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Entretien avec
Crag Jensen et Marc Jackson

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Crag Jensen et Marc Jackson

Leurs noms n'évoqueront absolument rien au commun des mortels, mais pour les fans impénitents de ce roudoudou nanar qu'est « Voyage of the Rock Aliens », Craig Quiter alias Crag Jensen & Marc Jackson demeureront les interprètes difficilement oubliables de NOPQR et AEIOU, aliens crétins et réjouissants voguant à travers l'espace en combinaison fushia à la recherche de la planète qui a inventé le rock'n roll. Leur quête absurde les mènera... à Pia Zadora. Tous deux partagent avec nous leurs souvenirs de tournage, et leurs expériences musicales outrageusement 80's via le groupe Rhema, qui n'aura pas survécu à l'échec du film. Un troisième membre du défunt groupe, Greg Bond, n'a finalement pas souhaité revenir sur cet épisode de son existence dont sa mémoire, explique t-il, "n'a pas jugé utile de conserver tous les détails".

Interviews menées en avril et mai 2005 par John Nada


Bonjour à vous deux et merci d'avoir eu la gentillesse de répondre à nos questions. Pour commencer, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous parler de votre ancien groupe, Rhema ? Quels ont été vos parcours respectifs ?

Crag Jensen (anciennement Craig Quiter) : Rhema a tout d'abord été un groupe de soft-rock chrétien latino, actif à Phoenix (Arizona) dans les années 1970. Peu après que j'aie rejoint le groupe (fin 1979), le groupe est devenu plus laïque, abandonnant son côté latino et se tournant vers un rock plus dur. Nous avons abandonné tout notre côté évangélique au début des années 1980. A la même époque, nous faisions des enregistrements en studio du côté de Phoenix. Par ce biais, nous avons commencé à travailler pour Curb MCA Records grâce à notre producteur Dennis Alexander, qui était également propriétaire de label aujourd'hui disparu Pantheon Studios. C'est d'ailleurs grâce à notre affiliation avec Dennis et Pantheon que nos chansons et nous-mêmes nous sommes retrouvés dans le film « Rock Aliens ».



A l'époque où nous nous sommes rendus à Atlanta (Géorgie) pour tourner le film, les membres du groupe étaient les suivants : Marc Jackson (guitariste, chanteur et claviériste), Greg Bond (chanteur), Jeff Casey (batteur et choriste), Pat Byrnes (guitariste et choriste), Bobby Freeman (bassiste et choriste), et bien sûr, votre serviteur, Crag Jensen (à l'époque Craig Quiter - claviériste et choriste).

Crag Jensen

 

Quant à me présenter : c'est toujours un exercice très difficile, à mon sens. Je serai donc aussi bref et concis que possible. Je suis compositeur, chanteur, claviériste, guitariste, producteur et parolier et je vis près de Jamestown dans l'Etat de New York. Je produis de la musique dans mon studio à domicile et je fais des tournées comme pianiste et chanteur - essentiellement dans le circuit des compétitions de piano. Mes spectacles en public sont par ailleurs très différents de la musique que j'enregistre dans mon studio. Ces derniers temps, je ne joue en public que pour gagner de l'argent - en dehors de cela, je m'y intéresse assez peu. Il semble que ma vraie place soit en studio.



En ce moment, je compose de la musique pour des documentaires de télévision et des bandes-annonce de films. J'ai commencé à le faire voici quelques mois à la demande de mon vieil ami Marc Jackson, ancien membre de Rhema. Je ne saurais donc exactement vous dire où ma musique sera utilisée. La société de Marc (Zoo Street Music) a fourni des prestations à la chaîne History Channel et plus récemment pour la mini-série « Révélations » sur NBC.



J'ai également sorti un nouvel album intitulé Sa-Shu-Ah (Music for the Psychopath) sur le label New Falcon. Marc a également contribué à ce CD, mais c'est essentiellement mon oeuvre. Il inclut une vieille chanson de Rhema intitulée « Living for today ». Marc est le principal chanteur pour cette nouvelle version d'une chanson que nous avons composée au début des années 1980. Grosso modo, le thème de l'album est la nécessité de penser par soi-même pour être soi-même et se réaliser. A mon humble avis, nous sommes comme des étoiles qui pourraient décider de leur course dans l'univers.



Quant à mon style actuel de musique, il est assez varié. Je compose des musiques néo-classiques pour de grands orchestres, ainsi que du rock'n roll mâtiné de grunge. Il m'arrive aussi de faire du jazz ou de la country, bien que pour le moment je ne prévoie pas de sortir quoi que ce soit dans ces deux derniers styles.

Crag Jensen

 

Marc Jackson : Je jouais le rôle d'AEIOU dans « Rock Aliens ». J'étais un alien muet et l'imbécile de service. Je ne vais pas vous ennuyer à répéter ce que Crag a raconté sur l'histoire de Rhema, mais je préciserai simplement que le groupe existait déjà deux bonnes années avant son arrivée. En fait, j'ai co-fondé le groupe quand j'étais au lycée à la fin des années 70, avec un de mes amis, le bassiste Huron Claus. Nous étions étudiants dans un lycée chrétien à Phoenix, Arizona, et faisions de la musique religieuse. Nous avons joué durant quelques années dans des coffee houses et devant des groupes de jeunes dans les églises. Greg Bond nous a rejoint à ce moment là pour renforcer la partie chant. Ni Greg ni moi n'étions vraiment les chanteurs leaders même si nous avions des solos.



Puis Rhema a évolué pour devenir un groupe chrétien de art-rock, et avons intégrer au groupe Crag ainsi qu'un batteur dont j'ai oublié le nom. Je me souviens seulement qu'il bégayait en essayant de prononcer le mot « polyrythmique » (ce qui reflétait bien la façon dont il jouait). Trouver un bon batteur a été un parcours du combattant pour Rhema, qui a souvent dû se débrouiller sans.



Je me disais que le groupe devait essayer de passer aux choses sérieuses et essayer de décrocher un contrat avec un label de rock chrétien pour enregistrer un album. Personne ne semblait être sur la même longueur d'onde que moi, alors j'ai quitté le groupe pendant huit mois. A mon retour, Greg Bond était devenu chanteur, Jeffrey Casey était à la batterie, Bob Freeman à la basse, Crag encore aux claviers et Pat Byrnes à la guitare. Je ne sais pas comment ça s'est produit mais quand je suis retourné dans le groupe, on faisait du pop rock typiquement années 1980. Plus rien de « chrétien », ce qui était d'ailleurs annonciateur de mon propre cheminement, mais ceci est une autre histoire.



Le nouveau Rhema était très influencé. Enfin non, pas vraiment. En fait on copiait totalement d'autres groupes. On n'a pas arrêté d'évoluer pour en arriver à un groupe qui avait un bon son mais qui n'avait rien à voir avec ce que vous pouvez entendre dans le film. C'est d'ailleurs largement l'oeuvre de Dennis Alexander, notre « producteur ». C'était son concept et il mérite vraiment tout le crédit (ou tous les reproches) pour ce nouveau son.

Dennis Alexander, producteur de Rhema et patron des studios Pantheon à Phoenix.

 

En ce moment, je dirige une boîte de production musicale à Los Angeles. Nous avons deux directeurs musicaux pour la télé et le cinéma, une société d'édition musicale et deux compositeurs maison (moi compris). Nous avons composé des morceaux ou des génériques pour des bandes-annonce de cinéma, des séries télé et des bonus de DVD pour Disney, E!Televison, VH1, NBC Universal, Sony, Warner Bros, ABC et d'autres encore.



En ce moment nous sommes en train de préparer la B.O. d'un film pour Jim Wilson, le producteur oscarisé de « Danse avec les loups » et qui a produit pas mal de gros succès [NdlR : il s'agit du documentaire « Laffit: All About Winning », réalisé par Jim Wilson et narré par Kevin Costner. La [a href="http://www.imdb.com/name/nm1460859" target="_blank"]filmographie de Marc Jackson telle qu'on la trouve sur le site IMDB.com s'est depuis pas mal étoffée].

Marc Jackson aujourd'hui

Dans la bio de Rhema que vous avez rédigé, le moins que l'on puisse dire et que vous n'êtes guère tendre avec vous-mêmes... Vous décrivez notamment votre ancien groupe comme « un pauvre groupe de techno-pop années 80 ringard qui a assez gracieusement, bien qu'involontairement, rendu un service au monde entier en ne parvenant jamais à percer » ! Objectivement, est-ce que vous considérez vraiment que vous étiez mauvais à ce point... ou est-ce que c'est juste un moyen un peu cynique de neutraliser les railleries et la frustration de ne jamais avoir atteint la célébrité ?

Crag Jensen : L'expression « pauvre groupe de techno-pop années 80 ringard » vient de Frank Zappa, une nuit, lors d'une séance d'enregistrement. Et pour ce qui est de gratifier le monde par notre échec (et bien que ces mots soient assez ironiques), il y a une part de vérité. Notre musique n'était pas ce qu'elle aurait dû être. Et pourtant, il y avait quelques trucs vraiment sympas. Je pense que si tous les membres du groupe avaient été libres intérieurement, de façon à être vraiment créatifs, les choses auraient été totalement différentes.



Comme je l'ai mentionné précédemment, Marc et moi avons rejoué certaines des chansons écrites à cette lointaine époque, donc je pense que ni lui, ni moi du moins, ne considérons que tout ce que nous avons fait dans le passé était si mauvais que ça. En disant cela, nous nous moquons de nous-mêmes. Si vous prenez le rock'n roll trop au sérieux, ce n'est plus du rock'n roll (David Bowie ou Mick Jagger a dit ça un jour, je ne me souviens plus lequel - peut-être les deux, qui sait ?).

Craig Quiter au Crab Pot, Top Sail Island, Caroline du Nord (juillet 2002)

 

Marc Jackson : Les quatre chansons du film n'étaient pas du tout représentatives du style de Rhema. Le son était l'oeuvre de notre producteur, du moins à 80%. Je pense que nous avions tous dans l'idée de faire ce film et puis de faire ensuite la musique que nous voulions. La musique que nous jouions en live était très différente de tout ce que nous avions enregistré jusqu'alors. Nous avons laissé le producteur nous imposer bien trop de choses, mais après tout il nous avait dégotté le contrat avec la maison de disques, donc nous avons laissé faire. En fait, j'avoue souhaiter que le groupe et le film soient raillés par le plus de gens possibles. Je ne m'identifie plus du tout avec cette époque. Ca me ferait très plaisir si « Rock Aliens » devenait un « film culte ». En ce qui me concerne, il n'y a pas de mauvaise publicité. Tout ce que je demande, c'est qu'on ne fasse pas de fautes d'orthographe à mon nom. Je vois que vous avez fait cet effort et je vous en remercie.



Quant au film lui-même... Il n'y a pas grand monde qui peut dire avoir été payé de quoi vivre une année entière, simplement en se baladant sur un plateau de tournage. Ca n'a fait ni bien ni mal à ma carrière. Jeffrey Casey et moi avions appelé Curb/MCA records et demandé à être libéré de notre contrat après que le film ne soit pas sorti aux USA. Ils ne nous ont fait aucun problème.



Depuis, j'ai enregistré avec Richard Marx, fait des tournées avec Donny Osmond pendant son comeback, avec Roger Daltrey comme clavier, guitariste et chanteur, j'ai fait des tournées solo et joué sur scène avec Sheryl Crow, j'ai fait une audition pour être chanteur avec Toto, je suis apparu dans sept ou huit émissions de télé nationales, et même ça c'est déjà de l'histoire ancienne, parce que je ne suis pas trop du genre à vivre dans le passé. J'en ai fait bien plus que d'autres et je ne m'attendais pas à en faire autant que ce que je fais actuellement. J'ai adoré faire partie de Rhema et j'ai adoré tourner le film. N'oublions pas que les années 1980 étaient cool durant les années 80 : je suis fier de ce que j'ai pu accomplir à l'époque.

Une photo de Rhema prise en 1984, avec de gauche à droite Marc Jackson, Greg Bond, Bobby Freeman, Pat Byrnes, Crag Jensen et Jeff Casey.

En 1983, vous vous retrouvez donc embarqués sur le tournage de « Rock Aliens », un drôle de film dans lequel vous incarnez des extraterrestres parcourant la galaxie dans un vaisseau spatial en forme de guitare à la recherche de la planète qui a inventé le rock'n roll... Racontez-nous ! (je me permets de copier-coller un extrait de la bio du groupe qu'avait rédigée Crag sur son ancien site pour que vous puissiez développer).

« C'est le vieil adage selon lequel il vaut mieux connaître les bonnes personnes qu'avoir du talent qui a permis aux gars de Rhema d'obtenir un contrat tout à fait avantageux avec Curb/MCA après une année de « perfectionnement » passée à absorber et régurgiter à peu près toutes les chansons techno merdiques jamais éditées. La copine de Dennis était une amie et associée de Dick Whitehead, à l'époque président de Curb Records. Dick avait justement besoin d'un groupe techno pour un film dont il devait produire la bande originale. Dick, Pia Zadora et compagnie sont descendus de leur Olympe pour assister à un concert de Rhema dans un bar appelé The Phone Company à Scottsdale, Arizona. Rhema a obtenu ici son premier et unique contrat d'enregistrement. Ils se sont également retrouvés embarqués pour neuf semaines à Atlanta, à jouer des seconds rôles dans l'un des pires films jamais tournés : « Rock Aliens ». Avec des rêves de gloire plein la tête et des années d'échec derrière eux (pensaient-ils), les gars de Rhema s'installèrent dans un hôtel Marriot quelque part à Atlanta. Ils passèrent l'essentiel des deux mois qui suivirent engoncés dans des costumes d'extraterrestres, à picoler dans des tentes de maquilleurs ou dans des salons de coiffure jusque tard dans la nuit, glandouillant autour du plateau en attendant de tourner leurs prochaines scènes et s'amusant de l'ambiance du monde du cinéma. Et tant pis si le film était condamné dès le départ. Le film n'avait aucune valeur quelle qu'elle soit. Le réalisateur, James Fargo, était paralysé par un budget qui aurait fait honte à Chuck Norris et les seuls acteurs à peu près doués étaient la sardonique Allison La Placa, le prof de comédie Peter Stelzer et Ruth Gordon, qui était alors bien souffreteuse. Mais le jeu d'acteur n'était pas un élément essentiel de cette production, pas plus que le scénario ou la musique de Pia, de Jermaine Jackson, de Jimmy and the Mustangs ni de Rhema. Ce film était avant tout une parodie qui, à force de parodier tout et n'importe quoi, a fini par se parodier lui-même et sombrer dans le néant filmique. »

 

Crag Jensen : Oui, ça résume assez bien cette histoire. Mais nous avons eu beaucoup de chance de décrocher ces rôles ; l'expérience d'un tournage de film a été très enrichissante pour moi. Et notre musique fonctionnait dans le contexte du film, comme celle de Jimmy and the Mustangs. Le réalisateur, James Fargo, trouvait même notre guitariste (Pat Byrnes) très drôle et estimait qu'il apportait beaucoup au film.



Spirituellement, si l'on peut dire, notre incursion dans le cinéma vient de notre ardeur au travail et d'un gros coup de chance. Peut-être qu'une intervention divine ou une quelconque synchronicité cosmique ont joué un rôle là-dedans. Le petit magot que nous en avons retiré m'a permis de quitter un boulot que je détestais et m'a donné la liberté de créer pendant environ un an. Avec le recul, je pense que cette expérience a eu une grande importance dans l'évolution de chacun d'entre nous, à part peut-être Bobby, notre bassiste.



Marc Jackson : Le texte de Crag est étonnamment juste. Au point que sa lecture me dérange un petit peu : c'est comme de remonter le chemin de la mémoire.

Pat Byrnes et Crag Jensen

Pourquoi votre bassiste, Bobby Freeman, a-t-il été exclu du tournage ?

Crag Jensen : Ils n'avaient besoin que de cinq d'entre nous, et c'est lui qui s'en est le moins bien tiré dans les bouts d'essai. C'est tout.



Marc Jackson : J'aimerais ajouter que je regrette que le groupe n'ait pas fait le forcing pour que Bobby Freeman intègre le film avec nous. Bobby nous a quittés mais j'ai eu l'occasion de lui dire à quel point je regrettais qu'il n'ait pas eu cette chance. Ce n'est pas qu'il ait fait un si mauvais bout d'essai, car aucun d'entre nous n'a fait d'étincelles. En fait aucun d'entre nous ne méritait d'avoir un rôle, mais il suffit de voir le film pour se rendre compte qu'on ne demandait à personne d'avoir un grand talent de comédien. C'est aussi pourquoi je pense que nous aurions dû frapper du poing sur la table pour lui obtenir un rôle. Nous ne réalisions pas à l'époque que nous aurions pu le faire.

Bobby Freeman (1952 - 2002)

Dans un message laissé sur IMDB, Crag expliquait succinctement que « Rock Aliens » devait être une sorte de parodie des films de plage des années 1960 avec quelques éléments modernes et un hommage ironique aux feuilletons de SF des années 1960 comme « Doctor Who » ou « Perdus dans l'espace ». Pourriez-vous nous en dire plus ?

Crag Jensen : Je ne pense pas que des feuilletons de bonne qualité comme « Doctor Who » ou « Perdus dans l'espace » peuvent être comparés à « Rock Aliens ». Ca me gêne même d'en parler dans la même phrase. Mais ça ne veut pas dire que le film ne peut pas être apprécié pour ce qu'il est. C'est un film de divertissement idiot, destiné à quiconque est d'humeur à le regarder et à apprécier ce genre de truc. La référence à « Perdus dans l'espace » vient essentiellement du robot, qui a probablement été fait sur le même modèle, du moins jusqu'à ce qu'on le transforme en bouche à incendie. Mais la voix et la gestuelle étaient assez similaires.





Marc Jackson : Par pitié, ne comparez pas « Rock Aliens » au moindre de ces super feuilletons des années 60 ! Laissez-moi vous donner un exemple du caractère totalement vain de ce film : le directeur de la photo, Gil Taylor, avait travaillé sur « Star Wars » ; je me souviens de l'avoir vu au bar de l'hôtel après un tournage, avec une enfilade de bouteilles de Heineken devant lui, en train de marmonner « Le duel des groupes ne fonctionnera jamais ! Jamais !! Je ne sais pas ce qui leur passe par la tête. » Et il continuait comme ça, ivre de frustration. Ce n'était pas bon signe.

Le film est centré sur l'opposition entre le groupe New Wave représenté par Rhema et Tom Nolan et d'autre part le groupe de rockabilly joué par Jimmy & The Mustangs et Craig Sheffer. Comment étaient ces derniers ? Appréhendaient-ils le film de la même manière que vous ?

Crag Jensen : Tout comme nous, ils cherchaient l'occasion de percer et de se faire du blé. Sinon, ils étaient un peu froids à notre égard (et sans doute nous envers eux) pour autant que je me souvienne. A l'exception du guitariste, avec qui je me suis bien entendu, au point que j'ai pris une cuite avec lui dans sa chambre. Quelque part, nos musiques et nos modes de vie étaient un peu aux deux extrémités de la culture de l'époque.



Marc Jackson : Je pense aussi. Ils ont vu un contrat d'enregistrement passer et ils ont sauté dessus, tout comme nous. Je me suis très bien entendu avec eux, mais nous ne nous sommes pas trop fréquentés. Il y avait peut-être un peu de rivalité là-dedans.

Ruth Gordon, Craig Sheffer et le groupe de rockabilly "Jimmy and the Mustangs"

Ce n'était pas un peu frustrant de vous faire imposer l'acteur Tom Nolan comme leader du groupe ? D'ailleurs, chantait-il lui-même les chansons ? Et Craig Sheffer, c'était du play-back ?

Crag Jensen : Pas vraiment. Avoir Tom dans le rôle du leader du groupe, ça faisait partie du boulot. On n'était pas les patrons, les responsabilités incombaient à la boîte de prod', Interplanetary Productions. Quand nous avons débarqué à Atlanta, nous avions tous les cheveux longs. Ils les ont coupés et teints, nous ont dit quand on devait se réveiller le matin, ce qu'on devait porter sur le plateau, où on allait manger pendant le boulot et ainsi de suite. C'est comme ça que ça se passe. Craig Sheffer ne chante pas une note dans le film, tout était en play-back.



Marc Jackson : On faisait un boulot, donc ça ne posait pas de souci qu'il soit notre « chef ». J'aimais bien avoir un vrai comédien avec nous. Au moins, il y en avait un qui savait ce qu'il faisait. Par ailleurs, Tom chante assez bien. Mais bien évidemment, on ne l'entend pas dans le film.

Une photo de Rhema et Tom Nolan parue dans Teen Beat Magazine.

En ce qui concerne la musique, quelle a été exactement votre contribution à « Rock Aliens » ? Des chansons comme « Combine Man » ou « 21st Century » ont-elles été composées spécialement pour le film ?

Crag Jensen : Les chansons ont été écrites plusieurs mois avant que nous ayons eu vent de cette proposition de film. Dans mon souvenir, ces chansons étaient notre contribution au genre techno-rock. Notre producteur, Dennis Alexander, nous donnait la marche à suivre et des membres du groupe trouvaient les paroles et les mélodies. L'essentiel de la musique a été faite sur un synthé Roland Juno 60, une boîte à rythme Oberheim et quelques percussions électroniques Simmons pour faire bonne mesure. Mais le Juno 60 était un synthétiseur polyphonique de bas étage, un modèle bas de gamme pour l'époque. Ceci explique en partie pourquoi la musique était si kitsch. On pourrait presque croire que c'était voulu, parce que la ringardise de ses sonorités collait parfaitement à la ringardise du film. La technologie n'était pas ce qu'elle est aujourd'hui, et même de la technique de seconde zone coûtait les yeux de la tête. Ce synthé Juno, c'est tout ce qu'on pouvait se payer.



En ce qui concerne ma contribution : j'ai co-écrit les paroles et la mélodie de « Combine Man » avec Marc. Marc a écrit les paroles et la mélodie de « Get Out and Dance », avec peut-être la contribution de Greg. J'ai écrit les paroles et la mélodie de « That's Life » et « Twenty-First Century ». Je me souviens aussi avoir co-produit l'enregistrement de « Let's Dance Tonight » dans un studio d'Atlanta.

 

Marc Jackson : Les paroles de « Combine Man » venaient des délires d'un aliéné avec lequel Crag travaillait, dans le cadre de son boulot alimentaire de l'époque. Crag et moi avons juste arrangé les phrases pour aller avec la musique écrite par Dennis Alexander (c'était consciemment inspiré par « She Blinded Me With Science » par Thomas Dolby).

Crag et l'épouse du réalisateur James Fargo derrière la caméra.

Et les chorégraphies ? Tout était-il soigneusement préparé, ou bien peu ou prou improvisé sur place ?

Crag Jensen : Il y avait un couple de chorégraphes, dont je suis totalement incapable de me rappeler du nom. Je crois qu'ils avaient chorégraphié « La Fièvre du Samedi Soir 2 » ou un truc comme ça.



Marc Jackson : Houlà, comment s'appelaient-ils, déjà ? En ce qui concerne les mouvements du groupe, je crois qu'ils ont suggéré quelques trucs, mais ils ne nous ont pas chorégraphié sur la scène du duel des groupes, donc on ne peut pas leur en faire endosser la responsabilité. Je me souviens que la fumée est devenue si dense durant une prise qu'en agitant les bras j'ai frappé la doublure de Pia Zadora en plein dans l'oeil. Elle a eu un oeil au beurre noir pendant une semaine et je me sentais bien minable comme vous pouvez l'imaginer. Oh oui, il y a aussi la scène en extérieur où nous marchons en rythme pendant le clip de « 21st Century » (mon Dieu, pourquoi me rappelez-vous des souvenirs pareils ?). Je crois que les chorégraphes ont participé à ce cirque.

Comment s'est passé le tournage ? Avez-vous des anecdotes à nous raconter ?

Crag Jensen : Le tournage a duré neuf semaines pendant l'automne 1983. Ca s'est bien passé et c'était souvent très marrant : nous avons rencontré Ruth Gordon, Pia Zadora, Craig Sheffer, Gil Taylor (le directeur de la photo de « 4 Garçons dans le vent » et « Frenzy » de Hitchcock), Allison La Placa etc.





Marc Jackson : Le tournage était vraiment marrant, mais j'ai eu une grosse frayeur. Quelques mois avant le film, je m'étais fait enlever les dents de sagesse. Tout se passait bien, et puis durant un énième tournage de nuit dans le froid, j'ai remarqué que j'avais la joue gauche toute gonflée. Je me suis dit « Bon, c'est fini pour moi, ils vont me renvoyer à la maison ». J'ai appelé l'équipe de production, qui m'a arrangé un rendez-vous illico avec un dentiste du coin. Il a arrangé le coup mais ma joue est restée enflée pendant au moins trois jours. Ca ne le faisait pas, parce que les extraterrestres devaient tourner tous les jours. Miraculeusement, le planning a subi une modif' imprévue et j'ai eu un répit de trois jours durant lequel ma joue a dégonflé. Mais si vous m'observez bien faire n'importe quoi durant la scène du pont juste avant que les aliens ne fassent disparaître les vêtements des terriens qui s'envoient en l'air dans la décapotable, vous pourrez remarquer le petit renflement sur la joue en question. Une trace de mon souci de santé qui avait bien failli mettre prématurément un terme à ma fabuleuse carrière d'acteur.

Greg Bond

Après neuf semaines de tournage à Atlanta, étiez-vous encore pleins d'espoir et d'enthousiasme ou bien déjà un peu déçus et lucides quant à l'avenir commercial du film ?

Crag Jensen : Nous avions pas mal d'espoirs. Nous savions que si le film sortait, et nous n'avions aucune raison de penser qu'il ne sortirait pas, nous pourrions en retirer les bénéfices d'une ou deux chansons, sans parler de la notoriété qui en découlerait. Nous savions aussi que le film était d'une qualité douteuse - donc notre enthousiasme demeurait tout de même prudent.



Marc Jackson : J'ai eu une attitude très « business ». Nous nous sommes dépensés autant que possible. Nous avons parlé du film dans toutes les interviews, tous les concerts, chaque fois que nous en avions l'occasion. Je pense que le groupe se préparait vraiment à donner le maximum, quel que puisse être le résultat du film.

Marc Jackson

Le tournage s'est donc déroulé en octobre-novembre 1983. Mais « Rock Aliens » n'est sorti au cinéma en Europe qu'à la fin 1987, avant de sortir directement en vidéo aux USA en 1988. Savez-vous pourquoi ? Quand avez-vous réalisé que le film ne serait jamais un tremplin vers la gloire et la fortune ?

Crag Jensen : Si le film n'est pas sorti en salles, c'est parce que Pia et son mari Meshulam Riklis ne l'ont pas voulu. Il semble qu'ils aient estimé que ça ne correspondait pas à l'image d'elle qu'ils voulaient projeter pour accompagner son ascension vers la gloire. Qu'ils aient eu raison ou non - j'ai de gros doutes à ce sujet - le film a été mis au placard et oublié après quelques projections-test. Il est plus tard sorti en Europe, comme vous l'avez dit, et puis en vidéo.



La non-distribution du film a en fait entraîné la fin du groupe. Ca n'a pris qu'environ un an et demi. Nous avions perdu notre tremplin (comme vous dites). Curb Records ne voulait pas sortir de chanson sans l'accompagnement du film, et tout ce que nous voulions à la base, c'était justement sortir un disque. Au début du printemps 1985, Marc et moi avons décidé, sur suggestion de Jeff, de mettre fin à ce qui restait du groupe. Nous avons organisé une réunion chez Bobby et annoncé notre décision. Bobby et Pat étaient étonnés et plutôt mécontents mais notre décision n'a pas changé. Il était temps de jeter l'éponge et d'aller de l'avant sans le fardeau qu'était devenu Rhema. Marc, Jeff et moi aurions pu créer un nouveau groupe, mais Marc et Jeff ont décidé de quitter Phoenix pour Los Angeles. Je ne pouvais ni ne voulais les suivre et ça a été la fin du groupe. Curb Records avait aussi été mécontent que nous nous séparions en 1984 de notre chanteur Greg Bond. Greg a fait d'autres boulots pour Curb, mais pas nous. Son départ était motivé par diverses raisons et j'ai fini par le laisser aller, parce que je sentais que Greg voulait quitter le groupe. De toutes manières, le groupe n'a pas duré bien longtemps après le départ de Greg : on n'avait plus trop de raisons de continuer.



Marc Jackson : Ca vous donne une idée du peu que nous savions sur le film et son futur. Ce n'est qu'en faisant cette interview que j'apprends que le film est sorti en salles en Europe. Et tant que j'y suis, je m'excuse auprès de tous nos amis européens qui ont dépensé du flouze pour subir ce film. J'aimerais vraiment que vous publiiez ça. C'est vraiment sorti chez vous ? En salles ? Vous m'épatez.

Nous avons ouï dire que « Rock Aliens » était le dernier des trois films censés lancer la carrière d'actrice de Pia Zadora, les deux autres étant « Butterfly » (1980) et « Lonely Lady » (1982). Tout deux avaient été des bides, bien que Pia ait remporté un Golden Globe de la meilleure débutante (et que son premier film ait été en fait « Le Père Noël contre les Martiens », 1964). Le prix remporté par Pia a été gâché par des rumeurs selon lesquelles son mari multimillionnaire lui avait en fait acheté son Golden Globe. Toutes les chansons de Pia dans le film figurent sur son album « Let's dance tonight » (1985). Vous étiez-vous rendus compte que le film n'était qu'un gigantesque clip promotionnel à la gloire de Pia Zadora ?

Crag Jensen : Bien sûr, mais j'y ai déjà fait allusion.



Marc Jackson : Même naïfs comme nous l'étions, nous nous rendions bien sûr compte que le film était financé par son mari dans cet unique but. Mais pour ma part je ne me demandais pas vraiment si ça allait marcher ou non. Bien sûr, nous espérions tous que, par miracle, le film allait réussir dans son objectif mais franchement, nous étions surtout intéressés par le fait d'en profiter au maximum.

Pia Zadora et Jermaine Jackson

Le webmestre du site Bad Movie Planet a publié une lettre exaspérée de Marc ([a href ="http://www.badmovieplanet.com/unknownmovies/reviews/rev297.html" target="_blank"]lire la lettre) qui réagissait à la critique du film en expliquant que si le film était mauvais, ça ne voulait pas automatiquement dire que les musiciens l'étaient aussi. Ce film a-t-il eu des effets négatifs sur votre image et votre carrière ?

Marc Jackson : Pas le moins du monde, car personne ne connaît le film aux USA, ni d'ailleurs en Europe (sauf si vous m'apportez la preuve du contraire). Franchement, je n'ai jamais reçu aucun écho de ce job. Et tant de temps a passé que les rares personnes à qui j'en parle trouvent ça désopilant, et moi aussi.



Quant à mon échange avec cette personne, si c'était moi qui avait écrit une critique du film et si j'avais parlé d'un autre groupe dont la prestation aurait été équivalente à la nôtre, je pense que j'aurais été aussi méchant que lui. Mais bon, on ne peut pas me reprocher d'avoir un peu réagi, n'est-ce pas ?

Crag Jensen

Avec le recul, quel regard portez-vous sur cette expérience ? Est-ce la nostalgie qui vous a amenés à refaire une nouvelle version d'une chanson écrite par Rhema en 1982 (et celle-ci en particulier, « Living for today ») ?

Crag Jensen : C'était peut-être de la nostalgie, je ne sais plus trop ce qui m'a poussé à faire cette nouvelle version. Ca peut être sympa de revenir sur le passé, tant qu'on n'est pas englué dans la nostalgie. J'ai aussi bien aimé le message du CD Sa-Shu-Ah. Je le trouve assez adapté. « Right now, not then, right now, this is when... » Nous n'avons que le présent. Toute l'éternité est contenue dans le présent. Il faut vivre dans l'instant, apprécier la beauté et la puissance de chaque seconde de notre existence - car il n'y a rien d'autre.



Quant à mon regard sur cette expérience, je pense avoir déjà dit que c'était une expérience importante pour moi. Et quant à la question posée dans la chanson « Où seront-nous au XXIème siècle ? » : nous serons, ou plutôt nous sommes, dans le grand Instant. Nous luttons pour survivre, pour exister dans une Amérique qui n'est pas celle dont nous avions rêvé (ou cauchemardé). La plupart des membres du groupe sont maintenant en couple, nous nous occupons de nos enfants et nous nous occupons de nos parents alors que le bout de la route approche pour eux.



Et pourtant, par certains aspects, je suis exactement là où j'avais rêvé d'être - dans une baraque en rondins à la campagne, à écrire et enregistrer de la musique. Et demain j'irai en Caroline du Nord pour chanter et jouer du piano pendant trois semaines. Je crois me souvenir d'avoir vaguement rêvé d'un semblable avenir pour moi il y a une vingtaine d'années. Et, bizarrement, je travaille toujours avec Marc.



Marc Jackson : Je n'ai pas écrit « 21st Century » et je pense avoir co-écrit « Living for Today », mais je ne m'en souviens pas. Quant à notre nouvelle version de cette dernière chanson, je pense que Crag m'accorde trop de crédit. Je l'ai chantonnée un soir chez lui et il l'a intégré à une version d'une de ses chansons.



Pour ce qui est de la nostalgie....



Ecrire ces réponses à vos questions un dimanche à minuit alors que ma copine dort m'a procuré plus de nostalgie que je n'en vais encore jamais éprouvé pour cette époque. Je ne me penche pas trop sur le passé. Je trouve assez fou que des gens s'intéressent encore à Rhema. Mais je respecte votre curiosité. Et ça ne me gêne pas d'en parler, parce que c'est si peu connu et si surréaliste d'en reparler après toutes ces années. On ne peut pas vraiment dire que Rhema soit « has-been » car il n'a jamais vraiment été. Ou alors seulement en Europe ? Nous n'avons même jamais joué là-bas. On ne nous a pas informés de la sortie du disque, ni de la sortie du film. On ne nous a envoyé de copie ni de l'un ni de l'autre. J'ai acheté ma copie du film sur ebay cette année, uniquement pour pouvoir le montrer à mes enfants.

« Une photo de moi prise sur le vif à l'aéroport »

Vous m'avez dit, Crag, que vous alliez sortir un nouveau CD. Pouvez-vous nous en parler ? Où peut-on se le procurer ?

Crag Jensen : J'ai commencé à retravailler « Living for today » il y a presque deux ans. Marc est venu un soir et a chanté sur le vif dans mon studio (je vivais alors à Phoenix, Arizona). Peu après, j'ai pris la route alors que je divorçais. Je déménagé mon studio d'enregistrement chez mes parents dans une petite ville de l'Etat de New York. Après quoi, j'ai remaké une autre chanson que j'avais écrite dans les années 1980, appelée « Me & Mindy ». Je l'ai fait pour mon amie (et maintenant fiancée) Kimbra.



En décembre, j'ai écrit et enregistré le titre principal, Sa-Shu-Ah, à la demande de Christopher S. Hyatt (le patron de New Falcon Publications). Il voulait un nouveau morceau pour un CD de méditation. C'est sans doute de là qu'est venue l'âme de l'album.



J'ai enregistré plusieurs autres morceaux chez mes parents avant d'acheter un domicile près de Jamestown (New York) avec Kimbra (à une soixantaine de kilomètres de chez mes parents). Ensuite je suis retourné dans mon studio et j'ai continué à travailler sur l'album en automne-hiver 2004. A l'exception de la participation de Marc au chant et à l'écriture de « Living for today » et quelques participations de ma nièce, ma fille et mon fils, des Dr Hyatt, Francis Israel Regardie et S. Jason Black, c'est moi qui ai chanté et joué tout ce que l'on entend sur l'album. Une partie de la chanson « Psychopath's Lullaby » ressemblait pas mal à la chanson de Marc dans « Rock Aliens », « Get out and dance », donc je l'ai crédité pour ce morceau.



L'album s'appelle Sa-Shu-Ah, ce qui désigne ce qui se trouve au plus profond de vous, et qui vous aide à devenir vous-mêmes. C'est la partie de vous qui veut courir avec le vent, libérer l'animal sauvage qui dort en vous, le feu qui brûle au fond de votre âme. C'est le catalyseur de tous les changements importants qui peuvent s'opérer en vous. Ce qui vous libère du poids du passé et fait ressurgir votre vraie personnalité sacrée et divine. C'est l'être magique au fond de vous, qui vous permet d'être créatif, de canaliser cette créativité pour obtenir quelque chose de tangible et de profond. Cet album compte parmi ce que j'ai pu faire de mieux - d'autant que je trouve que certaines chansons fonctionnent bien. C'est-à-dire que le disque est aussi sympa à écouter que sérieux, profond ou quel que soit l'adjectif que vous voudrez employer.



Pour obtenir une copie, allez sur [a href="www.newfalcon.com" target="_blank"]www.newfalcon.com ou écrivez-moi directement à crag66@aol.com et je m'assurerai que vous en aurez un exemplaire.

 

Vous avez aussi composé de la musique sous le nom de Zehm Alo(h)im, que vous décrivez comme une sorte d'alter ego mystique (païen ?), notamment le disque "The Book of Thoth : a Musical Interpretation of the Tarot". Quelle est votre approche personnelle de la musique et de la composition ?

Crag Jensen : Je tente d'éviter les formules. Mon approche est de m'asseoir avec mon clavier ou ma guitare, ou même ma mandoline et de laisser venir les choses. « The Book of Thoth », par contre, a été influencé par les tarots de A. E. Waite et Aleister Crowley. J'ai médité sur certaines cartes et mis mes sentiments en musique. Je pense que c'est la meilleure musique que j'aie faite à ce jour. Elle est très élaborée et (m'a-t-on dit) elle accroche bien l'auditeur.



Bien que j'ai pu me décrire comme un païen (ou néo-païen) je suis davantage agnostique qu'autre chose. Cependant, le paganisme a influencé ma pensée et donc ma créativité sur bien des points. La création artistique ou musicale est une forme de magie pour moi. Il s'agit de ramener à la surface ce qui se niche dans le subconscient. Parfois, il ne me faut qu'un accord de musique, un mot, une phrase et tout vient naturellement. Il y a quelque chose qui vient d'au-delà du royaume de la conscience et de la volonté. C'est ce qui nous sépare des autres animaux. Un lien avec une force qui vit au-delà de notre perception, de notre science, de notre spiritualité. Et pourtant elle est là et fonctionne et celui qui la sent à l'oeuvre sent l'énergie nécessaire pour accomplir tous ses projets.



C'est peut-être l'oeuvre de « Dieu » ou des muses. Ou peut-être que cela vient d'un état supérieur de la conscience, ou peut-être simplement une anomalie de l'esprit humain. Qui sait ? J'y vois un aspect du Sa-Shu-Ah. Et il me semble qu'il n'y a pas grand-chose d'autre à en dire. Je pense que c'est ce qui est et c'est tout. Si vous l'avez éprouvé, vous savez sans doute de quoi je parle. Sinon, vous pouvez peut-être vous procurer un exemplaire du CD ou des livres de méditation du Dr Hyatt à newfalcon.com. Ou non : à chacun sa came, comme on dit.

Quant à vous Marc, je sais que vous avez sorti un CD, « Comedy of life ». Je l'ai cherché sur le web et j'en ai vu de bonnes critiques. C'est apparemment de la pop acoustique. Pouvez-vous nous en parler un peu ? Où pouvons-nous l'acheter ?

Marc Jackson : Merci de vous intéresser à quelque chose qui me tient un peu plus à coeur. J'ai enregistré ce CD parce que je voulais exprimer des choses très personnelles sous une forme artistique qui pourrait toucher les gens. Je l'ai vendu en ligne, mais je l'écoule surtout quand je fais des spectacles live. En général je joue et je chante avec ma guitare acoustique. En fait, je n'ai pas joué en public depuis un an parce que j'étais occupé à écrire une comédie musicale, mais heureusement des gens m'ont demandé de me produire à L.A. Et maintenant que la comédie musicale est en phase de pré-production, je vais pouvoir jouer de nouveau en public.



En recherchant sur le net, vous pouvez trouver mon adresse mail. Si vous la trouvez, je saurai que vous en voulez vraiment une copie et je vous l'enverrai direct.



Je vais peut-être faire un spectacle à Paris quand j'y irai en vacances. Ce sera mon premier séjour à Paris et je travaille ardemment mon français pour ne pas être un énième plouc américain dans votre beau pays. J'ai rêvé toute ma vie de visiter la France.

Quels sont vos projets pour l'avenir ?

Crag Jensen : Je vais sans doute essayer de faire d'autres musiques pour des films. Plus les productions seront grosses, mieux ce sera. A part ça, j'aimerais finir le roman sur lequel je travaille, enregistrer davantage d'albums, écrire plus d'articles etc. pour New Falcon, être heureux avec Kimbra et voir plus souvent mes enfants. Et bien sûr, gagner plus de sous. Mais nous avons tous besoin de ça, non ?



Marc Jackson : J'ai l'intention de continuer à enregistrer pour la télé et le cinéma et de terminer ma comédie musicale. J'enregistre, sous le nom de « The Raw », un CD de rock industriel qui sortira sans doute l'an prochain. Je travaille avec un sculpteur sur une oeuvre qui inclut des créations sonores qui interagissent avec des mouvements physiques. C'est un peu compliqué à décrire mais je m'y implique beaucoup. Et comme je l'ai dit, je compte faire de nouveaux spectacles comme chanteur / compositeur.

La nouvelle maison de Crag dans les bois...

Hé bien, nous voici à la fin de notre interview. Au nom de l'équipe du site, je vous remercie d'avoir été si ouverts et amicaux. Meilleurs voeux à vous et aux vôtres !

Marc Jackson : Merci pour votre intérêt et vos questions.

- Interview menée par La Team Nanarland -