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Cazas
(1ère publication de cette chronique : 2026)
Titre original : Cazas
Titre(s) alternatif(s) : Aucun
Réalisateur(s) : Yves Boisset
Année : 2001
Nationalité : France
Durée : 1h20
Genre : Cazastrophe à Nanardland
Acteurs principaux : Bernard Tapie, Christian Brendel, Macha Polikarpova, Cyrielle Clair, Jean-Loup Michou, Jean-Michel Martial
Y'a des soirs où on a envie de douce médiocrité. Une dure journée de travail, une charge mentale plus pesante, l'envie d'un divertissement qui ne soit pas trop excitatoire pour nos neurones atteints de lassitude compassionnelle. C'est comme ça qu'on se retrouve devant un vieux téléfilm TF1 réalisé par Yves Boisset en pleine fin de carrière tourmentée, le genre de trucs vaguement intrigant qu'on s'était mis de côté suite à l'écoute de l'excellente intégrale de Discordia, podcast de l'ami Drexl, consacrée à ce grand réalisateur français. Et c'est peu dire que ce soir, on n'est pas devant Le Juge Fayard.
Oui, un Yves Boisset sur Nanarland, mais ho, ne confondez pas le chroniqueur et le réalisateur : c'est bien ce dernier le responsable de ce machin !
Faut dire que les arguments de vente du produit étaient honnêtes : faire de Bernard Tapie le nouveau Steven Seagal du cinéma (télévisuel) eud'chez nous. Autant convoquer de suite les astres jupitériens et reconnaître que si ce n'est pas un échec, c'est surtout que ça n'a pas marché. Repompant sans sourciller le scénario de Parole de Flic, polar ténébreux dans lequel Alain Delon sortait de son exil africain pour venger la mort de sa fille, Cazas nous raconte l'histoire de... Philippe Cazas, Bernard Tapie donc, qui sort de son exil africain pour venger la mort de son fils. Oui, oui, l'inspiration, faut savoir aller la chercher chez les autres.
Oui, un Nanard sur Nanarland. Ça ne va pas arranger la déformation orthographique récurrente du nom du site !
Introduit comme le top de la crème des héros de guerre dont la simple évocation fait beurrer le joufflu de toute la bureaucratie militaire parisienne, Cazas revient au pays afin de comprendre les raisons du décès de son unique héritier, soi-disant emporté par une overdose. Une infamie inenvisageable quand on est la digne progéniture du boss, et qui cache forcément un complot qu'il conviendra de révéler au grand jour à coup de, heu... de mawashi-tatane dans tes gencives ?... Non ? De fusillades de bourrin au patator, alors ?... Non plus ? De réquisitoires enflammés contre le système corrompu ?... Non ?... De froncements de sourcils et d'une enquête mollassonne consistant à remonter le fil des témoins assassinés sous ses yeux, pour finalement bien être obligé de constater que le gars qui a une tronche de traître depuis le début est bel et bien le traître ? Bien vu, bonhomme !
La position de tir à la turque.
Des coups de poing à hauteur de surhomme.
Un mannequin en bois jeté sans scrupules à même le sol (fin de la scène d'action la plus intense du film, vous pouvez vous rassoupir).
Pour plus d'impact, on vous met la scène en vidéo, avec un Boisset pris de boisson et un Tapie vert de rage.
Un détail qui m'a kinké dès que je m'en suis aperçu : tous les véhicules du film roulent avec les vitres avant baissées (sans doute pour éviter les reflets de caméra). Une petite touche d'absurdité supplémentaire.
De fait, le film ne nous montre jamais pourquoi Cazas, simple médecin militaire, est autant vénéré et craint par ses pairs qui ne citent son nom que pour mieux l'encenser, tant ses exploits se résument à s'enfuir en courant (mal) d'une voiture, à se promener sur des toits plats, à sauter sur un container ou à casser une porte vitrée d'hôpital à coups de chaise... quitte à se blesser tout seul comme un con. On pensait voir un actioner gonflé à la sueur des couillasses de Nanard et on se retrouve devant une interminable scène de rafistolage d'entaille dans un parking souterrain de Leclerc !
Une scène de suture agrémentée de cette réplique mémorable : "La couture, c'est une affaire de femme".
Bernard Tapie se dépêche de rejoindre Francis Huster et Steven Seagal au club des coureurs apraxiques.
Prends ça, sale porte vitrée réfractaire !
Quant à ses talents d'enquêteur, ce n'est guère mieux. Cazas se traîne d'un témoin à un autre, se coltine une chaperon militaire en la personne de young Olga des Mystères de l'amour – qu'on aura mise en garde contre la dangerosité érotique de Nanard (authentique !), ce qui amène naturellement madame à lui envoyer plein de signaux de disponibilité amoureuse – et il a régulièrement besoin de scènes d'exposition où le scénario tente d'être casé en gros blocs peu digestes. Celui-ci est d'ailleurs assez incompréhensible, avec une histoire de trafic de morphine durant la guerre des Balkans dont on perçoit mal les enjeux véritables et les raisons de telles ramifications au sein des autorités militaires. Et surtout, comment un tel homme de haute valeur que Cazas aurait pu accepter de jouer les fusibles de cette odieuse machination malgré son innocence et sa probité.
Macha Polikarpova n'a même pas eu le droit de conserver sa voix et son bel accent, magie du redoublage.
Explication speedrunnée du scénario dans le laboratoire rose de la fac de médecine.
Cazas prend également le temps de pratiquer l'accouchement de la petite amie de feu son fils (en restant bien au niveau du thorax de la parturiente). Je vous laisse deviner le glorieux prénom qui sera donné au bambin.
Ajoutez à tout cela une enquête policière parallèle et inutile, sauf à rallonger artificiellement la sauce, sur les cadavres qui décorent le passage de Cazas, et vous avez votre grand moment de télé du dimanche soir. Alors je sais bien que raconté ainsi, ça sonne très nullos. Et c'est parce que ça l'est ! Je ne vais pas vous prendre en traître là-dessus. Mais attention, c'est du bon vieux nullos bien franco-français made in chez nous, presque rassurant et câlinant dans sa médiocrité de tous les instants. Tout le monde joue comme des cochons mais ça se prend quand même très au sérieux, distribuant de la punchline moisie écrite avec les orteils comme si c'était du Audiard.
Cyrielle Clair joue l'ex-épouse meurtrie mais toujours soutenante de son héros. On notera sa glorieuse participation aux films Les Gaous et L'Epée du Vaillant. Et aussi ce joli regard caméra du figurant derrière elle.
Jean-Michel Martial (grande et puissante voix du doublage français) fait un petit caméo.
Bernard Tapie ne montre strictement aucun talent d'acteur, se contente de 2-3 expressions qui lui serviront en toutes circonstances, avec un complément de petite larmiche au coin de l'oeil quand il dort et qu'il repense à l'unique souvenir qu'il conserve de son fils, jouant à la plage avec son chien (resservi à plusieurs reprises, même sur les photos de son appartement). C'est un régal d'assister à des champs/contrechamps où Nanard fait des petites moues de bouche pour exprimer ses émotions face à des récits se voulant tantôt bouleversants, tantôt galvanisants. Pourquoi faire des efforts quand son meilleur allié est le concept même du film qui assène, sans jamais chercher à le démontrer, qu'il est le super agent inarrêtable qui a 36 heures pour raser Paris, faire péter la vérité et laver son honneur ?
La face à tout faire de Tapie, garantie sans DLUO.
Allez, un peu d'acting avec cette séquence de la constipation douleur.
J'avoue également une passion d'un soir pour Christian Brendel, qui interprète le colonel Lemaire : armé d'un physique quelconque et d'un costard bien trop grand pour lui, le gars donne tout ce qu'il a dans son interprétation de badass à la croisée du colonel Trautman, ambiance "vous ne pouvez rien contre Cazas", et de l'homme à la cigarette de X-Files qui connaît toutes les vérités cachées. Il plisse des yeux en regardant au loin, la tige au bec pour se donner de la consistance et un air mystérieux, balance des déclarations définitives, distille des infos sans suite sur sa situation conjugale, bref, il est jouissivement parfait de médiocrité motivée, pile dans le ton du reste.
Existe en version fonctionnaire inoffensif...
...et version maître barbouzard des ombres aux portes de la Stathamisation.
Son port inexpliqué d'une robe de chambre satinée de gros baiseur colore sa profonde et quasi-fraternelle amitié avec Cazas d'un troublant homoérotisme qui n'est pas sans rappeler Commando.
Un peu de féminité dans ce monde scrotal, la commissaire flic n'est pas mal non plus dans le registre de la punchline castratrice à côté de la plaque.
Digne héritière de la tradition téléfilmique de TF1, la réalisation et la photographie sont aux abonnées absentes et ne témoignent jamais de la présence d'Yves Boisset sur le plateau. Par contre, le nom de Jean-Luc Azoulay à la production semble bien plus cohérent avec le résultat final, et explique également la présence d'égéries est-européennes au casting. Cazas a donc totalement assuré sa mission : me distraire tout en respectant ma torpeur salutaire, m'apportant de sincères éclats de rire devant son équipée de bras cassés. Dommage que l'ouverture finale vers une série ne se soit pas concrétisée (il me reste toujours Commissaire Valence, en cas de rechute). Et que vivent le patrimoine télévisuel français et son emploi relaxant de nos maigres disponibilités cérébrales !
Bernard, tapi dans les bras de Morphée, s'endort. Le spectateur aussi.
Cote de rareté - 7/ Jamais Sorti
Barème de notationLe film n'a été diffusé qu'à la télévision. Il faudra donc fouiller dans le grenier de vos grands-parents pour espérer le dégotter sur une vieille VHS enregistrée maison. Ou taper son titre dans un moteur de recherche de tubes (mais c'est moins glamour).