réédité avec une nouvelle maquette et peut-être quelques contributions en plus. Tant qu'il y a une demande et assez d'argent pour imprimer ces livres, ils demeureront disponibles selon toute vraisemblance. Rien n'est définitif. A part ça, je ne sais ni où je vais ni ce que je ferai à l'avenir.



SUZANNE: Il y a un nouveau projet de livre sur l'un des contributeurs de « Polyester » et « Spandex » ; mais il vaut mieux ne pas donner de détails tant que tout ceci n'est pas terminé. A part ça, on ne sait jamais ce qui nous attend. Mais vous pouvez être sûr d'une chose : personne n'aura jamais fait un truc pareil. Je vous le promets.


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