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Le Gladiateur du Futur
(1ère publication de cette chronique : 2003)
Titre original : Endgame : Bronx lotta finale
Titre(s) alternatif(s) : Aucun
Réalisateur(s) : Joe D'Amato
Producteur(s) : Joe D'Amato
Année : 1983
Nationalité : Italie
Durée : 1h31
Genre : Mutant en emporte le vent
Acteurs principaux : Gordon Mitchell, Al Cliver, George Eastman, Hal Yamanouchi, Laura Gemser, Gabriele Tinti, Bobby Rhodes

Le Gladiateur du Futur : un film avec trois motocross, une carrière de gravier, quelques figurants déguisés en mutants et beaucoup de cuir.
En post-nuke fauché de chez fauché, Le Gladiateur du Futur appartient à la clinquante période italienne du début des années 1980, celle qui regroupe les 2019, Après la Chute de New York, Les Rats de Manhattan, Rush, Le Chevalier du Monde Perdu et autres Nouveaux Barbares. Dans la foulée de 2020 Texas Gladiators, Joe D'Amato remet le couvert avec un solide casting d'habitués du bis : Al Cliver, George Eastman, Gordon Mitchell, Laura Gemser, Gabriele Tinti, Hal Yamanouchi, Bobby Rhodes... Autant de figures appréciées en ces lieux, dont l'évocation suffit à faire naître une douce euphorie dans le cœur transi du nanarophile.

Shannon (Al Cliver), notre gladiateur du futur, qui mâchouille son cigarillo comme un vrai pistolero de western.
Dans le monde de la post-apocalypse, ce sera carnaval tous les jours.
L'énigmatique Karnak (George Eastman).
D'emblée, le ton est donné : sur fond de champignon atomique rouge orangé et de musique Bontempi quasi expérimentale signée Carlo Maria Cordio, on apprend que nous sommes en 2025 à New York, cinquante ans après la Troisième Guerre mondiale, et que le "gladiateur du futur" du titre, c'est Ron Shannon, vedette d'un jeu télé à la Running Man mettant en scène des chasseurs et un chassé se livrant une lutte à mort. Un pitch qui rappelle fortement celui du Prix du danger d'Yves Boisset, sorti cette même année 1983 – un pur hasard, sans doute ! Ce tournoi violent qui accapare les foules s'avère être l'instrument d'un gouvernement un tantinet despotique, qui s'appuie sur une milice de zigotos adeptes de la communauté cuir, tout de noir vêtus et le crâne bien au chaud sous des casques allemands flanqués d'un logo SS rouge. Ils auraient une énorme pancarte avec marqué MÉCHANT dessus que ça serait à peine moins subtil.

Les méchants, fétichistes du cuir et du Troisième Reich.
L'affreux Colonel Morgan (Gordon Mitchell), un rien caractériel.
Shannon est vainqueur pour l'énième fois de ces sanglantes joutes du futur, en partie grâce à l'aide d'une mutante télépathe nommée Lilith (Laura Gemser, créditée "Moira Chen")). Celle-ci lui propose alors un boulot aussi périlleux que bien rémunéré : la convoyer, elle et ses amis mutants, jusqu'à un point de rendez-vous situé hors de la ville. Parce qu'en 2025, sachez-le, les mutants engendrés par l'holocauste nucléaire se diviseront en deux classes :
1) Les mutants dits "régressifs", des énergumènes aussi dégénérés que dangereux après avoir subi une modification de leur organisme vers des formes primitives. Leur visage jadis humain peut ainsi arborer le faciès d'un chimpanzé, ou bien leur corps se couvrir d'écailles, de nageoires et de branchies, grâce à des maquillages premier prix.
2) Les mutants télépathes, d'aspect tout ce qu'il y a de plus humain mais plus évolués que ces derniers. Capables de lire les pensées des uns et des autres, ils constituent la promesse d'un monde meilleur où « l'incompréhension sera bannie ». Le gouvernement totalitaire en place, qui aime bien l'incompréhension et ne veut pas d'un monde meilleur, cherche donc à tous les éliminer.
La Planète des presque singes.
Un splendide mutant aquatique (les érudits auront reconnu le cascadeur Pietro Ceccarelli, ici crédité "Peter Brighton").
Pour préparer cette dangereuse mission, notre gladiateur Shannon fronce les sourcils, se gratte le menton, puis se souvient d'un vieux film nommé Les Sept Mercenaires et décide de recruter une équipe de durs à cuire : il y a Bull (un baroudeur borgne), Ninja (un Asiatique au front ceint d'un bandeau qui tatane sec), Kovack (un gros costaud vêtu d'une peau de bête), et autres figures bien stéréotypées. Une fois la fine équipe réunie, l'aventure dans le monde merveilleux du post-apocalyptique de supérette peut commencer…
Bull (Gabriele Tinti) dégomme les mutants en motocross par douzaines.
Ninja (Hal Yamanouchi) qui, comme tous les Asiatiques dans les nanars, est naturellement un pro des arts martiaux. En arrière-plan, des mutants motorisés qui passent et repassent dans le champ de la caméra pour meubler.
Un peu de Mad Max 2 par-ci, un peu de New York 1997 et New York ne répond plus par-là, quelques éléments de péplum, des références au western... Le Gladiateur du Futur mange à tous les râteliers et recycle à tout va. La recette est judicieusement relevée par un infime soupçon de second degré acerbe, notamment à travers les publicités pour "Life Plus" – la boisson énergétique des gladiateurs ! – et le combat absurde et testostéroné entre Shannon et un de ses challengers : après avoir reçu pas moins de quatorze (!) énormes coups de pied consécutifs (oui, je les ai comptés), notre héros, raisonnablement rancunier, n'en rend que huit à son adversaire, avant de l'achever d'un atemi bien appuyé. Dans le futur, les gladiateurs ne feront pas vraiment dans la dentelle !
Le futur de l'automobile.
D'Amato n'oublie pas de rendre hommage aux Rats de Manhattan, la référence ultime du post-nuke transalpin !
J'ai évoqué les mutants, mais je n'ai sans doute pas suffisamment insisté sur leur fantastique plus-value nanarde. Soyons clairs : ils justifient à eux seuls le visionnage du film. Dans le genre loubards amazones / desperados punks / Indiens grunges, on pensait avoir atteint un sommet insurpassable avec les Atlantes bigarrés des Prédateurs du futur, mais Le Gladiateur du Futur réussit l’exploit de lui tenir la dragée haute. Je pourrais m'épuiser dans de vaines et interminables descriptions, invoquer un luxe d'épithètes, mais rien ne saurait mieux leur rendre justice que quelques captures d'écran...
Mutant en emporte le vent...
Les Village People mutants de la post-apocalypse.
À dire vrai, il suffit parfois d'un plan – un seul – pour vous faire vraiment aimer un film comme Le Gladiateur du Futur. Un plan comme celui-ci :
– "Et toi, comment as-tu rencontré ton mari ?"
– "Sur le tournage d'un film..."
–"Comme c'est romantique ! Tu nous racontes ?"
– "Non."
Quand en plein visionnage on tombe sur ce genre de plan, eh bien... comment dire... on ressent vraiment le moment de solitude extrême qu'a dû être le tournage de cette scène pour les comédiens, et surtout les comédiennes. On devine la détresse dans le regard. Ce sentiment de dignité outragée. On se dit "ouah, ce qu'il faut pas faire, parfois, pour gagner sa vie". Et on rit, forcément. On regarde la fille de gauche, et on l'imagine qui se dit « Bon, ce film-là, je vais peut-être pas le mettre sur mon CV finalement ». On compatit avec celle de droite, et on l'imagine se disant « Porca puttana ! Si mes gosses voient ça un jour, faudra que je leur explique que c'était pour payer leurs antibiotiques et leurs fournitures scolaires ». Et l'intermittent du spectacle maquillé en mutant aquatique, qui parade comme un empereur dans son char de carnaval, on s'amuse lui aussi à lui inventer des réflexions. « Si avec ça Spielberg ne m'appelle pas, c'est à n'y rien comprendre ! »
Lorsqu'il est touché, le mutant en motocross choisit généralement d'aller chuter dans une grande flaque de boue...
...parce que c'est photogénique et puis parce que ça fait moins mal.
Carrières de gravier et usines désaffectées en guise de décors, personnages hauts en couleurs (l'attaque des moines aveugles vaut son pesant de cacahuètes), impressionnantes chutes de rochers en carton, orgie de véhicules tunés avec trois francs six sous et de motos 125 cm3 montées par de hargneux mutants régressifs : même s'il n'offre que du classique de chez classique – l'indigence du budget alloué au film ne permettant pas vraiment à D'Amato de déchaîner son imaginaire – Le Gladiateur du Futur est suffisamment varié et rythmé pour se déguster avec plaisir de bout en bout.
L'attaque des moines aveugles.
Le duel final, tourné dans un décor post-apocalyptique (une décharge sauvage, oui).
Vous êtes un peu perdus avec tous ces pseudonymes d'acteurs et de réalisateurs, vous vous demandez qui est qui ? Voici un peu d'aide...
* Steven Benson / Joe D'Amato = Aristide Massacesi
* Gordon Mitchell = Charles Allen Pendleton
* Al Cliver = Pier Luigi Conti
* George Eastman = Luigi Montefiori
* Moira Chen = Laura Gemser
* Gus Stone = Gabriele Tinti
* Nat Williams = Nello Pazzafini
* Peter Brighton = Pietro Ceccarelli
Entretiens
Cote de rareté - 1/ Courant
Barème de notationEn 2025, "Pulse Vidéo" a eu la bonne idée de ressortir ce film dans une très belle édition blu-ray + DVD avec un nouveau master 4K restauré d’après le négatif original, piste audio de la version originale italienne avec sous-titres français, et piste audio de la version française d'époque, ainsi que plusieurs bonus : une interview avec l’acteur George Eastman / Luigi Montefiori, une autre avec le compositeur Carlo Maria Cordio, la bande-annonce d’époque restaurée à partir du négatif original, et une sélection de bandes-annonces HD de films de Joe D’Amato.
Auparavant, pour voir le film en VF, il fallait se contenter des deux éditions VHS françaises d’"UGC" et de "Vidéofilms", et de l'édition belge de "Belgium Production Video". Attention dans tous les cas de ne pas vous tromper avec Apocalypse Warriors, autre post-apocalyptique, philippin celui-là, qui reprends le même visuel sur sa jaquette.
Même illustration mais films différents. Sur ce coup-là, fiez-vous au titre...