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Bernard Launois

(1ère publication de cette bio : 2026)

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Nous venons d’apprendre avec tristesse la mort de Bernard Launois, le 3 mars 2026, à 95 ans. Le cheval du Diable a fini par venir chercher l’auteur de ce qui restera probablement comme l’un des films les plus fous du cinéma français : Devil Story : Il était une fois le diable. Lors de la réédition du film en DVD au début des années 2010, nous avions eu l’occasion de le rencontrer et de nous entretenir avec lui, découvrant un personnage entier et complexe, ayant cumulé pendant 50 ans les casquettes d’acteur, réalisateur, monteur, producteur ou distributeur, et roulé sa bosse en farouche indépendant à tous les niveaux du cinéma hexagonal.

Nous nous sommes largement appuyé sur les interviews qu’il a données lors des documentaires de Nanarland et de Romain Plourde pour des rééditions respectives de Devil Story en DVD et en Blu-ray. Un grand merci à Romain, ainsi qu'à Gilles Botineau d'ailleurs, pour nous avoir apporté quelques documents ou précisions supplémentaires pendant nos recherches pour préparer cette bio. Au passage, en remontant le fil de son parcours, quelques contradictions mineures peuvent parfois apparaître dans les différentes déclarations du bonhomme, liées à la volatilité de souvenirs sur des événements vieux de 50 ans. De plus, il demeure de nombreuses imprécisions et zones d’ombre dans sa filmographie, notamment lorsque certains titres n’ont jamais été réédités sur des supports vidéo, ne nous permettant pas de vérifier nos hypothèses. Nous le signalerons à ce moment là.

Sur le tournage de Sacrés Gendarmes.

Bernard Launois naît à Sedan, dans les Ardennes, le 8 avril 1930. Monté à Paris après la guerre sans formation particulière, il fait brièvement deux années en pharmacie dans la faculté du 13ème mais, pas plus passionné que ça par les études et ayant découvert le cinéma dans sa jeunesse, décide de tout plaquer pour se lancer dans le septième art avec la ferme décision d’être acteur.

N’ayant au départ aucun contact dans ce milieu, il a la chance d’être pris sous l’aile d’une cheffe monteuse expérimentée qui va lui apprendre les bases du métier, lui permettant de travailler comme petite main dans des labos de développement ou des studios de doublage. Hélas, dans ses interviews, Launois ne précise pas qui est cette mentor. Peut-être s’agit-il de Raymonde Battini, parfois créditée Jackie ou Sukie Chanteau, qui est au générique de quelques films dès la fin des années 40 et qui sera aux ciseaux et à l’adhésif sur Sacrés Gendarmes, Touch’Pas à mon Bignou et Devil Story.

C’est aussi l’occasion pour lui de rencontrer Christiane, sa future épouse, elle même monteuse sur négatif, qu’il épousera en 1952 après son service militaire. 

Une photo de booking datant probablement du début des années 1960, lorsque Bernard essaye de poursuivre son vieux rêve d'être comédien sous un pseudonyme qui semble convoquer Robert Mitchum ou Cary Grant.

C’est justement lors de son service militaire effectué en Allemagne pendant 18 mois qu’il a l’opportunité de se lancer dans la distribution. En effet, on a besoin de quelqu’un pour s’occuper du cinéma de sa caserne et notamment pour trouver auprès des maisons de distribution des films à projeter aux pioupious. Pourvu d’une petite cagnotte initiale fournie par l’armée et d’un sens déjà aigu des affaires, il commence à démarcher les maisons de production parisiennes et à revenir dans son cantonnement avec des bobines sous le bras, avant de faire payer aux spectateurs un modeste ticket d’entrée qu’il empoche au passage et qui lui permet de se dégager une petite marge bienvenue.

Dégagé des obligations militaires, il rentre à Paris et enchaîne pendant un an les petits boulots sans trouver de véritable place en rapport avec le cinéma, vivant parfois simplement sur le salaire de sa femme qui travaille dans un labo de montage. En désespoir de cause, il se paye de culot et débarque chez Paramount France, prêt à accepter n’importe quel poste du moment que c’est en lien avec le cinéma. Ce sera manutentionnaire, occasion sur laquelle il saute et qui lui permet par la petite porte de nouer des contacts et de se rendre utile. Grâce à son bagout et à ses compétences acquises sur le tas de monteur et de distributeur, il enchaîne les petits jobs techniques pour la société et finit par trouver une place de programmateur en salle dans les cinémas parisiens de la société.

A partir de 1963, il se met à son compte et restera désormais, comme il le dit lui-même, farouchement freelance, parcourant la France pour placer des films. A cette époque, pas encore de multiplexes ou de grandes chaînes trustant les écrans, mais une myriade d’exploitants indépendants gérant localement un modeste cinéma de village ou quelques salles en banlieue, et qui choisissent leurs films sur catalogue auprès de représentants placiers. 

Toujours attaché par contrat à Paramount via sa filiale ParaFrance, Bernard court le pays avec son catalogue sous le bras et propose non seulement leurs prestigieux titres américains comme français, car c'est le 4ème grand studio hexagonal, mais aussi celles d'autres sociétés françaises comme Comacico/les films Copernic de Maurice Jacquin. Un partenaire florissant qui, après avoir commencé dans la distribution dans les cinés des colonies africaines, devient dans les années 60 un producteur indépendant important de la place de Paris, faisant tourner Gabin, de Funès mais aussi lançant les carrières ciné de vedettes du boulevard ou du cabaret, de Jean Poiret à Jacqueline Maillan. 

Sur le plateau de La grande Maffia, production Films Copernic.

Le nombre de copies sur pellicule étant matériellement limité, si le petit cinéma local ne peut avoir les gros titres ParaFrance ou Copernic pleins de vedettes, faute de bobines disponibles ou à cause de tarifs trop élevés, ils peuvent en revanche se rabattre sur des productions indépendantes plus modestes mais aux affiches bariolées vendeuses, que Bernard a aussi dans sa besace, leur ouvrant un marché parallèle qu’on appellera bien vite le bis. 

C’est donc dans ce domaine qu’il va grimper les échelons dans les années 1960, voyageant dans toute la France et faisant sa pelote. Il vend les droits de ce genre de films d’exploitation importés d’Allemagne, d’Italie ou d’Espagne, mais aussi de tout un tas de petites sociétés françaises spécialisées dans le film pas cher, de plus en plus érotique, au fur et à mesure qu'éclate la libération sexuelle. Sans en avoir la preuve formelle, mais au vu de ses connections avec la galaxie Lesœur, chez qui il va même tourner comme comédien, il y a fort à parier qu’il a placé quelques pépites de chez Eurociné au passage.

Mais même s’il est commerçant dans l’âme, distribuer des films n’est pas son unique projet. Il continue un temps de se rêver comédien, tout d’abord sous le nom de Bob Cary, faisant un peu de figuration non créditée dans les années 1950, puis, comme il traîne parfois sur les plateaux, s’offre des apparitions ponctuelles sur les films de clients ou d’amis comme Daniel Daërt ou Claude Pierson, sous le nom de Bob Gary avec un ou deux R. 

Bernard apparaît furtivement en majordome dans "2 mâles pour Alexa" de Jesus Franco, pour une brève scène explicative rajoutée plus tard par Eurociné et sûrement pas tournée par Jess pour clarifier une intrigue quelque peu embrouillée.

Plus pour dépanner qu’autre chose à première vue, car il envisage surtout de passer à la production de ses propres œuvres, d’autant que pendant ses voyages pour placer ses films, il emporte aussi une machine à écrire pour rédiger des scénarios, qui ne trouvent malheureusement pas preneur. 

Ses contacts avec les salles de province lui permettent aussi d’être à l’affût des modes du moment, et même d’obtenir des précommandes qui ne seront à fournir que quelques mois plus tard ou à la saison cinématographique suivante. Avec des avances générant les provisions qui financeront le film en question, qui parfois n’existe même pas encore au moment de la réservation.

Avec son statut particulier de vendeur indépendant à la fois dans et hors du milieu, il se décide au début des années 1970 à sauter le pas et à produire son premier film personnel. Et comme il le révèle lui-même dans ses interviews, son côté ficelle ressort assez vite. Parti à quatre sur l’aventure, sans même un scénario, il arrive par ses contacts à s’assurer un prêt à la banque et évince rapidement deux de ses partenaires pour prendre le contrôle total du projet. Épaulé par une certaine Annie Fabre, dont c’est la seule participation connue à une production cinéma mais qui a des contacts dans le business et lui permet d’obtenir un château pour décor, il se lance dans l’aventure de concevoir son premier film.

Ce sera Lâchez... les chiennes tourné en 1972 et sorti en salle l’année suivante. Le scénario est écrit en 3 jours et raconte une vague histoire de trésor nazi caché dans un château autour duquel rôdent quelques aventuriers et filles faciles. 



La société Transunivers Films spécialisée dans l’érotique puis le porno (où, pour l’anecdote, un tout jeune Jean Dabadie – qui fondera plus tard la prestigieuse société de distribution Le Pacte – fait ses premières armes comme représentant placier en province) finance et distribue le film à condition évidemment qu’il y ait quelques scènes épicées au programme. La proximité du casting et des techniciens de ce film et de Pigalle Carrefour des Illusions de Pierre Chevalier, tourné la même année pour Eurociné et où Launois fait une figuration, laissent à penser qu’il y a eu des coups de main et des échanges de lieux de tournage entre Bernard et Marius Lesœur, d’autant qu’une partie de l’action se déroule là aussi dans un château. L’impossibilité actuelle de voir ce film qui n’a pas été réédité sur support vidéo nous empêche pour l’instant d’être totalement affirmatif à ce sujet.

Etonnamment, Launois délègue la distribution pour ce film : Si "Transunivers" s'occupe de Paris, c'est l'obscure société "Corodis" qui se charge du Sud de la France.

Le film reste confidentiel mais, n'ayant clairement pas coûté bien cher, il se vend suffisamment bien, y compris à l’étranger, pour que Launois rentre dans ses frais et puisse renouveler l’expérience. A noter qu’en Italie, le film est remonté par Bernard lui-même avec des scènes additionnelles pornographiques pour devenir Pénétration, avec une mystérieuse Jasmine La Rouge en vedette…

Comme ça marche et que l’érotique se vend bien, il récidive en 1975 avec Le Gibier alias Les Dépravées du plaisir, narrant les turpitudes de grands bourgeois partouzeurs de droite qui enlèvent de jolies jeunes femmes lors de chasses privées. Ce film érotique sort aussi dans certaines salles spécialisées lardé d’inserts pornos au grand dam de Charlotte de Turkheim, jeune comédienne débutante à l’époque qui n’a qu’une courte et bien innocente scène où elle fait du vélo avec une amie dans les bois, et qui apprécie peu de voir qu’à l’image ses scènes sont entrelacées d’autres plus salaces et tournées à un autre moment où des hommes se masturbent en les voyant. Paye ton effet Koulechov. Étonnamment le film ressortira brièvement quelques années plus tard avec le nom de l’actrice en gros sur l’affiche.

Puis c’est en 1976 Les Machines à Sous alias Pigalle Story qui se voudrait une comédie pittoresque sur les macs et leurs protégées aux dialogues pleins de bons mots à la Audiard, avec l’ineffable Olivier Mathot en Julot casse-croûte. Un truc d’une mollesse insigne que l’ami Zord a chroniqué sur le site et sur laquelle je ne reviendrais pas en détail. Si ce n’est qu’il fut réédité en version hard sous le titre Sex Hôtel quelques années plus tard. Bernard jure ses grands dieux qu’il n’a pas participé à ce caviardage et au vu de l’absence de scrupules du petit monde de la distribution de l’époque, nous sommes prêts à lui accorder le bénéfice du doute.

Launois s’aventure brièvement dans le porno véritable en 78 avec La Grande Suédoise connu aussi sous le titre Partouzes franco-suédoises, sous le pseudo de Bernard Law, unique expérience sans grand relief qui ne semble pas l’enthousiasmer plus qu’autre chose, car il ne persévère pas dans le X.

Un titre qui se suffit à lui-même...

A l’orée des années 80, Bernard veut monter en gamme et sortir une vraie comédie populaire avec des stars bankables. Pour cela il repère dans une librairie un livre à succès : Sacrés Gendarmes de Jean-Charles, déjà responsable de La Foire aux Cancres, compilation des meilleures perles d’élèves et qui a ici décliné ce concept aux situations les plus improbables des procès verbaux de la gendarmerie (il fera fortune sur ce concept en variant les professions, des médecins aux facteurs). Le titre est connu, la couverture ferait une bonne affiche, les salles contactées pour les précommandes sont intéressées, les poulets aux œufs d’or n’attendent plus que d’être cuisinés.

Il négocie les droits du bouquin avec son auteur sur un coin de table au restaurant, contre une grosse somme et la vague promesse d’une participation au scénario, mais est surtout bien décidé à ne laisser personne lui voler la vedette de ce qu’il considère comme son grand projet. Ce coup-ci, il écrit, tourne, produit et distribue. 

Il s’entoure d’une belle brochette de comédiens de boulevard pour un tournage à Flassans dans le Var, histoire de se donner une grosse vibe Gendarme de St Tropez : Jacques Balutin, Sim, Robert Castel, Daniel Prévost, Ibrahim Seck. Le film, chroniqué chez nous par le camarade Sbel, aligne les blagues hors d’âge voire carrément gênantes, et montre toutes les limites de Launois en tant que scénariste et metteur en scène.

D’autant que les comédiens, qui semblent particulièrement blasés et paraissent surtout attendre leur chèque et le prochain repas à l’auberge du village, ne sont qu’à une infime portion de leur vis comica.

Faut dire aussi que sur le plateau, le caractère entier de Launois, qui se considère comme le seul maître à bord et compte bien ne laisser personne et surtout pas ses comédiens interférer avec son script forcément génial, n’encourage pas à s’investir. Bernard s’accrochant particulièrement avec Prevost, habitué à improviser et à cabotiner sur ses tournages.

Si le film n’est pas très bon, il dépasse les 500 000 entrées en mars 1980 et s’avère rentable pour Launois, qui a monté sa maison de production Lancaster pour l’occasion. La même année, il bat le fer tant qu’il est chaud avec Touch'pas à mon Biniou qui emmène Sim en Normandie pour une comédie particulièrement poussive, que le courageux Nikita a exploré pour nous. Il s’offre même une courte scène tout en grimaces et en tics nerveux. En interview, Launois prétend qu'il ne voulait pas le faire, ne considérant pas Sim comme un acteur capable de porter seul un tel projet et qu'il ne l'a finalement réalisé que pour faire plaisir à un ami. Devant le j'm'en foutisme du résultat, on peut le croire. Le film sort en décembre et fait royalement 10 000 entrées, douchant les ambitions de Launois pour plusieurs années. Même si ce dernier, toujours malin, réussira à le refourguer quelques années plus tard en vidéo.

 

Festival Launois qui, par ailleurs, n'hésitait à affirmer que de Funès lui avait piqué des scènes dans ses gendarmes.

Bernard met sa carrière de cinéaste en pause pour 5 ans pour se consacrer pleinement à ses activités commerciales de distributeur, même si le système qui lui a permis de vivre est en cours de restructuration avec la fin programmée des indépendants. Les salles de quartiers disparaissent progressivement ou ne se tournent plus que vers du X débité au kilomètre.

En 85 il flaire le bon coup en se tournant vers un genre un peu en friche dans notre pays, mais qui marche fort en salle et en vidéo : le cinéma d’horreur. Il peut damer le pion des Américains et rafler la mise. Ce sera son magnum opus : Devil Story alias Il était une fois le diable

Il a un budget de 500 000 francs (soit en tenant compte de l’inflation environ 160 000 euros actuels), des décors normands un peu gothiques en tête et un scénario aussi incompréhensible qu’ampoulé à base de village de pêcheurs maudit, de momie, de bateau pirate avec un trésor, de cheval du diable traqué par un maniaque défiguré à la Jason en costume de SS, bref un gigantesque gloubi-boulga où il fourre tout ce qu’il croit connaître du genre. Et si y a tout, ça doit forcément marcher ! 

Oui, le film est aussi bordélique que son matériel promo.

Le film a déjà été largement décrit sur le site par votre serviteur, et m’a fait à titre personnel entrer en nanardise comme on prend l'habit chez les bénédictins. Si tout est cataclysmique et fascinant à l’image, les conditions de tournage le sont tout autant. Bernard, toujours aussi autoritaire, se fâche avec son acteur Marcel Portier, incapable de dire son texte et de manier un fusil en même temps, ou qui a peur du cheval du Diable censé représenter la menace principale du métrage au point de refuser de tourner avec. Il a prévu un tournage intensif façon crunch avec les techniciens les moins chers possibles et trouve surtout que son équipe, des ringards d’après lui, sont beaucoup trop syndiqués à son goût et traînent les pieds en essayant de gratter des heures supplémentaires (alors que lui, c’est bien connu, fait tout ça pour l’amour de l’art). Caractériel, il finit par virer tout le monde au bout de deux semaines et se retrouve avec 55 mn de rushs exploitables. Qu’à cela ne tienne il va, comme l'avait fait avant lui Godard selon ses propres dires, "tirer sur la pellicule" et rallonger certaines scènes avec tous les plans disponibles, quitte à les délayer au maximum, et en rajouter d’autres tournées à l’arrache en forêt où c’est lui-même et sa famille qui viennent jouer les comédiens de complément.


Bernard en est réduit à jouer les victime du monstre... interprété par son fils Pascal sous pseudo.

Christiane Launois interprétant la victime suivante...

Le résultat est tellement désastreux et incohérent que lorsque Véronique Renaud, l’actrice principale, découvre le film lors de la première projection publique dans son village de Saône et Loire, elle s'en va supplier le projectionniste d’arrêter la séance et décide d’abandonner le cinéma dans la foulée.

Le film fait un four en salle mais, toujours malin, Launois arrive avec les années à fourguer celui-ci jusqu’aux États-Unis. Néanmoins l’affaire met un coup d’arrêt à ses ambitions d’auteur. Au milieu des années 80, le cinéma bis et européen est moribond et Bernard, dépassé, n’est plus à la page pour le monde de la télévision, qui est désormais le principal employeur de la production à petit budget chez nous. Sans se décourager, il multiplie les envois de scénarios, de la comédie au thriller, aux responsables de chaînes qui, prudemment, ne donnent pas suite.

Sans jamais se décourager, Bernard Launois fourbit des dizaines de scénars qui ne trouvent bizarrement jamais preneurs.

Pendant ce temps, les activités d'Albatros Distribution, la dernière société en date de Bernard, commencent aussi à battre de l’aile. Le premier coup dur fut la mort en 1975 de Maurice Jacquin, patron de Copernic, société de production avec laquelle Launois avait pas mal travaillé et qui cesse ses activités. Mais c’est surtout au début des années 80, alors que tout le secteur du cinéma entre en restructuration, que son business model de représentant placier s’épuise. 

Même si notre pays s’en sort mieux que nos voisins européens, les entrées en salle des films français marquent le pas face à la télé et à l’essor de la VHS. Sous l’impulsion du ministère de la Culture, les fusions acquisitions et les regroupements sont encouragés pour avoir des groupes capables de tenir le choc et faire face à la concurrence des Américains. Les salles de cinéma indépendantes commencent à être rachetées en masse par des UGC, Pathé et autres Gaumont qui rationalisent leurs grilles de diffusion. ParaFrance fait partie des perdants de cette recomposition : accumulant les mauvais résultats, la firme se voit contrainte d’arrêter ses activités et de vendre son parc de salles en 1986 avant de disparaître en 1993.

En perdant ce partenaire historique, Launois comprend bien qu’il faut se reconvertir et profite de l’occasion pour leur racheter les 4 salles du Delta à Saint-Maur-des-Fossés, en banlieue parisienne, avec ses fils David et Pascal. Il remonte les chiffres de la salle en déclin, qui redevient rentable, et peut désormais, au début des années 2010, prendre sa retraite dans cette ville. Pour l’anecdote, les enfants Launois conserverons cette salle jusqu’en 2018 avant de la céder à la municipalité pour financer la construction d’un multiplexe Megarama dans la zone commerciale voisine de Pince-Vent.

Avec sa famille et ses employés devant son cinéma.

Bernard n'a pas totalement renoncé à l'idée d'un dernier tour de piste, malgré l'envoi infructueux de ses scénarios au SACD. Il conserve encore les bobines de ses films et son matériel de montage dans son garage et, sur les réseaux sociaux, parle à qui veut bien l'entendre d'un éventuel Sacré Gendarmes 2 avec Isabelle Nanty et Jean-Pierre Castaldi.

Ou de Stalag 41 où un Juif, un Musulman et un Sénégalais (représenté symboliquement par le logo Banania) s'évadent d'un camp allemand pendant la guerre, ou encore de Omaha Beach qui se propose de rejouer le débarquement en Normandie. Et ce ne sont là qu'une petite partie des projets qu'il espère mener à bien.

La redécouverte de ses films, grâce notamment à notre site, permet à Launois de les faire revivre en DVD ou en Blu-Ray, s'étalant sans langue de bois dans les interviews sur ses problèmes lors de tournages et retrouvant très vite sa roublardise, pour le dire poliment, dès qu'il s'agit d'argent. Ses propos bruts de décoffrage en disent souvent long sur ses prétentions et son aveuglement ("Devil Story, plus il vieilli plus il s'affine, et se rapproche de plus en plus de la vie au naturelle, c'est du cinéma de demain").


Nous ne nous étalerons pas en détail sur ses sorties tonitruantes et plutôt embarrassantes sur les réseaux sociaux, devenus un exutoire à la frustration de ne pas avoir réussi à décrocher le succès qu'il aurait dû avoir selon lui. Nous ne pouvons cacher aussi que sur les dernières années de sa vie, le réalisateur semblait ne plus incarner que l'évolution Pokemon ultime du poujadisme. Ses posts sur les réseaux sociaux étaient devenus ouvertement complotistes, racistes, antisémites et homophobes, au point de provoquer la désaffection de nombreux fans, et de l'équipe de Nanarland. En témoigne sa réponse fort peu courtoise aux déclarations de Charlotte de Turkheim sur l'épisode du Gibier évoqué plus haut.

Nous préférons retenir une carrière absolument hors norme qui traverse 50 années de cinéma français et nous laisse ce diamant brut qu'est Devil Story.

Et s'il ne restera probablement pas dans les manuels d'Histoire du 7ème art, son oeuvre est entrée à jamais dans notre panthéon nanarlandais du cinéma.

Dans son bureau, continuant à travailler jusqu'au bout, des projets plein la tête.

 

Sources :

Bernard Launois, une vie sur pellicule, de Romain Plourde 

Sim : la politesse du rire, de Maxime Delavant

Ciné Dweller

Gente di Respetto (en italien)

- Rico -

Films chroniqués

Filmographie

1985 - Devil Story / Il était une fois le Diable (scénariste - acteur non crédité - réalisateur)

1980 - Touch' pas à mon biniou / Gueule de vacances (scénariste - acteur - réalisateur)

1980 - Sacrés gendarmes / Drôles de gendarmes (scénariste - réalisateur)

1977 - Une cage dorée (acteur non crédité - scènes reprises de Pigalle carrefour des illusions)

1976 - Partouzes franco-suédoises / La Grande Suédoise (scénariste - réalisateur sous le nom de Bernard Law)

1976 - Les Machines à sous / Pigalle Story / Sex Hôtel (scénariste - réalisateur)

1975 - Les Dépravées du plaisir / Le Gibier (scénariste - réalisateur)

1973 - Les Infidèles (acteur)

1973 - Lâchez... les chiennes / Les Chiennes (scénariste - réalisateur)

1973 - Pigalle carrefour des illusions (acteur-non crédité)

1973 - Le Dingue (acteur non crédité)

1971 - Deux mâles pour Alexa (acteur non crédité)

1971 - Caroline mannequin nu (acteur)

1971 - Chaleurs (acteur)

1970 - Une femme libre (acteur)

1970 - Caïn de nulle part (acteur)

1956 - Pitié pour les vamps (acteur non crédité)