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Lost Faith
(1ère publication de cette chronique : 2026)
Titre original : Joel D. Wynkoop's Lost Faith
Titre(s) alternatif(s) : Aucun
Réalisateur(s) : Joel D. Wynkoop
Année : 1992
Nationalité : Etats-Unis
Durée : 1h26 (1h20 pour la version VHS)
Genre : The Way of the Chuck
Acteurs principaux : Joel D. Wynkoop, David Bardsley, David Lurry, Melisa Sanford

Parce qu'il a préféré faire des katas dans son jardin plutôt que d'aller à l'église un dimanche matin, le malheur s'abat sur Steve Nekoda. Plus grand artiste martial de l'univers, justicier bénévole à ses heures, Steve Nekoda est un héros, mais il a perdu la foi en Dieu. Alors, le Tout Puissant a décidé de le mettre à l'épreuve. Sa séduisante jeune épouse Donna, mannequin de profession, est enlevée, en même temps que ses collègues top-modèles, par les hommes de main d'un très méchant maître en karaté (The Master de son petit nom). Les otages sont gardées captives au milieu de la jungle, sur une île tropicale, dans le but d'être vendues comme esclaves sexuelles à un producteur de films pornos. La police corrompue ne pourra rien et ne fera rien pour les sauver. Nekoda réalise bientôt qu'il lui faudra plus que son courage sans limite et ses capacités martiales surhumaines pour vaincre ses ennemis et sauver la femme qu'il aime. Il lui faudra aussi sauver son âme et retrouver sa foi perdue !
Admettez que si un tel pitch n'avait pas donné un gros nanar qui tache, il y aurait eu de quoi perdre sa foi en le mauvais cinéma sympathique !




David Bardsley est l'infâme The Master. Dans la vraie vie, le comédien était gérant d'une station service.
Lost Faith est un vanity project à la gloire de son réalisateur/producteur/scénariste/monteur/acteur vedette Joel D. Wynkoop. Tourné directement en vidéo dans le sud de la Floride, c'est un film d'action à micro-budget dont le but affiché est de rendre hommage à l'immense Chuck Norris. Alors que tant d'autres tataneurs lambda se réfèrent à Bruce Lee et à ses enseignements philosophiques et spirituels, Joel D. Wynkoop – à travers son personnage Steve Nekoda – s'efforce de suivre la voie du Chuck plutôt que celle du Petit Dragon. Fan inconditionnel, comme tout être humain normalement constitué, de l'ensemble de la filmographie de l'homme qui met les pieds où il veut (le héros dévalise un vidéo-club de tout son rayon Chuck Norris, geste qui pousse d'emblée les nanardeurs à s'identifier à lui), Wynkoop/Nekoda est aussi un adepte de la philosophie de vie de Maître Norris (comme nous tous), un vrai Américain, LUI, pas un vulgaire Chinois ! Comment ça, Bruce Lee est né à San Francisco ? Ouais, mais c'est pas pareil... Un vrai mec, disais-je, porteur de vraies valeurs patriotiques et chrétiennes évangéliques, qui nous enseigne qu'avoir Dieu de son côté, c'est toujours utile pour démastiquer la racaille, que quand on le frappe sur une joue, il tend l'autre joue bien sûr, et qu'il en profite pour vous foutre un coup de boule dans les valseuses ! Ça, c'est un message qui mérite d'être délivré au monde ! Et même qu'à la fin de La Fureur du Dragon, c'est Chuck qu'aurait dû gagner, et ça, Joel le fait bien comprendre en faisant intervenir dans son film un mauvais sosie de Bruce Lee qui se fait étaler d'un seul coup de poing par son personnage, et se fait bolosser en prime !


Une scène d'humiliation gratuite qui a peut-être inspiré "Once Upon A Time... in Hollywood" de Quentin Tarantino, qui sait ?
À en juger par le making-of et les interviews que propose le blu-ray de l'éditeur Vinegar Syndrome, Joel D. Wynkoop est un gars très sympa, qui a le sens de l'humour, et tout le monde semble s'être bien amusé sur le tournage de Lost Faith. Lassé de ne se voir proposer que des rôles de figurant par ses agents, Joel aurait un jour décidé de faire ses propres films (un peu comme Bruce Lee, tiens...), d'abord en binôme avec son pote Tim Ritter (avec qui il a co-réalisé et interprété quelques séries Z horrifiques comme Twisted Illusions et Killing Spree), avant de créer son film rien qu'à lui, Lost Faith, qu'il mit cinq ans à achever, après un tournage étalé sur six mois.
Joel présente son film comme "une comédie d'aventures et d'arts martiaux chrétienne pour toute la famille". Si le film n'est pas gore et ne contient pas de véritable plan nichon, on pourra objecter que les tentatives de viol que subissent les otages du méchant n'en font peut-être pas un film aussi familial que cela, toute cette partie se rattachant au film de prison pour femmes. Le métrage est cependant parsemé de touches d'humour volontaire pour une ambiance sympathiquement bêta, via une galerie de personnages tous plus idiots les uns que les autres, à commencer par les sbires foncièrement débiles du méchant. On soulignera cependant à quel point les gags ne font pas dans la finesse et combien les insultes racistes fusent à l'égard de l'Afro-Américaine Melisa Sanford (dans la bouche des méchants, certes, mais quand même). Malgré le comique plus ou moins assumé de certaines scènes, on est bien face à un film d'action décomplexé, se voulant à la coule, mais finalement très crétin, mal torché, bordélique et moche.



La version "familiale" de "Femmes en Cages". Puisqu'on vous le dit !
La partie action est quant à elle réalisée au premier degré et les combats sont très nombreux. Ces bagarres sont filmées au caméscope dans un style très amateur (mais tout le monde fait visiblement de son mieux pour avoir l'air de vrais combattants), sur fond de musique horriblement ringarde et cheap composée avec un synthé bas de gamme. Steve Nekoda a la rage et se bat contre tout le monde, rétamant tous ses adversaires les uns après les autres en les humiliant de ses moqueries. Steve Nekoda engueule aussi tout le monde. Il engueule le flic ripou chargé d'enquêter sur l'enlèvement de sa femme. Il engueule un SDF (qui joue de la guitare et chante "My woman left me for a dog") en lui disant de se trouver un boulot. Il engueule aussi son meilleur ami. Il faut dire que ce dernier est l'archétype du "meilleur ami" dans les films de christiansploitation évangéliques : quand Steve Nekoda lui apprend que son épouse vient d'être enlevée, son "pote" lui fait illico la morale en lui disant qu'il doit aller prier Dieu à l'église.

Un pote un peu toxique sur les bords.
Mais plutôt que d'aller grenouiller autour d'un bénitier, Steve Nekoda décide de mener l'enquête lui-même. Enfin, mener l'enquête, en théorie... En fait, notre héros passe la moitié du film à se castagner avec des mecs n'ayant rien à voir avec l'enlèvement de sa femme et des autres mannequins. Il est d'abord agressé par un gang sataniste à la ramasse (il y en a même un qui porte un kilt !) mené par une femme obèse en mode "surjeu amateur extrême". Puis, il se met à poursuivre un cambrioleur en voiture, sa voiture tombe en panne, il vole la voiture d'un couple de retraités pour continuer sa course-poursuite, se met à tabasser un gros moustachu qu'il a confondu avec le cambrioleur, se fait enguirlander par la petite amie du gros moustachu, et enfin se fait arrêter par la police. Et finalement, c'est Sharella (Melisa Sanford), l'un des mannequins ayant réussi à s'évader des griffes du méchant, qui, plutôt que d'aller directement à la police (précisons qu'elle ignore qu'un des flics est corrompu), se rend chez Steve Nekoda pour lui demander de sauver les autres otages. Voilà comment notre héros retrouve la trace de sa femme sans avoir rien fait pour. Heureusement que Sharella est là pour faire avancer l'intrigue, car dans le genre héros inutile et con comme ses pieds, Steve Nekoda se pose en champion des nullos.
Steve Nekoda aux prises avec la racaille des rues.
De spectaculaires poursuites automobiles à presque 30 km/h.


YAYA-YIIIIIIII !!!
"Arrêtez de vous moquer ! J'vous prends tous quand j'veux, d'abord !"
Le film de Joel D. Wynkoop rappelle un peu Champagne and Bullets, le vanity project de John De Hart, sorti à la même époque. Notamment parce que, à l'instar de l'avocat mégalo de Los Angeles, le m'as-tu-vu Joel D. Wynkoop y chante, horriblement faux, la chanson-thème du film, dont les paroles se résument à se vanter que sa femme est un mannequin trop canon et qu'elle est folle de lui. Il faut tout de même reconnaître que Joel se débrouille (un peu) mieux en kung-fu que John De Hart (par contre, pour le jeu d'acteur...). Et bien sûr, je n'apprendrai rien aux plus perspicaces d'entre vous en divulgâchant qu'après avoir battu à plate couture et sans difficulté tous les sbires ayant croisé sa route, Steve Nekoda aura d'abord le dessous pendant son combat final contre le méchant, mais que grâce à un flashback psychédélique et à une fervente prière, Dieu lui donnera la force de vaincre son ennemi, sous les acclamations de sa femme et des autres captives. Rédemption, justice rendue et happy end. Steve Nekoda a suivi la voie du Chuck, pour la plus grande gloire du Tout Puissant et du nanar.

Quant à Joel D. Wynkoop, il a depuis poursuivi une prolifique carrière dans la série Z et est devenu une figure culte des amateurs de bisseries et de mauvais films outre-Atlantique, sollicité pour moult caméos (parfois dans son propre rôle) dans des titres comme Satan Lives: The Rise of the Illuminati Hotties, Toxic Alien Zombie Babes from Outer Space, Dinogore, Ouija Mummy, Strip Club Slasher, Brain Robbers from Outer Space ou The Amazing Colossal Woman. L'époque de la figuration anonyme est donc loin derrière lui, même si celle des cérémonies des Oscars n'est pas encore arrivée. Mais Joel ne semble en avoir cure et accepte volontiers l'étiquette d'acteur et réalisateur de série B. T'as raison, Joel, et merci pour le nanar très fauché et sympathiquement rase-bitume que tu nous as offert avec Lost Faith.
Cote de rareté - 4/ Exotique
Barème de notationD'abord édité en VHS aux États-Unis à l'aube des années 90, par Joel D. Wynkoop lui-même via le label "Cult Movie Mania", Lost Faith est ressorti en 2023 dans un splendide blu-ray, co-édité par "Vinegar Syndrome", "Saturn's Core" et "OCN Distribution". Limité à 2000 exemplaires, ce blu-ray multizone propose le film au choix dans sa nouvelle version "Director's Cut" de 86 minutes en VO avec des sous-titres anglais ou dans sa version VHS de 1992 (80 minutes), avec en option un commentaire audio de Joel D. Wynkoop et de l'assistant-réalisateur Sean McCarthy. Comme autres bonus, le disque contient Stay Hungry, un making-of d'époque de 60 minutes ; 90 minutes de coulisses de tournage, de scènes coupées et de bêtisier ; des interviews promotionnelles de Joel D. Wynkoop extraites des archives de la télévision de Floride (dont une interview top moumoute sur Fox News où les intervenants apprennent à leurs téléspectateurs républicains que les Français font picoler du pinard à leurs enfants dès le biberon) ; une intro et une fin alternatives ; le court-métrage Super-8 The Set-Up, sorte d'ancêtre de Lost Faith tourné par Joel D. Wynkoop en 1979 ; Nekoda (2018), la suite de Lost Faith réalisée par Marcus Kempton ; etc. Bref, comme toujours chez "Vinegar Syndrome", c'est bien garni et c'est du beau boulot.
