Recherche...

Hitman le Cobra

(1ère publication de cette chronique : 2007)
Hitman le Cobra

Titre original :Hitman the Cobra

Titre(s) alternatif(s) :Le Terroriste

Réalisateur(s) :Godfrey Ho

Année : 1987

Nationalité : Hong Kong

Durée : 1h26

Genre : Godfrey ! On sait où tu te caches !

Acteurs principaux :Richard Harrison, Mike Abbott, Philip Parker, Nathan Chukueke, David Sevlik, Robert Miller, John Bosco, Joan Romano, William Dasco, Jeff Bolero, Alex Cammero, Billy Renato, Jackson Crown, Alfred Benjamin, Ron Castello, Dick Smither, Jim Coley

Rico
NOTE
2/ 5

Les nanardeurs que nous sommes sont parfois comme des chercheurs d’or. Il nous faut tamiser des mètres cubes et des mètres cubes de limon boueux pour parfois remonter une minuscule pépite dont l’éclat doré réchauffera enfin nos cœurs harassés par l’effort. Remplacez la rivière de montagne par un magnétoscope et le tamis par une télécommande et vous aurez une idée de ce qu’est notre lot, nous, humbles saltimbanques du net, qui après des nuits blanches à visionner des tombereaux de téléfilms miteux ou de séries Z oubliées, dénichons enfin LA scène nanarde, LE dialogue abscons, LE trucage raté, qui récompensera ces soirées de déchéance sociale, affalés sur le canapé entre le coca et les chips. Et puis, fiers de notre trouvaille, alors que pointe le petit matin blême, les yeux rougis par le sommeil, les doigts en sang à force d’avoir appuyé sur la touche avance rapide de la télécommande, nous encodons mécaniquement sur le site l’extrait vidéo qui enrichira Nanarland. Dès lors, public aimé, il ne vous restera plus qu’à y jeter un coup œil distrait pour commencer votre journée au bureau entre la consultation des cours de la bourse et l’ouverture en pièce jointe du fake porno avec Roselyne Bachelot que vous a envoyé un collègue. ("‘Tain Gilbert t’es con, j’avais dit pas au bureau, déjà que je me suis fait gauler une fois alors que je matais un épisode de "Malcolm" en douce sur Youtube…" ). Avec un peu de chance, si l’extrait vous plaît, vous le lui renverrez sur MSN accompagné d’un laconique : "c génial ! Trop bon se nanard lol"


L'affiche cinéma française du film (oui, Hitman le cobra est sorti au cinéma dans l'hexagone !).

En fait, vous ne vous imaginez pas notre vie pour vous procurer ces quelques secondes de plaisir. Tenez, moi par exemple, ça fait bientôt six mois que je n’ai pas vu un vrai film au cinéma. En fait, maintenant que j’y pense, ça fait six mois que je n’ai pas vu un film tourné depuis 92, voire même un film où ne figure pas Richard Harrison. D’ailleurs les potes ont arrêté de me téléphoner quand ils font des fêtes. Ma copine est encore sortie ce soir pour boire un verre avec Knut son prof de stretching. Ouais, ben comme ça déjà je l’entendrai pas râler sur toutes les VHS qui encombrent les placards de l’appart’ et puis avec un peu de chance elle ne rentrera pas avant six heures du mat’, ce qui me laissera plus de temps pour m’enfiler deux autres cassettes de ninjas. O.K., je sais, nanardeur c’est glauque, mais quitte à avoir la vie sociale d’un pétoncle, ça aurait pu être pire, je pourrais jouer à "World of Warcraft".


Et tout est dit...

Bon, tout ça pour vous parler de "Hitman le Cobra" alias "Le Terroriste". Les fidèles du site auront reconnu le titre du film dont sont tirés quelques-uns des plus impérissables dialogues qui font le succès de votre site préféré (si on exclut bien sûr celui avec les Japonaises habillées en écolières, on est quand même bien votre site préféré, hein ?).

- Fais pas l'con Philippe ! Ecoute-moi, tous les deux on peut s’faire du fric...
- Roger, c’est pas la peine ! Mon pays jamais je n’le trahirai !
- Si tu m’tues Philippe, mon frère prendra sa revanche… les chaponais mettent ta tête à prix Philippe !
- J’vais te tuer p’tit con !
- Meuuh non, c’est toi qui va mourir, connard !
- Racatacatacata

« - Philiiiippe !!!!! Je sais où tu t'câââches ! Viens ici que ch'te bute enculé ! »
« - Ta gueeeeuule ! Viens ici sale enculé !!!! »
« - Salaud ! »

(Allez-y, vous avez les onglets dans la chronique pour revoir les vidéos ou réécouter les extraits audios)
Voici Richard Harrison et Mike Abbott qui jouent à la guerre comme des gamins dans une cour de récré... Et on dirait que tu serais le méchant et on dirait que je serais le gentil et qu’on se cacherait dans un terrain vague. Hélas, trois fois hélas ! Le reste du film est loin d’être à la hauteur de ces scènes hallucinantes. Il s’agit pourtant d’une de ces productions rafistolées façon créature de Frankenstein par Godfrey Ho. Toutefois pour notre malheur, les parties gweilos de ce "deux en un" sont malheureusement extrêmement réduites.

Evacuons tout de suite la partie asiatique du métrage, qui occupe tout de même près des trois-quarts de l’histoire. C’est un film de guerre philippin, parfaitement cohérent pris tout seul, mais qui se veut malheureusement à la fois terriblement sérieux, patriotique et réaliste. Il nous conte l’histoire de Max, un paysan résistant à l’occupation japonaise qui fédère autour de lui les gens de son village (lors d'un de ses discours enflammés, on peut entendre la chanson "Mama" du groupe Genesis). Il multiplie ainsi les coups de mains audacieux contre l’ennemi, libérant des prisonniers ou attaquant des colonnes de militaires avec ses partisans. Hélas, une fois la paix arrivée, les beaux idéaux s’envolent et tous ces anciens héros sombrent dans le banditisme ou dans la corruption politique. Max, désabusé, tente de ramener ses amis à la raison, mais sombrant dans l’extrémisme, il devient à son tour un ennemi public. Le film n’est pas foncièrement mauvais, juste très ennuyeux, alignant ainsi quelques combats dans le noir assez peu lisibles et de grandes périodes mélodramatiques où les personnages s’interrogent sur le sens de leur camaraderie perdue.


Max et ses partisans.


Des tortionnaires japonais et de vils exploiteurs du peuple aux costumes chamarrés.

La partie gweilo, si on additionne toutes les scènes où erre Richard Harrison, fait moins d’une dizaine de minutes au total. Mais quelles dix minutes ! A elles seules elles valent cette chronique et méritent qu’on visionne ce chef-d’œuvre tout en zappant consciencieusement les parties philippines. Je sais, c’est peu cinéphile, mais franchement elles sont chiantes comme la mort et je vous mets au défi de tenir devant plus de cinq minutes sans lorgner avec envie sur votre télécommande. L’histoire a cette simplicité des grandes tragédies classiques. Philippe tue Roger. Mike, le frère de Roger veut se venger et envoie Bob, Blackie et un autre gars retrouver Philippe. Philippe, qui ne se laisse pas faire, tue le gars sans nom, puis Blackie puis encore un autre type qu’on n'avait jamais vu, puis Bob et enfin c’est le duel avec Mike qui se termine à la grenade. C’est beau, c’est carré, c'est puissant. La tempête des sentiments humains sous l’apparence de la simplicité. Pour tout dire, on dirait Phèdre.


Philippe ! Je jure sur le bandana de mon frère que je me vengerai !



L'équipe à Mike : du gweilo de compet'.

A la fin, Mike reste étendu sur le sol et Philippe regarde le corps de son ennemi avec la satisfaction du devoir accompli. Le compteur du magnétoscope affiche les 1h26 de film réglementaires avec lui aussi le même genre de contentement. Bon, le spectateur standard non prévenu a lui surtout l’impression de s’être sérieusement fait enfler sur la marchandise, mais qu’il se rassure il n’est pas le seul. En effet, Richard Harrison tourne ses scènes contraint et forcé par le contrat léonin que lui ont fait signer les duettistes Joseph Lai et Godfrey Ho qui, après l’avoir dénoncé au fisc local, lui ont fait tourner tout un tas de scènes qui seront incluses au petit bonheur dans leurs productions de manière à rembourser l’amende qui lui était tombée dessus. Autant dire que Richard Harrison, s’il reste toujours très pro, n’assure que le minimum syndical, l’air assez accablé tout en faisant le coup de feu dans les deux décors (familiers à tout ceux qui ont déjà vu des films de ninjas signés IFD/Filmark) qui sont utilisés pour toute cette partie du film : c'est-à-dire un parc municipal qui sert de jungle et un bunker en ruine qui sert de bunker en ruine.


A noter la présence d'une jungle équipée de tables de pique-nique...

Même éparpillées au milieu du métrage philippin, les scènes de gweilos sont de véritables joyaux qui illuminent le film de leur totale irréalité. En effet, plus que dans aucun autre de ses "deux en un", l’ami Godfrey (aussi responsable du scénario) se fiche totalement d’accorder la moindre cohérence à la jonction des deux parties. On saute ainsi de l’un à l’autre sans jamais se soucier de les lier. C’est à peine si au détour d’une phrase, Max, le résistant philippin, lâche qu’il y a quelque part un Américain pour les aider ou, dans la première scène de gweilos, que Roger a vendu des informations aux Japonais. Tout le monde en fait des tonnes, roule des mécaniques, beugle des répliques ordurières ou, facétie nouvelle, a des mouvements de recul outranciers en écarquillant les yeux dès qu’il faut signifier sa surprise. De plus les dialogues sont magnifiés par des doubleurs qui, s’ils sont plutôt sages sur la partie asiatique, mettent tout leur cœur à l’ouvrage dès qu’il s’agit d’en faire des caisses en jouant les bourrins surarmés qui s’apostrophent.


Mike Abbott joue... la surprise (hu ?).

Il nous faut maintenant reconnaître une chose. Godfrey est peut-être un scénariste médiocre, un homme d’affaire impitoyable, un escroc du montage (ajoutons qu'outre le film de guerre philippin évoqué, il emprunte ici la musique des morceaux "Airshaft" du groupe Tangerine Dream, et "Tonight, Tonight, Tonight" de Genesis), un directeur d’acteur approximatif mais on ne peut pas lui enlever une véritable efficacité en terme de réalisation pure. Les scènes de Godfrey surnagent dans l’océan de médiocrité pénible du film philippin et restent toujours lisibles et dynamiques. Surtout quand on pense que toutes ces scènes ont dues être tournées en une après-midi à l’arrache. (Il semblerait toutefois, mais cela reste à confirmer, que certaines scènes issues de cette session de tournage puissent s’être retrouvées sur d’autres productions IFD inédites en France).


Le duel de western vu par Godfrey Ho :






Enfoncés John Ford, Sergio Leone et Sam Peckinpah !

Alors faut-il voir ce film ? Soyons honnêtes, Nanarland a déjà dépiauté le bestiau et vous offre dans ses extraits les meilleurs moments de cette pantalonnade (au prix de la santé mentale et de la vie sociale de ses rédacteurs, ne nous remerciez pas, c'est de bon cœur...), alors à moins d’être un intégriste du Docteur Mabuse de Kowloon, vous pouvez vous en contenter sans peine. Si vous dénichez un jour la cassette et que vous êtes un habitué des facéties Ho-esques (et que surtout vous n’ayez pas égaré votre télécommande pour profiter de l’avance rapide) peut-être voudrez vous y jeter un œil pour retrouver des vieux amis qui jouent à la guéguerre dans un terrain vague…


Richard Harrison contemple sa carrière abattue par les manigances de Ho Et Lai et décide de quitter définitivement le cinéma (allégorie).

- Rico -
Moyenne : 2.33 / 5
Rico
NOTE
2/ 5
MrKlaus
NOTE
2/ 5
John Nada
NOTE
2.5/ 5
Nikita
NOTE
1/ 5
Labroche
NOTE
2.5/ 5
LeRôdeur
NOTE
3/ 5
Drexl
NOTE
3.5/ 5
Jack Tillman
NOTE
2/ 5
Wallflowers
NOTE
2.5/ 5

Cote de rareté - 5/ Pièce de Collection

Barème de notation

Le film est sorti en DVD en Allemagne en 2019 chez WMM. Une édition soignée, qui bénéficie d'un nouveau master tiré d'une copie 35 mm du film. Le film est proposé en allemand et en anglais (sans sous-titres), dans son format 4/3 d'origine, avec quelques bonus (bande-annonce allemande, livret de 16 pages, interviews de Mike Abbott et Godfrey Ho


En France, le film a connu une modeste exploitation vidéo chez deux éditeurs réputés pour leur capacité à vendre tout et n’importe quoi. "Magic Entertainment" nous le survend sous son titre de "Hitman le Cobra" avec un enthousiasme qui fait plaisir à voir, dans sa collection "spécial vidéo guerre". Quant à "Moonlight Entertainment", elle se la joue plus discrète en mettant très en avant ce pauvre Richard Harrison et en re-jaquettant de frais le produit sous le titre : "Le Terroriste". Hmmm, tout cela sent son tripatouillage "Initial", les "IFD/Filmark" français de la vente de VHS de fond de tiroir…




A noter enfin que le titre anglais de « Hands of Death » qui lui fut longtemps attribué, sur IMDB notamment, est une erreur. Ce titre correspond en fait à un autre film de Godfrey Ho produit par IFD, aussi connu sous les titres « The Secret of the Lost Empire » et « Royal Warriors ». La confusion vient du fait qu'ils ont été tournés la même année, et ont tous les deux comme acteurs principaux Richard Harrison (en gentil) et Mike Abbott (en méchant). Inédit en France, « Hands of Death » raconte une histoire de ninjas à la recherche d'un trésor...

Une édition VHS grecque.

Jaquettes en plus