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Les Prédateurs du Futur

(1ère publication de cette chronique : 2003)
Les Prédateurs du Futur

Titre original :I Predatori Di Atlantide

Titre(s) alternatif(s) :The Raiders of Atlantis, The Atlantis Interceptors, Atlantis, Atlantis Inferno, The Last Warriors

Réalisateur(s) :Ruggero Deodato (sous le pseudo de Roger Franklin)

Année : 1983

Nationalité : Italie / Philippines

Durée : 1h35

Genre : Un peu de tout

Acteurs principaux :Bruce Baron, Mike Monty, Christopher Connelly, Michele Soavi, Gioia Scola (sous le pseudo de Mary Fields), Tony King, Ivan Rassimov, George Hilton

John Nada
NOTE
3.5/ 5


Quatre ans après le très extrême Cannibal Holocaust, qui restera à jamais comme une référence ultime dans le gore malsain, Ruggero Deodato nous livre une bobine au contenu beaucoup plus léger, Les Prédateurs du Futur, sympathique petit film mêlant habilement action à la sauce post-apocalyptique, aventures dans la jungle à la Indiana Jones et science-fiction de pacotille. Pas de flots d’hémoglobine ni de tripailles tressautantes ici, donc, mais en revanche, ça court dans tous les sens et ça mitraille dans tous les coins !

 
Un florilège de loubards à la mode italienne des années 80.


Cathy Earls (si l’on se fie à la jaquette) ou Cathy Rollins (dans la version américaine, mais bon sang qu’est-ce que ça change, je vous le demande), « experte en dialectes anciens », est dépêchée sur une plate-forme pétrolière située au large de Miami après qu’une mission océanique y ai fait la découverte, deux bornes sous la surface, d’une antique tablette en or, avec tout plein de signes sibyllins gravés dessus. Vieux de quelques douze ou treize mille ans, cet objet inestimable confirmerait l’existence de l’Atlantide. Mais Cathy n’a guère le temps d’en déduire davantage car voilà qu’un raz-de-marée aussi gigantesque qu’inopportun vient tout submerger. De cette catastrophe ne réchapperont qu’elle, Peter Saunders, professeur en physique nucléaire, le pilote d’hélico Billy Cook et deux techniciens, tous les cinq sauvés par Mike, Washington et Manuel qui cabotaient dans les parages et qui de leur côté ont crû apercevoir, entre deux vagues déchaînées, une sorte d’île sous une coupelle en verre émerger des flots (j’anéantis le suspense ex abrupto et vous l’annonce tout de go : il s’agit de l’île de l’Atlantide). C’est d’ailleurs l’occasion de retrouvailles émouvantes entre Mike et Billy Cook, qui sont de vieux potes, des retrouvailles cependant gâchées par la trahison de Manuel, qui menace tout le monde de façon incompréhensible avant de se jeter à l’eau (« Son tatouage, l’avez-vous vu ? C’est un des symboles de la tablette ! »). Accostant au plus pressé, le groupe se retrouve sur l’île de San Pedro et y découvre une ville ravagée par un gang très hostile, les « défenseurs des secrets de l’Atlantide » dixit la jaquette ou, plus prosaïquement, les Atlantes. Heureusement, Mike, un vieux de la vieille (il a fait le Viêt-nam avec Washington, et probablement aussi avec Billy Cook le pilote d’hélico), va prendre le groupe en main contre cette menace inédite.

 


Les Atlantes ? Ils constituent peut-être le meilleur du film, quelque chose de complètement surréaliste, leurs troupes dépassant toute notion d’hétérogénéité et de bigarrure, repoussant aux confins de l’absurdité les limites du n’importe-quoi esthétique pourtant déjà amenées beaucoup trop loin par la récente première vague de post-apocalyptiques. Vous excuserez la longue accumulation pleine de lourdeurs et de fioritures du paragraphe qui va suivre mais la description un tant soit peu poussée de cette armée de bazar nécessite un réel luxe d’épithètes : visages peinturlurés d’or et d’argent ou dissimulés derrière des masques en bois aux motifs exotiques, cheveux en crête teints en rose, en vert, casques chromés et casquettes en cuir, bustes moulés dans des marcels militaires et des débardeurs léopard, systématiquement ceints d’une vaine multitude de chaînes et de bandoulières, ou engoncés dans de gros blousons en cuir, vadrouillant sur des choppers et des side-cars aux pots d’échappements surdimensionnés, des trials recouverts de pics ou d’authentiques véhicules des années ’50 qui tiennent plus du char de carnaval que de l’engin de guerre avec leurs pare-chocs nantis de lames en carton-pâte recouvert de papier aluminium, qui avec un bandeau sur l’œil, qui avec un anneau dans le pif, qui avec un bandana en peau de bête noué autour de la rotule, tout un attirail des plus réjouissants, un délire orgiaque de colliers, colifichets, oripeaux et autre verroterie, un festival de clic et de clac, de bric et de broc : voici, mesdames et messieurs, le peuple Atlante sur le sentier de la guerre, ou l’ornementation corporelle, vestimentaire et mécanique poussée à son paroxysme le plus fantastiquement exubérant.



Côté armement, ces loubards amazones pros du recyclage, desperados punks férus de mode et autres indiens grunges adeptes du tuning agressif manient aussi bien lances, arcs, arbalètes, sabres, couteaux, haches, sarbacanes et massues que les armes de guerre les plus meurtrières, fusils d’assaut, lance-flammes et compagnie. Parfaitement impassible, le chef de cette édifiante galerie tribale et multiraciale (oui, car les Atlantes sont indifféremment de type africain, asiatique ou européen, je ne sais pas trop si c’est pour l’utopie ou si c’est un choix consensuel) dissimule son visage derrière un masque... transparent, en forme de crâne ! Dans la fiche technique du film, on le désigne d’ailleurs sous le nom de Crystal Skull, un sobriquet digne d’un groupe de heavy metal moyennement inspiré. Casseur dans l’âme, il ne cesse de tapoter son sceptre-cravache dans la paume de sa main gantée de cuir. Son interprète ? Le fantabuleux Bruce Baron, alors au début d’un long chemin de croix puisqu’on le retrouvera par la suite en ninja moustachu (pléonasme !) dans ces monuments de non-sens que sont les films de Godfrey Ho, exigeant notamment de Pierre Tremblay qu’il arrête de lui jouer du pipeau dans Flic ou Ninja, et même chez Pallardy en homme de main de Gordon Mitchell dans ce brûlot incompris qu’est Overdose (ne perd pas espoir John-Mary, un jour le monde comprendra ton génie !).
 
Bruce Baron, dans le rôle de Crystal Skull.
 

Quels commentaires cette horde carnavalesque inspire t-elle à nos héros ? « Ces mecs-là sortent tout droit de l’enfer ! », « Ouais, maintenant on sait qui a saccagé la ville !! ». Seul Frank, pacifiste indécrottable, manifeste le souhait de parlementer (« Non, arrêtez la tuerie ! Ce sont des humains, nous pouvons les raisonner !!! »). Je vous laisse deviner combien de temps il lui reste à vivre (petit tuyau : entre 5 et 10 secondes).

 

Sous la tutelle de Mike, le groupe, réduit à cinq membres (comme on pouvait s’y attendre, les deux persos les moins importants, à savoir les deux techniciens, se sont fait zigouiller d’entrée) s’organise, trouve des armes et des munitions on ne sait trop où au juste, puis tombe sur une petite poignée de survivants, traumatisés par leur rencontre avec la chamarrure atlante (« J’enseigne à l’école et ils… oh, c’était horrible ! Ces gens n’ont aucune pitié, aucune émotion, rien que de la haine ! »). Parmi eux, ceux qui ne savent pas bien se battre mourront rapidement, les autres tiendront jusque vers la fin du film. La lutte s’engage véritablement lorsque les Atlantes font le siège du bâtiment dans lequel les héros se sont réfugiés, Ruggero Deodato pompant de façon assez flagrante quelques scènes du Assaut de John Carpenter. Les balles et les cocktails Molotov fusent de partout pendant que le chef des Atlantes, de sa voix sépulcrale (un soupçon d’écho rajouté en post-prod’), commence à fournir un début d’explication à tout ce bordel : « Nous sommes revenus... revenus pour reprendre notre place, ce territoire est le nôtre depuis toujours... il n’y a pas de place pour vous ici... vous n’avez aucune chance contre nous... notre civilisation n’acceptera aucun intrus... nous sommes de retour pour établir une nouvelle ère de gloire... vous avez profané notre monde, et pas conséquent vous devez être punis, tous jusqu’au dernier serez exécutés... jusqu’au dernier... exécutés... » (oui, il radote un peu).



Pour faire avancer le schmilblick, entre deux fusillades, la studieuse Cathy déchiffre peu à peu la tablette. Ainsi apprend-on que, autrefois florissante, l’Atlantide aurait été en partie détruite durant une guerre civile par « un grand feu solaire » (« Probablement une sorte d’explosion nucléaire » ne peut s’empêcher de préciser le professeur Saunders) avant de sombrer dans les flots. Le groupe en déduit que les survivants n’ont probablement jamais pu retrouver « le secret fabuleux de leur science ». Ce sont les radiations émises par un sous-marin nucléaire soviétique rôdant dans les parages (au large de la Floride, donc) qui auraient fait remonter leur île du fond des océans ! De là à se taper le front du plat de la main, il n’y a qu’un pas que Mike franchit avec panache tandis qu’un nouveau baroud se profile face à des Atlantes déterminés à redonner à leur civilisation toute sa magnificence d’antan. Pour cela, il semblerait que ces derniers aient besoin de ce qu’ils appellent eux « la tablette de la connaissance », qui contiendrait la clef de leur création, et de Cathy, car ils ont apparemment tellement régressé qu’ils se montrent incapables de la lire. Les Atlantes passent donc au Plan B et enlèvent Cathy. Comme nos héros ont soudain l’air un peu dépassés, les scénaristes leur arrangent le coup et ils trouvent bientôt de nouvelles armes, dans un commissariat, et pas n’importe quoi : de véritables outils de destruction de masse ! Comment les auteurs s’y prennent-ils pour tenter de faire passer ce genre d’énormité ? Facile :

Baroudeur N°1 (admiratif) : « Les flics du coin avaient vraiment des armes de tout premier ordre... »
Baroudeur N°2 (rechargeant sa pétoire) : « Ouais, c’est parce que ces îles ont toujours connu de dangereux visiteurs... et ça continue ! »

 





Et zou, allez les gars, on enchaîne, tacatac tacatac et les affreux n’en finissent plus de s’écrouler le nez dans la poussière ou de tomber du haut des arbres et des falaises en poussant de longs aaaaah et hop, on grimpe dans l’hélico et on décolle. Nos gars approchent bientôt de l’île de l’Atlantide, vers laquelle leur appareil semble « attiré comme par un aimant » :

Baroudeur (railleur) : « Ca n’a rien d’une civilisation avancée à mon avis, ça s’rait plutôt du genre jungle ! »
Professeur Saunders (le regard perdu dans le vague) : « Peut-être qu’il s’agit de cela... peut-être aussi que les gens de l’Atlantide connaissent le moyen de vivre autrement que dans des buildings et sans endommager la nature... »

Aaaaah, la délicieuse petite touche écolo ! Et leurs bécanes aux Atlantes, elles marcheraient pas au gaz naturel, des fois ?!

 
Une redoutable statue qui fait piou piou.


Sitôt atterri, les scènes de mitraillage reprennent de plus belle, les protagonistes s’enfonçant dans la dense végétation de l’île après s’être séparés en se répartissant diverses tâches selon une stratégie qui pourra laisser le spectateur sceptique. Pendant que Mike l’impavide se régale dans la jungle (« On appelle ça un piège à retardement : t’en fais un bien en vue pour l’occuper, il ne s’méfie plus et patatras, le deuxième est là ! »), la santé mentale de Cathy semble décliner dangereusement sous l’emprise des Atlantes (elle répète trois fois tout ce qu’elle dit), alors que Prof Saunders s’escrime à désactiver le sous-marin soviétique, retrouvé absurdement échoué sur une plage de l’île, car la désactivation de cet engin NUCLEAIRE (c’est un mot-clef) devrait entraîner le retour au fond des océans de l’Atlantide (quand c’est lui qui l’explique ça à presque l’air convainquant, je vous assure). La fin du film approchant, les derniers membres du groupe commencent à tomber comme des mouches chacun de leur côté, de façon plus ou moins épique, pendant que la pauvre Cathy, attifée d’une sorte de pyjama à la Star Trek, délire de plus en plus (« Seulement pour le bien, seulement pour le bien, seulement pour le bien », « Aidez-moi, aidez-moi, aidez-moi » et mon préféré : « Le dôme se referme, le dôme se referme, le dôme se referme »).

 


Au final ne s’envoleront vers d’autres cieux que Washington, Mike et... Cathy, qui n’a pourtant rien à faire dans l’hélico puisqu’elle était toujours prisonnière des Atlantes quelques instants auparavant. Mike, qui a quand même du flair, ne manque pas de s’étonner de sa présence (« Cathy, mais je croyais que... ») mais Washington le coupe sur-le-champ (« On cherchera à comprendre plus tard ! »). Ainsi, le spectateur restera dans l’expectative.


Remarquez le matelas sous le cascadeur.

Lucide quand à la qualité du film qu’il est en train de pondre, le père Deodato saupoudre son bébé de judicieux soupçons d’ironie, par exemple sous la forme d’un début de protestation séditieuse de la part de Washington, le black qui ne cesse de réclamer qu’on l’appelle Mohammed parce qu’il s’est récemment converti à l’Islam, vis à vis de Mike, qui s’impatronise avec brio depuis le début (« Il se réserve toujours les meilleures missions, style 'commando de la mort, direction l’enfer'... mission mon cul, ouais ! ») ou alors en illustrant avec goguenardise l’intuition féminine lorsqu’un couple contemple béatement l’amoncellement de gros nuages noirs dans le ciel, madame tirant doucement la manche de monsieur (« Chéri, il vaut mieux rentrer je crois ») avant de se retrouver face contre terre deux petites secondes plus tard, un carreau d’arbalète en travers de la gorge.

 
Le dôme se referme majestueusement sur la glorieuse Atlantis (Barbotant dans sa baignoire, Ruggero abaisse une cloche à fromage sur une tomme un peu trop faite).


Aujourd’hui reconverti dans la réalisation de téléfilms patauds, l’Italien besogneux semble s’être fait plaisir sur le tournage de ces Prédateurs du Futur, jouant même un assistant sur la plate-forme pétrolière ; une apparition non créditée au générique en guise de petit clin d’œil complice au spectateur vigilant et averti, histoire de perpétuer la tradition du cameo (on remarquera aussi la brève présence de Mike Monty en passant occis par Bruce Baron et ses troupes, tournage aux Philippines oblige, et le rôle relativement important accordé à Michele Soavi, futur réalisateur de Bloody Bird et Dellamorte Dellamore). Hélas, la belle époque des productions fantastiques transalpines bricolées avec deux morceaux de carton et trois bouts de ficelle est depuis longtemps révolue, ce qui n’en rend que plus délectable ce genre de cocktail rocambolesque : Les Prédateurs du Futur est un authentique nanar des plus vivifiants, du vrai bon cinéma bis devant lequel on se s’ennuie pas un instant agrémenté d’une sympathique musique d’ambiance aux synthés vibrants et bourdonnants comme je les aime.


Mike, Cathy et Wash.

- John Nada -

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Cote de rareté - 1/ Courant

Barème de notation

Ce film fait partie de la 2ème salve de Blu-ray/DVD en crowdfunding sorti en 2021 de la collection "Atomic Future" de "Pulse Video".

L'édition est encore une fois soignée : Master 4K, plusieurs langues, la possibilité somme toute anecdotique de le voir en "VHS-O-Vision" (c'est-à-dire dans un master supplémentaire issu d'une VHS d'époque), accompagné d'une interview de Deodato et du chef op' Roberto d’Ettore Piazzoli.

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