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Interzone
(1ère publication de cette chronique : 2003)
Titre original : Interzone
Titre(s) alternatif(s) : Aucun
Réalisateur(s) : Deran Sarafian
Producteur(s) : Joe D'Amato
Année : 1989
Nationalité : Italie
Durée : 1h37
Genre : Intervilles post-apocalyptique
Acteurs principaux : Bruce Abbott, Beatrice Ring, Teagan Clive, John Armstead, Laura Gemser, Kiro Wehara

Et allez, encore un post-apocalyptique 80's made in Italy... Pardonnez-moi ce relatif manque d’enthousiasme mais mon engouement pour ce genre commence doucettement à s’étioler, va falloir que je me lave les yeux avec autre chose pour me sevrer (j’sais pas, des ninjas indonésiens, des catcheurs mexicains ou des space operas iraniens par exemple).
Swan (Bruce Abbott), un fringuant héros comme on n'en verra qu'après l'apocalypse.
Tera (Beatrice Ring), raison d'être et de gesticuler du héros.
Post-nuke tardif et demeuré relativement méconnu (ce qui ne me paraît pas constituer une injustice particulièrement flagrante a posteriori), Interzone se situe dans un avenir qui nous montre – devinez quoi ? – la Terre ravagée par un cataclysme d’origine nucléaire, l’interzone constituant la seule région du globe épargnée par la radioactivité.


De singuliers moyens de transport comme on n'en verra qu'après l'apocalypse, et un peu avant, dans certaines conventions tuning de la France profonde.
La scène d’intro nous présente l’arrivée de Swan (Bruce Abbott, dont on préfèrera quand même se souvenir pour ses rôles dans Reanimator 1 et 2), un étranger dans le genre aventurier opportuniste et débrouillard, dans une taverne interlope fréquentée par un mélange de racaille peu avenante, de plèbe gueularde et de danseurs en transe chaloupant lascivement sur des tables au rythme d’une musique pseudo-moyenâgeuse particulièrement cheap.
La bombe atomique fait des ravages. Le look Tina Turner dans Mad Max 3 aussi.
Cette entrée en matière un peu rédhibitoire (on croirait vraiment être devant un mauvais téléfilm) constitue le point de départ d’aventures qui amèneront entre autres le héros à séduire une donzelle « aux cheveux d’or et aux yeux couleur du ciel » (Beatrice Ring), après l’avoir arrachée avec brio à un irascible marchand d’esclaves aussi obèse que tenace, à convoiter un mystérieux trésor protégé par une confrérie monastique, et finalement à aider ces derniers contre un duo de méchants bien typés (un moustachu atrabilaire et une blonde dominatrice au physique de camionneuse) et leurs troupes débraillées.


Mantis (Teagan Clive), blonde créature bodybuildée vue notamment dans La Nuit Bleue, Alienator ou Sinbad.
De facture fauchée et foncièrement loufoque, Interzone s’oriente volontiers du côté de la comédie d’aventures, en distillant à l’envi un humour années 80 gentiment balourd qui le singularise du même coup par rapport aux principales références du genre, les 2019 Après la Chute de New York, 2020 Texas Gladiators, Le Gladiateur du Futur, Les Rats de Manhattan, Les Nouveaux Barbares, et autres Guerriers du Bronx. Ce traitement ludique et un brin décalé, plus proche d'un She, aurait pu conférer au film une dimension rafraîchissante, mais la sauce ne prend pas : l’ensemble est vraiment trop lourd, trop plat, trop niais.
Le moustachu au lance-flammes incarnant le décadent Balzakan, c'est John Armstead, qu'on retrouvera plus tard dans l'ultra-balourd Bodyguards - Guardie del Corpo.
Au niveau visuel, ce que le film a à proposer se réduit au strict minimum : costumes de récup' à la Mad Max de rigueur, tendance grand n’importe quoi vestimentaire, quelques véhicules pavoisés de tôles blindées pour faire futuriste, et une petite mare d’eau bouillonnante pour illustrer les zones contaminées. Côté effets spéciaux à proprement parler, le spectateur a droit à un bref combat de Swan contre un monstre rigolo et un champ magnétique fluo. C'est bien maigre !



Quant aux séquences d'action, elles traduisent une certaine ingénuité, touchante à mon sens, de la part des auteurs : conscients de leur cruel manque de moyens, on sent qu'ils lâchent les rênes et ne cherchent même plus à essayer de rester crédibles. Dans cette seconde moitié des années 1980, le cinéma de genre italien était aux abois, les budgets serrés devenaient carrément faméliques, tout le monde avait conscience du déclin irréversible d'une industrie à l'agonie. Dans cette panade cinématographique, Bruce Abbott campe son rôle de bourlingueur roublard en jouant à fond la carte de la nonchalance blasée et du sourire en coin, les méchants cabotinent avec émulation, bref les acteurs ne se prennent jamais au sérieux, à l'image du film (un des moines s'appelle Panasonic !).
Swan fait des trucs avec son copain Panasonic (Kiro Wehara). Visiblement, il veut changer de chaîne...
On doit cet Interzone au réalisateur Deran Sarafian, également acteur à ses heures (bien médiocre, certes, on peut le voir à la même époque en baroudeur monolithique dans Zombi 3, où il retrouve la mignonne Beatrice Ring) à qui l’on doit une poignée de films d'un intérêt très relatif (dont Coups pour Coups avec Jean-Claude Van Damme) et qui s’est depuis reconverti dans la série télé (Buffy, Nash Bridges).
Illustration du naufrage que semble avoir été la production de ce film, Interzone a été tourné en 1986 mais n'est sorti qu'en 1989. On raconte que Fred Olen Ray aurait été engagé par Joe D'Amato (producteur du film sous le pseudonyme David Hills) pour réécrire et réaliser de nouvelles scènes, en remaniant le script écrit par Deran Sarafian et le couple Claudio Fragasso & Rossella Drudi. Mais Fred Olen Ray aurait jeté l'éponge parce que Bruce Abbott aurait fait pression pour conserver les images réalisées par Deran Sarafian. Le montage final d'Interzone, bricolé par Rosanna Landi, monteuse des films porno de Joe D'Amato, contiendrait par ailleurs quelques stock-shots tirés de Double Target (ce que nous n'avons pas pu vérifier).
À voir de très bonne humeur, ou au contraire la tête vide, pour les complétistes souhaitant épuiser le genre.
La jaquette québécoise.
Cote de rareté - 6/ Introuvable
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