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Captain America (1989)

  • Titre original : Captain America (1989)
  • Réalisateur : Albert Pyun
  • Année : 1989
  • Pays : Etats-Unis / Yougoslavie
  • Genre : Baudruche étoilée (Catégorie : Super-héros)
  • Durée : 1h30 environ
  • Acteurs principaux : Matt Salinger, Scott Paulin, Ronny Cox, Ned Beatty, Kim Gil
  • Producteur : Menahem Golan
Note :
2,5
Nikita
Nikita

Chronique



Il faut se rendre à l’évidence : RIEN n’est plus difficile à réussir qu’un film de super-héros. Les succès, artistiques ou commerciaux, des « Batman », et plus récemment des « X-Men » et autres « Spider-Man » nous l’on fait oublier : avant que la technique, par ses bonds de géant, ne permette enfin de donner une vie crédible aux surhommes de papier, les super-héros risquaient beaucoup plus de ressembler à « L’Homme-puma » qu’au « Superman » de Christopher Reeve et ce ratage notoire d’Albert Pyun en est une bonne illustration. Il convient de rappeler que ce film a été mis en chantier juste après le succès du premier « Batman » de Tim Burton, mais n’a servi qu’à rappeler de façon cinglante que ce n’est pas parce qu’un super-héros a eu du succès à l’écran que n’importe qui peut réussir la même sauce. Car c’est bien à un véritable catalogue d’erreurs à ne pas commettre que nous assistons ici. Rappelons tout de même que le matériau de départ n’était pas le plus aisé à traiter car Captain America est l’un des héros de comic-book qui prête le plus le flanc au ridicule, aussi bien par son costume (littéralement impossible à recréer en trois dimensions) que par son concept de base (très pompier et donc difficile à manier) !



Rappelons brièvement l’origine de notre personnage : Captain America fut créé en 1941 par Jack Kirby et Joe Simon, alors que l’entrée en guerre des Etats-Unis se faisait de plus en plus probable. Steve Rogers, un jeune homme souffreteux mais patriote se prête volontairement à une expérience de l’armée américaine visant à créer un soldat invincible. Mais le savant créateur de la formule tombant aussitôt après sous les balles d’un espion nazi, Captain America sera le seul de son espèce. Héros de circonstance, patriotique et bleu-blanc-rouge à fond les manettes, cassant du Nazi et du Jap’ à longueur de page, Captain America ne devait pas survivre très longtemps à la fin de la guerre malgré des tentatives de résurrection dans les années 50.



Le vrai retour du personnage se fit au début des années 60, dans le comic-book « The Avengers » (« Les Vengeurs ») de la jeune compagnie Marvel, sous la houlette de Stan Lee (scénarii) et de son créateur Jack Kirby (co-scénariste et dessinateur) : Captain America était retrouvé congelé dans les glaces du Pôle, resté en vie grâce à la formule du super-soldat, et n’ayant pas vieilli d’un jour. Le personnage repart donc bravement à l’assaut du mal sous toutes ses formes, tout en ayant du mal à se réadapter au monde contemporain. Si Captain America est, dans sa conception même, un personnage assez pompier, certains auteurs de la BD réussirent occasionnellement à lui donner une vrai consistance, notamment en jouant sur les failles de sa nature de « héros parfait ». Reste cependant que, s’il peut être superbe entre les mains d’un dessinateur talentueux, le Capitaine est littéralement impossible à restituer tel quel en trois dimensions, pour des raisons qu’un simple coup d’œil sur sa tenue ultra-kitsch suffit à expliquer. Trois tentatives eurent cependant lieu : en 1943, un sérial, paraît-il peu concluant, fut tiré de la BD, avec Dick Purcell dans le rôle principal. Il fallut attendre 1978 pour voir de nouveaux auteurs inconscients se risquer à la mise en image du Captain, dans deux téléfilms où Reb Brown, comédien nanar par excellence, se dandinait dans un costume ahurissant de ridicule.



On aurait pu croire que le frais allaient s’arrêter là et que les cinéastes allaient plutôt s’atteler à l’adaptation de héros plus cinégéniques. C’était sans compter avec le grandissime Menahem Golan, l’homme que RIEN n’arrête, surtout pas le ridicule ! Après la faillite retentissante de sa compagnie, la Cannon, l’ami Golan s’était relancé avec sa nouvelle société, la 21st Century. Ayant déjà tâté du super-héros pour avoir enfoncé la carrière de Dolph Lundgren en le déguisant en poupée Mattel dans « Les Maîtres de l’Univers », notre jovial Israélien tomba un jour sur les recettes du « Batman » de Burton. Je pense que désormais il vaudra mieux laisser la parole à Menahem lui-même, qui pourra résumer mieux que moi la genèse de ce Titanic de la pelloche.



« Hoho ! » se dit notre homme, « C’est le moment de faire mon film de super-héros ! Mieux vaut appeler Marvel que DC : aucun film tiré de leurs personnages n’a encore marché, ils ne sont donc pas trop chers ! En plus on se connaît, j’ai bossé des années sur un projet tiré de Spider-Man ! » Ni une ni deux, Menahem décroche son téléphone et met la main sur les droits de Captain America. Bon, se dit-il, autant jouer la fidélité à la BD pour satisfaire les fans, on va mettre à notre héros le costume tel quel, sans aucune modification. C’est vrai, quoi, ce péteux de Burton s’est permis d’adapter le costume de Batman : nous on est des puristes ! Comment ça, le costume est ridicule ?! Hé ho, pour le rendre plus crédible, il faudrait se payer un costumier de première catégorie, vous me prenez pour Crésus ?!! De toutes façons, on a l’auteur avec nous : Stan Lee m’a assuré qu’il adorait notre scénario ! Pas vrai, Stan ? (Ouf, ça fait vingt ans qu’il se contente d’éditer et n’écrit plus de scénarios, il ne doit plus savoir lire…)



Une VHS russe.


Bon et puis les acteurs… quoi les acteurs ? Ils sont de première bourre, mes acteurs : Matt Salinger dans le rôle de Captain America et Scott Paulin dans le rôle de son ennemi, le super-nazi Crâne Rouge ! Comment, vous ne les connaissez pas ? Mais enfin ! Matt Salinger, il a joué dans, heu… En tout cas c’est le fils de l’écrivain J.D. Salinger, si c’est pas une garantie de talent, ça ! Et Scott Paulin, c’est lui qui jouait le mec qui se frite avec le héros dans « La Féline » de Paul Schrader. Comment, ça ne vous dit rien ? Mais si, regardez : 25ème scène, troisième minute, vingtième seconde : c’est lui, c’est notre Crâne Rouge ! Si c’est pas de l’acteur, ça ! Et puis, on a nos guest-stars : Ned Beatty dans un rôle de journaliste, et Ronny Cox en Président des Etats-Unis ! Ca vous la coupe, non ? Non ? Bon, c’est pas grave : attendez de voir qui on a comme réalisateur : ALBERT PYUN ! Comment ça, il est nul ? Mais non, voyons, c’est un prodige, il transforme la merde en or ! Rappelez-vous, « Cyborg » avec Jean-Claude Van Damme, c’était lui ! C’est pas de la daube, quand même ! Ha si, vous trouvez ? Bon, c’est pas grave, avec moi, Menahem Golan, aux commandes comme producteur, un film NE PEUT PAS être mauvais : rappelez-vous « Hercule » avec Lou Ferrigno, « Les Maîtres de l’Univers », avec Dolph Lundgren ! Si c’est pas du grand cinéma populaire, ça !



Crâne Rouge, croisement entre un SS et une salade de poivrons grillés.



Lutte hautement symbolique. Le Bien triomphera-t-il du mal ???


Bon, alors, pour l’histoire, on a des facilités de tournage en Yougoslavie : vu le décor, je pense donc que ce serait bien que le Crâne Rouge soit en fait un Italien, une création de l’Etat fasciste. Comment ? Dans la BD, il est Allemand ? Heu, c’est pas grave, Stan Lee est d’accord ! Pas vrai, Stan ? (Bon, allez, rendors-toi : ha, ces vieux…) Albert, tu peux me montrer le costume du Captain ? (…) Heu, dis, Albert, tout compte fait, je pense qu’on ferait bien de le garder pour les grandes scènes d’action, pour le reste du film, le Captain serait en civil… Comment ? Ha si, si, il est très beau ce costume, mais, heu… Je pense que ce serait bien d’insister sur la dimension humaine de notre héros, un homme des années 40 qui n’arrive pas à se réadapter à l’époque moderne… Si, si ça va marcher ! Et d’ailleurs, Matt Salinger est très expressif, il peut très bien nous restituer les tourments intérieurs du personnage… Pour ce qui est du scénar, lors de sa première mission, le Captain est capturé par Crâne Rouge et finit congelé entraîné par une fusée qui finira dans les glaces : d’où sa congélation jusqu’à notre époque. Génial, non ? Quoi ? Dans la BD il est censé faire toute la guerre et ne disparaître qu’en 45 ? Dis donc, coco, tu crois qu’on a les moyens et le temps de reconstituer toute la Seconde Guerre Mondiale ? Allez, circule… Comment ça, Captain America a l’air d’un gros nul s’il finit congelé pour sa première mission ? Mais tu commences à m’échauffer les oreilles, toi ! Quand moi, Menahem Golan, je dis qu’un scénario est bon, c’est qu’il est bon ! Compris ? Ha, mais !



La fille de Crâne Rouge prend en otage la copine du Captain… suspense !



Surprise sur prise : mais que voit donc notre héros ?


Bon, sinon, pour la scène du début où le Captain est accroché à la fusée, il y a une scène du tonnerre de Zeus : au moment où elle va décoller, il s’accroche à la main de Crâne Rouge, et ce dernier, pour éviter d’être entraîné, est obligé de se trancher la main ! Génial, non ? Comment ça, il ferait mieux de couper la main du Captain plutôt que la sienne ? Non mais dis donc, tu veux que notre héros finisse manchot dès le début du film ? T’es pas un peu malade, c’est pas commercial, ça ! Ha, au fait, on me dit que la scène est un peu violente et risque d’entraîner une interdiction aux mineurs… Bon, mais j’ai trouvé la parade, on ne mettra pas de sang ! Oui, Crâne Rouge se tranche la main et il ne saigne pas, ça te gêne ? On est au cinéma, merde, tu ne vas pas m’apprendre mon métier ! Oui, et après lors de la résurrection du Captain, on va introduire un plan du Crâne Rouge pour enlever le Président des USA, comme ça les deux adversaires se retrouvent, ça va faire Shakespearien en diable… Comment ? Pourquoi Crâne Rouge n’a pas vieilli alors que lui n’était pas congelé? Mais si, il aura environ cinquante ans… Ha, il aurait soixante-quinze ans et du coup ça fait pas crédible quand ils se fritent à la fin ? Heu, je sais pas, j’ai pas ma calculette… Tu dis quoi, encore ? Que si le Captain ne met son costume qu’au début et à la fin, le film va plutôt ressembler à un James Bond cheap ? Non mais dis donc, tu me cherches vraiment ! Allez, merde, on se bouge et on le tourne, ce film !



Le Captain et ses beaux abdos en caoutchouc. Détail nanar qui tue : les oreilles sur le côté de son masque sont en plastique !



Crâne Rouge au naturel. Pas beau non plus.


Oui, allô Monsieur le PDG de Marvel, ici Menahem Golan… Vous avez vu notre merveille à la projection d’hier ? C’est génial, non, on va casser la baraque ! Quand Menahem Golan veut faire un chef-d’œuvre, il ne fait pas les choses à moitié ! Avec ça, Marvel va égaler le « Batman » de DC, ha ha ha ! Quoi ? Comment ? Le film est une merde ? C'est insultant pour les lecteurs de la BD ? Ca va ridiculiser Marvel ? Mais enfin, Monsieur, j’ai l’approbation de Stan Lee en personne… Comment ça, Stan Lee est gâteux ? Mais enfin ! Vous ne voulez pas sortir le film ?!? Mais on l’a fini en deux temps trois mouvements pour le sortir juste après le Batman ! Ha, vous voulez attendre au moins deux ans pour le sortir discrètement, et éviter le ridicule ?? Ha, vous ne voulez plus travailler avec moi ? Et je suis un gros ringard ? Vous ne savez pas à qui vous parlez !!! Non mais dites donc, vous vous croyez doué vous, avec vos BD à la con ? Adapter une ânerie pareille destinée à un public de demeurés, vous croyez que c’était facile ? Allô ? Allô ? Bip, bip, bip…



Note : 2,5 (parce qu'il y a quelques longueurs au milieu, quand même. Mais dès que le Captain met son costume, ça vaut le détour !)

BONUS : une photo de la version de 1943 !



Incroyable révélation, Captain America sort du placard !


Et, plus connu, la version de 1978 avec Reb Brown :





Nikita
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Captain America (1989)

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Cote de rareté

Paradoxalement, le héros de l'Amérique ne s'est pas vu offrir de revival en DVD. Tout fout le camp... Dès lors, il faut trouver les éditions vidéo d'époque de chez "Delta Vidéo" ou "Fil à Film" (2 éditions dont une dans la collection "Family Club").







Aux Etats-Unis quelques version pirates autoéditées ont exité. Et puis en 2011 avec la nouvelle version cinématographique, les petits malins de "Shout Factory" ont eu l'idée de le rééditer non seulement en DVD puis en Blu Ray ! Une version fièrement intitulée director's cut mais qui hélas ne contient qu'une VO, le tout sur un master juste correct. Si le DVD existe en zone 2 le Blu ray lui ne semble pour l'instant qu'en zone 1.



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VHS turque.
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