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Mega Piranha

  • Titre original : Mega Piranha
  • Réalisateur : Eric Forsberg
  • Année : 2010
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Fishemic (Débit de poisson) (Catégorie : Animalier)
  • Durée : 1h32
  • Acteurs principaux : Paul Logan, Tiffany, Barry Williams, David Labiosa, Jude Gerard Prest, Jesse Daly, Cooper Harris, William Morse
Note :
4
La Team Nanarland
Drexl

Chronique



Avec ce produit maladroitement voué à récolter les miettes du très sympa Piranha 3D d'Alexandre Aja, The Asylum prouve une nouvelle fois à une plèbe somnolente son amour inconsidéré du travail mal fait. Pour vous aguicher, disons que ce film, toujours surprenant par sa propension à prendre l'eau de toutes parts, est le croisement entre le cinéma de Michael Bay – pour la sidérante platitude de ses personnages, totalement effacés derrière leur fonction la plus basique, pour sa complaisance crasse dans une mise en scène reposant sur des gimmicks trop ringards pour être tape-à-l'œil – et l'extraordinaire Birdemic, pour ses scènes d'assauts animaliers réalisées avec un tel dédain pour la tenue visuelle qu'on flirte avec une certaine idée de la poésie.



Le premier point fort de Mega Piranha – pardon, j'avais oublié le titre – le deuxième point fort de Mega Piranha est donc la réalisation tout en lourd matraquage de son auteur (il assure également l'écriture du scénario et mérite donc ce titre), Eric Forsberg. Dès les premières scènes, son "style" s'impose, tout en accélérés grossiers, ralentis malvenus, prostitution de focales innocentes, surexposition putassière et sound design surchargée jusqu'à l'overdose sensorielle. Cinéaste vraisemblablement mal dans sa peau, inconsciemment porteur du désir systématique de montrer qu'il a bien la plus grosse, Forsberg s'est senti obligé d'accompagner chaque mouvement de caméra de "wooosh", "fzzzzz" et autres "pffffui" tonitruants qui finissent par vous anesthésier le cortex comme un abus de pastilles de menthe vous anesthésie le palais. Ce désir de surdramatisation outrancière teste nos limites nerveuses dans la première demi-heure chaque fois qu'un personnage doté de plus de deux lignes de dialogue apparaît : l'image se freeze, vire au noir et blanc, et nous précise son nom et sa fonction.











Ce procédé, à se tordre par sa prétention à nous faire croire que nous sommes dans un récit aux résonances politico-chorales complexes, est symptomatique d'une mise en scène luttant de toutes ses maigres forces pour faire oublier un budget qu'on devine anémique, dont l'essentiel a été coopté par l'emploi d'images de synthèse – le montage épileptique nous masque d'ailleurs à grand-peine leur caractère approximatif. Les décors ? Qu'il s'agisse du quartier général des militaires vénézuéliens, d'un labo américain de pointe sur les manipulations génétiques ou d'une méga base secrète internationale (crânement nommée « Super Bunker »), les lieux se confinent généralement à quatre murs agrémentés de matériaux de récup' pour faire illusion. Les scènes d'attaque en hélico ? Là, c'est plus vicieux : elles se composent d'un enchaînement de plans syncopés dévoilant des machines volantes en CGI, des personnages dans un placard à balai faisant office de cockpit, et de stock-shots répétés jusqu'à trois fois dans une même scène.





Revenons à l'intrigue. Après une scène de boulottage anodine d'un couple en pleine baignade crapuleuse, on entre dans le vif du sujet. Soit une discussion entre l'ambassadeur américain et le ministre des affaires étrangères du Venezuela, sur un bateau gorgé de biatchs en petite tenue sirotant du Champagne. Dans cette séquence se dessine déjà la couardise politique plus ou moins pragmatique du scénario d'Eric Forsberg : pour relancer l'action, il faut que celle-ci se situe dans un pays ennemi des Etats-Unis, relativement à proximité pour que la menace puisse toucher ses côtes (et dès lors susciter une réelle empathie). À défaut de nation mahométane dans un environnement proche, on se replie sur la nemesis historique du film d'action US : le communiste, tudieu. Et donc forcément, le choix se porte sur le Venezuela d'Hugo Chavez – bon, le caudillo de Caracas ne sera jamais cité nommément dans le film, on n'est pas tarés non plus, on y fera tout juste allusion comme un président pas très très engageant vis-à-vis des Etats-uniens. D'ailleurs, en une "astucieuse" tentative de remodeler la carte géopolitique à sa singulière façon, Forsberg fait dire au ministre des affaires étrangères à son invité de plaisance que « Contrairement à ce qu'on pourrait croire, on n'est pas un pays communiste. C'est… ». Les passionnés de politique sud-américaine peuvent se rhabiller, on ne saura jamais vraiment quelle est la nature du régime vénézuélien. Tout au plus pourra-t-on déduire, à la lumière des agissements de ses salopards de militaires obtus, qu'il s'agit d'une sorte de république bananière gangrenée par la corruption et l'imbécillité chronique de sa junte. Bref. Comme de bien entendu, le bateau est attaqué par un banc de piranhas mutants ne laissant aucun survivant.





Illico, le Secrétaire d'Etat Bob Grady appelle son homme à tout faire, son Jack Bauer mono-expressif personnel, Jason Fitch, mystérieux "consultant" des "forces spéciales". En quelques plans furtifs sur des médailles et autres distinctions honorifiques, on voit qu'on a affaire à un homme à qui on ne la fait pas, fut-ce à l'envers. Sa mission est simple : il faut faire la lumière sur ces événements maritimes funestes et éviter à tout prix l'incident diplomatique avec les autorités vénézueliennes, qui brandissent le spectre du terrorisme comme des forcenées (rires). Une précision impérative : Paul Logan, l'interprète de Jason Fitch, fait partie des parangons d'inexpressivité hardcore du cinéma d'exploitation. Une tabula rasa de toute notion d'acting, qui joue la colère, la complicité, la ténacité ou la tendresse exactement de la même façon facialement crispée. Qu'il se prépare l'assaut, qu'il joue au foot avec des piranhas ou qu'il emballe in fine la scientifique en chef, il le fait avec la même résignation passive, sans jamais dévoiler une infime satisfaction de devoir accompli, mais avec l'air las et fatigué d'un pré-retraité achevant une énième journée de travail en se disant « ça, c'est fait ».





À peine débarqué au Venezuela, il tombe sur Sarah Monroe, la généticienne détentrice d'un horrrrrrrrible secret : des expérimentations ont mal tourné, et des piranhas géants, qu'elle surnomme les Serrasalmus Gigantus (…), sont devenus incontrôlables et ont développé une croissance exponentielle. Après lui avoir dit dans un premier temps « d'aller vendre son histoire à Chasse et Pêche », Fitch se laisse finalement convaincre par la scientifique en trente secondes chrono, assénant un laconique « d'accord, je vois ». Ralliant les militaires vénézueliens, il fait la connaissance du fourbe et dramatiquement incompétent Colonel Diaz, qui fera tout pour lui mettre des bâtons dans les roues. Inutile de vous dire qu'il n'a que du mépris pour les théories de Sarah Monroe et qu'il se montre gentiment défiant de tout ce qui est américain en général. Mais lorsque Fitch revient de sa première excursion sous-marine avec un énorme cadavre de piranha, le Colon se rend à l'évidence et s'en va bombarder les eaux infestées avec ses gros hélicos, malgré l'avis inverse des scientifiques. Quelques cadavres de poissons flottent à la surface, mais le répit n'est que de courte durée...



Alors que les scientifiques sont emprisonnés sous un prétexte fallacieux, Fitch rappelle Bob Grady pour lui faire un update de la situation et élaborer un plan imparable : bombarder de nouveau les piranhas, mais avec des missiles américains (donc plus gros, plus puissants, tellement mieux en somme). Ce qui interviendra après LA première scène d'attaque des poissons tueurs, devenus assez gigantesques (comme leur surnom l'indique), de la bourgade côtière vénézuelienne. Ce tour de force arrive au bout de 40 minutes et laisse le spectateur pantois par son viol sans mesure de la suspension d'incrédulité : les piranhas foncent dans des buildings avec force explosions, boulottent des badauds, s'empalent sur des phares, improvisent la partie de foot susmentionnée avec Jason Fitch, le tout avec des bruitages allant de l'avion de chasse au cri du sanglier. Les fameuses scènes d'attaques aériennes de Birdemic avec d'énormes piranhas, vous ne le saviez pas encore, mais vous en rêviez. La preuve.







Passé ce morceau de bravoure, peu nous chaut les tentatives ultérieures de l'égaler (dont un clin d'œil à une fameuse scène de Mega Shark vs Giant Octopus), la sottise incommensurable des rebondissements, les discrets efforts de la VF pour élever ce produit à des hauteurs cultes, la poésie improbable se dégageant de certains plans, le fadasse enjeu amoureux qui sera résolu in fine avec la même passion animant un mouflet à reprendre de la tarte aux quetsches de sa tatie même pas préférée. À ce stade du visionnement, le spectateur adoptera, par mimétisme inconsciemment imposé, l'attitude de Paul Logan – un détachement qui pourrait passer pour souverain s'il n'était assujetti au cynisme mercantile des jean-foutres à l'œuvre derrière Mega Piranha. Les sbires de The Asylum ont encore frappé, mais peut-on vraiment leur en vouloir d'apporter un grain de folie furieuse, quasi rafraîchissant dans son irresponsabilité assumée, au marché vérolé des DTV ? L'Histoire ne répondra probablement pas, mais au nom de Nanarland, substituons-nous aux moralistes : non.

Drexl Drexl
Drexl

Mega Piranha
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Les notes des membres

Moyenne : 4
avatar de Drexl Drexl : 4
avatar de Drexl Drexl : 3.5
avatar de John Nada John Nada : 4
avatar de Labroche Labroche : 4
avatar de Rico Rico : 4.5