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Le Führer en Folie

  • Titre original : Le Führer en Folie
  • Réalisateur :
  • Année : 1974
  • Pays : France
  • Genre : Gags au stalag (Catégorie : Comédies pouet-pouet)
  • Durée : 1h30
  • Acteurs principaux : Henri Tisot, Luis Rego, Venantino Venantini, Pierre Doris
Note :
5
La Team Nanarland

Chronique

On a les madeleines de Proust qu'on peut. Ce film, vu jadis sur la 5 entre les brumes d'une nuit d'insomnie, m'avait laissé un souvenir si traumatisant que, lorsque le sieur Mr Klaus m'a annoncé qu'il avait mis la main dessus, mon sang n'a fait qu'un tour. Le chef-d'œuvre de Philippe Clair allait-il se révéler à la hauteur de mes souvenirs ? Dès le générique, accompagné d'une chanson inédite de Patrick Topaloff, l'évidence se fit jour : non seulement le film était digne de sa réputation, mais il était pire encore. Les mots manquent au chroniqueur nanar pour décrire la véritable apocalypse hilaro-bidonnante qui nous est infligée à chaque millimètre de pellicule par un Philippe Clair totalement déchaîné. Gargantuesque, titanesque, hénaurmissime, consternantabrantesque, on pourrait épuiser tous les adjectifs possibles pour qualifier ce film, ce serait en pure perte : il est tout bonnement « autre », digne de la conception Lovecraftienne de l'épouvante indicible et cyclopéenne.



L'histoire, donc…Il y en a une, bien que ce soit parfois difficile à concevoir durant la vision de l'œuvre. La première scène nous montre Georges de Caunes, recevant sur un plateau de télévision un ancien arbitre suisse, auteur du livre « Hitler footballeur », et qui désire nous démontrer le rôle du foot dans le déroulement de la Seconde Guerre Mondiale. D'emblée, nous sommes dans le ton de la catastrophe qui va suivre, car l'auteur en question est joué par Michel Galabru qui, visiblement peu concerné, nous offre sur un plateau ce qui est sans doute la pire prestation de sa glorieuse carrière ! L'arbitre est en effet censé être suisse-allemand, or, s'il y a un accent que Galabru est bien incapable d'imiter, c'est l'accent germanique ! Apparemment conscient de cette difficulté, l'acteur trouve la parade en faisant absolument n'importe quoi. On franchit déjà un palier dans l'épouvante…




Warning ! Extreme Galabru inside !



Le douanier polonais : “Vous n'avez rien à déclarer ?”
Hitler : ‘'Ja ! La guerre !’'


Retour ensuite à l'époque de la Seconde Guerre Mondiale, durant laquelle se situe l'action. Un mot pour prévenir d'emblée le lecteur que la logique et la continuité historique ne jouent qu'un rôle très secondaire dans la conception PhilippeClairesque du récit : on ne sait pas quand se situe l'histoire ! Durant la drôle de guerre ? Après la Libération ? Toujours est-il que les armées françaises et allemandes sont en guerre. Hitler a défié les Alliés pour jouer le sort de la guerre… au cours d'un match de foot ! Les troupes françaises s'entraînent ferme, sous la direction du commandant Pierre Doris (à peu près aussi crédible en footballeur, ou même en ancien footballeur, que Raymond Poulidor en petit rat de l'Opéra). Agacé par la présence dans son équipe de trois footballeurs tire-au-flanc, joués par Patrick Topaloff, Luis Rego et Maurice Risch, Doris décide de les envoyer en mission derrière les lignes allemandes pour se débarrasser d'eux.


Pierre Doris en capitaine d'équipe de foot : on y croit !




Les z'héros qui vont sauver la France (faut plus s'étonner de la défaite de 1940 !).


L'apparition de nos trois héros ne fait que renforcer la stupéfiante crédibilité du film : Rego, Risch et Topaloff portent magnifiques chevelures ondoyantes typiquement années 70, qui devaient certainement faire fureur dans l'armée française durant les années 40 ! On n'énumèrera pas ici les défauts de vraisemblance, qui risqueraient de faire ressembler cette chronique à un catalogue : concentrons-nous plutôt sur la fabuleuse poésie du film, qui en fait un véritable joyau nanar à réhabiliter d'urgence. L'Opus Magnum de Philippe Clair se caractérise en effet par une dose massive de l'ingrédient qui fait la différence : l'hystérie maximale ! Pas une scène qui ne jette le spectateur dans des convulsions d'incrédulité, tant le sens de la mesure est visiblement une notion totalement étrangère à l'auteur ! Cabotinage poussé aux limites de l'endurance humaine, gags usés jusqu'à la corde, jeux de mots indignes de l'Almanach Vermot, grivoiserie ahurissante, on est dans la quatrième dimension du nanar, à vous faire douter de ce que vous êtes en train de voir, tel un « Robo Vampire » du cinéma comique ! A chaque gag, la stupéfaction gagne le spectateur : ils ne vont pas oser ? Hé si !


Ho hé, on cherche Hitler, vous l'auriez pas vu ?


SURPRISE !


Ha-haaaa, vous l'saviez pas, hein, qu'Hitler se baladait dans son tank avec la première patrouille venue ?


Achtung ! Gross cabotinage en vue !


Le film ne serait évidemment rien sans ses acteurs, qui se lancent tous, premiers et seconds rôles, dans un véritable concours de cabotinage et de grimaces jamais vu depuis les films muets les plus grand-guignolesques. Luis Rego, Maurice Risch et Patrick Topaloff, dignes héros du film, sont au diapason de cette symphonie de l'outrance, et semblent vouloir pousser leurs muscles faciaux à la limite de leur résistance.


J'ai bien mangé, j'ai bien bu, et maintenant je paie mes impôts !


Mais arrêtez-euuuuuh, de dire que je ressemble à Jacques Villeret !



Gag !


« Brigade spéciale, nous sommes les Amazones !»


Zigue-Aïe !


Luis Rego s'entraîne pour son rôle dans « Les Hommes préfèrent les grosses ».



Mais le concours est gagné haut la main par Henri Tisot dans le rôle d'Hitler, qui nous offre une prestation tout simplement UNIQUE ! Devenu célèbre dans les années 60 grâce à ses imitations de la voix du Général de Gaulle, Tisot récidive dans la maltraitance de figures historiques, sa prestation pouvant être résumée en deux mots de franglais : total freestyle !




Henri Tisot ne parle pas, il hurle, semblant incapable de dire « passe-moi le sel » sans pousser des glapissements avec un accent allemand qui semblerait exagéré dans « Papy fait de la résistance». Piqué par la mouche tsé-tsé du cabotinage abracadabrantesque, Henri Tisot fait ressembler Louis de Funès à un acteur bressonien en provocant de véritables secousses sismiques sur l'échelle du cabotinage !

FESTIVAL HENRI TISOT !!!!







Il trouve une compagne à la hauteur en la personne d'Alice Sapritch, qui interprète le rôle d'Eva Braun, alias « la Fuhrine » (sic !), comme si elle jouait « Ma Femme a la frite, une fois ! », la nouvelle pièce bidonnante de Marc Camoletti. Obsédée sexuelle, hystérique, se baladant à bord d'un tank rose bonbon, foldingue digne de « La Pension des Surdoués ».









Alice, ça glisse !


Un dernier mot sur Venantino Ventantini, acteur italien vu notamment dans « Le Corniaud » et « La Cage aux folles », qui interprète le majordome d'Hitler, offert gracieusement par Mussolini : ce brave Venantino, vêtu d'un chatoyant uniforme rose bonbon, gesticulant à chaque réplique comme un chef d'orchestre parkinsonien, semble avoir été poussé par Philippe Clair à interpréter la pire caricature d'Italien jamais vue à l'écran, au point que même Aldo Maccione aurait refusé d'en rajouter autant ! Cataclysmique !


Venantino Venantini : si mauvais qu'il n'est pas du tout crédible en Italien.


On regrettera seulement la brièveté de l'apparition de Philippe Clair lui-même qui, signant son film de sa présence tel un Hitchcock du nanar, joue le rôle du curé de Baden-L'Oued, subtile mixture du folklore allemand et de la culture pied-noir (Baden-Baden…Bab el Oued…Mou ha ha ! Hem, bon…).


Ayayaye, ma parole, purée d'ma mère, qu'il est trop bien mon film, sur la Torah que je l'jure !




Ha-haaaa, nos héros ont capturé Hitler et s'enfuient avec lui sur un tandem !



Mais la führine arrive à la rescousse sur son char d'assaut rose bonbon !




GAG !!!!!


Scoop : Hitler était trisexuel !



Les footballeurs SS à l'entraînement !


Et le scénario dans tout ça ? Il n'y en a pas vraiment, le film se résumant à une suite de scènes plus aberrantes les unes que les autres, le scénario semblant avoir été improvisé au rythme du tournage par un Philippe Clair ayant abusé du Sidi-Brahim : disons pour résumer qu'Hitler prend Luis Rego, Patrick Topaloff et Maurice Risch pour des footballeurs de haut niveau (!?) et les engage pour jouer dans son équipe contre la France.



La foule des stock-shots est en délire !


Les dix figurants du film aussi !







Nos trois héros vont évidemment tout faire pour faire perdre l'Allemagne au milieu d'un déluge de gags tous plus navrants et cartoonesques les uns que les autres. Michel Galabru, arbitre du match, réapparaît au passage pour nous confirmer 1) qu'il ne sait décidément pas imiter l'accent allemand 2) qu'il n'en a décidément rien à foutre de son rôle.








Fin du match ! L'Allemagne a perdu la guerre !


La foule des années 1940 est de nouveau en délire !



Ach ! Sabotage !!!


Hitler réfugié en Amérique du sud : mouahaha !!!


Film cataclysmiquement nanar du début à la fin, plus navrant qu'une dizaine de films des Charlots collés bout à bout, le « Führer » de Philippe Clair constitue sans nul doute le point le plus extrême de la filmographie du psychopathe de la comédie franchouillarde. La plupart des grands humoristes juifs (Mel Brooks, Jerry Lewis) ont voulu un jour ou l'autre régler leurs comptes avec Hitler, Clair l'a fait aussi…mais avec son style inimitable ! Et dire que des associations d'anciens résistants ont protesté à l'époque contre le film…Y'en a qu'ont pas d'humour ! SUR LA VIE D'MA MERE, PHILIPPE CLAIR IS GOD !



Le Führer en Folie

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