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City Dragon

(1ère publication de cette chronique : 2026)
City Dragon

Titre original : City Dragon

Titre(s) alternatif(s) : Warrior Brother

Réalisateur(s) : 'Philthy' Phil Phillips

Année : 1995

Nationalité : Etats-Unis

Durée : 1h38

Genre : Kick-rappeur

Acteurs principaux : Stan Derain (alias MC Kung Fu), Kathy Barbour, 'Philthy' Phil Phillips, John Williams, John J. Haran

Jack Tillman
NOTE
2.5 / 5

Yo ! MC Kung Fu est dans la place !

Scénario de Stan Derain alias MC Kung Fu, d'après une histoire de Stan Derain alias MC Kung Fu

Producteur : Stan Derain alias MC Kung Fu

Musique composée par Stan Derain alias MC Kung Fu et 'Philthy' Phil Phillips

Filmé dans le quartier et les appartements de Stan Derain et 'Philthy' Phil Phillips, avec des potes de Stan Derain et 'Philthy' Phil Phillips

 

Wesh ! Écoute mon flow cousin, c'est trop d'la baaaalle !


1995 : Stan et son pote Phil aiment le rap. Et Stan pratique aussi les arts martiaux et est fan des films de Bruce Lee. Nos deux loustics décident alors de rameuter quelques connaissances pour réaliser ensemble un film de kung-fu dans lequel tous les personnages s'exprimeraient en slam, et, cerise confite sur le gâteau, ils incorporent de "l'humour" à leur projet. Mais comme ils n'ont pas un radis pour le budget et qu'ils n'y connaissent visiblement pas grand-chose en cinéma, le résultat est là : City Dragon, la première sexy comédie musicale de kung-fu amateur de la té-ci. Et le moins que l'on puisse dire est que c'est, heu... spécial.

Je suis la terreur des rues, le Bruce Lee des parkings, je suis... le City Dragon !

Et encore, le film bifurque en cours de route vers le mélodrame socio-familial, le psycho-thriller et le film d'auto-défense avec insécurité urbaine (le héros est agressé par des gangs sans aucune raison dès qu'il met le nez dehors) et vengeance à la clef. C'est vous dire si ça part dans tous les sens.



Il n'y a pas vraiment d'histoire, on suit juste un enchaînement de saynètes supposément à la gloire de Stan Derain alias MC Kung Fu. Sauf que MC Kung Fu (dans le film il s'appelle Ray, mais MC Kung Fu c'est tellement plus cool) est un des héros "positifs" les plus ahurissants de beauferie du monde, et il est entouré de deux sidekicks comiques ultra-lourdingues. Que les sidekicks soient insupportables, on va dire que c'est normal, mais que le héros badass soit encore plus bouffon et grotesque que ses faire-valoir, c'est inhabituel dans un film d'action.

MC Kung Fu a une tête de winner.


MC Kung Fu ose les décolletés plongeants.

MC Kung Fu a une parfaite maîtrise de la classe vestimentaire.

MC Kung Fu a le rythme dans la peau.

MC Kung Fu retire toujours ses fringues du haut quand il affronte des loubards, histoire de montrer ses beaux pecs à tout le monde.

Cela dit, il retire aussi volontiers le bas.


City Dragon baigne dans une ambiance de rappeurs 90's vulgos particulièrement gênante, qui lui confère son univers propre. Le héros et ses deux potos forment en effet la plus belle bande de blaireaux que j'aie pu voir tenir des rôles principaux sur un écran, et ne vivent que pour "embrasser les culs" (ce sont eux qui le chantent) de toutes les jolies filles à gros seins passant sous leur nez. Qui dit culbute dit forcément drague, et là, je ne suis pas sûr qu'aborder une femme inconnue dans la rue en lui disant d'entrée de jeu qu'elle a un gros cul soit une technique de séduction très efficace dans la vie réelle. Mais dans le film, ça marche à tous les coups !

Le guide de la drague, par MC Kung Fu.

MC Kung Fu les tombe toutes.

MC Kung Fu et ses amis, pour une ambiance virilo-niaise à la "Miami Connection".

MC Kung Fu et ses sidekicks : au centre, c'est 'Philthy' Phil Phillips himself, qui, même quand il reçoit un couteau dans la poitrine, ne peut s'empêcher de composer des vers avant de tourner de l'œil dans les bras du héros. A droite en vert, c'est un certain John Williams (qui, étonnamment, n'a pas participé à la musique du film), personnage d'érotomane déjanté qui affirme être un "Black un peu pâle".

Y a pas que MC Kung Fu qui a le droit d'avoir la classe.


La vie pourrait se poursuivre ainsi pour notre trio d'obsédés mono-neuronaux, partagée entre numéros de rap urbain, bastons contre les loubards du coin et plans drague/culbute de filles aussi faciles que dans un boulard, mais tout change pour MC Kung Fu le jour où il rencontre Tina. Tina, c'est le Grand Amour, et notre héros dit dès lors adieu à son existence de dragueur immature, qui larguait les gonzesses comme un gros mufle sitôt qu'il les avait "consommées" pour passer de suite à la suivante. Tout ça c'est du passé, notre branleur de compétition ayant fait un gros brainstorming qui le transforme soudain en amoureux responsable. Il demande donc spontanément Tina en mariage dès que celle-ci lui annonce qu'elle est enceinte.



MC Kung Fu et l'amour de sa life, Tina.


MC Kung Fu est tellement révolutionné dans sa tête qu'il décide de travailler pour nourrir sa future famille. Il est embauché dans une grosse boîte comptant en tout une patronne et un employé, lui-même. Sauf que là, malédiction ! La patronne est une blonde plantureuse elle aussi tout droit échappée d'un boulard. La boss vicieuse fait du harcèlement sexuel sur notre pauvre MC Kung Fu qui, pauvre victime, finit par céder, à son corps défendant et pour sauver son emploi, à ses anciens penchants nymphomanes. C'est la partie "mélo conjugal" du film, où notre héros devra reconquérir le cœur de son épouse bafouée mais adorée. Le problème, c'est que ça fait complètement tache au beau milieu du film d'action explosif et testostéroné promis par la jaquette.

On parle beaucoup de la discrimination envers les femmes sur le lieu de travail, mais "City Dragon" est un film fort et courageux qui ose dire les choses vraies de la vérité qui dérange : une femme supérieure hiérarchique, ce sont des vies de couple brisées, pensez-y !


Déchirante scène de blues sentimental pour notre héros, qui se laisse un peu aller niveau ménage...


...et appelle désespérément "Tinaaaa !" en regardant une photo de l'être aimé.


S'ensuit l'inévitable flashback des tourtereaux batifolant en s'aspergeant de mousse à raser...

 ...courant main dans la main dans des jardins publics...


...et succombant à une torride passion charnelle devant un feu de cheminée...

...sur fond de musique excessivement sirupeuse.

Le summum du romantisme selon MC Kung Fu (quand votre fiancée vous tartine les pecs de mousse à raser, vous savez que c'est du sérieux).

Il y a aussi tout un segment mettant en scène John, le méchant de service qui n'en demeure pas moins la grande victime de l'histoire. John est l'ex-petit ami de Tina, c'est un caractériel abusif, jaloux et violent, mais surtout c'est le seul personnage du film à ne pas faire de rap quand il parle (l'apanage absolu de la méchanceté selon les auteurs). En apprenant le mariage de son ex avec MC Kung Fu, John pète un câble, et après avoir tué trois personnes, il se retrouve arrêté et condamné à 25 ans de taule. Envoyé sans transition dans une clinique psychiatrique car il commence à voir Jésus et à se croire attaqué par des araignées imaginaires, il est alors victime du sadisme des médecins démoniaques de l'asile d'aliénés. Réussissant on ne sait trop comment à s'échapper de sa camisole de force, il tombe comme par hasard sur Tina au service maternité de l'asile psychiatrique pour dangereux criminels de droit commun, et prend le bébé (enfin, la poupée en plastique) de Tina en otage, histoire de se faire démolir la face par MC Kung Fu dans le combat final.

John, un grand méchant dont la vie est brisée en miettes par la faute du héros et pour qui on a vraiment pitié.

"Mince, comment il faisait Mel Gibson dans "L'arme fatale 2", déjà ?!"

Dans le genre "segment parallèle", les malheurs de John se trouvent cependant battus par les malheurs de Rick, le sidekick blanc du héros, qui se retrouve obligé de danser à poil en criant "Couin couin !", en pleine nuit, devant une mare aux canards, sous la menace de l'arme de sa petite amie, filmé par la caméra de la copine de cette dernière.

Des loubards gweilossiens qui commettent la folie de traiter Bruce Lee de pédale pour provoquer le héros, mais MC Kung Fu aura tôt fait de venger son idole avec toute la sauvagerie requise avant d'adresser en direction du paradis des karatékas un magnifique "This is for you, Bruce. You still the king of kung-fu."


Premier et unique film de la plupart de ses intervenants, City Dragon tire son intérêt du décalage entre le film cool et branché que semble avoir voulu tourner le tandem 'Philthy' Phil Phillips/Stan Derain, et les choix artistiques tous plus à côté de la plaque les uns que les autres de notre duo. City Dragon est un film de tabasse dont les combats sont tous filmés sans rythme, ni chorégraphie, ni éclairage adéquat, une comédie dont les gags très appuyés battent des records de lourdeur que n'aurait pas renié un Max Pécas au pire de sa forme, un hymne passionné au rap se vautrant dans une réjouissante ringardise, et un film d'amour effarant de machisme.

Un flic se la jouant à la Alain Chabat dans "Dirty Henry".

Le combat final entre John et MC Kung Fu, bien mis en valeur par son décor de folie.


Rempli de scènes inutiles n'ayant pour but que de combler les trous béants d'un scénario totalement incohérent, bourré de trognes impayables, d'apprentis comédiens qui font ce qu'ils peuvent avec plus ou moins de bonheur (John et Tina s'en tirent pas trop mal en restant sobres, les pires interprètes du lot étant le héros et ses deux sidekicks, tout bonnement fantastiques) et de looks vestimentaires à se déclencher une hémorragie oculaire, ce film mérite néanmoins toute notre indulgence, comme tout film semi-amateur fait pour le fun par une bande de potes passionnés. C'est sûr, ça n'a ni queue ni tête, et ça ne peut plaire qu'aux nanarophiles hardcore prêts à se farcir une heure trente de médiocrité filmée directement en vidéo. Mais le film est une curiosité tellement unique qu'on ne peut qu'éprouver de la sympathie pour les auteurs de cette œuvre délirante, qui sent certes la misère mais possède aussi ce qui fait les vrais nanars : de la sincérité.

"Yo Nanarland, moi c'est MC Kung Fu !Moi et ma bande, c'est vrai qu'on est un peu mous,Mais avec nous, le fun est au rendez-vousEt pis les meufs demandent qu'à tirer des coups !C'est moi le City Dragon, tataneur un peu relou,Le héros couillon du cinoche de mauvais goût !"

- Jack Tillman -

Cote de rareté - 4/ Exotique

Barème de notation


L'édition DVD sortie au Royaume-Uni.


Préservant leur patrimoine culturel tout en le rendant accessible aux lecteurs DVD du reste du monde, les Américains ont édité un disque toutes zones se trouvant pour des prix très raisonnables sur les sites de vente en ligne. En tout cas, les accroches de la jaquette ne manquent pas d'humour quand on a vu le film ("A must for all fans of good fight films!", "The climactic fight is one of the best ever seen!", mouhahahaha !). Malheureusement, il n'existe pas de VF pour ce film. Inutile de dire qu'on aurait rêvé d'un doublage à la Tha Eastsidaz : Le Dogg se Déchaîne ou à la Boss'n Up.

Attention à ne pas vous faire avoir par la jaquette volante du DVD City Dragon des escrocs passionnés de chez Prism, qui, à l'intérieur, ne contient nullement les prouesses martiales, musicales et érotomanes de MC Kung Fu, mais un certain Death Match de Joe Copoletta, film de kickboxing de série B semble-t-il très académique.

Ne vous laissez pas berner par cette accroche qui tue, ce n'est pas le bon film à l'intérieur !