Accueil > Personnalités > Bruce Baron

Bruce Baron

Bruce Baron

Biographie



Bruce Baron s'exprime longuement dans une interview (en version anglaise ou française) qu'il a cordialement accordée à Nanarland. Avec une précision clinique et un humour glacé, il revient sur l'ensemble de sa carrière. Derrière le cynisme, une mine d'informations sur les industries de Hong Kong et des Philippines !






Une première version de cette biographie a été réalisée il y a quelques temps, se terminant par cette invite : Alors Mr Baron si vous voulez compléter ou infirmer cette biographie, c’est avec joie que nous vous céderions la parole pour une interview comme celle que nous a accordée Richard Harrison



Et c’est ce qu’il fit ! Contactant notre site, il pointa d’un doigt vengeur toutes les erreurs ou les informations erronées collectées sur le net que comportait sa bio et nous proposa une interview. Et quelle interview ! L’homme se livre sans détour et porte un regard acéré et distancié sur son infructueuse carrière cinématographique.






Maître ninja s’il en est, Bruce Baron est un des acteurs emblématiques de l’écurie IFD / Filmark du tandem peu scrupuleux Godfrey Ho / Joseph Lai. Quiconque l’a vu affronter Richard Harrison en combinaison de ninja rouge ou tenter de comprendre pourquoi « les trois gros lards de Georges ont voulu violer Rose pour se débarrasser de Larry (qui ne pense qu’à sa conne de fille - ou à sa côte de fille le débat n’est pas clos) » ne peut que s’incliner devant les qualités d’acteur et d’artiste martial du grand Bruce. Mais il ne faut pas croire que Bruce a passé toute sa vie à jouer les ninjas amateurs dans les productions lamentables des rois du rapiéçage de films. On le croise au détour d’une production italienne (tournée aux Philippines), en Belgique ou en France où il tourne avec l’immense Jean-Marie Pallardy ! Un artiste complet en quelque sorte.



Bruce Baron est un véritable casse-tête pour celui qui cherche à reconstituer son parcours : non seulement les informations disponibles le concernant sont peu nombreuses, mais de plus court sur son compte tout un tas d’erreurs et d’histoires fantaisistes dont la moindre n’est pas l’annonce de sa mort en Suède suite à une overdose de produits amaigrissants en 1986 ! Le principal intéressé est sorti de son silence ces dernières années pour tordre le cou de cette rumeur par le biais de mails incendiaires auprès des sites reprenant cette info. Qu’il soit dit et bien dit ici : Bruce va bien et il bottera les fesses de quiconque viendra prétendre le contraire ! C’est d’ailleurs lui qui a rédigé lui-même sa notice sur IMDB. On n’est jamais mieux servi…



Né le 15 novembre 1949 à New York, il passe son enfance à Hong Kong, où son père est dans les affaires. Il en profite pour apprendre au passage le Cantonais à l’école. Il complète son cursus universitaire aux Etats-Unis. Son arrivée dans le milieu du cinéma est le fruit d’un concours de circonstance qui commence très abruptement lorsque son père est assassiné. D’abord soupçonné, Bruce est rapidement mis hors de cause et préfère prendre du champ par rapport à la colonie. Il voyage puis revient en Asie, oscillant entre les Philippines et Hong Kong à la fin des années 70.



Adopté par l’Asie, il se lance un peu par hasard dans une carrière dans la publicité (plus d’une centaine de spots dans toute l’Asie avoue t-il) et fait au passage de la figuration sur les plateaux de la Shaw Brothers. Sa connaissance du Cantonais lui permet d’émerger de la masse des gweilos (acteurs blancs dans les productions chinoises). Mais c’est surtout avec Tsui Hark, alors encore réalisateur débutant, qu’il trouve son plus grand rôle en apparaissant dans L’Enfer des Armes, polar nihiliste et violent qui ne rencontre hélas pas le succès (il sortira en France dans une version tronçonnée) ; il y croise déjà au passage Pierre Tremblay, autre futur ninja intermittent chez Godfrey Ho. Les rets implacables du destin se tendaient…



Il obtient son premier grand rôle en vedette dans une production tournée à cheval entre Hong Kong et les Philippines, Dragon Force alias Power Force, campant un agent de la CIA expert en arts martiaux aux côtés de... Bruce Li, et affrontant un ninja ! Un film assez oubliable d’après Bruce lui-même mais propre à faire saliver l’amateur de nanar…



Ayant acquis une petite notoriété grâce à ce film, il se met à tourner des séries B d’action aux Philippines pour la société Kinavesa de K. Y. Lim, qui a besoin d’une petite équipe d’acteur occidentaux pour vendre ses actionners bourrins pas chers sur le marché international (à la Cannon du tandem Golan-Globus notamment).



C’est ainsi qu’on le retrouve par deux fois aux côtés de Richard Harrison et Mike Monty sur les productions du Philippin Teddy Page (Teddy Chiu), grand pourvoyeur de petits films d’action rigolos pour le Tiers-Monde et le marché de la vidéo. On le croise ainsi sur FirebackRichard Harrison nettoie au bazooka les salauds qui ont tué sa famille (sur le même canevas qu'Eliminator avec les mêmes Page et Harrison, peut-être tourné en même temps?) puis, avec quasiment la même équipe si ce n'est Monty curieusement absent ce coup-ci, on le retrouve en vedette dans Les Massacreurs où il part délivrer la fille d’un milliardaire (nommé Mr Burns !) tombé entre les mains de vilains pirates. Toujours aux Philippines, il se commet avec Richard Hatch (Galactica) dans un Heated Vengeance réputé hilarant mais hélas là encore invisible chez nous et shooté sur les lieux mêmes du tournage d’Apocalypse Now !



Je suis Colère les enfants, je suis Colère ! Je suis Violence car je suis Trahison !!


Dans le même temps, Bruce partage son temps entre Manille et Hong Kong où il tourne dans des productions d’un certain prestige, comme La Légende de la Perle d’Or, sous Indiana Jones avec Ti Lung (les deux Syndicat du Crime de John Woo quand même) où déjà apparaît un ninja blanc (signe des temps à venir ?). Un beau film d’aventure où il part pour l’Egypte et qui constitue l’un de ses meilleurs souvenirs.



Mais à Hong Kong, il n’y a pas que des productions haut de gamme, loin s’en faut. Comme beaucoup de gweilos, il est recruté par les duettistes infernaux Ho et Lai pour jouer dans ces films de ninjas calamiteux qui font désormais les délices des fins gourmets du nanar. Scénarios indigents à base de sectes ninjas rêvant de conquête du monde, d’agents d’Interpol, de bombinettes à fumée et de morceaux de vieux films rajoutés au petit bonheur, ces productions ne valent pas tripette mais permettent de vivre entre deux pubs. Bruce, tout comme Richard Harrison, ne garde pas un très bon souvenir de cette période et trace un portrait au vitriol des deux producteurs dans un courriel envoyé au site Ultimate Ninja et faisant le point sur les critiques sur cette période : « Ce ne sont pas mes films, ils appartiennent à Godfrey Ho et Joseph Lai qui étaient des producteurs cupides, artistes de l’arnaque. Je n’en retirais aucun bénéfice et ces films ne sont rien de plus pour moi qu’une énorme source de gêne. »




Bruce enchaîne les scènes sans cohérences aucune dans trois décors, en changeant juste de costume de ninja et d’angles de caméra, et participe ainsi sans le savoir à une bonne demi-douzaine de films à la fois sans le savoir (tout en étant payé une seule fois cela va sans dire !). On le voit se fondre dans un arbre dans Challenge the Ninja, jouer les gentils ninjas dans Ninja the Destroyer, les agents d’Interpol dans Ninja Champion, etc. etc. Indigné par ces pratiques, il essaye de revenir sur son contrat avec Ho. Mais Godfrey n’en est pas à sa première arnaque. Bruce aura beau essayer de proposer de baisser son salaire de moitié à condition quon ne le crédite pas au générique, rien n’y fera.



On le retrouvera aussi sur le plateau du film Les Prédateurs du Futur de Ruggero Deodato, venu tourner aux Philippines pour des raisons d'économie (ce qui explique aussi le cameo de Mike Monty). Recruté pour jouer le grand méchant, Bruce Baron, d'après Ruggero, joue tellement mal que le réalisateur décide de l'affubler d'un masque en plastique semi-opaque représentant une tête de mort pour limiter les dégâts. Le pauvre Bruce est ainsi méconnaissable... Sauf que Bruce dément et justifie autrement cet artifice : son personnage devant mourir d'une explosion de la tête et la fausse tête d'origine n'étant pas assez crédible, il aurait été décidé de lui mettre un masque (une fausse tête étant tout de suite moins repérable sous un masque).




Sa meilleure expérience cinématographique, nous dit-il, sera Nom de Code Oies Sauvages, un film de mercenaires signé Antonio Margheriti, tourné sur les décors d’Apocalypse Now là encore et où il croise Lee Van Cleef, Ernest Borgnine et Klaus Kinski. Et ce malgré un accident de tournage où il se casse la clavicule, ce qui explique certainement le fait que dans le film, il interprète un mercenaire rapidement blessé et qui doit rester en arrière après la première attaque.





Bruce aux côtés de Lee Van Cleef.


Profitant de ses nombreux contacts et du fait qu’il est l'un des rares gweilos à maîtriser le Cantonais, il participe aussi aux tournages de productions télé occidentales de passage à Hong Kong, tenant par exemple un petit rôle dans un épisode de "Dallas".



Bruce Baron enchaîne par un rôle dans un film dramatique belge contant le sort des boat peoples. Là encore le tournage pose quelques problèmes, l’argent manquant pour continuer à filmer de façon régulière. Le film commencé en 85 ne sera terminé qu’en 89 ! Le réalisateur / producteur Guy Lee Thys buvant plus que de raison, il n’est parfois pas en état de continuer à tourner. Qu’à cela ne tienne, c’est Baron qui se glisse derrière la caméra.



Coincé en Belgique lors des raccords pour Cruel Horizon, Bruce se voit offrir un peu par hasard une proposition de tournage en Espagne. Et c’est ainsi qu’il va passer l’hiver sur la Costa del Sol pour tourner avec… Jean-Marie Pallardy ! Dans Overdose, aux côtés de Gordon Mitchell, Jess Hahn et du Maître en personne dans un rôle de tueur sadique (au passage tout le monde aura noté que le script de Pallardy, une hôtesse de l’air qui passe de la drogue au cours de ses voyages, a été odieusement repompé par Tarantino dans Jackie Brown). Bruce y campe un mafieux de bas étage, rôle qu’il expédie sans trop s’impliquer mais dont il garde plutôt un bon souvenir, malgré des conditions de tournage assez chaotiques.



Il retourne en Asie pour tourner encore quelques pubs et figurations dans des productions hongkongaises avant de décider que ça suffit ainsi et que devant l’ampleur du désastre, il convient d’arrêter les frais. A 40 ans, il quitte le cinéma bien décidé à trouver "un vrai métier". Sa dernière participation à une production audiovisuelle est le téléfilm érotique français "Joy à Hong Kong", avec Zara Whites (produit par M6), sur lequel il est réalisateur de second équipe et tient au passage un petit rôle de photographe de mode libidineux (mais en gardant ses vêtements).




Bruce photographie Zara Whites dans "Joy à Hong Kong" alias "Joy in Love à Hong Kong" (1990), son dernier rôle à l'écran.


Il reste encore queques temps en Asie avant au début des années 2000 de partir pour Hawaï, il profite de ses nombreux contacts pour se lancer dans les affaires et devenir chasseur de têtes dans le secteur de la finance. Désormais éloigné du monde du cinéma, il regarde sa carrière de comédien avec un certain recul, tout en étant soucieux de son image. S’il est conscient de la médiocrité des films qu’on lui a fait tourner, il lui arrive d’intervenir sur le net avec une certaine virulence si on met en cause ses qualités d’acteur. Il a ainsi par le passé envoyé un courriel pour le moins incendiaire au site Ultimate Ninja qui se moquait un peu trop de ses performances chez Godfrey Ho.



Mais l’homme est aussi généreux, comme le prouve la magnifique photo qu'il a envoyée pour la chronique de Dragon Force aka Power Force sur le site de clones de Bruce Lee "Many Bruces".

Alors Mr Baron, encore une fois un grand merci à vous pour avoir rétabli la vérité sur votre tumultueuse carrière et ouvert pour nous vos souvenirs et votre cœur.






Bruce Baron s'exprime longuement dans une interview (en version anglaise ou française) qu'il a cordialement accordée à Nanarland. Avec une précision clinique et un humour glacé, il revient sur l'ensemble de sa carrière. Derrière le cynisme, une mine d'informations sur les industries de Hong Kong et des Philippines !


Bruce pose sur le toit d'une voiture dans le district de Quiapo, à Manille, devant un énorme panneau publicitaire des Prédateurs du futur.


Addendum, mai 2013 : C'est avec une très grande tristesse que nous avons appris le décès soudain de Bruce, le 14 avril 2013, à l'âge de 63 ans, emporté par un cancer aussi foudroyant qu'inopérable. Nous avons une pensée pour son épouse et tous ses amis. Au revoir Mr Baron, votre classe et votre humour sarcastique vont nous manquer.





Rico
Rico

retour vers les acteurs

Filmographie



1990 - Joy à Hong Kong / Joy in Love à Hong Kong

1989 - Cruel Horizon

1989 - Shanghai Fung Wun

1989 - Overdose

1988 - Dallas (série TV, épisode 101)

1987 - Ninja Eliminator

1986 - Challenge the ninja (Challenge of the Ninja)



1986 - The Ultimate Ninja / Salopards

1986 - Ninja Invasion / L'Invasion des Ninjas (American Destroyer / Ninja Destroyer)

1985 - Flic ou Ninja / Kickboxing Connection / Ninja Connection II (Ninja Champion)

1985 - Ninja Hunt de Godfrey Ho

1985 - Born a Ninja (id)

1985 - La Légende de la Perle d’Or (Wai Si-Lei Chuen Kei / The Legend of Wisely)

1985 - Heated Vengeance / Jungle

1984 - Nom de Code : Oies Sauvages (Code Name : Wild Geese / Arcobaleno Selvaggio)

1984 - Heroes for Hire

1983 - Les Prédateurs du Futur (Atlantis Interceptor / I Predatori di Atlantide)

1983 - Les Massacreurs / Vietnam Massacre (Hunter's Crossing)

1983 - Fireback / L'Exécuteur II

1982 - Mad Dog

1982 - Dragon Force / Power Force (Shen tan guang tou mei)

1980 - L’Enfer des Armes (Di yi lei xing wei xian)