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Assassin 33 A.D.

(1ère publication de cette chronique : 2021)
Assassin 33 A.D.

Titre original : Assassin 33 A.D.

Titre(s) alternatif(s) :Aucun

Réalisateur(s) :Jim Carroll

Année : 2020

Nationalité : Etats-Unis

Durée : 1h49

Genre : Assassin's Cringe

Acteurs principaux :Morgan Roberts, Heidi Montag, Jason Castro

Barracuda
NOTE
2.5/ 5

Assassin 33 A.D., c’est Daesh qui voyage dans le temps pour exécuter Jésus à la kalach avant la crucifixion pour qu'il ne puisse pas fonder le christianisme. Et les équivalents locaux de Marty et Doc se lancent à leur poursuite dans les couloirs du temps pour les en empêcher.

Pour le monde c'est un simple résumé. Pour Nanarland c'est quasiment du porno !


Nanardeurs, accrochez vos ceintures, là où on va on n’a pas besoin de route !


Le nanar, c’est comme la bonne bouffe : il faut se méfier des trucs industriels. On ne sait pas ce qu’il y a dedans et la photo sur le packaging correspond rarement au produit à l’intérieur.

Et quel packaging, mes aïeux !


Quand on tombe sur un pitch aussi frappé que celui d’Assassin 33 A.D., la première chose à faire c’est de s’assurer qu’il n’y a pas erreur ou tromperie sur la marchandise. A-t-on affaire à un film conçu au premier degré, et donc à un nanar potentiel ? S’agit-il plutôt d’une comédie assumée, qui peut être drôle ou pas mais en tout cas n’aurait pas sa place sur Nanarland ? N’est-on pas en face d’un de ces redoutables “faux nanar” sans saveur, produits à la chaîne par Asylum et consorts, qui pullulent sur les étals depuis quelques années ?


L’étiquette rassure très vite : Assassin 33 A.D. est un authentique film premier degré AOC, sans huile de palme, issu de la filière des petits producteurs évangélistes américains. Un mode de production traditionnel peu connu en France mais très vivace - et rentable - outre-Atlantique et qui se décline grosso modo en deux familles :

  • Des films de tous genres mais garantis adaptés à un public “familial” : comprenez que la violence sera réduite au minimum, qu’on y reste toujours habillé, qu’une fois sur deux ça se passe à Noël et que l’homosexualité n’existe pas.
  • Des films plus militants avec des thèmes explicitement religieux comme des miracles, des anges gardiens, des reconstitutions bibliques, ou encore des histoires de méchants athées/musulmans/progressistes perdant la face lorsque confrontés aux valeurs saines de chrétiens évangéliques et à leur foi en Jésus inébranlable. L’homosexualité est le résultat d'un mal-être inspiré par Satan et se guérit avec une bonne prière et deux dolipranes.

Des acteurs comme Kevin Sorbo (Kull le Conquérant et le Hercule de la série des années 90) ou Dean Cain (le Superman de la série des années 90), mais aussi John Rhys-Davies poursuivent des carrières très actives dans cette niche, loin de l’attention du grand public.

Jaquette God is not Dead
jaquette Let there be lightCe genre de trucs.

La science-fiction a bien sa place dans ce fascinant écosystème politique, culturel et industriel mais presque tous les films du genre tournent autour de la “Rapture”, lecture littérale de l’apocalypse selon Saint Jean, très en vogue dans les milieux évangélistes américains, qui prédit qu’un jour tous les bons chrétiens disparaîtront en un instant emmenés au paradis tandis que ceux "laissés derrière" ("left behind") devront contempler leurs péchés et composer avec la montée en puissance de l'Antéchrist. Assassin 33 A.D. est une rareté en cela qu’il a de vraies prétentions de “hard sci-fi”.

 


L’auteur et réalisateur d’Assassin 33 A.D. est Jim Carroll, une personnalité connue au sein du mouvement évangéliste et au-delà. Il a notamment créé le “Marriage Boot Camp” où des couples en difficulté s’isolent pendant une semaine avec des thérapeutes et passent une série d’épreuves censées les aider à sauver leur mariage. Le concept a été décliné à partir de 2013 en une émission de télé-réalité, présentée toujours par Jim Carroll, où des couples venus d’autres émissions de télé-réalité viennent mettre leurs sentiments à l’épreuve. Le show en est à sa 17e saison.

Jim Carroll. Son site autobiographique vaut le coup d'oeil : JimCarrollBio.com

Le succès récompense toujours la qualité.


Jim Carroll se vante d’avoir reçu “plus d’une centaine de récompenses” pour son film, mais une recherche attentive montre que ces festivals sont tous des coquilles vides distribuant des récompenses grosso modo à quiconque paye des frais d’inscription.


Ram est un petit génie de la science qui travaille avec son équipe à la mise au point d’une invention révolutionnaire : un téléporteur. Ce qu’il ne sait pas, c’est que son patron, Ahmed, sous des dehors de respectable businessman, est secrètement un islamiste fanatique qui veut utiliser la téléportation pour commettre des attentats impossibles à arrêter.

Ici il complote sur Zoom avec le grand Schtroumpf des terroristes.

 

Tout change lorsque Ram s’aperçoit que sa machine n'est pas qu'un "simple" téléporteur mais permet de voyager aussi dans le temps. Ahmed y voit alors l’opportunité de porter un coup fatal au christianisme en assassinant Jésus avant sa crucifixion...

Le personnage d’Ahmed vaut qu’on s’y arrête. Son origin story, racontée dans un flashback particulièrement ridicule, c’est qu’il a vu ses parents se faire égorger devant ses yeux par un terroriste, mais a ensuite rejoint les islamistes à cause du “syndrome de Stockholm”. Il est joué par Gerardo Davila, un acteur latino-américain qui fait de son mieux pour prendre l’accent arabe, avec un succès mitigé.

C’est l’un des seuls faux-pas du casting : dans l’ensemble les acteurs jouent très correctement, rien à dire là-dessus.

Ram, qu'on ne confondra pas avec Mola Ram.


Si comme nous dès la lecture du pitch vous avez commencé à compter les incohérences du scénario et que les doigts de vos deux mains n’y ont pas suffi, et bien sachez que le réalisateur ne vous a pas attendu et que vous risquez bien de vous les mordre, les doigts. En dépit ou à cause de la dinguerie de l’idée de départ, l’auteur met ainsi un soin particulier à apporter des explications aux contradictions les plus évidentes.

Vous vous demandez ainsi sûrement pourquoi des musulmans intégristes voudraient assassiner Jésus, figure majeure de l’islam. La réponse courte c’est que les méchants sont d’abord méchants avant d'être musulmans, mais l’explication affichée est que le but des terroristes est que Jésus reste dans l’histoire comme un prophète (et donc on ne peut pas l’assassiner enfant, par exemple) mais ne soit pas reconnu comme le fils de Dieu (il s’agit donc de le faire disparaître avant que son martyr ne pose les fondations du mythe de sa résurrection). De même, si Jésus parle anglais ce n’est pas juste une facilité narrative : c’est un miracle, car c’est le Fils de Dieu. Vous ne croyiez tout de même pas qu’on allait laisser traîner la moindre ambiguïté sur ce point.

Jésus reviens parmi les tiens !


Dans le même ordre d’idées, le film joue avec des paradoxes temporels assez imbriqués, voyant les personnages à plusieurs reprises revenir dans leur propre passé pour prévenir leur double d’un danger. A un autre moment, les héros utilisent le fait de savoir où et quand les terroristes vont apparaître dans le passé pour leur tendre un piège bien vicelard en les faisant s’incarner dans une branche d’arbre, les tuant sur le coup.

Dieu a pitié. Ram, non.

N’allez toutefois pas croire que derrière la propagande évangélique pourrait se cacher un bon film de SF. Pour chaque bonne idée quelque part, le film se tire une balle dans le pied ailleurs. Au milieu de ces paradoxes temporels relativement bien conçus, il y en a un qui voit les héros revenir accidentellement dans le présent une heure avant leur départ à cause... du passage à l’heure d’hiver précisément cette nuit-là. 

La démarche idéologique vient régulièrement saper toute tentative de prendre le film au sérieux avec ses gros sabots bien lourds. Lorsque les terroristes semblent avoir réussi leur coup et reviennent dans le présent, ils se retrouvent ainsi dans un monde post-apocalyptique (niquant au passage toute la continuité) tandis que l’un des gentils leur lance : “Voilà le monde que vous avez créé ! Un monde... SANS PARDON !

Et même : Sans pitié ni pardon

La reconstitution de la Judée antique laisse un petit peu à désirer. Je ne remets pas en cause le réalisme, je suis sûr qu’ils avaient des terrains vagues et des bouts de forêt déjà à l’époque, mais tout ça manque un peu de personnalité. Ca devient brièvement plus urbain quand on approche de la crucifixion, avec deux rues, 15 figurants et quelques légionnaires romains bourrus pour une ambiance très La vie de Brian. On apprend au passage que Simon de Cyrène, qui dans la Bible aide Jésus à porter la croix, était en réalité un voyageur temporel, de même que les deux voleurs crucifiés en même temps que lui sur le Golgotha. 


Jésus n’est qu’amour. Pour la baston, il envoie Saint Pierre.


Parce qu’une bonne idée ne doit pas se perdre, les terroristes ayant raté le bus de la crucifixion tentent de se rattraper en faisant sauter Jésus au C4 dans son tombeau. Justice karmique, ils n’arrivent qu’à se faire exploser eux-mêmes et, se faisant, précipitent ce qu’ils essayaient d’empêcher. Le happy end assure l’essentiel : Jésus sauvé devient Sauveur, les gentils triomphent et les méchants au repentir sincère voient la main de la Providence les récompenser.

Le plus étonnant avec Assassin 33 A.D. est peut-être qu’il n’est pas passé si loin d’être un bon film. L’écriture fait des efforts méritoires pour donner de la consistance à ce pitch improbable, les acteurs font le job sans fioritures et, sur le plan technique, on a affaire à un film qui exploite plutôt bien son budget modeste. D’autres films de science-fiction indépendants construits autour d’une seule idée simple et originale ont su tirer leur épingle du jeu avec moins que ça. Le film a des défauts, mais c’est avant tout sa dimension politico-religieuse, sa propagande aussi légère que Steven Seagal juché sur les épaules de Jean-Marie Bigard, qui plombe le projet et le ramène vers le ridicule chaque fois que le film semble sur le point d’arriver à nous convaincre. Une scène post-générique annonce déjà la suite Assassin 2033 A.D. contre l’Antéchrist, autant dire qu’on sera là pour elle.

"Comment ils sont arrivés-là ?""- Aucune idée, tout ce qu'on sait c'est que l'Antéchrist les veut morts par tous les moyens !"

- Barracuda -

Cote de rareté - 4/ Exotique

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