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Saurians

(1ère publication de cette chronique : 2026)
Saurians

Titre original : Saurians

Titre(s) alternatif(s) : Aucun

Réalisateur(s) : Mark Polonia

Producteur(s) : John Polonia, Mark Polonia

Année : 1994

Nationalité : Etats-Unis

Durée : 1h18

Genre : Jurassic Paint

Acteurs principaux : Mark Polonia, Todd Carpenter, Maria Davis, Dustin Davis, Matthew Satterly, Todd Michael Smith

Jack Tillman
NOTE
3.5 / 5

Notre camarade Red Dear nous informe que cette affiche utilise un modèle 3D conçu au milieu des années 2000 par un certain "DinoRaul", qui nous a hélas quittés. Ses modèles ont été utilisés par à peu près tout le monde depuis. L'autre T-Rex en arrière-plan est un jouet de la marque française Papo, lui aussi très présent sur les visuels cheapos.

 

De nos jours, au Muséum d'Histoire Naturelle Nanarland. La guide-conférencière Natacha anime la visite d'un groupe d'étudiants en Première année d'école de paléonanarologie. Sous l'œil attentif de leur professeur, les jeunes gens contemplent les magnifiques fossiles de cassettes vidéo, aux jaquettes remarquablement conservées, exposées derrière les vitres de la galerie Max Thayer, tandis que Natacha leur résume de façon pédagogique une période charnière de la préhistoire précédant directement l'extinction des VHS : les années 1990, époque antédiluvienne partagée entre la fin du Bontempien supérieur et le début du Technolithique inférieur.

– "Au Bontempien supérieur, le monde était donc dominé par les kickboxers, les polars érotiques et les cyborgs tueurs, qui avaient remplacé les ninjas, les sous-Rambo et les psycho-killers masqués comme espèces dominantes dans les vidéo-clubs. Mais ils n'allaient pas tarder à être supplantés à leur tour à la suite d'une catastrophe naturelle d'ampleur mondiale. En effet, en 1993, à la toute fin du Bontempien supérieur, un météore appelé Jurassic Park, en provenance du système solaire Spielbergeuse (d'où provenaient déjà, je le rappelle, le météore Jaws au Discocène supérieur, ainsi que les météores E.T. et Indiana Jones au Bontempien inférieur), ce météore, dis-je, s'écrasa en plein cœur d'Hollywood. L'onde de choc provoqua la réapparition des dinosaures, qui avaient pratiquement disparu des écrans depuis la fin du Yéyétacé supérieur. Les plagiats se reproduisirent aussitôt par dizaines, croissant et multipliant sur toute la surface du globe. Ici, vous pouvez admirer quelques spécimens, comme le Carnosaur, son descendant le Carnosaur 2, ses cousins le Dinosaur Island et le Future War, le Dinosaur Valley Girls, le Dinosaur Babes, le Pterodactyl Woman from Beverly Hills, le Prehysteria, ainsi qu'un rarissime fossile de Manosaurus mort-né, tous ces œufs ayant éclos à proximité du lieu d'impact. Nous avons également deux très rares VHS fossilisées de spécimens trouvés en France, le Dinosaur from the Deep et le Terror of Prehistoric Bloody Creatures from Space, mais aussi un Chicken Park italien, ainsi qu'un Tyranno's Claw provenant de Corée."

 

 

À ce moment de la visite, l'attention des étudiants se porta irrésistiblement sur une jaquette à l'apparence encore plus cheap que les autres, se résumant à l'empoignade d'un tyrannosaure et d'un stégosaure en pâte à modeler. Souriant devant la mine ébahie de ses jeunes visiteurs, Natacha reprit :

– "Ici, vous pouvez voir la plus belle pièce de notre musée, une VHS fossilisée de Saurians découverte en Pennsylvanie. À la demande de votre école, vous allez avoir le privilège d'assister à un visionnage sur notre fossile de magnétoscope, généreusement offert par la Fondation Godfrey Ho. Veuillez me suivre jusqu'à la salle de projection."

 

Ceci est un film éducatif.

Ceci est une histoire vraie.

 

Une fois le groupe de visiteurs installé pour la projo, Natacha allume le magnétoscope et introduit la cassette dans une fente de l'appareil. S'apercevant que le film démarre en cours de route, elle procède au rembobinage de la bande, selon une technique primitive que les paléontologues sont parvenus à reconstituer en se basant sur l'étude de vestiges de télécommandes et de fossiles de modes d'emploi datant du Technolithique inférieur. Tandis que les étudiants ne peuvent réfréner un murmure d'admiration, l'objet filmique fait défiler d'antiques mises en garde du FBI sur l'écran, bizarrement entrecoupées par le tressautement de l'image ainsi que par des zébrures blanches (les étudiants n'ont jamais rien vu de semblable). Et alors que le film commence, Natacha contextualise et commente :

– "Ce spécimen a entraîné un vif débat au sein de la communauté scientifique à propos de sa datation. En effet, l'image extrêmement granuleuse et l'apparence physique des hominidés représentés à l'écran indiquaient clairement une œuvre remontant au moins au début du Bontempien inférieur, voire au Discocène supérieur. Or, toutes les recherches et les analyses des couches géologiques ont depuis démontré qu'il avait bien vu le jour à la toute fin du Bontempien supérieur, en 1994. Les cris de synthétisaure et les morceaux grunge caractéristiques qui composent la musique, en décalage systématique avec l'action, ne laissent aucun doute possible sur ce point."

À cet instant, un fou rire général accompagne l'apparition du couple de héros du film.

 

Mark Polonia, notre héros.

Sa copine (Maria Davis, épouse de Mark Polonia dans la vraie vie).

Du charisme en barre.

 

– "Ce mâle frêle à la moustache épaisse, au visage boutonneux, à la coupe au bol et à la paire de lunettes vintage est l'Homo sapiens poloniasi. Les chercheurs pensent que lui et sa gironde compagne à l'impressionnante choucroute capillaire représentaient très probablement l'idéal masculin et l'idéal féminin de l'époque, comme le laisse penser la scène de douche sensuelle qui va suivre. Dans le processus narratif, ces deux protagonistes sont censés être des étudiants en paléontologie effectuant des fouilles dans la forêt. Les hominidés d'alors étaient soumis à une hiérarchie sociale stricte : l'Homo sapiens poloniasi est clairement le chef de meute. Viril, réfléchi, sérieux, responsable et fort, il a TOUJOURS raison et est pour tout dire une belle tête à claques, tandis que la femelle et les deux autres étudiants sont ce qu'on appelle des Sidekickus ingratus, jouant un rôle subalterne au sein de la tribu. Une autre particularité de l'Homo sapiens poloniasi est de post-désynchroniser sa voix ainsi que celles de tous les autres comédiens au montage, afin que celles-ci ne collent jamais aux mouvements de leurs lèvres. Il en va de même des bruitages, qui se produisent parfois avec un décalage de plusieurs secondes par rapport à ce qu'on voit à l'écran. Les chercheurs débattent encore quant au sens de cette démarche artistique. Veuillez noter les intonations outrées et le fait qu'un des doubleurs se pince le nez pour faire la voix d'un personnage..."

 

Un couple moustachu.

Une scène de douche d'un érotisme torride. La séquence n'ayant aucune utilité dans l'intrigue, elle est réellement là pour émoustiller le spectateur !

Une coupe mulet de vraie nanardeuse.

Une émotion palpable.

 

Nouvel éclat de rire tonitruant lorsqu'apparaissent les dinosaures du métrage.

 

Les bras en bout de bois façon bonhomme de neige, c'est quand même très fort.

Le stégosaure...

... contre le tyrannosaure.

Un match de titans !

 

– "Vous pouvez observer ici un autre aspect surprenant de ce spécimen : des effets spéciaux qui auraient déjà été archaïques au Jazzozoïque, à l'époque où les hominidés portaient la coupe banane. Pour donner vie à son tyrannosaure et à son stégosaure, l'Homo sapiens poloniasi employait maladroitement plusieurs techniques rudimentaires : l'animation image par image, les marionnettes à main, les jouets en plastique secoués devant la caméra, le dessin en surimpression sur image fixe et, plus surprenant encore, un œil de dinosaure en CGI animé avec le lointain ancêtre de Paint. Les effets gores présentent eux aussi de nombreuses similitudes avec les objets filmiques sculptés par l'Homo moutierectus, déterrés en Île-de-France. Les chercheurs pensent qu'il y aurait peut-être un proche cousinage génétique entre cette espèce et l'Homo sapiens poloniasi."

 

Oui, c'est bien l'œil du dinosaure qui observe l'héroïne à travers un buisson.

Le stégosaure en pleine hibernation.

Le réveil du stégosaure.

Grrrr !

Grraaooouuu !

Un gobage de tête d'anthologie.

Un T-Rex qui n'a pas du tout la même tête selon les scènes.

 

– "À présent, est-ce que vous avez des questions ? Oui, jeune homme ?

– "Euh, oui, est-ce que c'est possible dans la réalité que des dinosaures hibernent pendant 66 millions d'années dans une grotte et soient réveillés par des ouvriers de chantier pour aller semer la terreur en ville ?"

 

Le film qui a inspiré Spielberg pour "Jurassic Park 2 : Le Monde Perdu" !

Une victime jouant super bien la peur.

Un peu de gore, avec une jambe très raide.

 

– "... Hum, euh, quelqu'un aurait-il une autre question ? Oui, vous, mademoiselle ?"

La jeune fille qui a levé la main formule alors cette interrogation : "Euh, oui, madame, je me demandais pourquoi il y avait autant d'images fixes dans ce film ? Est-ce que c'était une pratique courante à l'époque ?"

– "C'est une très bonne question, mais en l'état actuel de nos connaissances, nous ignorons quelle pouvait être l'intention du réalisateur en truffant son film de plans fixes, sans aucune raison logique ou artistique. Nous savons seulement que les Homo sapiens poloniasi adoraient mettre plein d'images fixes dans TOUS leurs films. Il y a deux théories qui divisent actuellement les spécialistes : l'une prétend que l'Homo sapiens poloniasi se prenait pour un Auteur avant-gardiste en faisant mumuse avec sa caméra, l'autre penche pour une consommation excessive de plantes narcotiques. Cette dernière théorie expliquerait l'amateurisme hallucinogène et la bizarrerie de l'ensemble, de même que le caractère aberrant de ce qui tient lieu de scénario. D'autres questions ?... Oui, vous, le jeune homme à lunettes ?"

– "Euh, oui, m'dame, je me demandais : entre la réalisation aux fraises, les tronches des héros, le doublage de demeuré, les acteurs qui jouent tous horriblement mal, la musique à côté de la plaque, les effets spéciaux bricolés par des enfants de maternelle, le personnage du méchant mercenaire hyper caricatural, les mêmes plans recyclés inlassablement du début à la fin, le rythme de brontosaure arthritique avec du remplissage tellement énorme qu'il finit par en devenir drôle, la fin super clichée avec l'œuf qui éclot pour annoncer un "Saurians 2 : le retour", l'amateurisme à tous les niveaux, etc. Est-ce que c'était un film que les hommes du Bontempien supérieur regardaient dans leur grotte pour rigoler un bon coup ?"

 

Le méchant mercenaire (Todd Carpenter).

Cette femme a peur.

Des effets très spéciaux.

La jeune première en plein monologue neurasthénique.

Le lointain ancêtre de Valérie Damidot s'amuse à péter une cloison.

 

– "Nous avons la certitude qu'aucun soupçon de second degré n'habitait l'esprit de l'Homo sapiens poloniasi quand il a fait ce film. Au contraire, son ambition était de faire un bon film. Mais il est tout à fait possible que ses contemporains, qui ont loué la VHS en vidéo-club, l'aient fait avec l'intention de rire entre amis autour d'une pizza, alors que ce n'était pas le but initial du métrage. C'est le miracle du nanar. Maintenant, si plus personne n'a de question, nous allons passer dans la salle Jeff Leroy pour aborder la suite de notre visite, avec les prémices de la démocratisation des images de synthèse dans la série Z à l'aube du Technolithique inférieur et l'apparition des animaux géants en CGI qui ont peu à peu mis fin à l'ère du carton-pâte et du papier mâché."

 

Bon appétit, Rexy !

- Jack Tillman -

Cote de rareté - 4/ Exotique

Barème de notation

Dans la foulée d'un Saurians 2 signé par Mark Polonia en 2023, l'éditeur américain "Visual Vengeance" a finalement sorti un blu-ray toutes zones, nous promettant une restauration de la source SD, upscalée en 2K 1080p à partir de la VHS originale, du grandiose Saurians premier du nom, devenu culte auprès des amateurs de nanars. Au menu, une foule de bonus et des sous-titres anglais sont proposés. Inutile de préciser que le visuel généré par IA (car le Polonia de maintenant a encore moins de scrupules que le Polonia des âges farouches du Bontempien) se montre super fidèle à ce qu'on voit dans le film...


En ce qui concerne la VHS américaine (visuel en en-tête de la chronique), précisons que Natacha ne ment pas quand elle dit qu'il s'agit d'une sacrée rareté, puisqu'elle n'aurait été tirée qu'à seulement 20 exemplaires (!) quand les Polonia la commercialisèrent dans les années 1990.