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The Invincible Space Streaker
(1ère publication de cette chronique : 2026)
Titre original : Fei tian dun di jin gang ren
Titre(s) alternatif(s) : Flying Monster, The Little Super Kids, Super Kid
Réalisateur(s) : Chi-Lien Yu
Année : 1977
Nationalité : Taïwan
Durée : 1h24
Genre : Superman taïwanais fini au pipi
Acteurs principaux : Chien-Chuan Fung, Yu-Kang Wu, Hsiao-Hu Lin, Kang Ho, Yun Lan, Pei-Ling Chen
- Pfiou ! Mais qu’est-ce que tu regardes papa ?
- Un nanar.
- Oh là là ! Ça a l’air vraiment très mauvais !
- T’as même pas idée.
- Je t’entends pas beaucoup rire ceci dit.
- (après un long silence) Je ris intérieurement.
- Mais… pourquoi y a plein de petits garçons tout nus ???
- Aucune idée, j’avoue que ça défie toute explication rationnelle.
- Papa, il est chelou ton film !
- C’est pas « mon » film, c’est aux Taïwanais qu’il faut dire ça.
- Et le petit garçon qui fait pipi sur la tête du monsieur, c’est trop cringe !
- Oui bon, t’as pas école toi demain ? Allez file !

Mais qu’est-ce que je suis encore allé m’infliger… Sur le papier, ça s’annonçait pourtant plutôt bien : un rarissime tokusatsu taïwanais de 1977 (« ouééé ! ») exhumé par des fans qui ont déniché une antique cassette vidéo en Indonésie (« oooh ! »). À l’écran, je me retrouve avec un des trucs les plus cheap et mal branlés que j’ai pu voir depuis un bail. Une honte ! Absolue ! Et réjouissante aussi !

Pour un topo un peu plus complet sur le contexte commercial de l’époque, je vous renvoie vers la chronique de War God alias The Big Calamity mais en gros, dans les années 1970 on a les Japonais qui font des séries de super héros, puis les Chinois de Hong Kong qui copient les Japonais, puis les Chinois de Taïwan qui copient les Chinois de Hong Kong. Avec The Invincible Space Streaker (1977), on arrive vraiment en bout de chaîne puisque c’est un producteur taïwanais qui copie ses compatriotes qui copient les Hongkongais qui copient les Japonais. Cinématographiquement parlant, le résultat est du même niveau que ces copies de copies de copies de VHS, où on perdait en qualité à chaque duplication, avec une image de plus en plus dégradée, un son avec un souffle d’ouragan et des sauts de bande intempestifs. C’est donc l’histoire d’un cancre, qui copie sur un autre cancre, qui copie sur un autre cancre, en oubliant des phrases, en ajoutant des fautes, et surtout sans rien comprendre à ce qu’il copie.
"La Ronde de nuit" de Rembrandt, "Le Jardin des délices" de Bosch, et maintenant ça. Le triptyque est complet.
Le diabolique Dr. Wu (hommage au Dr. Who ?) kidnappe des enfants, selon une méthode aussi surprenante qu’infaillible : il les aborde alors qu’ils se baignent nus dans un lac, et les attire avec… des bonbons ? Des jouets ? Des chatons ? Non. En leur montrant un dessin moche de superman chinois. Imparable !

Stranger = Danger !
Regardez les copains !
Un horrible pédophile splendide dessin au feutre de Superman !
La technique mériterait d'intégrer le Top 10 des stratégies criminelles les moins coûteuses de l’histoire du cinéma. De nos jours, le Dr. Wu aurait probablement été obligé d’investir dans une Switch 2, une PS5 ou le dernier iPhone – voire les trois – mais à l’époque, il faut croire que les gamins étaient moins exigeants car, au grand désarroi du spectateur, tous les marmots le suivent avec enthousiasme dans son laboratoire secret (un superman dessiné au feutre, quelle aubaine !).
Promis, si vous me suivez dans mon repaire glauque sans le dire aux adultes, ce dessin sera à vous.
Paradant au milieu de ses ordinateurs en carton et d’oscilloscopes aussi jolis qu’inutiles, le creepy savant propose aux mouflets de les transformer en supermen, en les faisant s’asseoir sur une chaise recouverte de papier alu et en leur mettant un seau en plastoc sur la tête. Naïves créatures ! C’est là que le Dr. Wu révèle sa véritable et maléfique nature, puisqu’il transforme en fait les moutards en vulgaires sbires soumis à sa cruelle autorité. Hinhinhin !

Chez les coiffeurs taïwanais, on ne propose pas de magazines aux enfants.
Alors que le jeune Hsiao Po est en plein processus de « sbirisation », avec des rangées de loupiottes multicolores qui clignotent avec conviction, son petit frère Hsiao Wen le sauve en urinant sur le Dr. Wu et son panneau de commandes. Zblam ! Krrr ! Pfzzzt ! Le labo se transforme en discothèque, les sbires entrent en transe, c’est la méga teuf grosse catastrophe. Profitant des étincelles, fumigènes, et d’un montage confus au possible, les marmots s’enfuient.
La Golden Shower de la dernière chance, l’arme jaune absolue !
Un pouvoir spécial qu'aucun Kamen Rider n'osera revendiquer.
Mais Hsiao Po n’est plus tout à fait humain, c’est un demi-sbire, ou plus exactement un superman fini au pipi. Comprenez : il a une antenne scotchée sur la tête. Sa maîtresse d'école l’emmène alors voir le gentil Dr. Pau, expert en bionique, qui va le transformer en superman à l’aide d’un super tournevis et d’une robuste clé à molette. Dès lors, notre mini Superman chinois va pouvoir affronter le redoutable Dr. Wu et ses sbires pour faire triompher le Bien, la Justice, et le Droit imprescriptible de batifoler nu dans les lacs taïwanais sans se faire embêter.
Le Dr. Pau, expert en bionique qui opère avec des gants de ménage Mapa trop grands pour lui.
Passez-moi trois épingles à nourrice et le Scotch double-face.
Tadaaa !
Nous voici donc devant une énième et tardive copie des Kamen Riders, bricolée avec des moyens dérisoires pour profiter de l’engouement des bambins pour les superhéros nippons à tête de mouche. Le costume du héros est d’ailleurs une repompe flagrante de celui de Kamen Rider X, avec l’ajout d’oreilles à la Ultraman, d’une mini cape, et surtout d’une grosse collerette parfaitement ridicule. Le look des sbires est également un décalque évident de ceux de Kamen Rider X, avec leur combinaison noire et leur masque blanc. Preuve que le film mange vraiment à tous les râteliers, ils ont même ajouté un perso au look de Mazinger bien mis en avant sur l’affiche.
Le costume de Kamen Rider X (1974), troisième série de la franchise nippone.
La contrefaçon made in Taïwan, avec sa maxi collerette du plus ridicule effet.
L’affiche taïwanaise avec son pseudo Mazinger. Ce sbire du Dr. Wu est hélas relégué au rang de quasi-figurant dans le film, et n'a par ailleurs pas d'épée.
L’affiche avec le sticker du distributeur IFD, où le pseudo Mazinger a été croisé avec le bonhomme Michelin.
The Invincible Space Streaker est donc un ersatz de tokusatsu japonais, comme Super Inframan. Sauf qu’en comparaison, Super Inframan est un nanar de luxe, une véritable super production. À côté, The Invincible Space Streaker c’est du tokusatsu de clochard, branque et fauché, à la limite de l’amateurisme. Même avec l’image floue et cradingue d’un rip-VHS, la misère des costumes et des décors saute aux yeux, et on devine qu’en HD on aurait pu voir les agrafes et les bouts de Scotch. Les chorégraphies de combats sont inexistantes, avec des protagonistes qui se contentent d’agiter les pieds et les mains n’importe comment en sautillant partout. Pour faire comme les Kamen Riders, ça roule et ça se bagarre en motocyclettes 125 cm³ sur des terrains vagues, avec les sbires du Dr. Wu d’un côté, des policiers taïwanais de l’autre, et l’anarchie qui tient les rênes. Les explosions et la fureur du zoom font des ravages. C’est le chaos érigé en principe de mise en scène.
Des figurants qui font absolument n’importe quoi.
Les policiers taïwanais ont équipé leurs motos avec une grosse lame à l’avant – sans doute un équipement anti-émeute en dotation à l’époque.
Le costume premier prix du héros suffit d’emblée à ruiner sa crédibilité mais, comme si ça ne suffisait pas, il est en plus handicapé par un défaut de conception majeur : pour se transformer, il lui faut actionner un bouton situé… en plein milieu de son dos. Bijou de technologie bionique, notre fier héros s’avère ainsi incapable de se transformer sans assistance. Autre écueil : le superman a au départ une taille d’enfant, ce qui est cohérent. Et puis, au moment de lui faire enfourcher une moto pour faire comme les Kamen Riders, ils ont dû se rendre compte que ça posait problème alors sans transition, le jeune superman est remplacé par une doublure adulte. Par la suite, sa taille varie constamment, sans logique aucune.
Qu'est-ce qui a deux yeux, deux roues, mille facettes et 125 cm³ ?
Dans les Kamen Riders, le look des méchants – tous plus excentriques les uns que les autres – constitue souvent le clou du spectacle. Ici, en plus de la même poignée de sbires en legging noir et masque de carnaval blanc, ré-employée ad nauseam tout au long du film, on a notamment deux hommes de main avec bandeau et sous-pull rouge à col roulé, un monstre cracheur de feu, un homme-singe, un homme-mite multicolore, un homme-loup en peluche, sans oublier la transformation finale du Dr. Wu en espèce d’homme-crustacé en caoutchouc doré. Un bestiaire halluciné sorti tout droit d’un spectacle d’école élémentaire de fin d’année, et à la vue duquel le nanarophile, conquis, applaudit de toutes ses mains, déplorant même pour la circonstance n'en avoir que deux.
Le sbire de base, consommé en grande quantité (mais joué par les trois mêmes figurants).
Les sbires en sous-pull rouge à col roulé (quand tu réalises le jour du tournage qu’il te manque des costumes et que tu as cinq minutes pour trouver un plan B).
Un homme-singe qui appréhende la raclée.
Un sbire pyromane (qui ressemble beaucoup moins à Mazinger que sa représentation sur l'affiche).
Le cousin taïwanais du dindon mutant de Blood Freaks.
En France, le retour du loup inquiète les éleveurs. Pas à Taïwan.
Pour faire des économies, le producteur Michael Fung a fait feu de tout bois, en décidant par exemple que le Dr. Wu et le Dr. Pau seraient frères. C’est mentionné au détour d’une phrase et ça n’apporte strictement rien à l’histoire, mais ça permet de justifier que les deux personnages soient joués par un seul et même acteur. Et puis tant qu’à faire des économies, Michael Fung a décidé que ce serait lui qui tiendrait ces deux rôles. Il est aussi crédité comme monteur son. On sent que la fin du mois a dû être difficile.
Le Dr. Wu (ou Dr. Mau en anglais)...
...et le Dr. Pau sont tous deux joués par Michael Fung (alias Chien-Chuan Fung), par ailleurs producteur du film.
Grâce à un médaillon magique, le Dr. Wu peut se transformer en homme-crustacé fleurant bon l’iode et le latex.
Un somptueux boss final échappé du rayon poissonnerie...
...et bientôt transformé en bisque.
Hélas, malgré un dernier quart d’heure riche en action, The Invincible Space Streaker pêche par ses trop nombreuses scènes de remplissage et – plus douloureux – sa trop franche orientation jeune public, qui nous mutile le cerveau avec un humour pachydermique et des gags d’un autre âge. Il y a même un aspect un peu cringe évoqué en début de chronique, qui se manifeste notamment par un running gag beaucoup trop insistant sur le petit frère qui a sans arrêt envie de faire pipi, et nous vaut quelques gros plans sur le sexe de l’enfant que la pudeur, la décence, et probablement plusieurs articles du code pénal nous empêchent de reproduire ici. C’est d’autant plus troublant quand on songe au titre anglais du film, sachant que le sens courant de streaker en anglais moderne c’est « quelqu’un qui court nu en public ».
Le lancer de hula hoop, discipline reine des JO de Taipei 1977.
Vu le double-sens du mot « coming », conclure le film sur ce plan d’enfants nus était-il vraiment innocent ?
Incroyablement fauché et brouillon, ce sous-produit taïwanais est loin d’être un nanar aussi réjouissant que Hanuman and the Five Kamen Riders ou Les Hommes d'une autre planète, mais il a malgré tout pour lui une énergie et une vitalité de gosse turbulent qui forcent la sympathie. À réserver quand même aux complétistes hardcore des tokusatsu. Pour les néophytes, on conseillera plutôt de s’initier en douceur avec l’indétrônable Super Inframan.
Bon, le combat est fini... quelqu'un pourrait-il presser le bouton dans mon dos SVP ?
Cote de rareté - 6/ Introuvable
Barème de notationThe Invincible Space Streaker est une vraie rareté, un titre obscur resté longtemps invisible chez nous car il n’a jamais été distribué ni en Europe, ni aux Etats-Unis. Sur support physique, les seules éditions connues sont les cassettes vidéo sorties en Indonésie (chez Pan Video) et en Corée du Sud.
La cassette vidéo Betamax indonésienne, avec doublage en anglais, qui porte le titre Flying Monster.
La VHS coréenne, qui porte le titre 무적천뢰매 (Invincible Thunder Hawk).
Produit par une certaine Lung Tai Film Company – firme inconnue au bataillon et qui ne semble jamais avoir produit quoi que ce soit d’autre – et distribué localement par Hwa Kuo Movie Studio, le film a été distribué dans le monde par… IFD ! Grâce à la force de frappe de la firme dirigée par Joseph Lai, on trouve trace de sorties en salles en Thaïlande, en Indonésie, au Mexique, en Egypte, au Liban ou encore au Pakistan, sous des titres aussi divers que The Alien Conqueror, Flying Monster, Super Kid, The Little Super Kids, King of Demon ou Hombres Invencibles del Espacio.
Affiche égyptienne.
Sur le site archive.org, on trouve plusieurs versions numérisées :
- Deux ICI sous le titre The Invincible Space Streaker. La première, présentée comme « uncut », dure 82 minutes et a des sous-titres anglais (certes approximatifs et tronçonnés sur les côtés à cause du recadrage, mais on s’en contentera). L’autre version n’a pas de sous-titres et ne dure que 68 minutes. Je n’ai pas poussé le sens du sacrifice jusqu’à comparer plan par plan les deux versions mais gageons que la version la plus courte a taillé dans les scènes de remplissage. Les deux versions sont en chinois mandarin (VO).
- Une autre version ICI sous le titre Flying Monster. Il s’agit d’un rip de la cassette Betamax indonésienne (merci à Budi Prasetio, Harley Thomas et Redcomet). Cette version du film a un doublage en anglais car, à cette époque, le mandarin était interdit en Indonésie : les films de Hong Kong et de Taïwan doublés en mandarin devaient donc, en vertu de la loi, être doublés en anglais pour pouvoir être distribués légalement dans le pays.
L’affiche thaïlandaise, titrée « Super Kid ».