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Kranti


Kranti

Titre original : Kranti

Titre(s) alternatif(s) :Aucun

Réalisateur(s) :Naresh Malhotra

Année : 2002

Nationalité : Inde

Durée : 2h30

Genre : Bollywood testostéroné

Acteurs principaux :Bobby Deol, Amisha Patel, Kabir Bedi

Drexl
NOTE
4/ 5


Avec cette chronique se pose une question inévitable : un film Bollywood a-t-il vraiment sa place sur ce site ? Dès lors, ne faudrait-il pas y ajouter un large pan de la production indienne, en une réappropriation culturelle un peu facile qui jugerait l’œuvre selon des critères n’entrant normalement pas en vigueur au vu des spécificités de ce cinéma ? Très bonnes questions, auxquelles je vous répondrai oui mais non. Car Kranti, tout en obéissant aux logiques commerciales de Bollywood (love story chaste, les fameuses séquences chantées), est clairement un film d’un autre temps, considéré dans son propre pays d’origine comme une ineptie sans nom. Et comme sa disponibilité en France s’élargit (magasins d’import, vente en ligne), je ne résiste pas au plaisir de vous partager cette expérience filmique que j’ai eu le bonheur d’avoir avec le fringant John Nada, lui aussi étrangement séduit par cette fresque policière indo-suisse.


Awadesh Pratap Singh, commissaire divisionnaire respecté par tous, est un modèle de rigueur. Suivant le règlement à la lettre, souscrivant à toutes les procédures. Son fils Abhay se situe à l’extrême opposé théorique, du genre à tatanner sévèrement la gueule de ses suspects avant de les questionner. Sa devise : "No fire, no arrest, no talk, faisla on the spot" (décide sur le terrain). Un putain de dur à cuire, dont les sentiments vont tout de même être réveillés par la belle Sanjana, pickpocket arrosant les flics au passage, qui se révèle être une étudiante rédigeant une thèse sur la corruption policière.




"No fire, no arrest, no talk, faisla on the spot."


Lorsqu’elle est blessée par un homme de main du businessman équivoque Rana Pratap, Abhay jure alors la perte du gangster aux desseins obscurs, tant et si bien qu’il se retrouve mis aux arrêts par son propre père. Heureusement, le flic old school, au gré des trahisons de sa hiérarchie, finira par admettre que la justice commande parfois d’être contournée.








Le film démarre par un hommage aux policiers tués lors des dramatiques prises d’otages indiennes de 2001, suivi derechef d’un plan fixe du héros regardant la caméra d’un air agressif, avant de tirer dans l’objectif. Le titre apparaît en lettres écaillées, et l’on se dit qu’on va assister à un polar hard-boiled orienté vers la glorification du corps policier, ce qui est effectivement le cas. Mais bon, au fil de la narration de plus en plus bordélique et hallucinatoire, le parti pris finit par se retourner jusqu’à voir son sens complètement perverti. On reprend peinard quelques tics du thriller américain, on oscille entre esprit dur de dur et mièvrerie, on enrobe de scènes d’action aléatoires. Et on se concentre de toute ses forces pour donner un air charismatique au héros. Interprété par Bobby Deol (petit frère de la star / dieu vivant Sunny Deol), Abhay est l’enfant bâtard de Martin Riggs (L'Arme fatale) et de l’inspecteur Harry Callahan, pas ripou pour un sou mais quand même super intransigeant dans ses méthodes.



Adepte de la réplique qui tue (sa fameuse devise précitée et autres), à chaque fois soulignée d’un graduellement stressant bruitage lourdingue (ta tin !), et surtout du tabassage en règle de ses suspects. Au point qu’à la moitié du film, cela devient son moyen d’expression unique, et on est presque soulagé de le voir derrière les barreaux, avec personne à tatanner pendant une dizaine de minutes.



Bonjour, moi je suis le méchant de service.


Deol en fait des tonnes, multiplie les regards se voulant foudroyants face caméra, roule des mécaniques comme un beau diable, se permet même des fulgurances physiques à faire rougir notre vénéré Homme Puma : fracassant comme à son habitude de ses bourre-pifs indélicats un homme de main quelconque sur le toit d’un immeuble, il est pris sous le feu nourri d’un autre nervi resté en bas. Ni une ni deux, Abhay saute dans le vide (du haut de cinq étages quand même), n’amortit même pas sa chute sur ledit nervi mais se contente de le pousser pour se réceptionner. Avant de le tatanner furieusement, cela va sans dire…






Une séquence hallucinante où notre super flic made in Bombay poursuit un suspect en skate avec une grâce déconcertante (visionnez cet extrait en cliquant sur l'onglet vidéo de cette chronique).


Mais notre héros au sourire si crispé n’est pas qu’un gros dur, il retrouve sa Sanjana à peu près toutes les demies-heures pour se ressourcer sentimentalement et en chansons. Pour le coup, ces séquences musicales s’inscrivent en total porte-à-faux avec le reste du film, décrivant les atermoiements affectifs du couple star dans un cadre pour le moins surprenant. En effet, toutes ces scènes ont été tournées en Suisse, comme peuvent en témoigner les petits drapeaux flottant dans l’arrière-fond et les mines intriguées des touristes occidentaux face aux chorégraphies assez pataudes exécutées par Bobby Deol et sa camarade.


La Suisse...

...ses aérodromes...

...ses produits Nestlé filmés en gros plan...

...et puis aussi ses montagnes enneigées, quand même.


Respirations saugrenues d’un récit fonçant droit dans le mur de sa logique du chaos debout, qui se relève systématiquement après chaque énormité en prenant l’air le plus impassible pour faire passer ses errances. Deux heures et demie épuisantes à force de répétitions, mais dont le caractère hypnotique parvient à rester tout du long à la seule grâce de cet irrésistible aplomb de tous les instants.

- Drexl -
Moyenne : 3.00 / 5
Drexl
NOTE
4/ 5
John Nada
NOTE
3/ 5
Labroche
NOTE
2/ 5

Cote de rareté - 4/ Exotique

Barème de notation