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Interview de Richard Harrison

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Richard Harrison


Au cours d'une carrière menée sur tous les fronts, il a croisé la route de grands noms du cinéma en général (Vincent Price, Charles Bronson, Errol Flynn, Klaus Kinski, Christopher Lee, Isabella Rossellini...) et du nanar en particulier (Vampira, Umberto Lenzi, Alberto De Martino, Gordon Mitchell, Antonio Margheriti, Enzo G. Castellari, Joe D'Amato, Bruno Mattei, Jesus Franco, Teddy Page, Fred Olen Ray, Godfrey Ho...).

Si l'image du grand Richard Harrison est si profondément ancrée dans le B-Movie, c'est que l'acteur est incontestablement un pilier du genre. En bonne grosse exclu pour Nanarland, le maître revient sur sa carrière en acceptant de répondre à nos volées de questions, se pliant gentiment à l'exercice avec beaucoup de lucidité et un franc-parler exemplaires.

Interview menée par
John Nada en Novembre 2003


A l'origine, vous faites partie de cette génération d'acteurs américains qui s'est fait un nom au début des années 60 dans les séries B produites en Italie, notamment dans le péplum, à l'instar des Steve Reeves, Gordon Scott, Ed Fury, Mark Forrest, Reg Park et surtout Gordon Mitchell. Le climat qui pouvait régner entre vous et les autres acteurs américains de la Cinecitta tenait-il plutôt d'une solidarité complice ou d'une farouche rivalité ? Sauriez-vous expliquer pourquoi la carrière de Gordon Mitchell et la vôtre sont les seules à avoir survécu au déclin du genre ?

Avant d'aller en Europe, j'étais sous contrat avec deux studios différents : en fait, j'étais toujours sous contrat avec American Int. quand j'ai accepté un contrat avec Italo Zingarelli en Italie.
Ca faisait déjà six ans que je gagnais ma vie comme acteur, et je n'étais pas culturiste, juste quelqu'un qui travaillait son corps pour le maintenir en forme. Les gens que vous mentionnez étaient choisis pour leur physique. La plupart d'entre-eux ne connaissait rien au métier d'acteur.
Moi, j'étais capable de jouer dans de nombreux registres et ne me reposait pas uniquement sur mes muscles.
A l'exception de Gordon Mitchell, presque tous mes amis étaient Européens. Je préfère la culture européenne, et même aujourd'hui la plupart de mes amis sont originaires d'Europe.


"Moi, j'étais capable de jouer dans de nombreux registres...
... et ne me reposait pas uniquement sur mes muscles."

Concernant vos débuts à l'écran, nous avons entendu dire que vous étiez passé du monde du body-building à celui du cinéma car votre beau-père dirigeait la firme américaine AIP. Vous auriez été engagé comme cela, destiné semble-t-il à ne devenir rien de plus qu'un "acteur de rechange" à Hollywood. Puis, engagé en Italie pour The Invicible Gladiator (Il Gladiatore Invincibile, 1963) vous auriez préféré rester en Europe. Est-ce parce que l'industrie du cinéma en Italie vous proposait de meilleurs rôles et une meilleure perspective de carrière que le Hollywood de l'époque ?

Je n'ai jamais été considéré comme un Mr Muscle à Hollywood. J'avais un accord avec AIP mais j'ai choisi d'aller en Europe à la place quand on m'a offert le contrat. J'avais très envie d'aller en Europe, et particulièrement en Italie. Je savais que je n'avais pas les moyens, ni même l'envie, de devenir un grand acteur mais je sentais que j'avais ce qu'il fallait pour faire carrière.
Ce qui était sûr à l'époque, c'est qu'il se tournait plus de films en Italie qu'à Hollywood.


"Je savais que je n'avais pas les moyens, ni même l'envie, de devenir un grand acteur mais je sentais que j'avais ce qu'il fallait pour faire carrière."

Quels étaient l'ambiance et le rythme de travail à la Cinecitta ? On entend souvent dire que sur les plateaux se tournaient plusieurs films à la fois, que les films étaient produits de manière "industrielle". Vous est-il arrivé de tourner plusieurs métrages en même temps ?

Quand vous avez un premier rôle, on exige que vous soyez toujours présent sur le plateau, ou disponible à tout moment. Gordon Mitchell, de son côté, jouait souvent un petit rôle avant d'aller sur un autre film.
Sur le plateau je restais le plus souvent seul. Mon passe-temps favori est la lecture, donc c'est ce que je faisais quand on n'avait pas besoin de moi devant la caméra.


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