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Hercule

  • Titre original : Hercules
  • Réalisateur : Lewis Coates (Luigi Cozzi)
  • Année : 1983
  • Pays : Italie / Etats-Unis
  • Genre : Mythologie grecque passée à la moulinette italienne des années 80... (Catégorie : Péplum)
  • Durée : 1h30
  • Acteurs principaux : Lou Ferrigno, Sybil Danning, Brad Harris, William Berger, Mirella D'angelo, Rossana Podesta
  • Producteur : Menahem Golan
Note :
3,25
Stirba
Stirba

Chronique



L'affiche pakistanaise


Chronique interdite aux moins de 16 ans ! Pourquoi ? Parce qu’Hercule, avec notre ami Lou Ferrigno, est une véritable insulte à la mythologie grecque, et au vrai personnage mythologique auquel il se rapporte. Si des personnes voient ce film sans connaître le mythe, ils s’imagineront qu’Hercule était un champion de bodybuilding qui passait son temps à se battre contre des figurants grimés avec des peaux d’ours ou à envoyer des troncs d’arbre à travers la galaxie. Je demande donc un contrôle parental pour ce film et cette chronique, témoignage vibrant sur la vaine tentative de remettre le péplum à la mode dans les années 1980.

Commençons par le commencement : on nous explique que l’univers a été créé suite à l‘explosion d’un vase de Pandore en mako moulage dans le néant. Puis, trois malheureux Dieux qui se courent après sont apparus sur une planète en carton-pâte et se sont dit, à grands renforts de monologues pompeux débités sur un ton digne de la Comédie Française, que ce serait pas mal si on donnait à un nouveau né plein de pouvoirs. Chose faite, le nouveau né étant Hercule, comme de juste.





L’Olympe.



Zeus (Claudio Cassinelli).



Hera (Rossanna Podestà , ex-jeune première vedette, vue entre autres dans des péplums et sortie de sa retraite pour l’occasion).


Sur ces entrefaites apparaissent Ariane, fille de Minos (la toujours belle Sybil Danning, qui invente le décolleté mille ans avant notre ère) et un traître dans le palais royal des parents d’Hercule. Je vous signale de suite que tous les noms des personnages ou des monstres existent bel et bien, mais qu’ils n’ont rien à voir avec les persos du film. Seulement, pour une œuvre censée se passer en Grèce Antique, un monstre tiré d’X-Or doit porter un nom venu de la mythologie grecque, ça renforce la crédibilité.



Les méchants tuent tout le monde dans le palais (« Pourquoi ? » « Parce que c’est des méchants »), mais une servante nous refait le coup de Moïse (!) et fout Hercule le nouveau-né dans une barque. La barque dérive, approche d’une cascade, Hercule va mourir, sauf que non, Hercule ne peut pas mourir au bout de 10 minutes. Du haut de sa planète en carton, Zeus décide donc de sauver l’enfant en faisant surgir de la cascade une main géante en plâtre pour redéposer la barque après la cascade.



Une scène qui a fortement inspiré « La Revanche de Samson ».


20 ans plus tard, Hercule c’est Lou Ferrigno, et il montre ses gros biscotos en tirant une charrue faite de mini menhirs. Foutrebouc ! Son père adoptif est attaqué. Ni une ni deux, Lou Ferrigno nous montre qu’un gros balèze ça peut aussi courir hyper vite. Mais l’ours a déjà tué son père, et alors qu’il se trouvait devant lui le plan d’avant, Hercule le prend par derrière. Bien belle image que celle de ce figurant pauvrement grimé avec un déguisement de nounours pelucheux contre Hercule qui fait consciencieusement saillir tous ses biscotos, alors que l’autre ne serre même pas fort.





Arrrrrrrrghhhhhhhh !!!!!



Dans les gros plans, on voit ça.



Paf, dans l’espace, méchant ours !


Pour faire vrai, on a droit à des stock-shots d’ours énervé intercalés entre des plans avec le figurant. Hercule tue le figurant, pardon l’ours, et, de colère (très mal jouée), décide d’envoyer la descente de lit dans l’espace où nous aurons droit à un ultime stock-shot d’ours au milieu d’une constellation qui sera... la Grande Ourse, mais oui. Donc, grâce à Lou Ferrigno, on a droit aujourd’hui à Elisabeth Teissier !







Re-foutrebouc : après le père, la mère ! Celle-ci est attaquée par un monstre sorti de X-Or ou Bioman. Il s’agit d’une création des Dieux, qui lui en veulent à Hercule ! Il a dû leur coller plein de PV dans une vie antérieure. Hercule bousille le gros monstre métallique, qui meurt à grands renforts de bruits hideux, genre « gros ordinateur qui tombe en panne » mêlé de cris comme ceux de la guêpe dans « Beauté Interdite ».



Bon, je vais malheureusement abréger dans les péripéties de ce brave Lou Ferrigno, dont la seule fonction est de gonfler tous ses muscles aussi souvent que possible, fermer sa gueule et prendre un air « Ah oui, c’est vrai, je tourne un film où je suis censé être l’autre Grec, là, Hercule ». Les femmes grecques ont pour rôle de succomber au charme d’icelui, et de porter des tenues affriolantes, type Moulin Rouge dans l’Antiquité.



Lou et cette bonnasse de Mirella D’Angelo (l’enchanteresse Cyrcée)



Brad Harris, autre vétéran du péplum italien (et ancien Hercule lui-même) : la présence à l’affiche de ces figures « historiques » a manifestement pour but de donner au film une « légitimité » que jamais il ne trouvera.



Les pectoraux de Lou Ferrigno, un effet spécial à eux tous seuls.



Re-Arrrrrrrrghhhhhhhh !!!!!



Dédale (L’hermaphrodite Eva Robin’s).


Sachez tout de même que quand Hercule se bat à l’épée, la sienne fait des « piou piou ! » et des éclairs bleus, jaunes et rouges. Il saute à 4 m de haut grâce à un pauvre trucage, retient deux chars qui se brisent avec d’un côté les chevaux et de l’autre les « jockeys ». Sur un plan, on voit la partie avant avec les chevaux, sur le suivant, hop, a pu chevaux ! Hercule combat aussi dix gladiateurs en prenant un gros tronc en plastique, en les plaquant contre le mur et en bandant tous ses muscles. Une fois ses adversaires étouffés, allez hop, vas-y que je t’envoie le tronc dans l’espace. C’est son grand truc, de balancer ce qui lui passe sous la main dans l’espace.







Arrrrrrrrghhhhhhhh !!!!! encore une fois !


Bien sûr, jamais il n’est question des douze travaux d’Hercule, sauf à un moment où il doit nettoyer, on sait pas pourquoi, les « étables de Sybelle », et non les écuries d’Augias. Pour ce faire, il balance deux rochers en polystyrène dans un ruisseau 100 m en contrebas, vlàtipas que le ruisseau peut plus couler et que ça fait une grande coulée qui nettoie les étables, qui disparaît aussitôt le boulot fait, et qui laisse même les étables sans une seule goutte d’eau. Chapeau Hercule, mieux que Monsieur Propre !



La méchante Ariane – Sybil Danning – et sa prisonnière Cassiopée.



Cet empaffé de Roi Minos (joué par William Berger, illustre second couteau du western-spaghetti).


De fil en aiguille, Hercule se retrouve sur une île perdue, avec une enchanteresse. Manque de bol, il doit retrouver sa bien-aimée, enlevée par Ariane et Minos, et emmenée sur une île qu’on ne peut pas atteindre au centre de la Terre. Bon, histoire de meubler, deuxième monstre métallique plaqué sur les décors. Après des péripéties lamentables ayant pour cadre des décors vraiment mal foutus (God save the carton-pâte and the fumée en abondance pour cacher la misère), Hercule a trouvé un moyen pour aller sur l’île Théra chercher Cassiopée, sa dulcinée. Il suffit de prendre le chariot de Prométhée, situé sur une autre île qu’ils ont atteint après avoir traversé les enfers, et emprunté un arc en ciel. Logique, somme toute.



Le Roi Noir (Bobby Rhodes, Noir de service du bis italien).







Hercule grandit grâce à un sortilège de sa copine enchanteresse et sépare l’Afrique de l’Europe.


Hercule doit juste séparer deux montagnes pour prendre possession du chariot, une broutille. Il en profite d’ailleurs pour donner naissance à deux continents, l’Afrique et l’Europe. Le chariot de Prométhée est à lui, mais la production avait pas de chevaux. Qu’à cela ne tienne, Hercule casse le mur en pierres de polystyrène et en attache une à une corde dont l’autre bout est noué au chariot. Comment faire pour atteindre l’île de Théra, vous demandez vous. Rien de plus simple, Hercule lance la pierre n’importe où dans l’espace (encore !), monte sur le chariot qui traverse deux ou trois galaxies, la corde casse et hop ! les voilà sur l’île en question (superbe maquette réalisée par le fils du coiffeur).







Les Dieux, vraiment véners, envoient un troisième monstre métallique attaquer Hercule et Cyrcée, qui avait décidé de tomber amoureuse de lui. Elle meurt, et Hercule renvoie la bestiole métallique à ses chères études. De rage, Hercule hurle « Minos ! », de la même manière que Rocky beugle « Dragooooo ! » au sommet de l’Oural dans le 4ème opus.



Même Sybil Danning n’arrive pas à rendre expressif notre ami Lou.


Sur l’île, on a droit au plus infect filtre vert jamais vu pour figurer l’aspect terrifroyable des lieux. Hercule fonce bille en tête, tactique qu’il maîtrise bien à défaut d’en connaître une de rechange. Sa fiancée va être sacrifiée dans un volcan, lui casse la tête façon Bud Spencer / Terence Hill aux malheureux figurants. Sybill Danning essaie de le charmer, peine perdue. Nous avons droit à une grande séquence de combat au cœur d’un, hum hum, volcan digne de celui d’ « Alien la Créature des Abysses » entre Minos (qui soit dit en passant a la faculté d’aller sur la planète carton-pâte des trois Dieux) et Hercule, avec en final de magnifiques explosions de maquettes, effets spéciaux en carton et lumières qui font bip-bip. Youpi, c’est fini, bonne nuit les petits !



Des décors à couper le squeele.



L’épée laser de Minos.



One more time : Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaarrrrgghh !


A retenir :

- Les monologues archi-pompeux et totalement vides de sens, déclamés comme si c’était du Shakespeare. Jamais entendu pire !

- Les grands classiques, maquettes, décors et monstres en plastoc, trucages mal faits et risibles (la main de Zeus, au hasard), combats mal foutus, jeu mono-expressif du grand costaud de service, qui nous fait un peu ses Jeux Olympiques à lui tout au long du film.

- Le scénario d’une bêtise effrayante, qui, en plus, ne reprend en rien les péripéties d’Hercule, et pompe gratuitement des noms mythologiques histoire de faire plus réaliste.

- Les jolis anachronismes : monstres métalliques de 20 m tirant des rayons lasers du pauvre, décolletés et tenues aguichantes pour toutes les potiches, pardon les actrices...

En bref, à laisser aux nanardeurs déjà bien rôdés, car il y a des longueurs et que certains côtés estampillés « 100 % nanar », sans être hilarants, sont délectables pour les connaisseurs, mais peuvent laisser les novices de marbre.






Bonus, les dialo-monologues :

Athéna : « S’il est vrai qu’un héros est venu au monde, les forces de la malfaisance sont en marche sur Terre ». On se demande le rapport entre la naissance d’Hercule et la mise en route des forces du mal. Mais y a mieux.

Dédalus : « Minos, tu apprendras que la taille, le temps et l’espace sont des choses relatives. »

Minos : « Relatives aux conditions atmosphériques, c’est bien ça ? En franchissant l’atmosphère terrestre, il va grandir, devenir un monstre de plus en plus immense... et terrifiant »

Voix off : « Sur l’île verte de Théra, au cœur de la capitale Atlante, Cassiopée attend sans espoir la nuit de son sacrifice. Tandis qu’Hercule et Cyrcée empruntent l’arc-en-ciel qui doit les mener aux portes de l’enfer. » Bizarre, on va la sacrifier, et elle n’est pas transportée de joie et cette pensée ne suscite chez elle aucun espoir.

Cyrcée : « C’est ici Hercule, sous la main du destin, que sommeille l’âme du monde. C’est la graine originelle de tout ce qui existe. Mon talisman est à l’intérieur. Il ne faut pas te fier aux apparences. Cela a l’air simple, mais il n’y a que toi qui puisses l’atteindre. Si tu passes l’épreuve… »

Hercule : « Laquelle ? »

Cyrcée : « L’âme est une chose inaccessible, protégée par une barrière, une triple barrière magique identique à celle qui protège Théra, éloignant les mauvais esprits qui l’entourent. »

En bref, charabia et verbiage à gogo, juste pour faire mythologique et pour rallonger la durée du métrage.



Voici maintenant mes deux préférées, longues mais excellentes, et qui s’apprécient au bout de plusieurs lectures.

Cyrcée fait une incantation magique : « Ô déesse créatrice de l’incantation honorée de tous, toi qui es l’indescriptible, le secret et l’éclosion resplendissante du bourgeon, toi qui d’un seul regard peux faire disparaître la noirceur de l’obscurité, ô déesse, toi qui peux faire bouger le cosmos dans un bruissement d’ailes, donne à Hercule la taille et la hauteur nécessaires pour accomplir sa besogne. Grandis, Hercule, grandis ! ». C’est vrai qu’il faut bien lui donner ET la taille ET la hauteur : l’un sans l’autre, c’est inutile. J’aime beaucoup également cette idée de faire « disparaître la noirceur de l’obscurité ». Relisez plusieurs fois, c’est assez fendard je trouve.



Hercule en majesté...


Minos : « Pauvre Cyrcée, elle n’a jamais su que la sorcellerie était une aventure qui ne pouvait engendrer que le désordre. La magie pure de la parfaite connaissance, la science est irréprochable. Le maître absolu des forces universelles. Et pourtant, je lui ai répété des centaines de fois que la création est venue du chaos, est entourée par le chaos et finira dans la chaos. Nous sommes là pour faire régner un ordre parfait. Dans l’île de Théra, nous avons éliminé toute émotion, tout doute, tout espoir... Mais où en étais je ? Hercule ! Maintenant qu’il est entre nos mains, il va falloir l’utiliser à nos fins. Use de tes charmes. Si jamais il résiste, fais appel au lotus noir. De votre union se formera une race suprême de mutants qui gouverneront le monde. »



Stirba
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Hercule

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Une édition cheap pour promo de supermarché peut se dégoter pour 2€ avec une simple VF et une qualité correcte directement repiquée sur une vidéo. Par contre elle semble épuisée pour l'instant. Un double-DVD/Blu Ray "MGM" réunissant les deux aventures herculo-ferrignesque, voir un triple Blu Ray avec en plus Simbad permet de savourer cette délicate relecture de la mythologie grecque.

Malheureusement si vous prenez le zone 2 c"est une édition anglaise, sans sous-titre français, si vous prenez la version zone 1, vous avez le droit aux sous-titres Québec oblige...





D'autant que les VHS francophones sont difficiles à trouver. En France c'est "Gaumont Columbia RCA Vidéo" qui l'a édité, en Suisse c'est "Stella Vidéo" et enfin en Belgique "Thorn Emi" (sous son nom anglais). On peut encore les trouver en Cash Converters mais faudra bien chercher.



La VHS belge. Là encore on pourra retrouver quelques accointances avec « La Revanche de Samson ».
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