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Star Paws

(1ère publication de cette chronique : 2021)
Star Paws

Titre original : Star Paws

Titre(s) alternatif(s) :Aucun

Réalisateur(s) :Evan Tramel

Année : 2016

Nationalité : Etats-Unis

Durée : 1h17

Genre : Dans l'espace, personne ne vous entendra aboyer

Acteurs principaux :Bobby Catalano, April Rose, Doc Phineas Kastle, K.J. Shrock, Les chiens Pepper et Dixie

Rico
NOTE
1.5/ 5

 

Y a pas à dire à Nanarland, on aime bien ouvrir des boîtes de Pandore. Des genres de trucs que nulle personne normalement constituée ne va voir en temps normal comme les films de ninjas ou les copies indiennes de blockbusters américains. Et Chuck Norris sait que, de la S.F. de propagande évangélique aux sous-Rambos philippins en passant par les comédies pied-noir à la Philippe Clair, on s’est aventurés dans pas mal des coins les plus mal famés de la cinéphilie mondiale.

Mais on ne va pas se le cacher, il y a tout un univers qu’on a toujours hésité à visiter tant on craignait d’y laisser notre jeunesse, notre santé et les derniers neurones qui nous restaient : celui des films avec des animaux mignons qui parlent.

Ouais je sais ce que vous allez me dire : ah oui Comme chiens et chats, Babe le cochon devenu berger tout ça, mais c’est des bons films ça, c’est gentil, c’est bien fichu, ça fait rire toute la famille…

Non... on vous parle pas de ça, là on est dans la Rolls Royce du genre, on va même pas évoquer des classiques un peu plus commerciaux genre Air Bud, Beethoven, Dunston ou Jack roi de la glisse avec son chimpanzé qui fait du hockey sur glace, non ça c’est encore du caviar...

On va plutôt commencer à descendre dans des productions crapuleuses à petits budgets, des trucs faits à la va-vite pour inonder les chaînes locales pour enfants aux États-Unis, produits avec un minimum de soin, de budget et de scrupules.

Labroche dans le podcast avait déjà parlé des Chaventuriers de Noël made in The Asylum ou Soccer Dog 2: European Cup. En decembre dernier Wallflowers s’était fait piéger par Gulli avec Y a t-il un chien pour conduire le traîneau et sa féerie de noël très artisanale...

De toute façon Noël + animaux mignons qui parlent, c'est le combo magique


Mais là, c’est encore limite des superproductions ! C'est fait par des gens qui savent dans quel sens se tient une caméra et monter un décor avec trois meubles Ikea. Non, nous on va encore dégringoler de quatre ou cinq échelons avec des productions quasi amateures sur la forme mais très roublardement rentables dans le fond, tournées à la chaîne et en urgence pour être vendues à la sauvette dans les bacs tout à 1.50 $ chez Walmart.

Depuis quelques années, grâce aux développement de logiciels d’animation et à des écrans verts portables commandables chez Wish, on a vu déferler une nouvelle vague de films animaliers, où de vrais animaux qui n’avaient rien demandé à personne sont incrustés à la zob dans des environnements en images de synthèse refaits sous Paint. Un peu dans la lignée de ce que faisaient les gens de chez "Mondo Video" ou "Dingo Pictures" dans les années 1990-2000, ou "Video Branquedo" au début de la décennie 2010. Et c’est un vrai marché aux Etats-Unis. Entre les chaînes de VOD, les supermarchés et les stations télé locales qui veulent remplir leurs grilles à moindre coût, c’est même un eldorado pour les stakhanovistes de la pelloche au rabais.

Alors ce genre de films y en a beaucoup, beaucoup trop même... On aurait pu vous parler de la saga Pup Star qui conserve encore un certain professionnalisme :

ou de Fast and Furriest :

 

Voire de Porn Dogs: the Adventures of Sadie et ses clébards doublés par des porn stars. Mais non, n'insistez-pas, on ne reviendra pas dessus parce que c'est tellement cheap et triste à tous les niveaux...

 

Non là on va s’intéresser à Star Paws qui, par la force des choses, va prendre un peu pour tous les autres, mais qui, en fait, le mérite amplement tant cette production pour gosses, je vous le rappelle, semble avoir été torchée sans pitié par une belle collection de ramiers opportunistes avec des dollars incrustés au fond des yeux.

Déjà quand ta société s’appelle littéralement "Impitoyable Studio" tu sais que tu vas pas la jouer subtil.

Prenant résolument fait et cause pour la team chien, Star Paws reprend l'idée de l'affrontement millénaire canin/félin pour le contrôle du monde. Le méchant capitaine Adventure Cat patrouille l'univers dans son vaisseau spatial avec son armée de chats clonés identiques, à la recherche de l’os de dinosaure de pouvoir qui lui permettra de dominer l’univers !

Curieusement, alors que tous les chiens sont interprétés par des vrais toutous en chair et en poils, les chats sont eux en images de synthèse grimaçantes qui pourraient être acceptables si leur animation n'était pas mécaniquement saccadée et surtout, si la même boucle d'image de moins d'une minute trente n'était pas reprise quatre fois dans le film en changeant juste les dialogues pour refaire des scènes. A croire qu'ils avaient cramé le budget au bout de 3 mn de film !

Même si c'est laid profitez en bien, ce sont les images les plus soignées du film.


Face aux vilains chats nous avons une courageuse escouade de la BIA: un agence secrète canine dédiée à préserver la paix entre les peuples et empêcher les chats de mettre la patte sur les meilleures friandises du monde. Avec des vaisseaux spatiaux qui tirent des lasers !

Ne vous laissez pas troubler par l'apparente qualité de certaines images dans l'espace, il s'agit de stock-shots de l'ISS et de la NASA bidouillés en post-prod, voire de plans de synthèse génériques de planètes ou de dinosaures issues de banques d'images.

Alors que les chats sont en images de synthèse approximatives mais donc un minimum expressifs, capables de parler, de bouger, d'exprimer des émotions, les chiens sont eux de vrais animaux vivants collés sur écran vert dans un décor fixe en CGI, parfois agrémentés d’accessoires, à qui on a dit "pas bouger !" pendant toutes les scènes où ils sont à l'écran.


Et eux quand je dis pas bouger... on ne s'est même pas donné la peine de leur animer les babines quand ils parlent ! Les pauvres bêtes restent immobiles et l'air malheureux, pendant qu'une voix surjouée de dessin animée sortie de nulle part débite de longues tirades de remplissage. Et comme la réalisation est à la ramasse et qu'il y a quatre doubleurs pour faire toutes les voix, on n'y comprend rapidement plus rien quand il y a plusieurs animaux à l'image, d'autant qu'ils passent parfois d’un chien à l’autre sans prévenir au milieu d’un dialogue. Sans compter l'ajout d'une voix off qui répète ce que les protagonistes viennent de dire.

Et là mon Dieu mais c’est la tristesse ! Ces pauvres bêtes se tiennent immobiles, vaguement hébétées, attendant visiblement un bout de croquette promis par le dresseur si tant est qu'il y en ait un. On lit le désespoir au fond de leurs grands yeux. De toute façon des chiens y en a 4 et je suis certain qu’ils ont été bourrés de tranquillisants pour rester calmes entre les prises.

Sortez moi de là  ! Vous voyez pas que je suis mort à l'intérieur !

En plus, si on est attentif, on s’aperçoit que là encore ce sont toujours les mêmes plans de chiens sur fond vert qui sont réemployés pour toutes les scènes. Même si elles sont incrustées dans des décors différents, on réutilise toujours les même images en boucle des chiens qui semblent se demander ce qu’ils font là.


Et pour tenir le temps du film, le réalisateur Evan Tramel use de tous les stratagèmes possibles pour délayer une sauce déjà pas bien épaisse, en commençant par 9 minutes d’exposition où on va nous expliquer 4 fois de suite l'enjeu de l'histoire : au jurassique les dinosaures ont créé un os magique qui donne du pouvoir et qui est super bon à mâchouiller... et qui est donc convoité par le méchant Adventure Cat parce que cela lui permettrait de dominer le monde !

1ère scène : Adventure Cat explique la situation à ses soldats. OK.

2ème scène : des stocks-shots random de dinosaures en images de synthèse où une voix off nous rappelle l’histoire. Soit.

3ème scène : les bureaux du BIA où la voix off nous explique quelle sera la mission des chiens, c’est-à-dire récupérer l’os avant les chats... bon allez, ça suffit maintenant…

4ème scène : un certain général Ruff incarné par un husky dont on n'entend que la voix ré-explique la mission aux chiens. Attention il ne faut pas que les chats s'emparent de l'os parce que... Mais ta gueule !

Le reste n'a de toute façon pas grande importance, c'est à celui qui remontera le plus vite dans le temps pour retrouver l'os de pouvoir...  L'étape suivante c'est donc d'inventer une machine à remonter le temps... en empruntant la technologie aux poules. La construction du dit dispositif occupant au bas mot les deux tiers du film.

Ceci est une réunion diplomatique de haut niveau pour négocier le secret du voyage dans le temps (rappel : les chiens et les chats ont aussi des vaisseaux spatiaux)



Oui, alors, je vous parlais des décors quand ils ne sont pas en image de synthèse...

A côté de ça, ils nous sortent des combats spatiaux en flash backs issus de nulle part.


Bien entendu ils ne s'enquiquinent pas à faire deux cockpits différents pour les vaisseaux ennemis, ce serait trop de boulot.

Le remplissage est encore poussé très loin puisqu'après la négociation avec les poules pour le secret du voyage temporel, nos chiens vont faire... un photo shoot qui n'a aucun rapport avec l'histoire, où ils essayent des costumes variés.

 

Ce film c'est littéralement un chien avec un chapeau.

Les scènes de comédie canine sont interminables parce qu'elles ne sont pas de vraies scènes de comédie. Ce sont juste des plans de remplissage où les chiens répètent ce qu'on sait déjà sur les enjeux du scénario, mixés avec le recyclage aléatoire et assez hystérique des mêmes images de synthèse de vues spatiales, ou des mêmes séquences de chiens qui regardent des livres sur les dinosaures à la télé.

Ou mieux : le personnage regarde à la télé littéralement la scène précédente qu'il vient de vivre ! 

En fait, un peu comme Exterminator City dont John Nada nous parlait il y a peu, ce film répétitif et ronge-tête s'avère vite absolument insupportable à suivre dans sa totalité, et pourtant il suffit de faire un arrêt sur image quelque part pour avoir la mâchoire qui se décroche.

Au final, après de longues scènes de palabres qui ont déjà dû faire décrocher tous les enfants du monde, nos chiens iront faire un tour en incrustation au milieu de dinosaures en images de synthèse pour trouver le fameux os.

A noter qu'il existe une pseudo suite du même tonneau, Jurassic Bark, qui contraiement à ce que son affiche pourrait laisser croire abandonne complètement les animaux en live pour la sécurité du tout images de synthèse, perdant ainsi au passage tout ce qui en faisait encore son maigre intêret.

Le Colombo du nanar qui se penche un minimum sur les responsables de ce films tombe rapidement sur un maquis de sociétés interchangeables aux pratiques commerciales plus que douteuses, à commencer par "Ruthless Entertainment" la bien nommée. Étonnamment, s’ils sont extrêmement actifs (122 titres produits en 8 ans d’existence !), ils sont d’une pudeur de rosière dès qu’il s’agit de connaître les responsables qui se cachent derrière ce nom, communiquant à peine via leur page Youtube, puisque leur site ou leurs réseaux sociaux ne sont eux plus mis à jour depuis 2018.

Fondée en 2013, cette société a commencé avec des films d’horreur à petit budget pillant allègrement les concepts de production de grands studios.

Devine qui j'imite...

Puis, progressivement, ils se sont partiellement tournés vers le cartoon premier prix, favorisé par l’essor d’outils informatiques de création 3D faciles d’accès qui ne nécessitent même plus d’être informaticien et encore moins artiste pour créer des films d’animation à la chaîne. Tout en gardant leur marque, ils ont rejoint en 2017 le giron de "Wownow Entertainment", une boîte installée à Hawaï qui inonde les chaînes câblées de dessins animés bâclés, recyclant sans fin les mêmes modèles informatiques tout en repompant sans vergogne les succès du moment : Vous avez aimé FindingNemo de Pixar ? Vous en voulez une version chrétienne ? Boum, voici Finding Jesus 1 et 2 avec ses poissons évangélistes et un sushi vivant qui parle avec l'accent japonais.

"Ruthless Studio" fait donc partie de la constellation "Wownow" et produit à foison, outre des films d’animation, tout un tas de productions opportunistes, faciles à faire et qui surtout ne coûtent pas cher, avec un amour immodéré pour les scènes génériques achetées au mètre dans des catalogues de bandes d’images. Vous voulez des vidéos de chansons religieuses à la guitare sèche sur fond de Grand Canyon et de croix dans le soleil couchant ? Zou American Faith. Des documentaires sur Dracula récitant littéralement la fiche Wikipedia sur le sujet, avec des plans de châteaux en ruine et deux-trois gothiques qui prennent des poses  ? Paf Dracula Fiction or Reality (je vous rassure, ils ont les mêmes sur Frankenstein, les loups-garous ou… Jesus !). De même, pour faire rire ou émouvoir la famille, ils éditent des compil's d’images de bébés ou d’animaux mignons sur internet et roule ma poule.


Ces gens là n’ont pas de scrupules ou de projets politiques, non non ils ont juste un plan comptable... Ils vont vous faire des vidéos sur les dernières théories complotistes ou, au moment des élections, des documentaires composés d’extraits télévisés sur Donald Trump ou Alexandra Ocasio-Cortez, chacun disponible séparément selon votre chapelle, sans jamais prendre parti, ni même apporter une vision autre que ce que vous voulez voir si vous êtes le public cible qui a acheté ce film.

Et ils semblent accélérer le tempo depuis 2020 en sortant, si on en croit leur chaîne Youtube, des légions de films dans tous les genres. Vous voulez des dessins animés pour encourager vos enfants à lire ?  Ils ont ! Une compil des pires tweets de Donald Trump en dessin animé ? Bien sûr ! Un stoner movie avec des chats défoncés dans l'espace ? Check ! Un film où le Big Foot affronte un Mégalodon, ou un autre où Donald Trump se fritte avec des Illuminatis extraterrestres ? Banco !
 

Se plaçant par leur volume de production et leur opportunisme commercial comme le "The Asylum" des années 2020, "Wownow Entertainment" et "Ruthless Studio" n'ont probablement pas fini de faire parler d'eux... C'est bien simple, ce sont mes nouveaux héros !

- Rico -

Cote de rareté - 4/ Exotique

Barème de notation

Si le film n'est pas encore parvenu chez nous, des DVD anglo-saxons existent. Une version NTSC (visuel ci-dessous) zone 1 de chez "Ruthless Studios" et une version britannique zone 2 plus facile à trouver chez "Kaleidoscope Entertainment" (visuel en tête de chronique) avec cette accroche géniale : "Come to the Bark Side". Dans tous les cas, c'est le film tout simple avec zéro bonus.

 

Toutefois si vous explorez un peu la chaîne youtube de Wowkid, vous devriez trouver facilement le film dans son intégralité et en bonne qualité.