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Robo Vampire

  • Titre original : Robo Vampire
  • Titres alternatifs : Robo Mercenary, Zombie Vampire
  • Réalisateur : Joe Livingstone (pseudo d'un yes-man de Filmark)
  • Année : 1988
  • Pays : Hong Kong
  • Genre : Portnawak sous acide (Catégorie : Robots, cyborgs et androïdes)
  • Durée : 1h30 environ
  • Acteurs principaux : Sorapong Chatree, Kent Wills alias Nick Reece et Ernest Mauser (non crédités) + tout un tas de pseudonymes bidons : Robin Mackay, Nian Watts, Harry Myles, George Tripos, Nick Norman, Alan Drury.
  • Producteur : Tomas Tang
Note :
4.75
Nikita
Nikita

Chronique





Comment décrire l’indicible ? Cette problématique très lovecraftienne se pose rapidement à tout intrépide chroniqueur nanar qui tenterait de s’aventurer dans les marécages poisseux de l’oeuvre de Tomas Tang en s’attaquant à ce monument qu’est « Robo Vampire ». Alors qu’apparaissent les mots « The End », le malheureux cinéphile, pantelant et tremblant, n’a que quelques mots qui lui viennent à l’esprit : « Qu’est-ce que c’était que CETTE CHOSE ? » Quand on croit avoir tout vu, tout connu, tout supporté, les tréfonds gluants du nanar intersidéral vous préparent toujours une nouvelle surprise qui vous clouera sur place.

Risquons-nous tout de même, malgré le poids de la chose, à l’étude de ce qui est sans doute, malgré l’absence de ninjas, le 2 en 1 chinois le plus célèbre.



Le label Filmark, gage de qualité.


Tout d’abord, une petite analyse personnelle : j’ai en effet remarqué que les 2 en 1 chinois (pour une explication de cette technique, les nanardeurs néophytes n’auront qu’à se reporter à n’importe quelle chronique de films de ninjas) subissaient, au fil des ans, une évolution vers une nanardise de plus en plus aiguë, qui peut se décomposer en quatre phases :

Phase 1, dite phase « Golden Ninja Warrior » : on tourne un polar médiocre, puis on en tire une version alternative plus vendeuse en y rajoutant des scènes de combats de ninjas tournées dans les mêmes décors, que l’on rajoutera au montage aux scènes d’action déjà existantes, le tout étant justifié par le fait que les ninjas changent de tenue automatiquement. C’est net, sans bavure, et le spectateur peut s’y laisser prendre. Ne pas oublier de refaire la post-synchro pour rajouter partout des références aux ninjas qui justifieront les nouvelles scènes.

Phase 2, dite phase « Ninja Terminator » : on prend un film terminé, éventuellement non distribué, et l’on en tire une version pour l’export en y rajoutant des scènes de ninjas tournées avec d’autres acteurs et dans d’autres décors. Le résultat est un film avec deux acteurs principaux qui ne se rencontrent jamais et deux histoires parallèles, mais on peut tricher sur le montage et la post-synchro en faisant croire que les acteur des deux histoires se parlent ou se téléphonent.

Phase 3, dite phase « Flic ou Ninja » : le réservoir de stock-shots et de films disponibles à bas prix commençant à s’épuiser, on est contraint à un montage à la tronçonneuse et à des acrobaties dans le doublage pour justifier la coexistence de scènes sans aucun lien entre elles, pour un résultat de plus en plus surréaliste. Ne pas hésiter en cas de besoin à prendre des stock-shots issus d’un troisième film. Le cas échéant, on pourra meubler en utilisant des scènes non utilisées (voire des scènes déjà utilisées) qui auraient été tournées pour des films de la Phase 2.

Phase 4, dite phase « Crocodile Fury » ou « Robo Vampire » : la mode des films de ninjas étant passée, on tourne absolument n’importe quoi avec trois sous (sous-Robocop, horreur, sous-Rambo, super-héros…) en espérant profiter d’une nouvelle mode, tout en le mélangeant au hasard avec 40% de métrage sans la moindre espèce de rapport, que l’on aura acheté dans un pays dont les prix défient toute concurrence (Thaïlande, Philippines…). Si on a le temps et qu’on est bien disposé, on tentera de rajouter une scène de dialogue post-synchronisé ou des astuces de montage qui lieront vaguement les deux métrages.

Il y aurait une Phase 5 (dite phase « Catman in Boxer’s Blow ») dont l’originalité consisterait à ne faire strictement aucun effort pour relier les métrages, mais j’avoue ne pas encore oser m’y risquer…

Le film qui nous occupe, « Robo Vampire », constitue donc l’un des fleurons de la Phase 4 du 2 en 1 hongkongais (quel langage pour initiés !) : un machin amorphe, sans queue ni tête, ni fait ni à faire, avec tout juste un début, un milieu et une fin pour donner le change aux inconscients qui paieront pour le voir ! Rappelons que le producteur du film, Tomas Tang, n’est qu’un pseudonyme collectif qui fut utilisé, au sein de la société Filmark, par divers margoulins du cinéma asiatique, dont probablement Godfrey Ho, le maître absolu du 2 en 1. Difficile à dire si Godfrey Ho est derrière ce film, mais si ce n’est lui, c’est donc son frère, donc c’est l’un des siens, qui aurait repris ses techniques ! Ceux qui s’attendent à du cinéma de qualité ne vont va pas être déçus…



Le pseudonyme du réalisateur est tellement bidon que l'affiche commet une erreur : sauras-tu la trouver ?


Tout commence dans une usine désaffectée (traduction = décor pas cher), où des individus en treillis – nous apprendrons plus tard que ces deux andouilles étaient des policiers anti-drogue – se font soudain attaquer et trucider par un vampire chinois. Rappelons que les « vampires » chinois, que l'on appelle des « gyonshi », sont assez éloignés de leurs représentations occidentales : ce sont en fait des espèces de zombies qui se déplacent par petits bonds, avec les bras tendus, et peuvent être neutralisés par l’apposition d’un parchemin sacré sur leur front. Ceci étant précisé, on peut également se risquer à dire que leur aspect et leur démarche se prêtent assez facilement à la parodie… ou comme c’est le cas ici, au ridicule involontaire.



Les maquillages des vampires-zombies feraient en effet passer les effets spéciaux de n’importe quel Z italien pour des chefs-d’œuvre de la technique : gants en caoutchouc pour figurer les mains griffues, visages peinturlurés à la hâte sur lesquels on semble avoir collé des feuilles mortes pour leur donner l’air décomposé… Autant dire que chaque apparition de ces inqualifiables créatures va être un vrai festival de grotesque !



Mais ce n’est qu’un début car la présence de ces vampires va rapidement nous être expliquée : nous sommes à Hong Kong, où un certain Bill Young, parrain de la drogue (joué par Ernest Mauser, un Canadien moustachu qui apparaissait également dans « Crocodile Fury ») a décidé de faire appel, pour lutter contre la police, aux services d’un magicien chinois qui lui fournit une armée de vampires pour protéger ses cargaisons de drogue. Bill est notamment fâché contre un flic nommé Tom, qui lui donne du fil à retordre (on suppose que c’est le héros mais on ne fera pas sa connaissance avant une vingtaine de minutes). Le magicien a notamment eu la brillante idée de cacher les sachets de drogue (on suppose que c’est de la coke mais le dialogue, ultra-basique, ne fait référence qu’à « la drogue ») dans les cercueils des vampires. Suit une scène abracadabrantesque où le sorcier, sous l’œil approbateur de deux gangsters – des hommes de Bill – va créer une sorte de super-vampire en faisant muter l’une de ses créatures. Passons sur les fabuleux effets spéciaux : la peau du visage se met à bourgeonner et à produire des bulles de chewing-gum, puis sa figure se transforme jusqu’à devenir un magnifique masque en caoutchouc hirsute à mi-chemin entre Chewbacca, un Yéti et un épagneul breton.



Grrrâouuuu !


Arrive soudain un fantôme féminin (joué par une actrice occidentale particulièrement mauvaise) qui reproche au sorcier d’avoir changé son fiancé « Peter » en vampire. « Maintenant, nous ne pourrons plus être réunis dans l’au-delà ! » Le magicien lance son vampire-singe-garou contre le fantôme mais celui-ci reconnaît sa fiancée morte. Les hommes du parrain suggèrent alors au magicien de célébrer le mariage des deux créatures car l’union d’un fantôme et d’un vampire pourrait être très utile à leur organisation (??!!).



Le type de gauche joue dans « Spécial Commando » (c'est un des 2 méchants du film, celui qui en raconte toute l'histoire).


Dans la scène suivante, nous faisons enfin la connaissance de Tom, joué par un blondinet insipide, qui se prépare avec ses collègues à mener une opération. Les agents anti-drogue arrêtent une jeep de bandits, à bord de laquelle se trouve le sorcier. Ce dernier appelle aussitôt ses vampires à la rescousse : les zombies-vampires-pois-sauteurs font aussitôt des ravages dans les rangs policiers en lançant du gaz corrosif avec leurs doigts. Tom se retrouve quant à lui face au Chewbacca-vampire-épagneul qui le foudroie en lançant des étincelles. Notre héros s’écroule mort, de la peinture rouge plein la figure.



Un look-a-like du Capitaine Haddock en plus jeune et moins imbibé.


Suit une scène visiblement tournée dans un bâtiment abandonné (l’usine du début ?) mais dont on nous demande de croire, malgré la nudité des murs et le matériel misérable, que c’est le QG de la police. Tom est mort mais un savant barbu, sosie de Nanni Moretti, demande aussitôt, avec le plus grand sérieux, l’autorisation de le ressusciter sous la forme d’un super-guerrier robot ! Enfin, après plus d’une demi-heure de film, nous allons voir le Robot du titre ! (Notons au passage que le titre est impropre puisqu’il s’agit d’un robot qui combat les vampires et non d’un robot-vampire ! On n’en est plus à ça près…) Nous avons ensuite droit à l’une des scènes d’ « opération » les plus nanardes de l’histoire du cinéma. Le professeur soude une jambe en plastique bleu métallisé avec un fer à souder, bidouille deux minutes, et… voilà ! Le « Robo Warrior » (c’est son nom) se relève de la table d’opération !





Le robot dans toute sa splendeur.


Là, les mots manquent au pauvre chroniqueur pour décrire la magnificence époustoublourrifante de ce pseudo-Robocop, qui est à son modèle encore moins que ce que les Charlots sont à Charlie Chaplin. Imaginez un joueur de hockey sur glace, fagoté dans un sac poubelle argenté, relooké par un Jean-Paul Gaultier sous cocaïne, avec une antenne de poste de radio sur la tête, et qui se déplacerait à deux à l’heure en faisant « wrrrr-bzziiii ! » à chacun de ses mouvements ! Tous les concepts existants ou ayant existé du ridicule se trouvent réduits à néant devant ce nouveau mètre-étalon ! Robo Warrior est GRAND ! RESPECT !!





Le Chewbacca-chimpanzé-garou-vampire fait une démonstration de ses terribles pouvoirs (des feux d’artifice au bout des doigts !)



Le ROBO WARRIOR, UNE NOUVELLE RACE DE HEROS !


Signalons tout de suite l’arnaque de ce 2 en 1, qui ne mettra hélas pas le Robo Warrior autant en valeur qu’il le mériterait. Vous n’alliez pas espérer que ce bon Tomas Tang allait produire un film normal, sans mélange de métrages, non ? C’est là en effet qu’intervient la seconde histoire, qui va grossièrement squatter environ 50% du temps de projection restant : dans un endroit imprécis, un missionnaire chrétien, apparemment la bête noire des trafiquants de drogue locaux, est assassiné, et son assistante, une jolie blonde, prise en otage. Suit une astuce de montage permettant de relier les deux histoires : la post-synchronisation nous apprend que la blonde (une certaine « Sophie ») était une agente de la police anti-drogue. Grâce à la magie du champ / contre-champ, le chef de la police de la partie « Robo Warrior » parle au héros de l’autre moitié de film, un mercenaire nommé Ray, pour le charger de retrouver Sophie. On tentera à plusieurs reprises de faire coïncider les deux métrages en nous faisant croire que Bill Young (le parrain de la première histoire) est le patron des méchants de la deuxième partie du film. Au prix de quelques astuces : on voit Bill et ses hommes se lancer à la poursuite des héros, puis dans le plan suivant, on verra Ray et ses amis se faire poursuivre par un autre groupe de méchants (bon, admettons que les méchants se scindent en deux groupes…). Evidemment, jamais on ne verra Ray rencontrer le Robo Warrior ou les vampires, ni même les mentionner, et jamais Young ne rencontrera le chef des méchants de la deuxième histoire, pourtant censé être son bras droit…



Le preux Ray, notre héros (enfin, le héros de la moitié du film).



Le sorcier taoïste maître des vampires.


Les décors et les types ethniques de certains des acteurs de la seconde partie m’avaient fait penser que le second métrage était d’origine philippine, mais le fait que Ray soit joué par Sorapong Chatree, l’un des acteurs principaux de « Crocodile Fury » (autre célèbre carnage de Tomas Tang), me l’a fait identifier comme un film Thaïlandais. Plusieurs scènes chinoises et occidentales de « Robo Vampire » (séquences des vampires et du robot) semblent par ailleurs avoir été tournées au même moment que « Crocodile Fury » (décors et acteurs communs), quitte à être montés par la suite avec les bouts de n’importe quoi achetés à droite et à gauche par « Tomas Tang ».





Bill Young, le terrible Parrain de Hong Kong ! Il est interprété par Ernest Mauser, un canadien moustachu expatrié à Hong Kong qui sévit aussi dans le redoutable "Crocodile Fury". On l'a également vu tenir un petit rôle de pianiste dans l'excellent "Une balle dans la tête" de John Woo, mais aussi dans des films de Johnnie To comme "Fulltime Killer" ou "Sparrow".



Son bras droit, qu’il ne rencontre jamais, vu qu’ils ne jouent pas dans le même film.


En tout cas, on ne peut pas dire que le mixage des scènes du Robo Warrior avec ce petit polar de série Z fasse vraiment du bien au rythme du film. Heureusement, la partie thaïlandaise regorge de détails nanars qui, s’ils n’arrivent pas au niveau de la partie hongkongaise, font quand même passer agréablement le temps. Le moindre n’étant pas de voir les plus beaux mannequins en mousse – ou plutôt en chiffon – de l’histoire du cinéma. Un instant magistral voit l’un des gentils se colleter avec un méchant sur le toit d’une maison puis le projeter dans le vide… sauf qu’il ne pousse évidemment pas l’autre acteur, ni même un cascadeur, mais l’un des pantins les plus désarticulés jamais vus dans un film d’action ! (l'extrait est disponible dans l'onglet vidéo de cette chronique) On notera également une scène où Sophie se fait torturer à la goutte d'eau par les méchants... Cela pourrait paraître normal, puisque cette torture existe, mais pour fonctionner elle requiert l'immobilisation totale du sujet. Or ici la comédienne peut bouger la tête, ce qui rendrait normalement la torture totalement inefficace ! On ne comprend pas alors ses hurlements... (le jeu de l'actrice vaut également le détour)



Le gentil balance le méchant du toit. Que dire de plus ?



L'insécurité est partout, on ne peut plus même aller à la plage tranquille !


Les moments les plus goûtus se trouvent cependant – et de loin – dans la partie « Robo Warrior ». Là, pas de discussion, TOUT est grotesque ! Pas un acteur, pas un effet spécial, pas une situation, pas une nano-seconde de film qui n’échappe au ridicule le plus terrassant, à se demander s’ils ne le font pas exprès. Une scène mémorable voit le Robot se faire détruire au bazooka par les méchants, ou plutôt un mannequin en aluminium exploser de la manière la plus pitoyable qui soit. Evidemment, le gentil professeur va le réparer avec sa lampe à souder en deux temps trois mouvements, et notre invincible joueur de hockey repartir à l’assaut du mal en faisant dzzz-bzzziiii.



Horreur ! Les méchants ont fait exploser notre héros ! (enfin... un mannequin en alu à son effigie)



Heureusement, Nanni Moretti est là pour le réparer.



Ah, non un fer à souder allumé au briquet ('tain c'est quoi ce film ???).



No comment.



Et je t'achève à la perceuse de chez Bricorama.


Notre héros va évidemment se colleter avec le méchant magicien et sa créature, le vampire-chimpanzé-alien, qui entre-temps coule le parfait amour avec le fantôme (scènes totalement surréalistes des deux amants d’outre-tombe qui se font des câlins en roucoulant). Tout cela va se régler dans un titanesque combat contre le Chewbacca-vampire-orang-outan, le clou étant une poursuite menée à deux à l’heure entre le super-vampire, qui se déplace par bonds de dix centimètres, et le Robo Warrior, qui fait un pas toutes les dix secondes. Si on n’a pas encore établi le record de la poursuite la plus lente du cinéma, c’est le moment !



Le fantôme et l’orang-outan-nosferatu-garou en plein transport amoureux. Un GRAND moment !


Ce résumé ne donne cependant qu’un faible idée de l’altissime teneur en nanardise de cet invraisemblable « Robo Vampire ». Réalisé avec des moufles, photographié par un aveugle, joué par des comédiens au chômage en état d’ébriété, le film est l’une des plus abominables catastrophes cinématographiques jamais vues, à regarder au moins une fois pour ne pas en croire ses yeux. A côté, « Flic ou Ninja » est un exemple de subtilité, « Starcrash » une super-production candidate à l’oscar, « La Revanche de Samson » un film raffiné et subtil, et « White Fire » un modèle de rigueur scénaristique à montrer dans les écoles de cinéma ! Il faut voir le sorcier s’agiter grotesquement en invoquant ses vampires, lesdits vampires mâchonner un steak tartare après avoir mordu une victime à la gorge, le Robo Warrior tourner sur lui-même tandis qu’il affronte cinq vampires qui font des petits bonds autour de lui, le réalisateur nous gratifier de plans-nichons totalement inutiles du fantôme féminin ! Le film est d’ailleurs un exemple de nanar à voir également en « version originale » puisque sa version anglaise (la version internationale) est l’un des pires exemples de post-synchronisation jamais infligée aux oreilles des spectateurs. A noter aussi pour les amis des bêtes que dans une scène du métrage thaïlandais, nous voyons les méchants éventrer un bœuf pour cacher de la cocaïne dans l’animal. Ce n’est pas un effet spécial, et la bête bouge encore. Sympathique !



Un film qui prend les tripes.


On regrettera juste que ce gloubi-boulga pelliculaire manque parfois un peu de rythme, ce qui lui fait rater de justesse, en ce qui me concerne, la note maximale, et que le métrage thaï – totalement Z, mais d’une qualité très légèrement supérieure – nous prive de davantage de présence du Robo Warrior, sans aucun doute l’une des créatures les plus ringardes jamais vues depuis l’invention de la pellicule. A voir d’urgence, mais à consommer avec prudence : une vision de « Robo Vampire » peut exposer les nanardeurs novices à de graves dommages cérébraux ! A vos risques et périls : les survivants se garantiront des moments de délire d’une densité rarement atteinte.



Nikita
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Robo Vampire

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Les notes des membres

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Cote de rareté

Film très rare, jamais sorti chez nous. Il a été confidentiellement édité en DVD chez le micro-éditeur "Eden Entertainment" aux Etats-Unis en zone 0. Il s'agit en fait d'un DVD-R de qualité assez moyenne fait à partir d'une vieille VHS, mais qui est désormais épuisé. On le trouve encore d'occasion sur certains sites de vente en ligne américains. Sinon il existe d'introuvables VHS américaines, grecques ou allemandes.



Tout dernièrement, l'éditeur américain "Brentwood" vient de l'éditer sur un DVD à 10 $ intitulé "Eastern Horror", en duo avec le film "Devil's Dynamite" estampillé lui aussi Joe Livingstone, avec Angela Mao et le gweilo Richard Phillips (entrevu sur "Ninja Condor 13" ou "Walker Texas Ranger"). Un film bien mystérieux sur lequel nous essaierons d'en savoir plus.



Attention, attention, le visuel de notre film a été repris par "Magic Entertainment" pour illustrer un film tout pourri, "Death Mission", qui n'a comme de juste rien à voir avec Robo Vampire (c'est un autre "2-en-1" de chez Filmark).



Il existe un autre film où apparaît notre Robocop du pauvre et où il affronterait cette fois des fantômes et un Freddy Krueger d'occasion. Enfin... Si tant est qu'ils soient tous dans le même film et que ce ne soit pas pour Tomas Tang, crédité comme réalisateur de ce chef-d'oeuvre nommé "The Vampire Is Still Alive" aka "Counter Destroyer", l'occasion de recycler des stock-shots de Robo Vampire.



Des jaquettes d'éditions VHS japonaises, respectivement de "Robo Vampire" et de "The Vampire Is Still Alive".
Cote de rareté : 4/Exotique Consulter le barème de notation

Bonus

Cette interview fut à l’origine mise en ligne le jeudi 11 décembre 2003 sur le site www.cinebis.org, aujourd’hui malheureusement disparu. Son contenu n’étant plus accessible, nous nous permettons de reproduire ici cette interview afin que les informations qu’elle apporte ne soient pas perdues. Le rédacteur KaijuChris racontait que tout était parti de ce message reçu le 20 octobre 2003 :



Mon Francais est très pauvre. J'étais un des acteurs du film en 1988. Mon personnage s'appelait Bruce Thomson. Malheureusement, les voix ont été doublées, si bien que la voix qu'on entend n'est pas la mienne. Si vous voulez en savoir plus sur la manière dont le film a été fait, vous pouvez me contacter par e-mail. J'ai tourné dans six films cette année-là. J'ai seulement vu Crocodile Fury par hasard, quand un de mes amis l'a vu au Maroc.



Sincèrement,



Nick Reece




CinéBis profita évidemment de l’occasion pour en savoir plus sur ce gweilo, Crocodile Fury et l’industrie du bis asiatique.








Bonjour Nick, pourrais-tu nous parler un peu de toi ? D'où viens-tu, où vis-tu actuellement ?



Mon vrai nom est Kent Wills. Je suis né dans une petite ville de l'Iowa, le 15 août 1961. J'ai le même anniversaire que votre célèbre leader Napoléon Bonaparte, malheureusement je n'ai jamais atteint le même niveau d'importance historique. Mon épouse est tchèque, et nous habitons actuellement à Orlando (Floride). Nous avons l'intention de retourner vivre à Prague à la fin de l'année.







J'ai un bachelor's degree [licence] en journalisme de l'université de l'Iowa, et un master's degree [3e cycle] en linguistique de la Northern Iowa University. Voilà maintenant plus de vingt ans que j'enseigne l'anglais, principalement dans des universités depuis une dizaine d'années. J'ai également été animateur sur une radio de Santa Barbara dans les années 80. Je termine actuellement un roman sur Taiwan et l'Asie, sur lequel je travaille depuis plusieurs années.



Et, j'oubliais, en 1985 je suis allé passer deux ans en France. J'ai passé la plus grande partie du temps dans une ville qui s'appelle Modane, dans les Alpes, près de la frontière italienne. Je suis resté environ deux semaines à Lyon. J'ai gardé de très bons souvenirs de cette période.







Comment en es-tu venu à participer à Crocodile Fury ?



Tout d'abord, c'est un film qui est cher à mon coeur pour les mêmes raisons que celles dont tu parlais [il s'agit du côté Z]. Quand mes amis et moi l'avons vu, nous avons ri aux larmes nous aussi. Repenser à ce tournage me rappelle plein de bons souvenirs, et j'ai été très excité en découvrant que tu avais écrit une critique de Crocodile Fury.







Je travaillais comme mannequin à Hong Kong à cette époque, et c'est comme ça que j'ai été recruté. Je ne peux pas dire quelle était l'agence, parce que ça fait plusieurs années et que je ne m'en souviens plus. J'avais fait un film pour Tomas Tang, où je jouais un tout petit rôle. Quelques semaines plus tard, quand un des acteurs principaux a quitté Hong Kong, on m'a donné un rôle important.



En fait, c'est grâce à moi qu'ont été recrutés la plupart des autres acteurs du film. J'étais ami avec Monica la sorcière et son petit ami, qui joue également dans le film. Monica (je ne me souviens plus de son vrai nom) était une fille adorable qui venait de la campagne anglaise, elle n'avait jamais été actrice ou mannequin mais elle s'y est mise tout à fait naturellement. Son compagnon avait un petit rôle, ses parents tenaient un pub dans le même village en Angleterre.







Il y a aussi l'acteur qui joue Rudy dans Crocodile Fury, et qui avait un rôle important dans Robo Vampire. Il était allemand, et il a joué dans plusieurs productions Filmark [Nanarland : il s'agit de Ernst Mauser, vu également dans un paquet de petits rôles dans des productions HK de plus grande envergure].







Pour ce qui est des acteurs chinois, je crois que c'était les mêmes qui jouaient à chaque fois dans les différents films.



A propos de Crocodile Fury : ai-je raison de penser qu'il s'agit de deux films différents collés ensemble ?



Crocodile Fury est effectivement l'assemblage de deux films. Il y a la partie à Hong Kong, avec les vampires, et la partie avec les crocodiles qui a été filmée en Thaïlande.







Comment as-tu entendu parler du "produit fini" ?



Je l'ai découvert par mon ami qui visitait le Maroc. Un jour il est allé au cinéma, voir Crocodile Fury. Il n'avait jamais entendu parler de ce film, et n'avait aucun moyen de savoir que j'y apparaîtrais. Après un moment, il m'a vu à l'écran ; il s'est mis debout et s'est mis à crier : "C'est Kent ! C'est Kent !". Evidemment, les autres spectateurs étaient choqués et n'y comprenaient rien.







Après la fin du film, il est allé voir le patron du cinéma et l'a convaincu de lui donner la photo du film qu'il avait vue à l'extérieur, et sur laquelle je figure. Il me l'a ensuite envoyée, quelques mois plus tard. C'est comme ça que j'ai su quel était le titre du film. On ne nous l'avait jamais dit pendant le tournage. Je ne sais pas pourquoi ; peut-être que le réalisateur a pensé que nous lui demanderions plus d'argent, ou que nous essayerions de capitaliser sur le film d'une manière ou d'une autre. Ou peut-être que lui-même ne connaissait pas le titre, et que celui-ci n'a été choisi que plusieurs mois après la fin du tournage.







Comment s'est passé le tournage à Hong Kong ?



Le film a été tourné dans une zone qui s'appelle Diamond Hill. C'est une banlieue de Hong Kong proche d'un quartier extrêmement pauvre. Les scènes avec Monica ont été tournées en studio, mais c'était également à Diamond Hill, tout comme le grand entrepôt [où se déroule la scène finale]. Quant aux maquillages et aux costumes, ils étaient réalisés avec beaucoup de soin. Les acteurs et les cascadeurs chinois étaient très gentils et nous avons pu développer une sorte de camaraderie.







Les dialogues ont été entièrement enregistrés après la fin du tournage. On nous a juste dit de dire n'importe quoi pendant les scènes de dialogues, sachant qu'ensuite tout serait refait au moment du montage. Les dialogues de la version anglaise sont tout aussi hilarants [que la VF]. On nous donnait très peu de consignes. Nous n'avions pas de répliques ou de dialogues définis. Ce qui comptait, c'était nos actions, et comment nous exprimions nos émotions à l'écran. Il fallait exprimer les émotions d'une manière très exagérée. C'est un style de jeu oriental. Aux Etats-Unis et en Occident on tient à une expression plus subtile, mais pas en Asie, il faut tout exagérer. Donc si tu as peur, on attend que tu hurles comme un fou. Je sais que c'est une manière de jouer qui ici semble complètement ridicule, mais eux prenaient cela très au sérieux, surtout ce côté émotionnel.







Les journées de tournage étaient longues et dures. Nous étions sur le plateau dès le lever du soleil, et parfois nous n'étions pas rentrés chez nous avant tard le soir. La sécurité n'était pas une priorité, il y avait souvent des explosions tout autour de nous, et un jour un des acteurs a pris feu. Nous faisions toutes les cascades nous-mêmes, et je m'étonne de n'avoir jamais été blessé.





Kent sommairement maquillé sur le tournage du film de guerre "Super Platoon", une autre production Filmark.




Qui est le réalisateur, Ted Kingsbrook ? Est-ce que ce ne serait pas un pseudo de Tomas Tang ?



Oui, je crois que Ted Kingsbrook est un pseudonyme de Tomas Tang ; il n'y avait aucun réalisateur occidental sur le tournage. Tomas Tang était un vieux monsieur gentil et très distingué, qui a toujours montré beaucoup de respect pour moi et les autres acteurs. Je ne peux pas en dire autant de certains des collaborateurs sur le tournage. Les Occidentaux étaient généralement désignés comme "gwailos", ce qui veut dire "diables étrangers" en cantonnais. Je sais aussi que Tomas Tang est considéré comme une figure culte à Hong Kong de la même manière qu'Ed Wood aux Etats-Unis. Il a collaboré sur plusieurs films avec Joseph Lai et Godfrey Ho. Ses films de ninjas, au début des années 80, sont toujours considérés comme des classiques. Malheureusement, une recherche m'a permis de découvrir que Tomas Tang est mort, il y a quelques années, dans un incendie. Il y a un mystère autour des causes de ce feu, mais il semble clair qu'il s'agit d'une escroquerie à l'assurance. Des acteurs et des techniciens sont morts en même temps que lui. J'ai été très triste d'apprendre des nouvelles aussi tragiques.







Qu'as-tu fait après Crocodile Fury ? Quels étaient ces autres films que tu mentionnais ?



Après 1988, j'ai encore un peu travaillé comme mannequin, et aussi comme acteur. J'ai tourné dans un soap opera taïwanais en 1992, mais pour l'essentiel, ma carrière d'acteur s'est terminée à cette période. Je ne suis plus certain du nombre de films que j'ai fait cette année-là [1988]. Mais je sais qu'il y en a au moins deux qui ont abouti : l'un était Crocodile Fury et l'autre Robo Vampire. Je sais que j'ai tourné dans trois autres films, mais qui sait s'ils ont réellement été produits [Nanarland : on peut au moins citer Top Team Force et Super Platoon, autres productions Filmark]. Dans Robo Vampire, j'ai un plus petit rôle : j'apparais au début du film et je suis tué par un vampire qui m'arrache l'oreille, tout ça dans la séquence d'ouverture. C'est un repompage de Robocop, mais c'est un autre classique ; si tu as aimé Crocodile Fury, tu l'adoreras aussi. J'ai réussi à trouver le DVD sur ebay.com pour 2.99 dollars US.