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Entretien avec
Karl Adhihetty

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Karl Adhihetty Obscur parmi les obscurs, Karl Adhihetty a tout de même offert au 7ème art une remarquable prestation de sbire dans les deux meilleurs films de tatanne canadiens que Nanarland connaisse : « Twin Dragon Encounter » et « Dragon Kickboxers ». 20 ans plus tard, il a eu la gentillesse de revenir avec nous sur sa fulgurante carrière cinématographique aux côtés des frères McNamara. Chaussez vos rangers et vos mullets, direction les 80's !

Pour commencer, pourriez-vous vous présenter ? Comment avez-vous rencontré les frères McNamara ?

Je suis né au Sri Lanka en 1959. Ma mère était Allemande et mon père (aujourd'hui décédé) Sri Lankais. Je suis arrivé au Canada en 1967 et j'ai commencé à apprendre le karaté et le kung-fu en 1972 avec feu Alistair McNeilage. Après cela je me suis inscrit au « Twin Dragon Kung Fu and Kickboxing Club » vers la fin 1973, où je me suis entraîné avec Michael et Martin McNamara au kung-fu et au kickboxing jusqu'en 1997. J'avais entendu parler d'eux dans un magazine d'arts martiaux et mon instructeur de l'époque les tenait en haute estime. Lorsque mon club précédent a fait faillite, je me suis senti libre d'aller voir ailleurs sans le trahir et je me suis immédiatement inscrit au club des Twin Dragons.

Quelle impression vous ont-ils laissé, que ce soit au niveau de leur personnalité ou de leurs compétences en arts martiaux ? Et comment avez-vous été amené à jouer dans leurs films ?

Les jumeaux étaient des artistes martiaux extraordinaires pour leur époque. Alors que le reste du monde pratiquait encore les arts martiaux classiques, eux en étaient déjà à combiner des techniques de boxe occidentale et de kung-fu dans un nouveau style qu'ils appelaient le « Kung-fu Kickboxing ». On était alors vers 1972-1973, à l'époque où Bruce Lee inventait de son côté le Jeet Kune Do. Le style des jumeaux était largement aussi révolutionnaire qu'a pu l'être celui de Bruce Lee !

De 1978 à 1985, j'ai aussi appris le kung-fu Hung Gar et la lutte chinoise avec le professeur David Lee à Toronto, ainsi que la boxe au gymnase « Sully's Gym », également à Toronto, entre 1973 et 1975. En 1997, j'ai pris en franchise la direction de l'école Twin Dragon de Ajax, dans l'Ontario. Nous avons quitté notre statut de franchisés en 2000 pour des raisons financières et nous sommes maintenant le « Iron Dragon Kung Fu Kickboxing Club ».

Je me suis retrouvé à jouer dans les films des McNamara car j'étais l'un des étudiants les plus expérimentés des jumeaux, et ils m'ont demandé si je souhaitais y participer.

Que pouvez-vous nous dire sur la genèse de ces films ? Il semble s'agir de projets très personnels des frères McNamara, qu'est-ce qui a motivé ces instructeurs d'arts martiaux à faire des films ? Savez-vous qui les a financés ?

Je me rappelle que c'est Michael McNamara qui était à l'origine de l'engagement des jumeaux dans le cinéma. Je l'avais souvent vu se démener pour tenter de leur décrocher des rôles au cinéma. Ils ont d'ailleurs un petit rôle dans le film « Title Shot » (1979) avec Tony Curtis. En 1981, les jumeaux ont finalement réussi à décrocher un rôle plus important dans « Accroche-toi, j'arrive » (« Dirty Tricks ») avec Elliot Gould et Kate Jackson, un film tourné à Montréal. Michael se sentait toutefois frustré de ne pas trouver de producteur enclin à leur confier un premier rôle. Après des années passées à se moquer des talents d'acteurs et des capacités martiales de Chuck Norris, Michael a décidé de produire un film qu'il financerait lui-même.

Si je me souviens bien, « Twin Dragon Encounter » a été filmé avec un budget de 35 000 $ au cours de l'année 1984. C'est le chiffre dont je me rappelle, mais je n'ai jamais pu en avoir confirmation. Il me semble que Michael a financé le film lui-même en hypothéquant un terrain qu'il possédait, en fait l'île sur laquelle le film a justement été tourné ! Le film a été tourné en 16 mm pour des raisons d'économie et gonflé ensuite en 35 mm pour une sortie cinéma. Mais il n'a été retenu par aucune compagnie de distribution, et Michael s'est alors tourné vers les chaînes de Pay-per-view qui ont ainsi permis une diffusion au Canada. Plus tard, il a été vendu au Moyen-Orient et en Asie où il a connu un surprenant succès d'estime dans les salles de cinéma locales.

Karl, en compagnie d'un des frangins McNamara.

Encouragé par ce succès auquel ils ne s'attendait pas, Michael s'est ensuite attelé à préparer une suite, « Dragon Kickboxers ». Le film s'est fait vers 1989 avec un budget plus important (quoique minuscule comparé aux productions mainstream). Je n'en suis pas certain, mais il me semble que Michael a de nouveau financé le tournage grâce à une hypothèque sur son terrain, associée à une avance par les productions Shapiro / Glickenhaus [Note de Nanarland : producteur fidèle de Frank Henenlotter, James Glickenhaus fut notamment le réalisateur de films d'exploitation comme « Exterminator : le droit de tuer »]. Il est possible qu'il leur ait vendu les droits du film avant d'en entamer la production. Ce film-là est sorti sur grand écran. Je me rappelle être allé à la première à Toronto, ce devait être en 1991. Le film a ensuite été diffusé sur les chaînes de télé locales et a récemment été vu sur la chaîne « The Drive-In Network ».

Les McNamara en sbires agressifs dans « Accroche-toi, j'arrive ».

Comment se passait le travail avec les frères McNamara ? D'après les génériques, il semble que Michael était nettement plus impliqué que Martin dans la réalisation des films : comment se partageaient-ils le travail ?

Sur « Twin Dragon Encounter », j'avais senti que Michael était soumis à beaucoup de pression. Fidèle à lui-même, il gardait tout pour lui. Je le voyais parfois s'isoler dans sa bulle, je crois qu'il planifiait les jours de tournage suivants. Les McNamara ont toutefois un solide sens de l'humour et on s'est beaucoup amusé durant le tournage. Sur le plateau de « Dragon Kickboxers », il m'a semblé que Michael était beaucoup plus en confiance. Il avait réussi à financer et produire son premier film et à rentrer dans ses frais malgré tous les défaitistes qui avaient prédit son échec. Le budget était visiblement plus confortable cette fois, même si le film a à nouveau été tourné en Super 16 mm puis gonflé pour le cinéma. Mon impression est que Michael McNamara a toujours été le leader du duo et que Martin était le frère loyal qui soutient son jumeau dans tout ce qu'il fait. Michael est plutôt un manager tandis que Martin intervient plus au niveau opérationnel.

En quoi la production des deux films a-t-elle été différente ?

Il est clair que sur le second film, le budget pour les effets spéciaux était beaucoup plus important, c'est d'ailleurs visible dans la quantité d'armes (dont un lance-grenades) mises à notre disposition pour le tournage. Il y a aussi une scène où l'un des jumeaux reçoit une balle dans la jambe qui a bénéficié d'effets spéciaux de maquillage. Le film montre enfin beaucoup plus d'explosions.

Vous jouez le rôle d'un des sbires de Jake, le méchant du film. Que pouvez-vous nous dire sur votre personnage, comment était-il conçu et comment avez-vous choisi de le jouer ?

Le rôle n'était pas très clairement défini. J'ai essayé de jouer mon personnage un peu à la façon de Clubber Lang, le méchant joué par Mr. T dans « Rocky III », un film que je venais alors juste de voir.

Avez-vous gardé cette coupe de cheveux géniale ?

Très bonne question ! Dans les années 1970, j'avais une énorme coupe Afro. J'en étais très fier et les filles l'adoraient. Me couper les cheveux pour jouer dans « Twin Dragon Encounter » a donc été un crève-coeur ! Néanmoins, alors que nous nous rendions dans le bled paumé de Parry Sound pour nous ravitailler entre deux sessions de tournage, un autre acteur et moi-même (tous deux issus de minorités visibles) avons été surpris de rencontrer un joli succès auprès des filles en dépit du fait que nous avions gardé le même look que nos personnages du film ! Nous avons donc eu de nouvelles copines pendant toute la durée du tournage ! (rires)

B. Bob, qui joue le rôle de Jake, nous offre une prestation mémorable. Que pouvez-vous nous dire sur cet acteur ?

B. Bob était l'un des rares acteurs professionnels engagés pour le film ! A ce qu'on m'a dit, il a joué dans pas mal de pièces de théâtre dans diverses salles de Toronto pour lesquelles il cachait sa coiffure sous une casquette ! Sa coupe de cheveux était une véritable composante de son identité ! Dans mon souvenir, il devait être 10 ou 15 ans plus vieux que la plupart d'entre nous. Étrangement, le personnage qu'il joue dans le film était assez proche de sa vraie personnalité. Il lui arrivait de se lancer dans des diatribes complètement hallucinées aux moments les moins opportuns ! Une chose dont je me rappelle de mes conversations avec lui, c'est son affection pour sa fille. Elle devait alors avoir autour de 7 ans. Il parlait souvent d'elle avec beaucoup de tendresse durant le tournage.

« Dragon Kickboxers » en particulier propose un large assortiment d'assassins et de sbires folkloriques. La plupart des acteurs ne sont apparus que dans les films des frères McNamara, que pouvez-vous nous dire d'eux ? Vous connaissiez-vous avant de faire ces films ?

Je connaissais la plupart des membres du casting (à savoir les méchants) puisqu'ils venaient des écoles Twin Dragons. « Dragon Kickboxers » peut s'enorgueillir d'avoir trois champions du monde de kickboxing parmi ses méchants : Paul Biafore, Rob Borden et Curtis Bush. Curtis a ensuite décroché des rôles dans plusieurs films d'action américains et crédite « Dragon Kickboxers » comme son premier rôle au cinéma. Plusieurs des méchants dans « Twin Dragon Encounter » et sa suite étaient en fait des amis de B. Bob, l'acteur qui joue Jake. C'étaient des membres d'un groupe de punk rock de Kensington Market, un quartier de Toronto. Le nom de leur groupe était « Bunch of fucking goofs » [« Bande de gros couillons »] ! Ils ont joué dans pas mal de clubs punk autour de Toronto dans les années 80-90.

Curtis Bush.

Avez-vous quelques anecdotes amusantes ou mémorables au sujet du tournage de ces films ?

Comme mentionné précédemment, la façon dont mon ami et moi avons pu débarquer dans la quincaillerie de Parry Sound et séduire des filles malgré notre apparence reste mon meilleur souvenir ! Voici quelques autres mésaventures arrivées sur le tournage de « Twin Dragon Encounter » :

Le tournage se déroulait du lever au coucher du soleil, puis tout le monde se retirait dans le camp des méchants pour dîner et boire de l'alcool artisanal. Ce truc était dégueulasse, mais qu'est-ce que c'était fort ! On passait en revue les rushes de la journée avec un projecteur et un écran installés au milieu du camp.

Les contraintes budgétaires du film nous obligeaient à dormir dans les tentes qui servaient de décor au camp des méchants. On achetait la nourriture à l'épicerie locale et on la faisait cuire directement sur le feu. La toilette se faisait « au naturel », dans les eaux froides de la Baie de Géorgie. Je me souviens que sur la route du plateau, Michael nous avait prévenus qu'il « valait mieux ne pas se baigner nu si on ne voulait pas servir d'appât à brochet ». (rires)

Pendant la première semaine de tournage, la météo était particulièrement froide pour la saison et nous nous sommes bien caillés dans nos petites tentes. Inutile de dire que la consommation d'alcool grimpait à mesure que les températures baissaient. Un des gars du club de Martin était ivre un soir et a tellement emmerdé le monde que ses copains ont fini par l'enfermer dans une des cages qui servaient d'accessoire sur le film (là où les méchants emprisonnent leurs captives). Au milieu de la nuit, quelqu'un a dû se lever et lui passer une couverture pour le faire taire, il n'arrêtait pas de se plaindre du froid !

Le froid nous a d'ailleurs rapidement empêché de prendre un bain quotidien dans les eaux glaciales de la Baie de Géorgie. Ajouté à l'humidité ambiante, cela a provoqué l'apparition sur la plupart d'entre nous de pustules répugnantes, notamment autour des organes génitaux ! J'ai craint un moment qu'il ne s'agisse d'une MST, mais Martin m'a assuré que c'était juste la conséquence de l'humidité permanente et du manque d'hygiène forcé ! Disons simplement que j'ai été très soulagé quand plus tard, l'humidité s'est levée et que nous avons pu nous baigner et constater que Martin avait raison.

A mesure que le tournage avançait, nous avons réalisé la chance que nous avions d'être tous des artistes martiaux bien entraînés. L'absence de cascadeurs professionnels nous obligeait à accepter de prendre un gnon ou un coup de pied mal placé de temps en temps. Pour l'essentiel, notre entraînement nous a permis d'éviter toute blessure sérieuse, avec tout de même quelques exceptions notables.

Ainsi, le scénario prévoyait d'utiliser un hydroglisseur dans une des scènes. Les jumeaux ont pu négocier avec le propriétaire d'un de ces engins en échange d'un rôle dans le film. Le propriétaire en question était supposé être « champion d'hydroglisse du Canada », même si je doute qu'un tel titre ait jamais existé ! Bref, ce type devait jouer une scène de combat. Voici comment les choses se sont passées : les deux jumeaux débarquent dans le camp et tabassent un sbire. J'attaque Michael avec un bâton et je me fais rapidement éliminer par une parade suivie d'un coup de pied à la tête. Ensuite, Martin saute d'une estrade et place un coup de poing dans la mâchoire du « champion d'hydroglisse du Canada », le mettant KO sur le coup ! La scène de combat se poursuit avec divers combattants marchant sur notre champion resté au sol. Enfin, le réalisateur crie « coupez ! ». Tout le monde se relève sauf... le champion d'hydroglisseur ! Il était tellement secoué qu'il a même refusé de rester au sol pour la prise suivante afin de maintenir la continuité. Nous avons dû déguiser l'ancien champion du monde de kickboxing Paul Biafore pour qu'il se fasse passer pour lui et que nous ayons le bon nombre de corps par terre dans la scène suivante.

Quand le Champion du monde de Kickboxing Paul Andrew Biafore...

...devient musicien.

Voici d'autres anecdotes, qui concernent cette fois le tournage de « Dragon Kickboxers ».

Comme pour « Twin Dragon Encounter », les acteurs et les techniciens étaient logés dans les tentes du camp des méchants. Les ordures produites par le tournage étaient brûlées dans une grande fosse. Un gars un peu pyromane avait pris l'habitude de jeter une grande lampée d'essence dedans pour faire partir le feu. Cela provoquait une explosion comme une bombe dans un endroit clos ! Des shrapnels volaient dans tous les sens à chaque fois qu'il faisait ça, assez près du camp pour représenter un danger. Ce comportement imbécile m'énervait beaucoup mais je préférais me taire. Un jour que je n'en pouvais plus, je me suis avancé pour expliquer ma façon de penser à cet idiot, juste au moment où il lançait son cocktail Molotov dans la fosse. Alors que je m'apprêtais à l'alpaguer, il a mis le feu à l'essence. L'explosion m'a projeté en arrière ! Des morceaux d'ordures incandescents ont volé dans tous les sens et mes vêtements ont pris feu. J'ai senti les flammes remonter le long de ma veste vers mon visage, je me suis jeté au sol et aussitôt je me suis roulé par terre ! Une autre membre du groupe s'est précipité pour m'aider à éteindre les flammes et je m'en suis sorti avec la moustache et les sourcils roussis ! Inutile de dire qu'après ça, je me suis chargé personnellement de la combustion des déchets !

Tous les repas étaient préparés sur place par les membres de l'équipe qui n'étaient pas sollicités par les besoins du tournage de l'après-midi. Vu la diversité des gens présents, le menu était toujours une surprise. Un soir, nous avons eu droit à du ragoût de boeuf. C'était tellement bon et il y en avait tellement que nous nous sommes tous resservis. A un moment, quelqu'un a fait remarquer à quelle point la viande était fraîche et goûtue, et a demandé à Michael où il avait trouvé ce boeuf si délicieux. C'est à ce moment-là que la vérité a émergé... Les jumeaux étaient allés en ville deux jours plutôt pour le ravitaillement. Sur le chemin du retour, ils ont vu un ours se faire percuter par un camion. L'animal était mortellement blessé et il était en train d'expirer quand les jumeaux sont arrivés à sa hauteur. Malheureusement, la chasse à l'ours était fermée en cette saison et les jumeaux hésitèrent à abréger ses souffrances. Par chance, leur dilemme ne dura que quelques minutes car l'ours mourut rapidement. Sentant une occasion à saisir, les jumeaux récupérèrent la carcasse et, pendant le trajet en bateau vers le lieu de tournage, ils le dépecèrent et préparèrent la viande en vue de la cuisiner ! C'était cette viande d'ours que nous étions en train de manger en ragoût ! Inutile de dire que cela retourna les tripes de plusieurs membres de l'équipe, et rendit même malades les plus délicats ! Je me rappelle avoir vu mon ami Al presque s'étouffer en entendant ça ! (rires) Un des "chefs cuisiniers" du jour a pensé qu'il serait pertinent d'enterrer les entrailles à vue de la zone de repas... Les pattes de l'ours y furent plantées dans le sol de manière à former un bras d'honneur. (rires)

Une fois, je me suis retrouvé seul sur le plateau avec Jack (un élève du club Twin Dragon qui jouait un méchant) et Sheryl, qui bossait à mi-temps comme actrice et comme serveuse dans une boîte de strip-tease. C'était notre tour de préparer le diner pour le reste de l'équipe. Jack était depuis longtemps inscrit au club Twin Dragon North, géré par Michael McNamara, il s'entraînait avec nous depuis l'âge de 12 ou 13 ans, avait vécu une existence plutôt protégée jusque là et avait très peu d'expérience avec le sexe opposé. Bref, nous étions tous les trois en train d'éplucher des patates quand, pour plaisanter, j'ai fait remarquer à Sheryl qu'elle avait de la poussière sur son haut. « Non, il n'y en a pas ! » répondit-elle. J'ai continué à la taquiner : « Si, y en a ! ». Soudain, elle soulève son T-shirt et dit « Non, il n'y en a pas ! Tu n'as qu'à regarder toi-même ! » (rires). Les yeux du jeune Jack sont quasiment sortis de leur orbites tandis qu'elle remettait son T-shirt. On a ensuite fini de préparer le repas, mais je suis sûr que Jack se souviendra toujours de ce moment.

Heidi Romano & Sheryl Foster.

Contrairement à « Twin Dragon Encounter », Michael McNamara avait réussi à vendre « Dragon Kickboxers » au distributeur Cineplex Odeon et le film est sorti en salle dans toute la région autour de Toronto. Je me souviens que nous sommes allés à la première tous ensemble, je doute d'ailleurs qu'il y ait eu une seule place dans la salle qui n'ait pas été achetée par quelqu'un ayant un rapport avec les Twin Dragons, vu la vitesse à laquelle la séance s'est retrouvée complète. Je ne saurais vous décrire l'excitation que j'ai éprouvée à voir le film sur grand écran, ni l'horreur qui m'a saisi quand j'ai vu mon alliance provoquer un énorme reflet dans une des scènes. J'avais oublié de l'enlever ! (rires) J'avais emmené ma fille Tasha avec moi pour la première alors qu'elle avait 4 ans. Je me rappellerai toujours comment elle se mettait à crier « Papa ! Papa ! Papa ! » à chaque fois que j'apparaissais à l'écran, façon Jerry Springer Show. Après la scène où mon personnage meurt, Tasha s'est mise à pleurer ! J'ai dû la convaincre que ce n'était qu'un film et que Papa avait survécu ! (rires)

Est-ce que vous pourriez nous dire un mot des réalisateurs de ces deux films, Paul Dunlop et Charlie Wiener ?

Je me souviens que c'était tous les deux des types très sympas. Il me semble que Charles sortait alors tout juste d'une école de cinéma, tandis que Paul s'était déjà fait un petit nom dans le milieu, essentiellement pour son travail sur des émissions télé touchant à la nature.

Qui a chorégraphié les combats des films ? Dans Twin Dragon Encounter, il y a une scène assez convaincante où l'on vous voit recevoir un coup de pied à la tête par l'un des frères McNamara : certains coups étaient-ils réellement portés ?

Honnêtement il n'y avait pas vraiment de chorégraphe sur le plateau. Michael nous donnait juste quelques indications générales sur la façon dont il voulait que le combat se déroule et nous essayions ensuite de jouer la scène de la façon la plus fidèle et la plus réaliste possible. La plupart des combattants étaient des élèves de l'école Twin Dragons, donc ils savaient donner et recevoir des coups. Tous sauf un pauvre gars, le champion d'aéroglisseur dont j'ai déjà parlé (rires).

La scène que vous décrivez dans « Twin Dragon Encounter », lorsque Michael me frappe à la tête, est un exemple de coup qui a effectivement porté ! Ca m'a fait bien mal d'ailleurs, mais je suppose que c'est un mal pour un bien si ça peut rendre le film meilleur (rires) ! Cette scène est d'ailleurs apparue dans le journal de la chaîne CBC National News pour illustrer un sujet sur le making-of du film. La plupart des coups montrés dans le film ont effectivement porté - sauf quelques uns qui ont raté leur cible - mais sont restés tels quels à l'écran. Dans une des scènes de « Dragon Kickboxers », Michael devait prendre un coup de pied dans l'estomac : l'acteur / élève qui a porté le coup l'a fait avec tellement d'enthousiasme qu'il a soulevé Michael 30 centimètres au-dessus du sol ! Après ça, Michael a dû prendre une longue pause avant de pouvoir reprendre le tournage.

Dans leurs films et sur leur site Internet, les frères McNamara ont tendance à brouiller les lignes entre leurs personnages à l'écran et leur vraie personnalité. Pourriez-vous nous en dire plus sur les aspects du film qui relèvent de la pure fiction et sur ceux inspirés du vécu et des aptitudes des jumeaux ? En effet, en plus d'être des artistes martiaux, les frères McNamara sont dépeints dans leurs films comme des experts en guérilla...

Je dirais que les films sont fidèles à 95% à la personnalité des jumeaux. Certaines des scènes du film, comme celle de la jeune femme agressée par des voyous dans « Twin Dragon Encounter », sont tirées d'incidents réels. Toutes les techniques de combat qu'ils utilisent sont également fidèles aux méthodes qu'ils enseignent dans leurs écoles, et que j'enseigne moi-même dans mon club. De plus, les McNamara pratiquaient la chasse depuis plusieurs années, donc j'imagine que leurs compétences survivalistes sont proches de la réalité. En revanche, tout l'aspect guérilla est complètement fictif, de même que les démêlés des jumeaux avec l'Armée Privée du Peuple.

Dans leurs films, les jumeaux montrent une certaine prédilection à frapper leurs adversaires dans les parties sensibles : était-ce là un clin d'oeil humoristique ou est-ce une partie intégrante de leur technique ?

Comme je l'ai dit précédemment, la plupart des mouvements montrés dans le film sont directement tirés du système de combat que les jumeaux ont développé avec le temps. Leur style de combat est connu sous le nom de "Kung-fu Kickboxing". Ce style combine les techniques de kung-fu les plus agressives avec les mouvements les plus efficaces du kickboxing. Les jumeaux aiment effectivement s'en prendre aux parties sensibles ! (rires)

Avez-vous tourné dans d'autres films ? Avez-vous participé au troisième film des frères McNamara, « The Right to Fight » / « The Real Twin Dragons » ? Savez-vous s'il est prévu que ce film sorte un jour ?

J'ai effectivement participé au tournage de « The Right to Fight » dans un tout petit rôle sans dialogue. Le film est actuellement en stand-by pour des raisons financières, je ne sais pas s'il sortira un jour.

Au nom de l'équipe de Nanarland et de tous nos lecteurs, qui apprécieront certainement cette interview, nous vous remercions chaleureusement pour vos réponses, Karl !

De rien ! Merci d'avoir pris le temps de retrouver ma trace, ça a été un plaisir de me replonger dans le passé pour répondre à vos questions ! J'ai répondu aussi bien que ma mémoire le permet - il s'est quand même écoulé 20 ans depuis le tournage de « Dragon Kickboxers » !

- Interview menée par La Team Nanarland -