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Carnage

(1ère publication de cette chronique : 2008)
Carnage

Titre original :Nail Gun Massacre

Titre(s) alternatif(s) :Aucun

Réalisateur(s) :Terry Lofton

Année : 1985

Nationalité : Etats-Unis

Durée : 1H21

Genre : Le clou du spectacle

Acteurs principaux :Rocky Patterson, Ron Queen, Beau Leland, Michelle Meyer

Mandraker
NOTE
3.5/ 5


Au moins l'accroche est honnête, ça n'a pas dû coûter plus qu'une tronçonneuse.


Personnellement, je trouve admirable le travail qu’accomplissent les réalisateurs de série B indépendants. C’est vrai quoi, essayer de faire un bon film avec très peu de moyens, quelques connaissances en guise d’acteurs et un investissement personnel total, ça nécessite énormément d’énergie, de sincérité, voire aussi un peu d'inconscience. Si quelques-uns ont su transcender l'indigence de leurs moyens par une bonne dose de talent (George Romero avec "La Nuit des morts-vivants", Peter Jackson avec "Bad Taste", Sam Raimi avec "Evil Dead" ou encore Tobe Hooper avec "Massacre à la Tronçonneuse"), tous les apprentis cinéastes n'ont pas le génie nécessaire pour révolutionner le cinéma de genre. Et quand le précieux talent n'est pas au rendez-vous, on se retrouve souvent avec une horreur sur les bras, tel un "Manos" pour les plus miséreux, ou un "Ogroff" pour les plus passionnés.


Non, vous ne verrez pas de voiture exploser dans ce film, on n'est pas chez Michael Bay.



- Dis donc Terry, t'es sûr que ce sera un chef-d'œuvre ton film ?
- Mais oui ! La preuve, seuls les plus grands s'offrent des caméos dans leurs propres métrages, regarde Alfred Hitchcock ou Andy Sidaris.


Vous aurez certainement deviné que ce "Carnage" (à ne pas confondre avec plusieurs autres films du même nom, dont un autre slasher avec cette fois-ci un tueur à cisailles géantes bien plus réussi), se place dans la seconde catégorie. Certes, le film semble sincère, comme le confirment d'ailleurs plusieurs interviews de Terry Lofton, ce qui lui confère un réel capital sympathie et explique que certains pourront qualifier le film de série Z artisanale plutôt divertissante à défaut de casser des briques. Mais franchement, je vous le demande, peut-on vraiment ne pas rire devant tant de ridicule ?
La réponse est indiscutablement non (toutes les autres réponses valent zéro point).


Ceci n'est pas un film post-apocalyptique.


Le scénario est simple, mélangeant les codes du rape & revenge et du slasher. Au Texas, état popularisé par un certain film de Tobe Hooper (probablement une coïncidence), une jeune fille est violée par de vilains ouvriers de chantier. Quelques temps plus tard, un énigmatique tueur en série apparaît en ville, et se met à dézinguer les sus-dits violeurs, puis tous ceux qui croisent sa route. L'arme du crime... un pistolet à clous !


Salut les p'tits clous !


Et pendant que le meurtrier plante des clous, des p’tits clous, toujours des p’tits clous, un shérif et un médecin légiste d'une dramatique incompétence enquêtent tranquillement sur l'affaire du siècle, jusqu'à l'improbable twist d'un final dantesque.

Quel teasing pour un si beau nanar qui propose du nawak à tous les étages. Car dès le début du métrage, on pressent que l'on va bien s'amuser. En effet, une introduction par une scène de viol est toujours osée. Sauf quand au lieu d'assister à "La Dernière Maison sur la Gauche" ou à "Œil pour œil", on découvre une pauvre fille qui hurle sur deux tonalités différentes (normal, la version française recouvre péniblement la bande-son originale), couchée de force sur un tas de gravats par une bande de rednecks rigolards (ils sont vêtus de chemises à carreaux et coiffés de casquettes vertes à pois blanc), et qui s'encouragent mutuellement dans leur activité porno-ludique en se ventilant le cul. Terrorifiant. Enfin pas trop longtemps, étant donné que le fondu au noir vient aussitôt mettre un terme à cette séquence fondatrice. Car n'oubliez pas qu'après le rape, il y a la revenge.


L'horreur esthétique à l'état pur.


Et la revenge est assurée par notre psycho-killer, certifié de la morkitu. Comme le casque de moto recouvert d'adhésif et le treillis militaire ne constituaient pas un style suffisamment agressif pour compenser sa taille d'1m50, ce brave travailleur s'est équipé d'une arme originale au look ravageur (la mode en 1985 faisait la part belle aux gros câbles élastiques jaunes). Ne la cherchez pas au Bricomarché du coin, vous ne la trouverez pas, tant ce pistolet à clous relève plus du Laser Force que du vulgaire ustensile de bricolage. Produisant des bruits futuristes, il projette des clous en plastoc qui tremblotent quand on touche les victimes, et qui provoquent d’affreux jets de faux sang nanar. Bien que d'apparence factice, ces terribles projectiles se révèlent effroyablement létaux, tuant net leur cible quelque soit l'organe atteint (orteil compris). Anton Chigurh est enfoncé. Y'a pas à dire, c'est beau le tuning.


Meurtre horrible : tué d'un clou dans le bras.



Les fameux clous tremblotants.



Je passe la main.


Le nanar sans ambition se serait contenté d'une telle trouvaille. Mais pas Terry Lofton. Non, histoire d'enfoncer le clou, le nailgunner déclame systématiquement et sans aucune honte apparente un véritable récital de punchlines moisies à tomber de son canapé, festival des pires classiques du genre : "Tu avais rendez-vous avec la mort, et je suis son bras !", "La mort est ton destin, je ne suis que l'exécuteur de ton destin !", ou encore "Les auto-stoppeurs sont tous pareils, ils vivent et finissent sur la route !". Et toute à la joie de faire mumuse avec son modificateur de voix, il ne souffre plus d'aucune limite à hurler des mouhahahas hystériques à tout bout de champ.


Bon sang, où est-ce que je l'ai mis ?



Ah, le voilà ! Mouhouhahaha !!!


Vous l'avez bien compris, c'est un bout-en-train pur sang qui nettoie les forêts et autres domiciles privés. Mais ce n'est pas pour autant qu'il faut perdre tout sens des réalités professionnelles et se laisser marcher sur les pieds. Par exemple lorsqu'un bûcheron part se soulager contre un arbre (tout en gardant son slip) et qu'en se retournant, la zigounette à la main, il urine tranquillement sur la jambe du tueur, ce dernier sait réagir avec dignité : "Faut pas t’gêner ! T’aurais pas dû faire ça !." (en VO : "Well, you just pissed me off")


C'est pas parce que je suis maigre comme un clou qu'il faut faire semblant de pas me voir.



Tiens, gros dégueulasse !


Ou bien encore la première victime, qui, en voyant notre Exterminator de chez Prisunic entrer chez lui, ne perd pas son sang-froid (on pourrait même dire qu'elle ne semble pas réagir au caractère incongru d'une telle visite) et lui intime l'ordre de se calmer tout en le menaçant de représailles s'il ne quitte pas son territoire. C'est grâce à la détermination sans faille du tueur qu'elle finira finalement clouée sur place comme un con.


Nooon, fais pas l'con Philippe !



Crucifié sur son propre front.


Afin de renforcer l'effroi suscité par le bricoleur fou, il est tout naturel d'instaurer une ambiance de malaise anxieux s'insinuant lentement dans le cœur du spectateur. Sauf que là, ça va un peu trop lentement, et qu'au final, toute la tension disparait, laissant place à un rythme digne des plus grands épisodes de Derrick. C'est aussi un atout que de savoir rendre ridicules les scènes de poursuite en voiture à deux à l'heure, ou que de prolonger plus que de raison une crise d'angoisse où un personnage répète inlassablement "calmez-vous" et "ça va aller", sans autre texte, pendant de longues minutes.




Des seconds rôles charismatiques.


Tout aussi chargé soit le film en matière de revenge, il y a tout de même des interludes. Et Terry sait faire plaisir à son public en lui assénant des scènes de fesse d’une classe phénoménale, au moins aussi chaudes qu’une assiette de cèleri rémoulade. Tournées à l’arrache de son propre aveu et à la demande de ses distributeurs, elles sont tellement vides tant techniquement qu’érotiquement que c’en devient hypnotisant. Sur fond de musique easy-erotica parfaitement adaptée, on assiste à une longue séquence où un jeune couple tenter péniblement de trouver une position confortable à l'arrière de leur voiture, laquelle est sauvagement secouée en tous sens par des assistants hors-champs, afin de simuler les vigoureux ébats qu'ils n'ont pas encore commencé ! C'est un mythe de la sexualité américaine qui s'effondre. Bon, il faut aussi reconnaître que ces scènes comportent un petit intérêt : on y voit des nibards (et des jolis !), que la caméra n'hésite pas à lorgner avec insistance. D'ailleurs, c'est l'heure du...


PLAN NICHON !



Snoopy, peluche sexuelle.



N'empêche que vous pourriez au moins m'en laisser un peu.



Je vous avais bien dit de m'en laisser un peu.



Attends, j'enlève mon blouson... Aaaah, la voiture est vivante !


Mais pour atteindre la durée règlementaire, il faut bien sûr des scènes de remplissage… euh pardon, d’intrigue. On suit donc en parallèle l’enquête d’un gros shérif barbu et de son pote légiste (prenez gardes malfaiteurs, ce sont les hommes les plus mous du Texas), les très longues aventures de deux gars qui doivent retaper une vieille baraque et n’ayant aucun lien avec l’histoire principale (à part retrouver quelques cadavres et se faire voler leur pistolet par on ne sait qui), le pique-nique bucolique d'un gang de motards et même les tribulations de deux futures victimes, occupées à jouer à la guéguerre avec... des pistolets à clous !


Starskyyyy et Hutch, Starskyyyy et Hutch...



JH 23cm ch tueur série pisto clous apl commiss.


Ces séquences additionnelles ne sont même pas ennuyeuses, grâce à des acteurs au top niveau de l'amateurisme. Un casting d'une inexpressivité et d’une mollesse phénoménales, même dans les scènes où ils sont censés souffrir le martyr (mention très spéciale à l’autostoppeur qui finit cloué sur la route). Ils ne sont certes pas aidés par les doubleurs qui partent en roue libre, ânonnant leur texte ou couinant comme des constipés (nouvelle mention à l’autostoppeur, avec les félicitations du jury) ; tout sonne faux chez eux, même dans l’écriture des répliques (la vieille épicière - jouée par la grand-mère du réalisateur - qui part dans ses délires sur les vers luisants, ou encore les magnifiques déductions des policiers qui, après la découverte de plusieurs cadavres criblés de clous, commencent à soupçonner la piste d'un maniaque). Quant au tueur, ses prestations vocales vampirisent le métrage à chacune de ses apparitions.


D'habitude, c'est le pouce qu'on utilise pour faire du stop.



"Aaaah ouille ouiiiin, pitié, ouiiin, pas ça, aïe, pitié, iyé, non..."



"Sûrement un maniaque qui plante des clous partout !" (authentique réplique du film !)


L'ambiance sonore n'est pas en reste, avec une musique du tonnerre. La composition part dans des expérimentations nanardes avec ce riff de piano minable et ces ambiances au Bontempi hésitant entre l’horreur et le film porno cheap, le tout saupoudré des râles du tueur qui ne semblent pas alerter les futurs victimes, certainement complètement sourdes. Et pour bien faire n'importe quoi, la bande-son s'articule sans cohérence avec les évènements à l'écran.


Savez-vous planter les clous, à la mode de chez nous...



Le tueur caché dans la piscine : le nec plus ultra du camouflage.



La bonne odeur des grillades.


L'amateurisme saute aux yeux jusque dans ses derniers instants, le plan final de nos héros marchant vers le soleil couchant se concluant par un zoom avant fulgurant laissant planer un indéfinissable suspens d'on ne sait trop quoi. Acteurs, musiques, meurtres, dialogues et doublages, situations, gag du râteau dans les burnes, que voilà un beau lexique de ce qu'il faut faire pour accoucher d'un mauvais film extrêmement sympathique. Et je peux vous assurer qu'il vous en reste à découvrir tout au long de ce « Carnage ». Excellent nanar, ce slasher à la nullité confondante vous clouera sûrement de rire sur votre canapé...


Je t'offre un coca ?



En bonus, voici pour les plus avides le clou du spectacle, le fameux "piège redoutable" tendu par le duo de flics et annoncé en fanfare par le résumé du verso de la jaquette. Alors attention, balises spoilers clignotantes...
Percé à jour par nos enquêteurs, le tueur s'enfuit prestement vers le chantier le plus proche. Sur une impulsion incompréhensible, il grimpe à une grue et meurt en tombant comme un con... de quelques mètres seulement, alors que celle-ci est censé être à grande hauteur !


Mais qu'est-ce que vous rac... Aaaaargh ! Ouille !



Non, je ne sais pas comment il a fait pour tomber dans cette position.

- Mandraker -
Moyenne : 3.56 / 5
Mandraker
NOTE
3.5/ 5
Rico
NOTE
3/ 5
Kobal
NOTE
4/ 5
John Nada
NOTE
3.5/ 5
MrKlaus
NOTE
3/ 5
Drexl
NOTE
3.5/ 5
LeRôdeur
NOTE
3.5/ 5
Jack Tillman
NOTE
5/ 5
Wallflowers
NOTE
3/ 5

Cote de rareté - 2/ Trouvable

Barème de notation

Édité en France en VHS chez Unicorn Video (jaquette en début de chronique), le film est aussi trouvable en DVD bas de gamme, chez "Bamboo Films", chez "Trop Horrible !", et chez "E.S.I.".


"Trop Horrible !", la collection qui fout les jetons !



"Bamboo Films" n'hésite pas à transformer notre tueur en bioman bleu !


Aux États-Unis, les collectionneurs old school chercheront la VHS de chez "Magnum Entertainment" (visuel en début de chronique) tandis que ceux qui voudront en savoir plus sur le travail de Terry Lofton se tourneront vers le DVD Special Edition de chez "Synapse", contenant une version uncut avec de courts documentaires sur la création du film ainsi qu'une interview de 24mn du réalisateur Terry Lofton riche en anecdotes. Depuis la rédaction de cette chronique, plusieurs Blu Ray sont aussi sortis, aux Etats-Unis chez "Cod Red", au Royaume-Uni chez "88 films", reprenant la plupart des bonus existants.


La jaquette qui en jette !


Pour voir les clous tremblotants en qualité optimale.


La jaquette allemande qui déplace le film en Arizona (c'est plus vendeur outre-Rhin).


Selon certains, cette jaquette d'un film de John Carl Buelcher ("Watchers Reborn") pourrait cacher notre "Carnage" à nous.