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Triple Action

(1ère publication de cette chronique : 2022)
Triple Action

Titre original :Lethal

Titre(s) alternatif(s) :Aucun

Réalisateur(s) :Dustin Rikert

Année : 2005

Nationalité : Etats-Unis

Durée : 1h30

Genre : Lorenzo La Ramasse

Acteurs principaux :Frank Zagarino, Lorenzo Lamas, Heather Marie Marsden, Mark Mortimer, John Colton, Garret Sato

Kobal
NOTE
0.75/ 5

Survient parfois l'envie de regarder un mauvais film, même pas forcément nanar, histoire de changer un peu, de retrouver quelques points de perspective par rapport au cinéma habituel et, plus prosaïquement, d'être raccord avec son état mental engoudronné par la sinusite du moment. Triple Action, alias Lethal, est un cru Lorenzo Lamas vendange tardive, le genre de piquette déjà rance à sa sortie et que le temps ne bonifie pas vraiment, sauf à goûter l'acidité d'un vinaigre cheap. Faut dire que le bonhomme était déjà un faux-ami du nanar alors qu'adolescent des 90's, je commençais à découvrir les étagères du bas dans les vidéoclubs ou à squatter les programmes nocturnes des chaînes télé, ces zones de non-droit où si l'on survivait à Histoires naturelles et son épisode sur la pêche au goujon, on pouvait se finir potron-minet sur un marathon Salut les musclés (rien de qu'en parler réveille mes rhumastimes de guerre). Lorenzo Lamas tournait alors dans des actioners lambdas et sans grand charme, à une époque où le moindre dan dans un art martial quelconque pouvait convaincre un producteur de miser sur vous.

Il semble que j'avais le nez creux car 25 ans plus tard, Lorenzo n'apparaît que dans 3 films chroniqués sur Nanarland, qui plus est souvent dans des seconds rôles [Barracuda m'a depuis fait mentir en exhumant de sa fosse commune L'indomptable 2 : l'anti-drogue]. Et n'allez pas croire que c'est parce que sa filmo est composée de chefs-d'oeuvre ! Même ses prestations télévisuelles mythiques comme Le Rebelle sombrent dans un oubli lointain. C'est donc sous l'influence diabolique de mon mucus rhino-sinusal que je me lançais dans ce fameux Triple Action que le résumé du DVD nous décrit comme "du cinéma speed et divertissant". 

Une affiche jouissive dans ses outrances tant visuelles (c'est quoi cette jambe ?) que mensongères sur le contenu du film.

Lorenzo y incarne un grand parrain de la mafia russe qui fume clope sur clope en regardant l'horizon lointain, dans l'attente de la récupération d'un mystérieux "paquet". Autant le préciser dès à présent, les amateurs de "paquet" seront aux anges car le mot semble vouloir battre le record d'occurrences dans un seul film, dans toutes les déclinaisons possibles, avec un net avantage à la question "où est le paquet ?" que chaque personnage devra poser au moins une fois. Malheureusement pour le bon goût des dialogues fins et ciselés, aucun Bigard pour répondre "dans mon slibard" ni Colonel Trautman pour un plus classique "dans ton cul". Foin de digression, le problème avec ce "paquet" est qu'il a été intercepté par une officine d'anciens barbouzards reconvertis dans le privé tandis que le FBI, 3ème larron de cette passionnante intrigue internationale, en appelle à la raison d'Etat pour que le "paquet" lui revienne.

Lorenzo Lamas paraît surtout guetter l'arrivée de son chèque.

A la tête du FBI, Frank Zagarino en état de mort cinébrale (Lethal sera d'ailleurs son pénultième film).

Cet homme souffre, soutenez le droit à l'euthanasie filmographique.

Constatant que Lamas et Zagarino se remettent difficilement de leur passage à l'an 2000, l'intrigue va devoir se reposer sur le 3ème pied de son Action Triple, en la personne de Heather Marie Marsden. Inconnue de tous, la belle incarne une franc-tireuse, ex-étudiante prometteuse du FBI et désormais chasseuse de prime, qui se retrouve par hasard avec l'adresse du "paquet". Motivée à retrouver son mentor enlevé par les Russes, mais également à laver l'honneur de feu son père meilleur agent du FBI décédé dans une mission suicide, tout en se substituant à lui pour s'occuper de sa jeune soeur prompte à se faire kidnapper par l'ennemi pour alimenter l'intrigue, sans oublier pour autant de réparer une ancienne amourette brisée avec son ex qui est en même temps son actuel partenaire du FBI, tout cela bien sûr en cherchant le fameux "paquet" quitte à tataner tout ce qui bouge, Heather trouve tout de même le temps de chanter les musiques du film ("I'm a supergiiiirl !"). La charge mentale, connais pas.

L'aération du nombril par un crop top non-républicain, l'incontournable des années 2000.

A noter cette séquence totalement fan service durant laquelle Heather se balade sans aucune raison en sous-vêtements, sauf peut-être à annoncer la thématique vestimentaire de la scène suivante qui se déroule dans un club de strip-tease.

La plaque d'immatriculation, raccord avec le score (attention à ne pas lire Sperm Grill).

Allez, je n'en jette plus, Triple Action est un cache-misère de 1h20 qui déploie avec méticulosité toutes les habituelles techniques de survie ringardes pour tenter vainement de se donner bonne figure, dans l'espoir de s'extirper des bas-fonds de l'actioner tendance 3ème partie de soirée sur le câble. Les décors se résument à des entrepôts et des baraques abandonnées dans des friches industrielles ; il faut voir la base secrète d'écoutes du FBI installée dans une sortie de grange ouverte aux 4 vents, les voitures garées sous des bâches en plastique et les bureaux posés à même le sable ! Mais là où les filous gagnent, de guerre lasse, un certain respect de ma part, c'est quand est diffusé en fond sonore un brouhaha digne d'une centrale d'appel alors qu'à l'écran, il y a un unique pélo qui passe et repasse en arrière-plan. Il suffisait d'y croire, comme chantait l'autre.

L'élite des agents gouvernementaux.

Des locaux 5 étoiles validés par le CHSCT.

Pratique pour faire des pâtés de sable entre 2 fusillades.

En matière de misère, la protection derrière une toile de jute durant les fusillades n'est pas mal non plus.

Une variante encore plus étrange de ce remplissage du vide est cette scène où la soeur de Heather se réfugie dans un spacieux magasin de bricolage, désert de tout client et employé. A ses trousses, Lorenzo Lamas qui, lorsqu'il entre dans le commerce, tente de nous faire croire à une foule hors-champs en déclarant à d'hypothétiques vigiles invisibles : "ne vous inquiétez pas, je ne serai pas long". Sidérant. Le film n'hésite pas non plus à tenter de nous duper en imposant à tous les hommes de main russes de porter constamment une cagoule et d'imposantes lunettes de ski, même quand ils font leurs pompes torse nu ; pratique pour générer une armée avec 4 bonshommes. On économisera également sur les effets spéciaux en leur disant de mimer les impacts de balle quand ils sont abattus par les gentils (ou par leur chef quand ils ont eu l'outrecuidance de survivre aux assauts des gentils).

Les mafieux russes, sorte de guerriers ninjas Foot en pleine partie de paint-ball (ou plutôt de airsoft considérant le bruitage "plop" des flingues).

Victimes de la mode, tel est leur nom de code.


A défaut d'expression faciale pour jouer la mort subite, on peut toujours cabotiner du corps.

Le grand maître du kata de la poutre.


Autre valeur sûre lors des transactions louches : le sbire à pull rouge.

Les bastons ne relèvent pas plus le niveau, avec des affrontements rigides, typiques du ciné d'action américain, qui plus est mal mises en scène par un réalisateur débutant, une photographie ouatée semi-télévisuelle et un monteur tout heureux de s'être fait offrir le dernier freeware à la mode et bien décidé à en exploiter tous les effets pourris. Passons rapidement sur certaines transitions de plans pour évoquer sa 1ère victime, à savoir le générique d'intro : succession d'armes à feu en vue FPS qui canardent le casting (heu ?), de vitres qui se brisent, de jets d'eau, de flammes et d'explosions, histoire de bien ringardiser le film dès son ouverture.



Festival Adobe Premiere 1997.

Heureusement, les conventions internationales ont depuis interdit les entrelacements de plan.


Une autre ringardise fréquente dans ce genre de production : les premiers soins d'une blessure par balle. Stériliser à l'alcool qui pique en serrant les dents, préparer une seringue géante d'on sait pas quoi (en tapant dans l'aiguille pour faire comme dans les séries télé)...

...Ensuite, enfoncer 10 cm de trocart dans la rate pour provoquer une hémorragie interne, extraire le corps étranger au doigt (photo non présente : imaginer un curage de crotte de nez en très gros plan) puis finir par un petit pansement sans avoir pris la peine de nettoyer la plaie. Pratique ces tutos Youtube, y'a pas à dire.


Mais alors, Triple Action valait-il le coup d'être chroniqué sur Nanarland ? Et bien oui car j'avoue m'être suffisamment diverti en le regardant. Le film est vraiment nul de chez nul, il se traîne ses deux acteurs vedettes comme des boulets, mais pour autant, il tente quand même de donner le change, plan naze après idée débile, dans une fuite en avant impossible à stopper sous peine de s'affaler dans la poussière. Heather Marie Marsden joue à fond sa carte de frondeuse dure à cuire qui renvoie dos à dos mafia russe et FBI pour mieux se recentrer sur ses valeurs familiales, et même si on n'y croit jamais vraiment, l'éphémère actrice donne bien envie de valider la naïveté quasi-innocente de cette démarche. Une ultime mise en garde tout de même : Triple Action est bien à réserver aux amateurs de vieux restes oubliés dans le fond du frigo. Ou aux sinusiteux, évidemment.

C'est moi que tu traites de vieux restes ?

Je ne peux me retenir de vous révéler ce qu'est ce fameux "paquet" après lequel toute la planète court : le truc de gauche comprend les plans d'une banale entreprise sans aucune autre difficulté d'accès qu'un vigile attardé, tandis que le disque est un CD vierge prévu pour y graver les données d'un ordinateur de cette entreprise. Un putain de CD vierge !!!

Le fameux vigile attardé prenant enfin conscience du double sens du mot "paquet".

- Kobal -
Moyenne : 1.13 / 5
Kobal
NOTE
0.75/ 5
Jack Tillman
NOTE
1.5/ 5

Cote de rareté - 2/ Trouvable

Barème de notation

Ce genre de film a fait le bonheur des éditeurs de DVD à 1 € des premiers temps du DVD. La version "Fravidis/Grenadine" est facilement trouvable dans les bacs à solde ou sur le net, tout comme celle de "Monarch" sous son titre original de Lethal.


Une version double feature avec Sam Jones dans White Force.

Une jaquette tchèque qui fait la part belle à Lorenzo.


On trouve même des versions moustachues de Lorenzo.