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Breakstreet 2 Electric Boogaloo

(1ère publication de cette chronique : 2022)
Breakstreet 2 Electric Boogaloo

Titre original :Breakin' 2: Electric Boogaloo

Titre(s) alternatif(s) :Aucun

Réalisateur(s) :Sam Firstenberg

Producteur(s) :Menahem Golan

Année : 1984

Nationalité : Etats-Unis

Durée : 1h34

Genre : Taga-rap-tsoin-tsoin

Acteurs principaux :Lucinda Dickey, Ice-T, Adolfo Quinones, Michael Chambers, Susie Coelho, Harry Caesar, John Christy Ewing, Steve Notario

John Nada
NOTE
3/ 5

Le fringant Ozone, le primesautier Turbo et tous leurs sémillants amis coulent des jours heureux dans le centre communautaire Miracles, un vieux bâtiment de East L.A. qu'ils ont retapé à grands coups de peinture fluo. C'est un lieu de vie idyllique où les jeunes du quartier peuvent apprendre le breakdance et l'art du mime. Hélas, un méchant promoteur immobilier souhaite raser l'endroit pour y construire un centre commercial. Nos héros, aidés de la fougueuse Kelly, parviendront-ils à sauver le Miracles ?

« Le temple de leur danse est menacé de devenir un supermarché. Alors tous dans la rue, au son des hits FM pour le plus grandiose des shows. Venez nombreux ! »

Plus que l'histoire du film, c'est l'histoire autour du film qui mérite d'être racontée. Nous sommes en 1983. Menahem Golan, fondateur de la Cannon, se demande toujours pourquoi BIM Stars, son ambitieuse relecture musicale du mythe d’Adam et Eve sortie trois ans plus tôt, s’est si douloureusement vautrée au box-office. Alors qu'un tout petit film de rien du tout comme Flashdance casse la baraque partout dans le monde. A n'y rien comprendre... Menahem voudrait bien refaire un film musical, mais l'inspiration lui fait défaut. Un jour, sa fille lui parle avec beaucoup d'enthousiasme de breakers qu'elle a vus à Venice Beach. Le breakdance, Menahem n'a aucune idée de ce que c'est. Mais il se dit que si ça plaît aux jeunes, c'est qu'il y a sans doute de l'argent à gagner.

L'affiche belge de Breakin'.


Ni une, ni deux, il lance la production de Breakin' (Break Street 84 en France), petit budget qui sortira en mai 1984 en plein boum du phénomène hip-hop, et deviendra le film le plus rentable de la Cannon. Menahem n'en revient pas ! Par l'odeur des billets verts alléché, il met alors illico en chantier une suite. De peur que le soufflet ne retombe, il veut que le film se fasse vite, très vite. A l'effarement des studios concurrents, Breakin' 2: Electric Boogaloo sort en décembre 1984, quelques mois seulement après le premier. Cette fois, c'est le public qui ne va pas en revenir...

Breakin' 2 : un divertissement pour toute la famille...

...où même les mimes font du breakdance (au secours !).

Dans Breakin' 2 (ou Breakstreet 2 en France) tout le monde danse pour un oui ou pour un non, voire pour un peut-être, partout, tout le temps. Les flics dansent. Les mémés dansent. Les malades dans le coma dansent. Calibré comme un hamburger de fast-food, le film se résume à un enchaînement de séquences musicales dont le seul moteur semble être la surenchère dans l'esbroufe et le n'importe quoi. Un cartoon live où hurlent des couleurs violentes, où les looks tyrannisent le bon goût et où tout le monde semble être fortement cocaïné, symbole d'une Cannon à la phase extrême de sa décadence artistique.


Ozone et Special K se rendent au chevet de leur ami Turbo, hospitalisé après une chute grave. Mais contre toute attente, Turbo sort de son coma et réclame à manger (« Messieurs, je meurs de faim, je mangerais un mouton ! »). C'est l'hilarité générale. Les malades, les chirurgiens, les infirmières : tout l'hôpital se met soudain à danser.

Si les films des années 1980 sur le hip-hop ont tous méchamment vieilli sur la forme, ils restent souvent pertinents sur le fond (considérations sociales, culturelles, raciales etc.). Le problème de Breakin' 2, c'est qu'il n'a pour ainsi dire pas de fond, ayant tout misé sur la forme. D'où un film furieusement ringard aujourd'hui. Là où des classiques du genre comme Wild Style, Krush Groove, voire même Beat Street abordaient le hip-hop non pas comme un simple phénomène de mode mais comme une forme artistique à part entière, Breakin' 2, lui, ne présente le breakdance que comme un truc coolos.

Un film qui hurle à pleins poumons son appartenance aux années 1980 : tout dans le fluo, rien dans le cerveau !

Les méchants, reconnaissables au fait qu’ils ne portent rien de fluo.

Opportuniste dans sa démarche, démago dans son discours et ultra-formaté dans sa forme, ce produit trahit à chaque seconde – et jusque dans son titre absurde – sa vraie nature : celle d'un film pour jeunes fait par des vieux. Et plus ces vieux s'efforcent d'être dans le coup, plus ils sont à côté de la plaque. Ils accouchent au final d'une aberration d'un ridicule somptuaire, désespérément bloquée à la surface fresh et funky de son sujet mais qui, à défaut de proposer une vision réaliste du mouvement hip-hop, a au moins le mérite d’être fort divertissante.

Dans Breakin' 2, les contentieux entre gangs se règlent à coups de battles de breakdance.

A noter la présence du rappeur Ice-T, dans un rôle dont il ne s'est jamais trop vanté. A droite, sur la guitare à deux manches, c'est son pote de lycée Ernie-C. Ils formeront ensemble l'excellent groupe de rap metal Body Count en 1990.

Cet opportunisme shameless de la Cannon à exploiter les tendances musicales du moment se manifestera encore l'année suivante avec le gentiment ringard House Rap (Rappin'), puis les films rivaux Lambada... le film et Lambada, la danse interdite ("The Forbidden Dance"), qui marqueront l'invraisemblable clash nanar entre les cousins Golan et Globus en 1990.

Outre les références du genre évoquées plus haut, la breaksploitation nous a aussi légué des titres comme Les Zonards (Body Rock, 1984, avec un tout jeune Lorenzo Lamas), Les Garçons de Course alias Breakdance Party (Delivery Boys, 1984, déjà chroniqué ici), l'italien Break Dance & Smurf (1984, une semi-arnaque de Vittorio De Sisti qui glisse quelques séquences avec le breakdancer Mr. Robot pour faire de la remballe), le hongkongais Mismatched Couples (1985, du maître Yuen Woo-Ping, dans lequel un Donnie Yen débutant fait des battles de hip hop ahurissants), ou encore Gejolak Kawula Muda (1985, film indonésien du vétéran Maman Firmansyah, avec la chanteuse pop Chicha Koeswoyo qui breake sur la BO du Breakin’ de la Cannon et sur Rockit de Herbie Hancock).

Le terme « Electric Boogaloo » est devenu un mème synonyme de suite absurde et inutile (par exemple, Citizen Kane 2: Electric Boogaloo ou Lawrence d'Arabie 2 : Electric Boogaloo). Il a donné son nom à un documentaire de Mark Hartley sorti en 2014, Electric Boogaloo: The Wild, Untold Story of Cannon Films.

Terminons avec quelques chiffres et anecdotes. Breakin’ a coûté seulement 1 million de dollars (1,5 avec la promo), en a rapporté 38,7 sur le seul territoire nord américain, et presque 100 à travers le monde en y ajoutant les ventes en vidéo. Un très juteux retour sur investissement, qui n’aurait pas été sans générer quelques tensions à la Cannon. Une embrouille sur le partage des recettes de Breakin’ serait la raison pour laquelle Joel Silberg, réalisateur du premier opus, n’aurait pas rempilé pour cette suite, de même que l’équipe de scénaristes. C’est un autre réalisateur maison, Sam Firstenberg, qui prend donc le relais. Firstenberg est un yes-man au sens noble du terme, adorable, compétent, à l’aise dans les films d’action (on lui doit  les deux premiers American Ninja, Avenging Force, Ultime Violence : Ninja 2, Ninja III : la domination, Delta Force 3, Cyborg Cop et Cyborg Cop 2 etc.) mais qui avoue bien volontiers ne rien connaître au breakdance. Ce changement de réalisateur et de scénariste expliquerait ainsi pourquoi cette séquelle est très différente de l’original : plutôt que de reprendre le ton assez sérieux et réaliste du premier opus, Breakin’ 2 essore la formule éculée du Little people Vs City Hall et Firstenberg, qui ne connaît rien du mouvement hip hop, livre un cartoon live grotesque où tout le monde danse au moindre prétexte.

Adolfo "Shabba-Doo" Quinones, Lucinda Dickey et le réalisateur Sam Firstenberg sur le tournage de Breakin' 2.

Aussi vénale et neuneu soit-elle, cette suite s’est elle aussi révélée rentable, mais dans de plus modestes proportions, et surtout grâce à un heureux concours de circonstance pour la Cannon. La firme de Golan et Globus avait signé un deal avec Tri-Star Pictures, lui déléguant la distribution de deux de ses productions : Breakin’ 2 et Lifeforce. Initialement, Tri-Star devait distribuer Breakin’ 2 début 1985, dans un modeste circuit de 600 salles, car ce n’est pas un gros film. A la différence par exemple de Supergirl, blockbuster de 35 millions de dollars que Tri-Star/Columbia lance en grande pompe, sur pas moins de 1608 écrans, un week-end de novembre 1984. Problème : Supergirl se ramasse sévèrement aux box office et Tri-Star, qui loue à prix d’or des salles de plus en plus vides, saigne des dollars. Pour limiter l’hémorragie, le distributeur fait pression sur la Cannon pour sortir Breakin’ 2 le plus vite possible, et le projeter à la place de Supergirl dont les critiques et le bouche à oreille sont catastrophiques. Conscient que c’est dans son intérêt, Golan met les bouchées doubles : pas moins de 5 monteurs et une kyrielle d’assistants monteurs sont crédités sur Breakin’ 2, travaillant en parallèle sur des séquences différentes, quasi 24h sur 24, de même qu’une petite armée de monteurs son, ingénieurs du son et étalonneurs. A ce rythme, la post-production de Breakin’ 2 est bouclée en seulement 15 jours et le film sort pour Noël dans un généreux circuit de 1200 salles (Firstenberg parle de 2000 copies). Usiné pour un coût de 4,5 millions de dollars (6 avec la promo), Electric Boogaloo en rapportera un peu plus de 15 sur le marché nord américain. Rien d'extraordinaire, mais toujours mieux que Supergirl qui finira péniblement à 14,2 millions de dollars, même pas la moitié de son budget.

Menahem Golan et ses gagneuses.

D’après Sam Firstenberg, un Breakin’ 3 aurait été envisagé, avant d’être abandonné. Une des raisons serait qu’Adolfo "Shabba-Doo" Quinones se serait montré trop exigeant financièrement pour apparaître dans cette nouvelle suite. Pour honorer le contrat de 3 films qu’il avait signé avec la Cannon, le danseur chorégraphiera et jouera dans Lambada… le film en 1990. Pas vraiment un saut qualitatif par rapport à Breakin' 2 !


L'affiche ciné italienne.

- John Nada -

Cote de rareté - 3/ Rare

Barème de notation

La Cannon n'existe plus depuis longtemps, mais son catalogue étant la propriété de la MGM, les films des cousins Golan & Globus sont disponibles dans de belles copies. On trouve ainsi Breakin' 1 et Breakin' 2 en blu-ray, édités par "Shout Factory", avec quelques bonus (dont le plus intéressant est le commentaire audio du réalisateur Sam Firstenberg, de l'acteur Adolfo "Shabba-Doo" Quiñones et du monteur Marcus Manton), mais malheureusement cette édition propose uniquement la VO avec sous-titres anglais. C'est d'autant plus dommage que l'ancien DVD "MGM" avait au moins des sous-titres français.


Pour voir cette petite gourmandise en VF, il faudra tâcher de mettre la main sur l'édition VHS d'époque, sortie chez "UGC Vidéo".