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Troll 2

(1ère publication de cette chronique : 2022)
Troll 2

Titre original : Troll 2

Titre(s) alternatif(s) :Aucun

Réalisateur(s) :Claudio Fragasso

Producteur(s) :Joe D'Amato

Année : 1990

Nationalité : Italie / Etats-Unis

Durée : 1h35

Genre : Monstres et cie

Acteurs principaux :Michael Stephenson, George Hardy, Margo Prey, Connie Young, Robert Ormsby, Deborah Reed, Jason Wright, Darren Ewing

Techniciens :Laura Gemser (costumière)

Wallflowers
NOTE
3.5/ 5

Troll 2 n’est pas du tout la suite de Troll 1. Ce dernier est un film de série B sympa de 1986 (qui mérite accessoirement d’être vu juste parce que c’est le premier rôle de Julia Louis Dreyfus, avant qu’elle n’intègre le casting de la géniale sitcom Seinfeld. Mais aussi parce que le père du héros s’y nomme... Harry Potter).

La famille Waits part en vacances au village de Nilbog. Une famille tout à fait normale comme il en existe des millions : un papa à l’air benêt, une mère qui ne voit jamais le danger venir même quand ses enfants hurlent, une fille un peu dévergondée et un jeune enfant qui, grâce aux avertissements de son grand-père décédé qui lui apparaît en vision, sait que le village est la proie d’un mal étrange... Celui d’être au centre d’un scénario d’un des pires films d’horreur de l’Histoire du cinéma.

Être acteur dans Troll 2, c’est définitivement humiliant.

Depuis que les cinéphiles s’amusent à classer les films et chercher celui qui semble être le pire de l’Histoire du cinéma, deux courants différents sont apparus. D’un côté, ceux qui pensent que Plan 9 From Outer Space d’Ed Wood mérite la première marche du podium, et de l’autre, ceux qui militent pour l’entrée victorieuse de Manos, The Hands of Fate.

Quand on n’a plus de quoi relever le goût des plats, on trouve toujours une solution.


Une des répliques du film devenues cultes (ici en VF) : « Tu as vu ces pancartes ? Tu sais pourquoi on les a mises là ? Par sens de l'hospitalité. Et que toi tu pisses sur l’hospitalité, c’est intolérable ! »

Mais ça, c’était avant qu’Internet ne vienne mettre son grain de sel et ne fasse remonter Troll 2 à la surface. Ce film aura longtemps eu le mérite d’être le plus mal noté du site de référence IMDB, avant que le classement de ce dernier ne soit notoirement truqué plus souvent qu’à son tour par des petits malins. Un film tellement mauvais que certaines scènes seront vues des dizaines de milliers de fois sur les sites de partage vidéo, ses dialogues récupérés par des geeks sous forme de mèmes, de gimmicks implicites, parfois même floqués sur des fringues, et souvent ressortis d’un air entendu et complice dans des soirées étudiantes. Le plus incroyable étant que la plupart des rieurs n’ont finalement jamais vu le film en question.

Les monstres végétariens, ça fout vraiment la trouille.

Conséquence d’un vrai culte post-partum après son accouchement douloureux en salles, Troll 2 récupère les lauriers du plus gros nanar plus de 25 ans après sa sortie. Même la réédition du film en DVD surfe pour le coup clairement sur sa réputation, avec son absurde tagline qui semble essayer de se convaincre elle-même : « un seul ne suffisait pas ! »



Plus frauduleux encore : une VHS de Troll 2 qui reprenait le visuel de Troll.

Mais ça valait le coup d’attendre ces 25 ans, car rarement la réputation d’un film aura autant été à la hauteur de la vérité. Au premier coup d’œil, on comprend que le sérieux des effets spéciaux est proportionnel à la superficialité du jeu des acteurs. Mais surtout, on saisit son envol dans les sphères nanar dès qu’on prête attention plus de deux secondes au pitch du film : une famille se rend dans le village de NILBOG sans savoir que ses habitants ont pour but de transformer les touristes en plantes vertes destinées à nourrir les gobelins (Nilbog, goblin... pigé ?).


Des gobelins qui sont donc, de fait, végétariens. Au milieu d’un flot de répliques toujours plus proches de l’incohérence (la plus honteuse étant clairement celle de ce second rôle qui hurle son désarroi quand il se rend compte qu’il va se transformer sous peu en ficus), pataugent des acteurs semi-amateurs dont la plupart n’ont rien fait de leur carrière par la suite. Mention spéciale à la comédienne Margo Prey, qui regarde ses partenaires de jeu pendant ses lignes de dialogue comme elle regarderait le rétroviseur de sa voiture.

Mention spéciale aussi à la sorcière, qui surjoue avec une ferveur aussi intense que son manque de talent.

Ici, la sorcière séduit une victime consentante en l'embrassant avec un épi de maïs dans la bouche, provoquant une pluie de pop-corn dans la pièce.

On pourrait blâmer une équipe de tournage italienne qui avait du mal à diriger un casting 100% américain, ou le budget revu à la baisse par le producteur, la misère des costumes de monstres poussant le spectateur à se couvrir les yeux de honte. Mais à Nanarland, on ne blâme personne, et surtout pas les responsables d’un tel bonheur visuel et auditif de tous les instants.

Le fameux "oh my gooooood" immortalisé par le web.

Dans les années 2000, Michael Stephenson (qui tenait le rôle du jeune Joshua), témoin du regain de popularité très second degré de Troll 2, décide d'y consacrer un documentaire qu'il intitule Best Worst Movie. Le comédien devenu adulte y filme les retrouvailles avec ses anciens collègues, qui reviennent sur leur rapport avec l’œuvre de Claudio Fragasso et sa catastrophique trajectoire critique. Tous ont un ressenti différent vis-à-vis du film et son revival inattendu ; cela va de l’enthousiaste George Hardy, héros de Troll 2 devenu dentiste, qui aide Michael dans ses démarches de réalisateur et participe à la plupart des soirées à thème comme s’il vivait une seconde jeunesse... à la flippante Margo Prey, cloîtrée chez elle, souffrant d’une sorte de phobie qui n’a sans doute rien à voir avec le film mais qui fait peine à voir.

Même quand elle hurle après une sonnette, Margo Prey n’est pas crédible.

Entre lecture psychologique et enquête de fond, Best Worst Movie a le mérite de mettre les protagonistes du film en avant, les premiers rôles comme les figurants, et prend le temps d'analyser comment Troll 2 a pu être aussi raté, à la fois d’un point de vue technique et artistique. Le malaise est de mise lorsque Claudio Fragasso assiste à la projection de son film en tant qu’invité d’honneur devant un public hilare, sans que le réalisateur ne comprenne trop pourquoi... Ni revanchard ni aigri, Michael Stephenson a grandi et, tout à son honneur, est devenu un garçon très poli qui ne pisse plus sur l’hospitalité.

- Wallflowers -
Moyenne : 3.00 / 5
Wallflowers
NOTE
3.5/ 5
John Nada
NOTE
3.5/ 5
Drexl
NOTE
3.5/ 5
Rico
NOTE
3.5/ 5
Barracuda
NOTE
1.5/ 5
Zord
NOTE
2.5/ 5
Kobal
NOTE
3/ 5

Cote de rareté - 2/ Trouvable

Barème de notation

Le film est ressorti en version DVD chez "MGM" avec une version française qui aurait été refaite pour l'occasion par rapport aux vieilles éditions VHS d'origine. Peut-être est-ce la version québecoise, nous continuons à enquêter. Comme d'habitude avec "MGM", c'est un DVD tout simple en terme de bonus mais qui permet de comparer la version anglaise bien plus drôle - car faite par les acteurs d'origine pas toujours très doués - et la VF, où les comédiens de doublage sauvent les meubles par leur professionalisme.


Fort de son revival dans les années 2010, Troll 2 a fait l'objet de très nombreuses rééditions blu-ray. On le trouve ainsi en combo BR chez "Shout Factory / Scream Factory" avec Troll (qui n'a, on le rappelle, rien à voir avec Troll 2), et en combo DVD Troll / Troll 2 ou DVD simple ou BR simple chez "MGM". A chaque fois c'est VO anglaise seulement. Mais si "Shout Factory" ne propose que des sous-titres anglais, "MGM" y ajoute des sous-titres en espagnol et en français (sur le zone 1 américain du moins, d'autres éditions proposant des sous-titres anglais et allemands). Un coffret blu-ray Troll / Troll 2 a également vu le jour en Allemagne chez "Koch Media" en 2021, et au Royaume-Uni chez "Eureka!".





Rajoutons, pour le plaisir des visuels, qu'auparavant un DVD avait vu le jour en Angleterre chez "Moon Stone / Quantum Leap", et un autre dans la collection "The Dead of Night". On recense également un DVD/BR espagnol sorti chez  "Llamentol". Pour profiter de la VF d'époque, il faudra se rabattre sur les antiques VHS éditées en France par "Kara Films".


La VHS française sortie chez Kara Films (source : chezroubisarchives).

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