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Top Team Force

  • Titre original : Top Team Force
  • Titres alternatifs : Top Mission Exterminator
  • Réalisateur : Victor Sears (pseudo d'un yes-man de Filmark)
  • Année : 1987
  • Pays : Hong Kong / Thaïlande
  • Genre : Plus tip que top (Catégorie : Crimes et délits)
  • Durée : 1h26
  • Acteurs principaux : Sorapong Chatree, Kent Wills alias Nick Reece et tout un tas de pseudos bidons (Johnny Banton, Charles Grant, Kenneth Smy, James Northam, Laura Wagner, Tom Kelly, Harry Winston et George Lewis)
  • Producteur : Tomas Tang
Note :
1
John Nada
John Nada

Chronique

Top Team Force / Top Mission Exterminator

Hong Kong / Thaïlande. 1987/88. 1h26 mn. De Victor Sears (pseudo d'un yes-man de chez Filmark), avec Soraphong Chatree, Kent Wills alias Nick Reece et tout un tas de pseudos bidons (Johnny Banton, Charles Grant, Kenneth Smy, James Northam, Laura Wagner, Tom Kelly, Harry Winston et George Lewis)

Tomas Tang & Dallie Yeung

Le genre : Plus tip que top / Tip Top Flop

Top Team Force / Top Mission Exterminator

Produit par : Tomas Tang (& Dallie Yeung)

Il est déjà tard ce soir-là mais tu n'as pas encore assez sommeil pour aller te coucher. Dans un mouvement dicté par l'habitude, tes yeux commencent à parcourir les concentrations verticales de VHS et de DVD qui s'entassent sur diverses étagères de ton salon dans une singulière bigarrure de couleurs, de logos et de polices de caractères, là où Fernandel côtoie Jackie Chan, Chaplin flirte avec Bruno Mattei et Godfrey Ho tutoie Andrzej Zulawski. L'humeur du moment te pousse à moissonner parmi les piles les plus reculées, celles qui recèlent les filmographies les plus profanes, cantonnées là pour éviter l'embarrassante consternation des visiteurs (ceux qui ont déjà eu à justifier la présence de « Ninja Terminator » entre un Kurosawa et un Scorsese te comprendront). Ecartant une VHS de Chuck Norris bizarrement placée de face, et dissimulant de fait les pauvres merveilles qu'elle obombrait de toute son arrogante envergure, tu tombes alors sur ceci :



Fichtre. Comment ne pas succomber aux assauts outranciers de cette jaquette évoquant irrésistiblement ces tee-shirts de beauf méditerranéen où s'égayent pêle-mêle indien impavide, camion américain rutilant et loup hurlant à la lune ? Certes, un aussi grossier racolage éveille en toi la suspicion, tu supputes que ce visuel aguicheur dissimule en réalité quelque polar cacochyme, peut-être un téléfilm allemand aux teintes verdâtres, ou bien un vigilante-movie indonésien baveux. N'empêche, comme devant tout cadeau joliment emballé, ta curiosité est piquée. Va donc pour « Top Team Force ».



Dès les premières images (un vain étalage de patronymes anglo-saxons complètement bidons sur une musique résolument pouet-pouet), le produit est identifié : il s'agit d'un "2-en-1" de l'écurie Filmark, période guerre/polar. Filmark ! Un nom qui susurre à l'oreille du spectateur la promesse d'un divertissement fade et pâteux comme du riz trop cuit. Ce soir, tu le sais, tu risques de souffrir. Tant pis. Tu fixes l'écran d'un oeil impassible, prêt à endurer toutes les turpitudes qu'aura pu concocter cette fois encore le roué Tomas Tang, car tu nourris secrètement l'espoir un peu fou que la musette à chroniques de Nanarland contienne un jour tous les "2-en-1" made in IFD et Filmark. Certes, c'est complètement con, il y a assurément plus noble comme but dans la vie mais bon, on a les sacerdoces qu'on peut.





Sitôt le générique terminé, tu assistes à la réunion de quelques policiers gweilos qu'on renseigne sur la trépidante mission qui va leur être confiée. Pour ce faire, on leur projette un vieux polar thaïlandais dans lequel évoluent tout un tas de personnages qu'on leur présente tantôt comme un coéquipier, tantôt comme un indic', tantôt comme une crapule, alors même qu'ils ne croiseront jamais aucun d'entre eux si ce n'est par la magie du montage, O sublime ironie du "2-en-1". Tu comprends que c'est le moment d'être particulièrement attentif puisque toute l'intrigue tarabiscotée du film va t'être exposée en 30 secondes chrono. En gros, il y a ce syndicat du crime international qui trempe dans tous les mauvais coups, dirigé par un mystérieux personnage qu'on surnomme « le Roi de l'Asie ». Le cœur de ce réseau du mal serait situé à Hong Kong, mais la police locale s'avère évidemment impuissante. Alors on fait appel aux super mecs de la brigade américaine anti-gang, parce que les Ricains c'est les plus forts mais aussi parce quand on est un petit producteur hongkongais, mettre des héros ricains dans ses films ça aide à mieux les vendre sur le marché international de la vidéo. Concrètement, tout ceci signifie que le polar thaïlandais crapuleusement recyclé par Filmark sert d'ingrédient de base à la popote, avec ses gentils flics aux prises avec de méchants trafiquants, soit une heure et quart au total, saupoudré de quelques rares scènes tournées par les affidés de Tomas Tang - totalisant dix minutes à peine - avec quelques Chinois et une poignée d'acteurs occidentaux.



L'acteur thaïlandais Sorapong Chatree, vedette de l'écurie Filmark bien malgré lui (« Bad Ninjas », « Crocodile Fury », « Ninja Invasion », « Robo Vampire », « Counter Destroyer »…).



« Patrick, Sam et David »... les trois principaux héros du polar thaï indélicatement recyclé par Filmark.



L'homme de main number one du « Roi de l'Asie ».



Des sbires de bas étage.


Parmi ces derniers, tu repères très vite un grand échalas, qui interprète son personnage avec une somnolente conviction. Cette impassibilité bovine, ce charisme de gweilo label rouge… pas de doute, c'est Kent Wills, alias Nick Reece ! Tu te souviens de Nick Reece, O lecteur ? Il avait déjà éclaboussé de sa prestance d'endive ces autres chefs-d'œuvre sortis de la salle de montage de Filmark que sont « Crocodile Fury » et « Robo Vampire ». Dans deux interviews que nous proposons ici (l'une en onglet bonus, l'autre en "lien utile"), Nick s'interrogeait sur ce qu'avaient pu devenir les autres films crapoteux qu'il se souvenait avoir tournés avec la firme hongkongaise, et invitait les lecteurs à prendre contact avec lui s'ils en savaient plus. Et bien voilà Nick, tu peux désormais ajouter à la liste ce « Top Team Force » et saluer notre geekitude aiguë. Encore un grand mystère de l'Humanité résolu par les Tintin-reporters de Nanarland…



Nick Reece et son charisme de cucurbitacée.


Une fois le pitch exposé et le principe du "2-en-1" repéré, le déroulement du film est pour le moins prévisible. Dès lors le cortège des fusillades s'ébranle avec indolence, les ressorts du pugilat en milieu urbain couinent, les rouages du polar grincent, encrassés dans une réalisation datée et sans relief. Au milieu de cette soupe de navets insipide, avalée quasi à contrecœur, surnagent malgré tout quelques croûtons nanars dont la consistance est d'autant plus savoureuse qu'ils sont petits et rares. On appréciera entre autres, comme souvent dans ce genre de productions, une VF qui flirte tant avec le surjeu qu'en fermant les yeux, on pourrait parfois se croire devant un « Message à caractère informatif », les doubleurs sublimant magistralement la ringardise de dialogues par ailleurs empreints d'une grossièreté à faire rougir un charretier, et où fleurissent les "enculé", "putain", "connard" et autres "salope" avec la ponctualité d'un métronome. A noter également quelques traductions d'une amusante approximation (« the ruby's gone ! », idiotement traduit par « le rubis est parti ! » au lieu de « le rubis a disparu ! »).



Un procédé classique du "2-en-1" made in HK : faire dialoguer deux acteurs qui à l'origine ne jouent pas dans le même film. Ici, Nick Reece et Sorapong Chatree se tiennent informés des avancées d'une enquête qu'ils sont censés mener conjointement.



De la tatane bruitée avec cette bonne vieille boîte à baffes deux tons (« pif ! » pour les coups de poing, « paf ! » pour les coups de pied).



Un papier peint d'une laideur à se faire éclater un canon dans la bouche.



« Le rubis est parti ! »


Parmi les petits plaisirs un peu épars, on appréciera également les musiquettes intégralement composées avec un synthétiseur et une boîte à rythmes, pour un résultat oscillant entre la trame sonore d'un jeu vidéo pour console 8 bits et celle d'un porno californien 80's. Au final, on appréciera en fait surtout la partie hongkongaise du métrage et sa galerie de gweilos ahuris.



Le moustachu à droite, c’est Donald Kong Do. Il a commencé comme acteur et chorégraphe des combats, et puis il est passé à la réalisation pour Tomas Tang. Il a notamment réalisé « L’Empire des Ninjas » pour Filmark.



Et lui c’est Sun Chien, ex-Venom. Lui aussi est une figure familière des productions Filmark. Avec le réalisateur Tommy Cheng et Don Kong, ils ont semble t-il quitté tous les trois Joseph Lai et IFD pour rejoindre Tomas Tang et Filmark.



Nick est ses hommes.



Le supérieur de Nick, beau spécimen d'avorton neurasthénique.



Le grand méchant de la partie Filmark.



Parmi ses hommes de main, on retiendra ce gweilo de toute évidence à peine pubère.



Dans la partie thaï figure également ce vague look-alike de Gene Hackman, associé au « Roi de l'Asie »...



…et cet Eurasien aussi fugitif que mauvais.



Ici, il nous offre sa version très perso du haussement d'épaule flegmatique propre aux géants de Hollywood comme Cary Grant ou Humphrey Bogart.


Franchement, quel serait l'intérêt des productions IFD et Filmark sans le potentiel comique de ces apprentis acteurs occidentaux, tous ces amateurs complets recrutés à la hâte dans les petits hôtels pour backpackers de Hong Kong du simple fait qu'ils étaient Blancs, et propulsés presque malgré eux dans le merveilleux univers du cinéma bis ? Il y a quelque chose d'un peu magique à regarder ces types-là, parce que quelque part on se dit « moi aussi si j'avais été à Hong Kong dans les années 80 j'aurais pu le faire, ç'aurait pu être moi, ou mon oncle, ou ma voisine, ou mon facteur, ou mon garagiste… et le résultat n'aurait sans doute guère été meilleur mais pas pire non plus ! ».











La Top Team Force en action. Tremble, Roi de l'Asie, l'Amérique envoie ses braves pour mettre fin à ton règne de noires turpitudes !


Une paire de lunettes de soleil, un imper noir, un cure-dent à mâchouiller : oubliant que l'habit ne fait pas le moine, Filmark tente d'élever Nick Reece au rang d'alter ego caucasien de Chow Yun Fat dans « Le Syndicat du crime ». Seulement voilà, tout bon joueur de poker vous le dira : il y a des limites au bluff, et ce rôle de super flic justicier international va à Nick comme un tablier à une vache tant notre homme atteint des prodiges d'inexpressivité. Dommage, une fois de plus, que ces scènes réalisées par Filmark ne soient pas plus nombreuses.







Nick Reece et ses copains courent entre les fougères

Un peu comme des enfants qui joueraient à la guerre

Les gweilos ont bon teint, Tomas Tang est ravi

Ce Nick Reece est vilain mais n'coûte pas un radis

Avec son imper noir on dirait Chow Yun Fat

Une ultime rafale, la prise est dans la boîte.


En somme, vous l'aurez compris, ce « Top Team Force » alias « Top Mission Exterminator » stagne dans les eaux troubles séparant le nanar rigolo du navet assommant. A voir donc avec une indulgence bien lunée, ou bien au cours d'une de ces nuits d'automne où le sommeil tarde à venir et qu'on le cherche, en vain, avec une impatience fatiguée.



O, qu'es-tu devenu, toi, gweilo inconnu ?

Honnête magasinier, cheminot ingénu ?

Gravée à jamais dans le marbre des cassettes

La noblesse de tes traits est digne des statues grecques

Empoigne cette mitraillette, jeune éphèbe courageux

La Top Team Force est là, tu vas monter aux cieux

Tombé au champs d'honneur du cinéma débile

Qu'est-ce que la mort est belle lorsqu'elle est inutile !




John Nada
John Nada

Top Team Force
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Cote de rareté

Encore un incunable qui semble condamné à errer éternellement dans les limbes de la VHS. Deux éditions sont recensées à ce jour, l'une chez Moonlight Productions sous le titre "Top Team Force", l'autre chez BM Productions (en fait le même éditeur) sous le titre encore plus ronflant de "Top Mission Exterminator".





A noter que cette deuxième édition titrée "Top Mission Exterminator" semble être une jaquette volante reprenant le visuel de "Goddess Mission" (ce titre figure d'ailleurs aussi sur la jaquette), un autre "2-en-1" de 1988 mais produit par la firme IFD cette fois, avec l'attachant Mike Abbott. On peut trouver ce dernier en DVD-R sur le site Trash Online, sous le titre "Official Exterminator 4: Goddess Mission". Attention donc à ne pas mélanger ces deux films…

Cote de rareté : 5/Pièce de collection Consulter le barème de notation

Bonus

Cette interview fut à l’origine mise en ligne le jeudi 11 décembre 2003 sur le site www.cinebis.org, aujourd’hui malheureusement disparu. Son contenu n’étant plus accessible, nous nous permettons de reproduire ici cette interview afin que les informations qu’elle apporte ne soient pas perdues. Le rédacteur KaijuChris racontait que tout était parti de ce message reçu le 20 octobre 2003 :



Mon Francais est très pauvre. J'étais un des acteurs du film en 1988. Mon personnage s'appelait Bruce Thomson. Malheureusement, les voix ont été doublées, si bien que la voix qu'on entend n'est pas la mienne. Si vous voulez en savoir plus sur la manière dont le film a été fait, vous pouvez me contacter par e-mail. J'ai tourné dans six films cette année-là. J'ai seulement vu Crocodile Fury par hasard, quand un de mes amis l'a vu au Maroc.



Sincèrement,



Nick Reece




CinéBis profita évidemment de l’occasion pour en savoir plus sur ce gweilo, Crocodile Fury et l’industrie du bis asiatique.








Bonjour Nick, pourrais-tu nous parler un peu de toi ? D'où viens-tu, où vis-tu actuellement ?



Mon vrai nom est Kent Wills. Je suis né dans une petite ville de l'Iowa, le 15 août 1961. J'ai le même anniversaire que votre célèbre leader Napoléon Bonaparte, malheureusement je n'ai jamais atteint le même niveau d'importance historique. Mon épouse est tchèque, et nous habitons actuellement à Orlando (Floride). Nous avons l'intention de retourner vivre à Prague à la fin de l'année.







J'ai un bachelor's degree [licence] en journalisme de l'université de l'Iowa, et un master's degree [3e cycle] en linguistique de la Northern Iowa University. Voilà maintenant plus de vingt ans que j'enseigne l'anglais, principalement dans des universités depuis une dizaine d'années. J'ai également été animateur sur une radio de Santa Barbara dans les années 80. Je termine actuellement un roman sur Taiwan et l'Asie, sur lequel je travaille depuis plusieurs années.



Et, j'oubliais, en 1985 je suis allé passer deux ans en France. J'ai passé la plus grande partie du temps dans une ville qui s'appelle Modane, dans les Alpes, près de la frontière italienne. Je suis resté environ deux semaines à Lyon. J'ai gardé de très bons souvenirs de cette période.







Comment en es-tu venu à participer à Crocodile Fury ?



Tout d'abord, c'est un film qui est cher à mon coeur pour les mêmes raisons que celles dont tu parlais [il s'agit du côté Z]. Quand mes amis et moi l'avons vu, nous avons ri aux larmes nous aussi. Repenser à ce tournage me rappelle plein de bons souvenirs, et j'ai été très excité en découvrant que tu avais écrit une critique de Crocodile Fury.







Je travaillais comme mannequin à Hong Kong à cette époque, et c'est comme ça que j'ai été recruté. Je ne peux pas dire quelle était l'agence, parce que ça fait plusieurs années et que je ne m'en souviens plus. J'avais fait un film pour Tomas Tang, où je jouais un tout petit rôle. Quelques semaines plus tard, quand un des acteurs principaux a quitté Hong Kong, on m'a donné un rôle important.



En fait, c'est grâce à moi qu'ont été recrutés la plupart des autres acteurs du film. J'étais ami avec Monica la sorcière et son petit ami, qui joue également dans le film. Monica (je ne me souviens plus de son vrai nom) était une fille adorable qui venait de la campagne anglaise, elle n'avait jamais été actrice ou mannequin mais elle s'y est mise tout à fait naturellement. Son compagnon avait un petit rôle, ses parents tenaient un pub dans le même village en Angleterre.







Il y a aussi l'acteur qui joue Rudy dans Crocodile Fury, et qui avait un rôle important dans Robo Vampire. Il était allemand, et il a joué dans plusieurs productions Filmark [Nanarland : il s'agit de Ernst Mauser, vu également dans un paquet de petits rôles dans des productions HK de plus grande envergure].







Pour ce qui est des acteurs chinois, je crois que c'était les mêmes qui jouaient à chaque fois dans les différents films.



A propos de Crocodile Fury : ai-je raison de penser qu'il s'agit de deux films différents collés ensemble ?



Crocodile Fury est effectivement l'assemblage de deux films. Il y a la partie à Hong Kong, avec les vampires, et la partie avec les crocodiles qui a été filmée en Thaïlande.







Comment as-tu entendu parler du "produit fini" ?



Je l'ai découvert par mon ami qui visitait le Maroc. Un jour il est allé au cinéma, voir Crocodile Fury. Il n'avait jamais entendu parler de ce film, et n'avait aucun moyen de savoir que j'y apparaîtrais. Après un moment, il m'a vu à l'écran ; il s'est mis debout et s'est mis à crier : "C'est Kent ! C'est Kent !". Evidemment, les autres spectateurs étaient choqués et n'y comprenaient rien.







Après la fin du film, il est allé voir le patron du cinéma et l'a convaincu de lui donner la photo du film qu'il avait vue à l'extérieur, et sur laquelle je figure. Il me l'a ensuite envoyée, quelques mois plus tard. C'est comme ça que j'ai su quel était le titre du film. On ne nous l'avait jamais dit pendant le tournage. Je ne sais pas pourquoi ; peut-être que le réalisateur a pensé que nous lui demanderions plus d'argent, ou que nous essayerions de capitaliser sur le film d'une manière ou d'une autre. Ou peut-être que lui-même ne connaissait pas le titre, et que celui-ci n'a été choisi que plusieurs mois après la fin du tournage.







Comment s'est passé le tournage à Hong Kong ?



Le film a été tourné dans une zone qui s'appelle Diamond Hill. C'est une banlieue de Hong Kong proche d'un quartier extrêmement pauvre. Les scènes avec Monica ont été tournées en studio, mais c'était également à Diamond Hill, tout comme le grand entrepôt [où se déroule la scène finale]. Quant aux maquillages et aux costumes, ils étaient réalisés avec beaucoup de soin. Les acteurs et les cascadeurs chinois étaient très gentils et nous avons pu développer une sorte de camaraderie.







Les dialogues ont été entièrement enregistrés après la fin du tournage. On nous a juste dit de dire n'importe quoi pendant les scènes de dialogues, sachant qu'ensuite tout serait refait au moment du montage. Les dialogues de la version anglaise sont tout aussi hilarants [que la VF]. On nous donnait très peu de consignes. Nous n'avions pas de répliques ou de dialogues définis. Ce qui comptait, c'était nos actions, et comment nous exprimions nos émotions à l'écran. Il fallait exprimer les émotions d'une manière très exagérée. C'est un style de jeu oriental. Aux Etats-Unis et en Occident on tient à une expression plus subtile, mais pas en Asie, il faut tout exagérer. Donc si tu as peur, on attend que tu hurles comme un fou. Je sais que c'est une manière de jouer qui ici semble complètement ridicule, mais eux prenaient cela très au sérieux, surtout ce côté émotionnel.







Les journées de tournage étaient longues et dures. Nous étions sur le plateau dès le lever du soleil, et parfois nous n'étions pas rentrés chez nous avant tard le soir. La sécurité n'était pas une priorité, il y avait souvent des explosions tout autour de nous, et un jour un des acteurs a pris feu. Nous faisions toutes les cascades nous-mêmes, et je m'étonne de n'avoir jamais été blessé.





Kent sommairement maquillé sur le tournage du film de guerre "Super Platoon", une autre production Filmark.




Qui est le réalisateur, Ted Kingsbrook ? Est-ce que ce ne serait pas un pseudo de Tomas Tang ?



Oui, je crois que Ted Kingsbrook est un pseudonyme de Tomas Tang ; il n'y avait aucun réalisateur occidental sur le tournage. Tomas Tang était un vieux monsieur gentil et très distingué, qui a toujours montré beaucoup de respect pour moi et les autres acteurs. Je ne peux pas en dire autant de certains des collaborateurs sur le tournage. Les Occidentaux étaient généralement désignés comme "gwailos", ce qui veut dire "diables étrangers" en cantonnais. Je sais aussi que Tomas Tang est considéré comme une figure culte à Hong Kong de la même manière qu'Ed Wood aux Etats-Unis. Il a collaboré sur plusieurs films avec Joseph Lai et Godfrey Ho. Ses films de ninjas, au début des années 80, sont toujours considérés comme des classiques. Malheureusement, une recherche m'a permis de découvrir que Tomas Tang est mort, il y a quelques années, dans un incendie. Il y a un mystère autour des causes de ce feu, mais il semble clair qu'il s'agit d'une escroquerie à l'assurance. Des acteurs et des techniciens sont morts en même temps que lui. J'ai été très triste d'apprendre des nouvelles aussi tragiques.







Qu'as-tu fait après Crocodile Fury ? Quels étaient ces autres films que tu mentionnais ?



Après 1988, j'ai encore un peu travaillé comme mannequin, et aussi comme acteur. J'ai tourné dans un soap opera taïwanais en 1992, mais pour l'essentiel, ma carrière d'acteur s'est terminée à cette période. Je ne suis plus certain du nombre de films que j'ai fait cette année-là [1988]. Mais je sais qu'il y en a au moins deux qui ont abouti : l'un était Crocodile Fury et l'autre Robo Vampire. Je sais que j'ai tourné dans trois autres films, mais qui sait s'ils ont réellement été produits [Nanarland : on peut au moins citer Top Team Force et Super Platoon, autres productions Filmark]. Dans Robo Vampire, j'ai un plus petit rôle : j'apparais au début du film et je suis tué par un vampire qui m'arrache l'oreille, tout ça dans la séquence d'ouverture. C'est un repompage de Robocop, mais c'est un autre classique ; si tu as aimé Crocodile Fury, tu l'adoreras aussi. J'ai réussi à trouver le DVD sur ebay.com pour 2.99 dollars US.