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The Ravager
(1ère publication de cette chronique : 2026)
Titre original : The Ravager
Titre(s) alternatif(s) : Aucun
Réalisateur(s) : Charles Nizet
Année : 1970
Nationalité : Etats-Unis
Durée : 1h13
Genre : Las Vegas parano
Acteurs principaux : Charles Nizet, Pierre Agostino, Jo Long, Lynn Hayes, Luanne Roberts
Vous aussi, venez voir le "Le Ravageur" faire "son truc" !
Les chiffres nous ont déshumanisés. Au petit déjeuner, en buvant notre café, nous lisons dans la presse que 40 000 Américains sont morts au Viêt-nam. Au lieu d'avoir des haut-le-cœur, nous reprenons du pain grillé. Nous ne nous précipitons pas dans la rue le matin pour crier à l'assassin, mais pour nous emparer avant les autres de l'assiette au beurre.
C'est sans aucun doute en lisant ces mots de Dalton Trumbo que Charles Nizet prit conscience de la MISSION qui lui incombait de lancer ce cri d'alerte cinématographique qu'est The Ravager, bouleversant pamphlet contre la guerre, authentique brûlot qui allait réveiller l'opinion publique américaine et forcer le président Nixon à mettre fin illico aux hostilités. C'est d'ailleurs en voyant ce chef-d'œuvre pacifiste que Trumbo prit la décision d'adapter son propre roman un an plus tard. Malgré tout le respect dû au grand écrivain-scénariste-réalisateur, il faut bien reconnaître que son Johnny Got His Gun fait bien pâle figure en comparaison d'une œuvre aussi majeure que celle de Charles Nizet. En outre, alors que Trumbo choisissait prudemment pour contexte la guerre de 14-18, le Belge Nizet, lui, n'hésita pas à faire ce qu'aucun cinéaste américain n'avait encore le cran de filmer, et eut le courage de s'attaquer frontalement au tabou qui régnait alors à Hollywood autour de la guerre du Viêt-Nam. Le petit immigrant européen mit la bonne conscience américaine face à ses pires turpitudes en traitant avec une sensibilité et une pudeur admirables le syndrome de stress post-traumatique et la difficile réinsertion des jeunes sacrifiés qui avaient connu l'enfer vietnamien...
Pardon, vous dites ? Le Viêt-Nam n'est ici qu'un vulgaire prétexte ? Tout ce qui intéresse le réalisateur est de montrer des filles à poil et des situations scabreuses ? Ce film d'exploitation serait répugnant s'il n'était pas aussi ridicule ? Charles Nizet racole comme c'est pas permis et le film est d'une nullité sans nom ?
Je reprends donc : Charles Nizet nous torche ici un proto-slasher érotico-soft très déviant et loufoque, avec en vedette son acteur fétiche Pierre Agostino, ainsi que lui-même dans le rôle du héros justicier droit dans ses bottes (comme plus tard dans Rescue Force), le tout filmé avec des bouts de ficelle et une dizaine d'acteurs dans les environs de Las Vegas, en espérant refourguer son nanar aux drive-in et aux "grindhouses" les moins regardants. Il était certes plutôt nouveau à l'époque de faire un film d'horreur sur un vétéran du Viêt-Nam transformé en psychopathe par la guerre, et on peut reconnaître à Charles cet effort d'originalité visionnaire sur un canevas qui sera abondamment repris par la suite, y compris par de bons films. Mais si on peut accorder au réalisateur l'honneur d'avoir été un pionnier en la matière, le résultat est à la fois hypnotique de lenteur et bidonnant d'idiotie.
Visiblement, la pellicule a subi un bombardement au napalm puis un épandage à l'Agent Orange.
Dans un Viêt-Nam reconstitué dans un quelconque marécage, notre protagoniste principal, Joe Salkow (Pierre Agostino), soldat artificier ayant perdu son escouade, se trouve soudain nez à nez avec l'horreur absolue. Il est le témoin impuissant (ou plutôt complètement passif) d'une scène se voulant ultra-choquante mais parfaitement grotesque, symptomatique du je-m'en-foutisme total du film envers son propre sujet : deux affreux Viêt-Congs gras et rigolards abusent d'une jeune femme, la fouettent à coups de ceinture en ricanant, puis la font exploser en lui fourrant un bâton de dynamite dans le vagin (hors champ, rassurez-vous) ! Pour le soldat Joe Salkow, c'est le TRAUMA ! Pour le spectateur en revanche, c'est l'ahurissement. Aussi complaisante que maladroite, la génèse du "ravageur" ne laisse aucun doute sur le peu de considération que Nizet porte à ce qu'il filme, et surtout le peu de talent dont il dispose.
Le TRAUMA selon Charles Nizet, qui transforme un sordide viol à la dynamite en déclencheur des délires meurtriers de son personnage.
Avant Robert De Niro dans Taxi Driver ou Sylvester Stallone dans Rambo, il y avait Pierre Agostino, qui joue le TRAUMA du Viêt-nam dans un registre très proche de la constipation.
À sa sortie de l'hôpital psychiatrique pour vétérans, notre psychopathe au crâne rasé se met à parcourir la campagne des abords de Las Vegas pour assouvir "la soif de destruction de son esprit dérangé" en tuant des gens à coups de dynamite pour purifier l'Amérique et atteindre l'orgasme. Il s'attaque de préférence à de jeunes couples en train de copuler sur des musiques toutes guillerettes, en complet décalage avec l'ambiance glauque censée dominer le film. Toutes les occasions sont bonnes pour caser du cul, une jeune femme ne pouvant se peigner les cheveux dans sa chambre sans se mettre à oilpé, se caresser les seins et se masturber avec une bougie. En préambule à ses meurtres grotesques, Joe se rince donc longuement l'œil, car c'est un voyeur pervers, à l'image du public auquel Nizet destine manifestement son film. Et, parce qu'un simple tueur-voyeur à la dynamite ne suffisait visiblement pas, Nizet lui fait également commettre des viols, filmés avec le même mélange de racolage et de désinvolture qui caractérise tout le reste. Face à cette vague de dynamitages meurtriers, la police piétine mollement. Le héros flic (Charles Nizet, inexpressif au-delà du descriptible) estime d'ailleurs que "la meilleure chose à faire est d'aller se coucher" (texto !) alors qu'on est en plein milieu de l'après-midi.
La la la la... (musique bucolique)
Gnéhéhéhé !
Gnihihihi !
Huhuhuhu !
Niark niark !
Plan nichon !
La meilleure façon de s'envoyer en l'air.
Le plan le plus gore du film.
La police est débordée par cette affaire.
Le récit du film – qui, heureusement, est court – avance à deux à l'heure en proposant invariablement le schéma suivant : le serial killer bricole sa dynamite dans la chambre d'un motel => le serial killer part en quête de victime(s) => scène de cul ringarde => meurtre ringard => le serial killer jouit en faisant des grimaces => la police pédale dans la semoule. Ça pourrait continuer comme ça à l'infini si le métrage ne se concluait par une fin aussi abrupte que dans un Godfrey Ho (en même temps, comment conclure un film pareil ? je voudrais vous y voir !). C'est ultra-cheap et c'est complètement con, avec un narrateur au ton très professoral qui nous explique en voix-off, avec force discours psychologisant et moralisateur, pourquoi le "Ravageur" ressent le besoin de faire sauter les gens à la dynamite (et semble aussi perturbé que le narrateur à la vue de deux lesbiennes). Summum de nullité, The Ravager aurait pu être un gros navet pénible sans sa facture complètement hallucinogène et, on peut le dire, s'il n'avait été sublimé par l'interprétation fiévreuse de Pierre Agostino, qui nous livre ici une des pires prestations qu'on ait pu voir. L'acteur en fait des mégatonnes dans les mimiques et les rictus impayables, ânonne laborieusement son texte en surarticulant chaque syllabe, dans un registre oscillant en permanence entre la constipation sévère, le sadisme apoplectique et l'AVC. Véritable générateur de tronches collectors, chaque photogramme sanctifié par sa présence mériterait une capture d'écran. Merci, Pierre.
Festival Pierre Agostino !
En conclusion, voilà un petit sexploitation crapoteux qui, en dépit de sa mollesse, se regarde tout de même avec une sorte de fascination hallucinée et fourmille heureusement de petits détails cocasses : les stock-shots sonores de cris de femme apeurée de la première victime sont réutilisés pour bruiter toutes les victimes suivantes, le tueur semble extra-lucide sur les bords puisqu'il arrive à deviner que sa proie ressentira l'envie de se baigner à tel endroit précis lorsqu'il cache sa dynamite au milieu d'un lac, etc. Avec sa réalisation apocalyptique, ses acteurs amateurs au jeu neurasthénique ou clownesque, et ses bruitages foireux, cet ovni offrira une expérience "autre" aux intrépides qu'une curiosité un peu masochiste aura poussés à regarder un machin pareil.
Bref, sans atteindre des sommets, voilà encore un petit nanar farfelu des tréfonds du Z commis par le regretté Charles Nizet, margoulin de compèt' qui a décidément produit trop peu de films à mon goût.
Cote de rareté - 4/ Exotique
Barème de notationCe film très obscur n'avait apparemment bénéficié que d'une sortie très discrète sur le territoire américain en 1970. L'éditeur américain "Something Weird Video" avait par la suite exhumé cette rareté en VHS, à partir d'un matériau d'origine de très mauvaise qualité (qui ajoute ceci dit au charme cracra de l'œuvre), puis l'avait réédité en DVD-R.

Et puis, le 14 juin 2022, The Ravager eut finalement les honneurs d'une réédition DVD/blu-ray chez "American Arcana", une sous-marque de "Mondo Macabro", en double-programme avec le survival zédard The Bushwacker. Les différences semblent mineures entre le blu-ray et la VHS, qui sont issus de la même copie 35 mm mangée aux mites, mais on nous signale une qualité d'image un peu plus clean et une durée plus courte de cinq secondes. Évidemment, c'est en zone 1, en version anglaise seulement, mais des sous-titres anglais sont proposés et on a droit à des bandes-annonces d'époque en bonus.

