Accueil > Personnalités > Steve James

Steve James

Steve James

Biographie



Steve W. James naît le 19 Février 1952, à New York. Il est issu d'une famille d'artistes : son père, Hubert James, est trompettiste, tandis que sa mère, Dolorès James, est danseuse. Son oncle James Wall tourne dans des séries pour enfants à la télévision.

Il vit ses premières années dans le Harlem hispanique, partageant sa jeunesse entre scoutisme, un visionnage assidu de la série télé "The Lone Ranger" et des séances ciné dans la mythique 42ème rue, temple du grindhouse. Le petit Steve bénéficie déjà d'une stature physique confortable qui lui permet de se tourner vers les arts martiaux, taekwondo et kung-fu (dont il devient ceinture noire), qu'ils découvrent grâce aux stars venues d'Orient. Il se délecte des exploits martiaux de Bruce Lee et se prend de passion pour les bobines chinoises, tout en conservant un attrait certain pour le cinéma américain, des comédies de Laurel et Hardy au travail de Scorcese. C'est à l'âge de 13 ans, en découvrant Robert Shaw dans "Bons Baisers de Russie", qu'il attrape le virus du cinéma et abandonne définitivement son projet d'être pompier (à la grande joie de sa mère).


"The Lone Ranger", cowboy aux valeurs humanistes qui marquera l'enfance de Steve James.


Il intègre la section cinéma du C.W. Post College, puis travaille pour le théâtre et la télévision dans des publicités. Impressionné par les performances de Bruce Lee et de Robert Conrad, il s'oriente ensuite vers le métier de cascadeur qu'il exerce sur de nombreux métrages ("Les Guerriers de la nuit", "The Wiz", "Les Seigneurs"...).



Son premier véritable rôle à l'écran lui est donné dans "Exterminator - Le Droit de tuer", titre culte des films de vigilantes signé James Glickenhaus, dans lequel Steve joue le meilleur ami du héros incarné par Robert Ginty. Un rôle de faire valoir, certes (l'ami "ethnique" du héros WASP qui va mourir et justifier ainsi son entreprise d'extermination de la racaille), initialement prévu pour un acteur hispanique, mais que Steve James a finalement emporté grâce à sa motivation enthousiaste. Le tournage est pourtant émaillé d'un accident grave qui occasionne de profondes brûlures à Steve James, qui doit alors bénéficier d'une greffe de peau. Il en conservera une grande vigilance vis-à-vis des effets pyrotechniques.



Pendant la première moitié des années 80, Steve continue à enchaîner de petits rôles dans des séries télé ("Hooker", "Shériff, fais-moi peur", "Code Lisa"...), tandis que pour le cinéma, il alterne figuration ("The Soldier", "Fatal Vision", "Arthur"...) et cascades, œuvrant régulièrement sur les tournages de réalisateurs talentueux ("Pulsions" de Brian De Palma, "Wolfen" de Michael Wadleigh, "Ragtime" de Milos Foreman, "Police Fédérale, Los Angeles", de William Friedkin...).

Son travail sur "Hanky Panky" lui permet de rencontrer Sidney Poitier, un acteur afro-américain qu'il révère depuis son jeune âge. En 1983, "Vigilante", de William Lustig, lui offre un rôle un peu plus conséquent, ainsi que l'occasion de rencontrer William Strode, un autre de ses acteurs fétiches. La même année, il s'amuse à chorégraphier les cascades dans l'humoristique "The Brother from Another Planet".





Mais il faut attendre 1985 pour que Steve James entre de plain-pied dans le cinéma d'action, grâce au film qui lui collera à la peau des années durant : "American Ninja" ("American Warrior" en France), de Sam Firstenberg, réalisateur de l'écurie Cannon. Il part tourner aux Philippines le faire-valoir aux côtés d'un Michael Dudikoff voué au ninjutsu caucasien. Pourtant, le script n'est initialement pas tendre avec son personnage, bête sidekick noir pour les quotas et dont les dialogues frisent le "missié bwana". Sur son impulsion, et avec l'accord de Firstenberg, ses textes sont retravaillés afin d'étoffer son rôle de Curtis Jackson.





Cependant, l'entente avec Dudikoff n'est pas simple. En effet, ce dernier est simple acteur et il se retrouve en compétition à l'écran avec un martialiste accompli, ce qui génère des tensions grandissantes. Au point que lors de la séquence finale, chacun tourne ses scènes dans son coin. Steve James est tiraillé entre son envie d'incarner un héros noir dynamique et son respect pour la place de Dudikoff. Quoiqu'il en soit, Steve ne boude pas son plaisir et s'en donne à cœur joie dans les scènes d'action où il assure ses propres cascades. Il reconnait avoir accompli un rêve d'enfance en défouraillant à la sulfateuse du haut de sa jeep, réminiscence d'une de ses séries télé préférées, "The Rat Patrol". Le film est un succès : Steve James échoppe du surnom de Black Rambo et se constitue une solide base de fans.


Steve James aux côtés de Michael Dudikoff et de Sam Firstenberg.


En effet, dès l'année suivante, il joue aux côtés de Chuck Norris dans "Delta Force". Après s'être plaint auprès du réalisateur Menahem Golan qu'il souffrait d'un manque d'action, son personnage se retrouve à tirer au lance-roquette sur les méchants arabes d'en-face. Steve James retiendra principalement de "Delta Force" la méthode de tournage made in Cannon, qu'il juge frustrante : une seule prise, et c'est dans la boîte. Lee Marvin, lui, résumera les choses ainsi : "écoute, si [Menahem Golan] apprécie et ne dit rien, alors prends l'oseille et tire-toi".



La même année, il retrouve Michael Dudikoff et Sam Firstenberg sur le plateau de "Avenging Force" (sorti en France sous le titre trompeur de "American Warrior 2"). Souvenir désagréable d'avoir une nouvelle fois servi de sidekick destiné à mourir pour motiver le gentil héros blanc à botter le cul des vilains racistes d'Alabama. Tout au plus Steve arrive-il à négocier que son personnage soit épaissi et que sa famille lui survive.



Fidèle à la Cannon, Steve James tourne dans l'actioner "Dans les bras de l'enfer", avec David Carradine. De nouveau basés aux Philippines, les acteurs tentent d'améliorer le misérabilissime script en retravaillant leur personnage. Ce qui n'échappe pas à la production qui les oblige à tourner des séquences additionnelles en plein hiver californien afin de muscler le métrage. "Comme j'étais torse nu dans les précédentes scènes, je devais de nouveau l'être dans les reshoots, et je me gelais vraiment les burnes !".







En 1987, Steve James retrouve la peau de Curtis Jackson dans "American Ninja 2" ("Le Ninja Blanc"). Mais pas question pour lui de jouer à nouveau le faire-valoir. Profitant d'un apaisement de ses relations avec Dudikoff, il impose son avis : "j'ai dit à Sam [Firstenberg] qu'après le coup qu'il m'avait fait dans "Avenging Force", il m'en devait une pour cette fois. Je lui ai dit que je voulais plus de bagarres et plus d'humour, que Jackson n'était pas un eunuque et que je voulais au moins une scène avec une femme". Le résultat est à la hauteur de ses attentes, le film obtenant sans difficulté la palme de meilleur opus de la franchise. Ce qui ravit Steve : "Le combat avec le ninja dans le couloir était vraiment bon. Nous nous frappions tous deux très fort, et nous en avons souffert pendant plusieurs jours. J'ai aussi beaucoup apprécié la mêlée dans le bar. J'étais comme un enfant, hurlant "Allez, venez ! Frappez-moi encore !" ". Un enthousiasme que l'on retrouve intact à l'écran et qui fait la force du film.






Steve James portant littéralement Michael Dudikoff.


Steve James peut ensuite se tourner vers un autre rêve d'enfance : jouer aux côtés des plus célèbres acteurs afro-américains de la blaxploitation, dans le film hommage "I'm Gonna Git You Sucka". Isaac Hayes, Jim Brown, Bernie Casey... Steve James est aux anges et savoure son personnage de Kung-Fu Joe qui souffrira malheureusement de nombreuses coupes au montage. Il reprendra ce rôle en 1990 pour le pilote "Hammer, Slammer and Slade" d'une série qui ne verra finalement pas le jour.



A la fin des années 80, il croise de nouveau Chuck Norris dans le mou du g'nou "The Hero and the Terror" ("Héros") et William Friedkin dans le téléfilm "C.A.T. Squad", puis sa suite, avant d'enfiler une dernière fois sa tenue de Curtis Jackson pour les besoins de "American Ninja 3" ("American Warrior 3"). La qualité de la franchise ne va pas en s'améliorant, Steve James devant improviser la majorité de ses dialogues, tandis qu'il est de nouveau confronté à des tensions avec David Bradley, jeune remplaçant de Michael Dudikoff. Il adapte par ailleurs les séquences d'action : "la séquence où j'affronte 4 ninjas à l'épée était à l'origine écrite ainsi "Jackson combat un homme". Mais j'ai dit au chorégraphe des cascades "Naaan. File-moi quatre mecs." Je connaissais un peu le maniement de l'épée, mais j'ai majoritairement tout appris sur le plateau du film".





Mais Steve James finit par se lasser de ces métrages d'action dans lesquels il n'apprécie pas de voir les Occidentaux avoir sans cesse l'ascendant sur les Asiatiques. De plus, il attend toujours de se voir confier un premier rôle... en vain.

Il se tourne alors vers l'écriture d'un scénario qu'il rédige en collaboration avec John Gallagher, réalisateur et rédacteur de Fangoria. Ces deux-là se sont rencontrés en 1984 et sont devenus amis et collègues (Steve participe à l'écriture de ses scripts). Notre homme veut pondre un western urbain, "dans la tradition de "Pour une poignée de dollars"". Le spectre du "Lone Ranger" plane, lui aussi. "Bien que j'ai déjà interprété de nombreux rôles de héros dans des films d'action contemporains, je dois encore faire un western (c'est la raison pour laquelle je me suis lancé dans le métier d'acteur)."



Le film se nomme "Street Hunter", et Steve se confie le premier rôle, face à un Reb Brown toujours aussi monolithique. Il fait jouer son réseau de cascadeurs pour diminuer les coûts, mais le budget serré le pousse à privilégier plus que prévu les scènes de combat, l'occasion de rendre hommage au cinéma asiatique dans un affrontement final à un contre huit. Il faut toutefois reconnaître que le résultat n'est malheureusement pas à la hauteur de ses ambitions.


Un titre alternatif.


Le film rencontre quelques difficultés avec la MPAA, que James met en lien avec sa couleur de peau. Et de rappeler que malgré tous ses efforts et son professionnalisme, nombreux sont ceux qui ne voient toujours en lui qu'un éternel sidekick noir. "Les films d'action ne prennent pas en compte la couleur. Les spectateurs de ce genre de films se fichent de ma couleur de peau. Tout ce qui les intéresse, c'est que j'assure ma performance."



John Gallagher se souvient de la générosité et de la joie de vivre de son ami, sur le plateau lorsqu'il va déjeuner avec l'équipe de cascadeurs ou dans la vie lorsqu'il distribue les encouragements et les bons conseils auprès de ses jeunes fans. John utilise la popularité de Steve James pour assurer une diffusion ciné en faisant jouer ses contacts de la 42ème rue. "Street Hunter" restera finalement 6 semaines à l'affiche.



Steve James rêve d'écrire un film de super-héros ou un vigilante-movie à la "Punisher", mais en attendant, il doit poursuivre sa carrière d'acteur. En 1990, il incarne le Major Quentin dans l'engagé "Riverbend" où il doit libérer du joug d'un shérif raciste la population noire d'un bled géorgien. Il apparaît en 1992 dans son propre rôle, dans "The Player", de Robert Altman. En 1994, sortent "Bloodfist V" dans lequel il retrouve Don "The Dragon" Wilson, ainsi que le pilote de la série "M.A.N.T.I.S.".




Steve James sur le tournage de "Macbain", de James Glickenhaus.


Malheureusement, Steve James décède le 18 Décembre 1993, à l'âge de 41 ans, des suites d'un cancer du pancréas. Lors de son inhumation, un hommage lui est rendu par Sidney Poitier. Tous ceux qui l'ont rencontré se souviennent de son enthousiasme débordant, de sa générosité et de son professionnalisme.

Steve James occupe une place particulière sur Nanarland. En effet, sa filmographie comporte peu de nanars, et lorsqu'il se commet dans l'un d'eux, jamais sa prestation n'est en cause. L'homme est bon ET sympathique, rayonnant d'un charisme vampirisant l'écran. Sa bonne humeur et son énergie communicatives continuent à donner une pêche d'enfer à tout nanarophile qui a le bon goût de redécouvrir ses œuvres. Bref, Steve James n'est pas un acteur nanar, mais il aurait été dommage de laisser son souvenir s'étioler.

So long, black hero.



"Qui a dit que les films d'action étaient de l'art ? Ces films sont des fantaisies bigger than life, et ils permettent au public de s'évader du monde réel pendant quelques heures. Et je dois dire que je me sens particulièrement à l'aise dans ce genre. Mon agent voudrait que je sois le nouveau Sydney Poitier, mais je persiste à dire que je préférerais vraiment être le nouveau Jim Brown."


Il est à noter que sa fiche imdb le crédite dans d'obscurs films de bruceploitation, tels que "Les 6 épreuves de la mort" avec Bruce Le. Difficile d'y confirmer sa présence, ailleurs que parmi les figurants. De plus, jamais Steve James n'évoque ces métrages dans ses interviews. Le doute est donc de rigueur.

De même le Steve James crédité sur le britannique "Sixième Continent" de 1974 est en fait un homonyme et pas notre bonhomme.

vintageninja.net : une mine d'informations sur, entre autres, les guerriers de la nuit made in Cannon.

Kobal
Kobal

retour vers les acteurs

Filmographie





1994 - M.A.N.T.I.S. (série télé)

1994 - Bloodfist V : Human Target

1993 - Weekend at Bernie's II

1991 - McBain

1990 - Hammer, Slammer, & Slade

1990 - Mister Johnson

1990 - Riverbend





1990 - Street Hunter (+ scénario)

1989 - American Warrior 3 / American Ninja 3 : la chasse sanglante (American Ninja 3: Blood Hunt)

1988 - I'm Gonna Git You Sucka

1988 - Héros (Hero and the Terror)

1988 - C.A.T. Squad: Python Wolf

1988 - Johnny Be Good

1987 - Le Ninja Blanc (American Ninja 2: The Confrontation)

1987 - Hollywood Shuffle

1986 - American Warrior 2 (Avenging Force)

1986 - C.A.T. Squad (TV)

1986 - Dans les bras de l'enfer (Behind Enemy Lines / Attack Force 'Nam / P.O.W. The Escape)

1986 - Delta Force (The Delta Force)

1985 - Los Angeles, Police Fédérale (To Live and Die in L.A.)

1985 - American Warrior (American Ninja)

1985 - Weird Science (non crédité)

1985 - Mask

1985 - The Atlanta Child Murders

1984 - Fatal Vision

1984 - The Brother from Another Planet





1983 - Vigilante / Vigilante - Justice armée / Vigilante - Justice sans sommation (Vigilante)

1982 - Le Soldat (The Soldier)

1982 - Muggable Mary, Street Cop

1981 - Arthur (non-crédité)

1980 - Times Square

1980 - Noces Sanglantes (He Knows You're Alone)

1980 - Exterminator / Le Droit de tuer (The Exterminator)

1980 - The Mouse and the Woman

1979 - Les Guerriers de la nuit (The Warriors)

1974 - The Education of Sonny Carson (non-crédité)