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Santo et le Trésor de Dracula

(1ère publication de cette chronique : 2003)
Santo et le Trésor de Dracula

Titre original :Santo en el Tesoro de Dracula, El Vampiro y el sexo

Titre(s) alternatif(s) :Santo le Mutant, Le Trésor de l'Horreur, Le Sang du Vampire, Santo contre le trésor de Dracula

Réalisateur(s) :René Cardona, Sr

Année : 1968

Nationalité : Mexique

Durée : 1h21

Genre : Catch spatio-temporel à Mexico

Acteurs principaux :Rodolfo Guzman Huerta (Santo), Aldo Monti, Noelia Noel, Carlos Agostí, Roberto G. Rivera

John Nada
NOTE
3/ 5


Caramba ! Avec cette chronique Nanarland étrenne les films de lucha libre et de leurs mastards interprètes, les luchadores (catcheurs mexicains). Et parmi tous les lutteurs masqués du cinéma mexicain, Santo El Enmascarado De Plata (Santo le Masque d’Argent) demeure sans conteste le numéro 1. Une popularité acquise à l’origine sur le ring, puis derrière les caméras à travers une bonne cinquantaine de films étalés sur une période de plus de 20 ans.

 
Santo, authentique incarnation des vertus cardinales en collant immaculé. Contemplez donc un brave, un vrai !

 
Pour alimenter une série à la longévité aussi prodigieuse, les scénaristes ne crachent sur rien : lutteur professionnel partagé entre sa carrière sportive, ses travaux scientifiques (le gaillard possède son propre labo !) et son statut de justicier au service de la police locale, Santo, au cours de ses nombreuses aventures, est amené à affronter à peu près tout le bestiaire connu du cinéma fantastique : vampires, momies, sorciers et savants fous, zombies, loups-garous, créature de Frankenstein (appelée « Frankestein » pour cause de copyright), et parfois tout ça en même temps (dans le très ultime « Santo y Blue Demon Contra Los Monstruos », aidé pour l’occasion par son pote Blue Demon comme l’indique le titre), mais aussi narcotrafiquants, martiens, desperados et même le diable en personne. Un vrai boulot à plein temps, le catch ! D’ailleurs, les scènes de ring brillent par leur récurrence tout au long de la saga. Très calquées dans l’esprit sur les exploits des super-héros costumés américains, ceux des serials des années 30, ces exubérantes tribulations se déclinent systématiquement à travers des titres du type « Santo et … » ou « Santo contre … », de sorte qu’on sait toujours en partie à quoi s’attendre.






Connu sous les noms de Samson aux Etats-Unis, The Saint au Royaume-Uni, Superheld (super-héros) en Allemagne, Argos en Italie (à ne pas confondre avec Argoman) et Superman chez nous, Santo incarne le vrai cinoche populaire, celui au schéma ultra-manichéen, d’une naïveté souvent déconcertante – notre fringuant catcheur se voulant une sorte de contribution vivifiante au mythe du vengeur masqué, éternel défenseur de la veuve et de l’orphelin au cœur pur et généreux (en espagnol, « Santo » signifie « le Saint ») – mais aussi celui à l’imaginaire débridé, du cinoche qui accumule les délires sur la pellicule et déroule le tout sans l’ombre d’un complexe, les films de lutteurs masqués mexicains ne cessant de jouer la surenchère dans le n’importe-quoi le plus réjouissant.

Santo (Rodolfo Guzman Huerta)...

...et son sidekick Perico (Alberto Rojas), pris en flagrant délit de faciès nanar.


Véritable cas d’école, le résumé de la jaquette de la VHS de « Santo et le Trésor de Dracula » (absurdement retitré « Santo le Mutant » chez Magic Home Vidéo) constitue l’exemple type de l’objet quant à l’achat duquel il ne faut pas hésiter un seul instant, s’il s’en trouve encore dans quelques Cash Converters reculés : « Santo, scientifique au masque d’argent, vient d’inventer une machine à explorer le temps qui permettra d’élucider les énigmes du passé. Luisa se porte candidate pour reculer le temps : elle se retrouve à la fin du 19ème siècle, alors que sévit le comte Alucard, alias Dracula. Dracula la choisit pour être son épouse, mais l’intervention providentielle du docteur Van Roth permet la destruction du vampire. Santo ramène Luisa au 20ème siècle et apprend, grâce à ce voyage dans le temps, l’existence d’un fabuleux trésor entreposé dans la crypte où gît Dracula… »

Voilà, et ça, ça n’est que ce qui se passe dans le premier tiers du film !


Une machine à voyager dans le temps dans le genre de celles que parodiera Austin Powers...






 Prends garde Santo, le méchant a tout vu !


Lors de ces séquences dans le passé, René Cardona tente de la jouer classieuse, distillant une ambiance qu’on sent très influencée par les productions de la Hammer, celles avec Christopher Lee, Peter Cushing et consorts. Sauf qu’entre un Van Helsing de pacotille (le professeur Van Roth !) et un comte Dracula d’opérette qui tente maladroitement de dissimuler son identité sous un vain pseudonyme (sûr qu’à force de sévir, sa mauvaise réputation est faite où qu’il aille), tout pousse la production du côté du nanar (sans même parler des chauve-souris en carton agitées devant la caméra !). Entouré d’un aréopage de vampirettes pulpeuses, Alucard est de loin le personnage le plus drôle du film, avec ses yeux maquillés comme un chanteur New Wave et son feulement de minet assoiffé de lait. Tout passe par le regard chez cet acteur de génie (Aldo Monti, je te dis BRAVO), un peu comme au temps du cinéma muet.


Quand l'irrésistible Comte Alucard devient... le redoutable Dracula ! Ksss !!!




Grâce à un engin de très haute technologie (ben oui, un téléviseur), nos amis peuvent suivre en direct le parcours spatio-temporel de Luisa (Chut, Perico !)


"Atlas !"
"Oui, père ?"
"Je viens d’être le témoin d’une expérience incroyable, si incroyable que si je la racontais on m'enfermerait chez les fous !"
"Mais moi je te croirai père..."


Flanqué de Perico, son Rantanplan à lui, Santo mène la danse en alliant une hardiesse primesautière à une rectitude morale parfaite (le seul vice qu’on lui connaît, c’est d’avoir un faible pour les voitures de sport !). Il faut le voir, face aux vilains de service, faire preuve d’une intégrité si constamment exemplaire qu’elle en devient réellement touchante (« Il n’en est pas question ! Vous emploieriez cette fortune à des fins certainement perverses ! »). Un grand homme, ce Santo.



Santo Vs Atlas : le choc des gitans ! (euh... pardon, on me souffle que c'est "titans")


En bien des points du globe, la mise en images d’un scénario aussi déraisonnable se fût avérée hautement improbable, Italie, Philippines et peut-être même Turquie comprises. Mais les Mexicains semblent être des individus passionnément avides de productions exagérément épicées. Reconsidérez un peu la chose : ce nanar est un audacieux mélange de film de vampires gothique agrémenté de courses-poursuites en voitures et de science-fiction de bazar mâtinée de catch musclé, le tout traité avec un sérieux qui force le respect. Même Bruno Mattei aurait pouffé de rire, alors autant dire que si un ponte hollywoodien s’était avisé de proposer un salmigondis pareil, il eut probablement été taxé d’hérésie pure et simple. Entre le génie et la folie, la limite est ténue et ce qui passerait chez nous pour le fruit d’un cerveau malade ou rongé par la drogue s’avère être un énorme succès populaire en Amérique du Sud.


Même réveillé au beau milieu de la nuit (Eh, oh, Miguelito ! t'as vu un peu l'heure qu'il est ?!), Santo arbore toujours son beau masque d'argent !


Icône immortelle là-bas et ailleurs, Santo et son masque d’argent méritent une place de choix au panthéon du nanar, et même si les productions mexicaines s’exportent assez mal il n’y a pas à en douter : pôle d’activité reconnu, le Mexique des années 60 et 70 fut au nanar ce que les Bahamas, Monaco et le Luxembourg sont au blanchiment d’argent sale : un véritable paradis.

 



Renouvelant une pratique déjà employée sur ses précédents tournages, Cardona Senior tourne deux versions du film en même temps, la seconde sous le titre El Vampiro y el Sexo ne se démarquant de la première que sur un point : les actrices y sont plus déshabillées ! Ainsi, le madré réalisateur s’offre une version tous publics et une version érotique soft pour le même prix.
 


Faute de pouvoir en trouver une copie, l'existence de ce mystérieux El vampiro y el sexo ne fut longtemps étayée que par quelques photos, lobby cards et autre matériel publicitaire. Avec le temps, et en l'absence d'éléments plus tangibles, certaines voix se mirent même à douter qu'une version softcore de Santo ait jamais vu le jour. Jusqu'à ce que l'hebdomadaire mexicain Proceso, dans son édition du 25 mars 2011, révèle qu'une certaine Viviana García Besné en avait découvert une copie dans les archives personnelles de son oncle Guillermo Calderón Steel. Le célèbre réalisateur Guillermo del Toro aurait alors acheté cette copie et financé sa restauration, afin de projeter le film au Festival International de Cinéma de Guadalajara (FICG).


Dracula exige un sacrifice ! Dracula va te transpercer ta grosse paire de... euh... ton gros coeur !


Quoique... transpercer un si beau coeur, ce serait dommage tout de même.

Bon allez j'ai changé d'avis, pas de sacrifice aujourd'hui les filles.

C'est décidé, dorénavant je tâcherai de, euh... toujours avoir la main sur le coeur !

Manque de bol : le jour où le film devait être projeté, le fils de Santo serait intervenu auprès de Guillermo del Toro en exigeant qu'il lui remette la copie ! Santo Junior aurait en effet expliqué que les films de son padre constituaient des divertissements familiaux, et que la projection d'un tel film pouvait nuire à l'image "tous publics" des Santo Père & Fils… Etrangement, quelque temps plus tard, une chaîne câblée mexicaine a finalement diffusé la chose à plusieurs reprises, et des enregistrements circulent depuis sur le web. Santo Junior a t-il monnayé la copie auprès de la chaîne de télévision ? L'intéressé s'en défend, mais rien n'empêche de le supposer. Pour le cinéphile, l'essentiel est là : cette version érotique est visible, son existence définitivement avérée. N'empêche, il est dommage que del Toro ait dû lâcher cette copie, entre les mains d'un passionné comme lui El vampiro y el sexo aurait peut-être pu faire l'objet d'une chouette édition DVD.


- John Nada -
Moyenne : 3.14 / 5
John Nada
NOTE
3/ 5
Rico
NOTE
3.5/ 5
Nikita
NOTE
2.5/ 5
Kobal
NOTE
3.5/ 5
Drexl
NOTE
2.5/ 5
Hermanniwy
NOTE
3/ 5
Jack Tillman
NOTE
4/ 5

Cote de rareté - 2/ Trouvable

Barème de notation

Santo n'a jamais connu le succès qu'il méritait en France. Seuls 8 films de la saga sont sortis chez nous et encore, en affublant parfois Santo du surnom de Superman (comme dans Superman contre les femmes vampires). Celui-là fait presque office d'exception, le catcheur ayant conservé son véritable nom.

"Bach Films" a sorti une belle édition DVD proposant les deux versions : la version habillée de 82 mn en VO avec des sous-titres français, et la version dénudée de 86 mn avec la sentencieuse VF d'époque (avec notamment les voix de Dominique Paturel, Henri Djanik et Jean-Claude Michel). En guise de bonus, des affiches et lobby cards, une featurette sur la redécouverte de la version sexy et une présentation de 20 mn par le toujours très apprécié Christophe Bier. Du tout bon !


En VHS, deux types d'éditions parfaitement fantaisistes se côtoient : il y a tout d'abord celle absurdement titrée Santo le Mutant avec un visuel piqué au film "Soultangler", sortie chez Casa (boîtier noir) et Magic Home Video (boîtier jaune).


De même chez les grigous de Columbus, grands apôtres de la jaquette volante, on retrouve ce Trésor de l'Horreur qui cache notre film sous un habillage science-fictionel totalement hors de propos puisqu'il s'agit de celui de "Manipulations" (The Brain).


En DVD, la société américaine Ventura s'est lancée dans la réédition numérique de toute la collection du catcheur masqué. C'est du zone 1 en VO espagnole sous-titrée anglais, avec quelques bonus (extraits des autres films estampillés "Best of Santo", bandes-annonces, notes de production etc.). On le trouve généralement pour une quinzaine de dollars sur les sites de vente en ligne.

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