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Karzan


Karzan

Titre original :Karzan, il favoloso uomo della jungla

Titre(s) alternatif(s) :Karzan maître de la jungle

Réalisateur(s) :Miles Deem (Demofilo Fidani)

Année : 1972

Nationalité : Italie

Durée : 1h26

Genre : Tarzannerie tartignole

Acteurs principaux :Johnny Kissmuller Jr., Simone Blondell, Ettore Manni

Rico
NOTE
4/ 5


Bon alors d'abord vous allez sur l'onglet "vidéo" et vous allez voir la séquence du gorille...
C'est fait ? Autant commencer par ça sinon vous n'allez encore pas vouloir me croire !
On croyait avoir tout vu avec la production italienne des années 80. C'était oublier un peu vite que dans les décennies précédentes, les Italiens avaient déjà frappé fort en matière de nanars ahurissants. La production bis seventies recèle un certain nombre de pépites qui n'attendent que le courageux ou l'inconscient pour se jeter dessus. Et dans le genre hallucinant, ce « Karzan maître de la jungle » se pose là !


D'abord oui, vous avez bien lu, c'est Karzan avec un K (comme dans Kopiage éhonté).
Oh ne vous inquiétez pas, il s'agit bien d'un sous-Tarzan avec tous les poncifs du genre. Le film est même sorti en Italie sous le titre de Tarzan, mais pour de mesquines questions de copyright (la famille d'Edgar Rice Burroughs ne plaisante pas avec la gestion des droits de l'Homme Singe), les producteurs ont préféré rebaptiser le personnage. Il en reste encore d'ailleurs quelque chose puisque dans le générique, le T de Tarzan a été bricolé pour former en catastrophe la lettre K...


Le responsable de cette gourmandise est un vétéran du western spaghetti hélas aujourd'hui complètement oublié et qu'il faudra un jour redécouvrir : Demofilo Fidani (planqué sous son pseudo fétiche de Miles Deem). La carrière du monsieur est jalonnée d'oeuvres bizarroïdes aux titres évocateurs : « Sartana, si ton bras gauche te gêne, coupe-le ! » ou « For a barrel of dollars » avec Klaus Kinski ! Ami de Fellini, peintre à ses heures, amateur d'occultisme (neuf ans après sa mort, un petit groupe de gens continuent à célébrer Il maestro spiritual Fidani), Demofilo a, des années 60 au milieu des seventies, tourné dans son coin tout un tas de polars, de westerns et de films érotiques. Bref une carrière exemplaire dans le cinéma italien, qui n'est pas sans évoquer Bruno Mattei dans l'inconscience et la roublardise couplées à un amour immodéré du stock-shot. Il est à noter que Joe D'Amato a fait ses premières armes en tant qu'assistant sur les plateaux de Fidani.


L'argument de ce Karzan : un riche Anglais, Lord Carter, monte une expédition sur les hauts plateaux africains pour enquêter sur un mystérieux homme singe blanc qui aurait été aperçu là-bas. Après les péripéties d'usage (serpents, araignées, tribus sauvages, porteurs qui fuient au premier signe de danger), l'expédition tombe sur le Karzan en question, sa blonde compagne Shiran et son vieux chimpanzé tout pelé.



Lord Carter et son expédition : des pointures.


L'homme singe est joué par un culturiste huilé au brushing blond absolument indestructible, même après dix kilomètres de nage en rivière et un combat avec un crocodile, judicieusement nommé Johnny Kissmuller Jr !! Bon vous avez deviné, il s'agit évidemment d'un pseudo, d'autant que ce Kissmuller n'a jamais été crédité nulle part ailleurs (en tout cas sous ce nom). D'un autre côté ce genre de rôle n'est pas non plus le meilleur moyen de débuter une carrière : le pauvre gars, quand il n'a pas un sourire crétin et satisfait, débite des textes en pseudo-swahili des plus comiques (surtout quand sa copine et lui se font une scène de ménage dans cette langue).



Karzan, la preuve qu'il existe des coiffeurs dans la jungle.


Tourné dans un coin de nature sauvage mal défini pour un budget de misère avec des acteurs de patronage, le film de Fidani doit nous faire croire que nous sommes dans les forêts africaines au milieu de mille dangers. Le bougre sort alors une panoplie d'artifices qui font tout le charme de sa production :
Tactique n°1 : le stock-shot. Le procédé est classique mais Demofilo pousse le bouchon toujours un peu plus loin. L'expédition s'arrête un moment, un des guides crie « Là-bas, regardez ! », tout le monde tourne la tête et hop passent quelques gazelles issues d'un documentaire bien pourri. Ne s'en tenant pas qu'aux images, Fidani sample largement des bruits de jungle. Jamais effrayé par l'idée d'en faire trop, lors d'une escarmouche contre une tribu sauvage durant laquelle l'expédition se défend au revolver, on entend distinctement des bruitages de film de guerre, à base de mitrailleuses lourdes et d'explosions ! Alors qu'à l'image, on tire au coup par coup au petit flingue... Proprement hallucinant.


Karzan, aucun rocher en carton-pâte ne lui résiste.


Tactique n°2 : amplifier le danger par la hum... mise en scène. Karzan doit sauter depuis un rocher d'une hauteur de 1 mètre ? Avec un ralenti et une contre plongée, Fidani transforme ça en exploit olympique. Un des membres de l'expédition est attaqué par un serpent de la taille (et de la mollesse) d'une couleuvre ? L'acteur en fait des tonnes dans le genre combat contre un boa constructor, visage crispé et posture de terreur, même si le serpent fait 50 cm à tout casser. Karzan nage dans des eaux infestées de (stock-shots de) crocodiles ? Zoom depuis la rivière sur... un bébé crocodile filmé en très gros plan pour nous faire croire à un dangereux prédateur !



Une simple araignée en caoutchouc et c'est la grande aventure


Tactique n°3 : pour ajouter à la frénésie ambiante lors des scènes de combats, Fidani demande à ses acteurs de boxer directement la camera, histoire de bien nous plonger au cœur de l'action. Ridicule...
Tactique n°4 : faire couleur locale. Outre le bébé crocodile et la couleuvre déjà cités, on a droit à un lion et un chimpanzé de cirque fatigués, une araignée en caoutchouc (fils visibles inside) et un type en costume de singe (allez-y, rematez la vidéo, elle le mérite). Et puis une tribu de méchants Noirs avec des coupes afros made in 70's. Il faut noter au passage que le film véhicule une vision des Africains directement calquée sur les Tarzan des années 30 : les porteurs noirs ne s'expriment que par des « Bwana » et des « Patwon » à la Michel Leeb et s'enfuient au premier signe de danger. Quant aux sauvages ils sont adeptes des poteaux de torture et des danses rituelles sur fond de tam tam mais, dès qu'ils touchent aux Blancs, se font filer une rouste mémorable par le courageux Karzan.


L'homme singe face au singe homme...


Tactique n°5 : dès que l'intérêt faiblit, un peu de fesse. Il y a d'ailleurs une scène d'anthologie où Shiran combat la grande prêtresse du village. Et hop, c'est parti pour un véritable combat de catch sous le regard concupiscent de la tribu. La fête de la petite culotte en somme.
On pourrait gloser sans fin sur ce film, son humour pachydermique, son mauvais goût affiché, ses effets spéciaux pathétiques, son racisme colonialiste évident et sa fin « David Hamiltonienne » incompréhensible (je soupçonne un remontage sauvage qui a dû faire sauter toutes les scènes, ce qui expliquerait le revirement complet des personnages à la fin de la version française). Ce serait pourtant oublier l'essentiel :
LA SCENE DU GORILLE !!! Allez on se la refait !
Bon, malgré les longueurs du début et la fin stupide, un solide 4/5, rien que pour le déguisement du gorille et le brushing de Karzan !


Le cri qui pue !




Addendum de Nikita :


Le parcours de Miles Deem / Demofilo Fidani vaut la peine d'être signalé. Issu d'une bonne famille, notre homme avait débuté comme stagiaire sur un film de Luchino Visconti, "La Terra trema", où il se fit paraît-il remarquer par ses bourdes à répétition. Il devient ensuite un réalisateur-producteur très actif dans la série Z italienne, se spécialisant dans le western spaghetti à petit budget. Mais son activité la plus lucrative était encore celle de... médium ! Notre homme tenait en effet un cabinet de divination, dont les séances étaient très courues par la bonne société romaine. Y prédisait-il le succès de ses propres films ?
Concernant "Karzan", Fidani affirma plus tard dans une interview que le film était censé être au départ... une comédie ! Le récit devait en effet se révéler à la fin être un rêve de "Karzan", qui mène en fait une vie ordinaire de petit comptable et retrouve dans la réalité tous les personnages de son aventure. Les producteurs n'auraient pas apprécié et auraient imposé à Fidani d'enlever toutes les scènes finales pour ne laisser que la partie "aventures". Le film serait sorti en Allemagne dans sa version d'origine voulue par le réalisateur. Cela reste évidemment à vérifier. En plus de son activité de médium et de cinéaste, Fidani jouait-il aussi du pipeau ?

- Rico -
Moyenne : 2.86 / 5
Rico
NOTE
4/ 5
Labroche
NOTE
4/ 5
TantePony
NOTE
2.5/ 5
John Nada
NOTE
3/ 5
Nikita
NOTE
2.25/ 5
Kobal
NOTE
3/ 5
Barracuda
NOTE
2/ 5
MrKlaus
NOTE
2/ 5
Jack Tillman
NOTE
3/ 5

Cote de rareté - 6/ Introuvable

Barème de notation
Sorti briévement chez "Universal Video Productions", puis chez "Socaï" qui avait racheté le catalogue d'"U.V.P", les 2 cassettes existentes de Karzan, rigoureusement identiques en dehors du logo sont de nos jours assez difficiles à trouver. Mais qui sait, le coup de chance...


Toutefois en recherchant sur le net d'éventuelles autres éditions de cette oeuvre, nous sommes tombés via le site cinépassion sur la reproduction d'une édition DVD qui sent furieusement le fake (une édition conjointe "TF1 vidéo" et "Canal Plus édition" avec version remastérisée, ça paraît beaucoup). On la met quand même parce qu'elle est belle.


A noter enfin qu'il a existé une bande dessinée érotico-parodique nommée aussi Karzan que l'on pouvait trouver dans les gares et chez les marchands de journaux dans les années 70. Il semble qu'il n'y ait rigoureusement aucun rapport entre la BD et le film.


De même, le nom Karzan a été repris en Italie pour retitrer le peplum érotique de Jesus Franco : "Maciste contre la reine des amazones " qui devient un explicite "Karzan contro le donne dal seno nudo" (soit en français littéral : "Karzan contre les femmes aux seins nus" ).