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The Boss Man

(1ère publication de cette chronique : 2026)
The Boss Man

Titre original : The Boss Man

Titre(s) alternatif(s) : Aucun

Réalisateur(s) : JJ Stomp

Producteur(s) : JJ Stomp, Raynald La Rochelle

Année : 2022

Nationalité : Etats-Unis

Durée : 1h42

Genre : Ceinture noire 3ème âge

Techniciens : TJ Myers, JJ Stomp, Raynald La Rochelle, Joseph Lee Michael, Vicky-lee Valentino, Ian Lauer, Dawna Lee Heising, Mariano 'Big Dawg' Mendoza, Rory Leidelmeyer

John Nada
NOTE
2 / 5

Alerte à Mar-a-Lago.


Alexander Prudhomme, vieillard décrépi sublime spécimen de mâle alpha en pleine force de l’âge, est un homme accompli. Son sens inné des affaires lui permet de réussir tout ce qu’il entreprend. Il porte des pompes et des costards qui chient la classe, roule en Lamborghini, et habite une villa au style porno chic à la Dorcel, avec piscine entourée de colonnes en faux marbre et de statues pseudo-grecques, comme tous les puissants de ce monde qui ont tout compris à la vie. Il est marié à une poupée blonde à forte poitrine qui brûle d’un constant désir pour lui. Il maîtrise les arts martiaux et probablement la plupart des positions du Kamasutra. Quand il paraphe distraitement des contrats avec des magnats du pétrole ou des rock stars, tout le monde loue son talent avec ferveur et répète au moins trois fois de suite qu’il est un businessman exceptionnel. Alexander Prudhomme est paré de toutes les vertus existantes ou à inventer et il sent toujours bon sous les bras. Limite, on sent que le gars a le potentiel pour réduire à lui seul le déficit public de tous les pays de l’OCDE, relancer le plein emploi, et sans doute aussi la natalité.

Alexander Prudhomme (interprété par Raynald La Rochelle) gagne des millions rien qu’en répondant oui ou non au téléphone d'un air blasé…

…ou en serrant des mains à des super vedettes du showbiz'.

Fun fact : sa piscine est tellement cool que les magnats du pétrole qui viennent signer des contrats veulent tous être pris en photo devant.


Pourtant, son chauffeur et garde du corps Greg, qu’il a toujours traité avec égards, trahit sa confiance en lui dérobant de l’argent. Comment as-tu pu Greg ? Avec tes sourcils constamment froncés, ton air menaçant, ton crâne rasé, tes tatouages et ton langage hostile, tu avais pourtant l’air d’un si bon garçon. Viré sur-le-champ, Greg annonce à Alexander qu’il l’attaque aux prud'hommes reviendra se venger. Plutôt que déposer une main courante, Alexander le balance dans la piscine d’un coup de pied retourné dans le ventre.

Ce gredin de Greg découvre les joies de la rupture conventionnelle.


Tout mouillé, Greg annonce que puisque c’est comme ça, il se vengera encore plus. C’est l’escalade dans la violence, l’ensauvagement de la société, mais où sont les médiateurs sociaux ? Parti fomenter sa vengeance en boudant, Greg est remplacé par le sympathique James, qui gagne la confiance absolue de son nouvel employeur en moins de 30 secondes.

Greg est interprété par Joseph Lee Michael, qui jouait l’inoubliable Brutal dans Fight of Fury, et Master Joelee dans The Match-Stick Flame.


Entre James et Alexander, le courant passe immédiatement car les deux hommes se découvrent de nombreux points communs. Comme Alexander, James est lui aussi un sublime spécimen de mâle alpha dans la force de l’âge. Il est lui aussi marié à une poupée blonde à forte poitrine qui brûle d’un constant désir pour lui. Comme Alexander, il maîtrise les arts martiaux et vraisemblablement la plupart des positions du Kamasutra. En plus d’être le chauffeur et garde du corps d’Alexander, James dirige son propre dojo, et il devra employer tout son talent courage pour protéger son employeur contre le fourbe Greg, mais aussi contre l’infâme Tom, le-bras-droit-souriant-du-boss-qui-en-fait-est-un-traître.

James, interprété par un JJ Stomp de toute évidence ravi du rôle qu’il s’est écrit sur mesure.


Alors que Nanarland vient de passer le cap des 25 ans d’existence, on nous pose assez régulièrement des questions comme « Est-ce que vous arrivez encore à trouver de nouveaux nanars ? », « Est-ce que le nanar n’appartient pas au passé ? » ou « Avec tous les films méta volontaires qui sortent maintenant, est-ce que le nanar n’est pas mort ? ». Des interrogations légitimes, parce qu’on peut effectivement avoir le sentiment que Nanarland a un peu fait le tour du sujet (les ninjas hongkongais, les post-nukes ritals ou philippins, le cinéma d’exploitation turc…) et que les productions méta usinées par Asylum et consorts genre Sharknado ou Velocipastor, c’est clairement pas notre truc. Et avec la perspective d’avoir très bientôt des films entièrement générés par l’IA, comment en effet ne pas considérer les sympathiques nanars organiques des années 1970 et 1980 comme les regrettées reliques d’un âge d’or révolu ?

En fait, certains parlent du nanar comme si c'était une énergie fossile, une quantité de matière figée, comme des strates filmiques du passé, avec encore parfois la découverte de quelques maigres gisements ça et là, mais dont la quantité ne croît plus, et qui finira donc inévitablement par s'épuiser.

Sauf que non.

Définitivement non.

Parce que tant qu’il y aura des films, il y aura des nanars. Parce qu’on découvre toujours de nouvelles perles. Et parce qu’on voit notamment fleurir ces derniers temps des flopées de vanity projects, des Fight of Fury et des Toxic Obsession qui arrivent encore à nous surprendre et nous faire rire par leur maladresse, leur naïveté, leur prétention, leur bêtise. Si les nanars des années 1970-1980 sont une énergie fossile, ces nanars d’ego-sploitation des années 2010-2020 sont de l'énergie renouvelable, avec des acteurs-réalisateurs dont l’ego rayonne suffisamment pour alimenter des hectares de panneaux photovoltaïques, et qui brassent au moins autant de vent que des champs entiers d'éoliennes.

Le budget chirurgie esthétique sur cette photo de tournage doit largement exploser celui du film.


La petite originalité avec The Boss Man, c’est qu’on a affaire à une sorte de vanity project au carré, conçu pour élever sur un piédestal non pas un mais deux individus. Le film est en effet écrit et réalisé par JJ Stomp, produit par Raynald La Rochelle et JJ Stomp, avec en vedette Raynald La Rochelle et JJ Stomp, qui ont donc mis leurs ressources en commun pour se payer ce pur délire égotique, intégralement conçu pour célébrer leur culte et les porter aux nues. Auprès de quelles foules d’adorateurs ? La question n’est pas tranchée, et semble devoir rester éternellement en suspens vu l’absolue nullité du résultat.

Raynald La Rochelle, canadien originaire du Québec, dit avoir grandi dans une ferme et n’avoir découvert les arts martiaux qu’à 25 ans. En 1980, malgré sa maîtrise approximative de l’anglais, il part tenter sa chance en Californie et trouve du travail comme électricien dans le BTP, mais aussi les studios de cinéma. En parallèle de son travail, il continue à pratiquer les arts martiaux, raconte avoir eu comme prof la légende Benny « the Jet » Urquidez, et décroche son premier petit rôle (non crédité) dans Full Contact (1990) avec JCVD. Par la suite, il fait un peu de figuration et quelques cascades sur de petites productions ou séries TV, mais sans jamais percer. Il semble en revanche avoir bien réussi financièrement, sans que l’origine de sa fortune soit connue – peut-être a-t-il fondé sa propre entreprise d’électricité générale. Raynald garde jalousement secret son âge, mais si l’on suit la chronologie de son récit, il est vraisemblablement né vers 1955, ce qui lui donnerait environ 67 ans dans The Boss Man.

Raynald La Rochelle aux côtés de Benny « the Jet » Urquidez (véritable légende des arts martiaux, qui a travaillé sur un paquet de films comme acteur et chorégraphe des combats).


JJ Stomp, de son vrai nom Sonny Phoumy Syonesa, est lui né à Bueng Kang, au Laos. Il garde secret son âge avec la même pudeur de vieille dame que son copain Raynald, mais il dit être arrivé aux Etats-Unis en 1980 pour y terminer ses études à l’université du Minnesota. Il pourrait donc être né au début des années 1960, et avoir environ 60 ans dans The Boss Man. Côté business, JJ Stomp dit avoir créé plusieurs entreprises, en gérant jusqu’à trois en même temps et en manageant jusqu’à 150 équipes de vendeurs sur tout le territoire américain. Côté tatami, il raconte avoir pratiqué plusieurs styles d’arts martiaux, en particulier le Zang Seek Mai ou Elephant Stomp (style proche du Muay Thai mais avec de nombreuses techniques de piétinement) d’où lui vient son pseudo.

Avec toute la modestie qui sied à ce genre de personnage, JJ Stomp se présente sobrement comme « un homme d'affaires, un artiste martial, un réalisateur, un producteur, un écrivain, un cascadeur et un acteur. » Lourdement retouchées ou générées par l’IA, la plupart des photos qu’il poste sur les réseaux sociaux le métamorphosent en éternel jeune premier, coiffé d'une moumoute numérique aussi crédible qu'une promesse électorale.

Malgré son profil très « Nanarland-compatible », JJ Stomp a longtemps été un faux-ami du nanar, tapinant aux portes de notre site sans jamais oser franchir le pas. Dans John Kincaid Unleashed (2017), il s’était écrit un rôle de super agent secret / expert en arts martiaux / père courage, accomplissant les missions les plus périlleuses afin de financer son école pour orphelins. Il y versait déjà, sans rougir, dans une egosploitation éhontée, avec une remarquable absence de rythme et de talent.

Dans In3Dragon : The Unseen Fist (2022), Stomp multiplie à nouveau les casquettes (scénariste, producteur, acteur, réalisateur…) en réussissant l’exploit surhumain de ne progresser dans aucun domaine. Comme dans l’intégralité de sa filmographie, Stomp s’y révèle toujours aussi désarmant de non-talent, gênant au-delà du raisonnable dans les scènes de romance, et anti-charismatique au possible.

Le « cinéma » de Stomp, c’est toujours extrêmement mauvais et maladroit as fuck, avec un acting atroce, des effets spéciaux en images de synthèse indéfendables, quelques passages furieusement ringards, mais aussi plein de scènes inutiles avec des gens qui se disent bonjour, mangent ou boivent du vin, de longs combats très mal filmés, et des morceaux de feel good music insipides qui s’enchaînent presque en continu.

The Boss Man ne fait pas exception, mais c’est sans doute l’opus qui flirte le plus ouvertement avec le nanar. Cette allumeuse de Stomp n’ose toujours pas franchir le seuil, mais il daigne cette fois exhiber une jambe poilue dans l’entrebâillement de la porte, enhardi peut-être par la présence de son comparse Raynald, et les folles promesses de ce mollet au galbe coquin auront suffi à émoustiller l’auteur de ces lignes. JJ Stomp, c’est mon crush nanar du moment, mon nouvel acteur mauvais préféré.



Vous vous en doutez bien, l’intérêt de The Boss Man ne réside pas dans son intrigue – aussi captivante que la lecture de l'annuaire des marées – puisque les sombres plans des méchants vont évidemment se heurter aux phalanges de nos fringuants héros, bien que ces derniers soient aussi crédibles en justiciers invincibles que deux caniches frisottés en chiens d'attaque. Non, le principal intérêt du film, c’est ce qu’il révèle de la psyché de ses créateurs : comment ils se perçoivent, ou plutôt comment ils voudraient être perçus. Leur conception du monde, de l’amour, et des rapports humains en général. Et c’est peu dire qu’il y a du boulot pour les sociologues et les psychanalystes…

Les Double Dragon du troisième âge.

En face, Pinpin le malin est venu avec toute sa bande.

Ton règne de terreur vestimentaire prend fin aujourd'hui, Pinpin !

Les Lopez du 6-3, toujours en forme.

Sans surprise, les Ryu et Ken du service gériatrique ont triomphé sans forcer.

Pinpin le malin est défait, il bavouille sa capsule de faux sang en ânonnant son texte…

…et nous gratifie d’un joli regard caméra. Pas grave, la prise est bonne les copains, on la garde.


Soyons clairs : le problème de The Boss Man n’est pas juste que ses protagonistes soient vieux. Pour rappel, Clint Eastwood avait 60 ans passés dans Impitoyable (1992), Michael Caine 75 ans dans Harry Brown (2009), Denzel Washington 68 ans dans Equalizer 3 (2023), Sylvester Stallone 77 ans dans Expendables 4 (2023)… Le problème de The Boss Man, c’est que ses protagonistes soient vieux et n’assument pas leur âge, en s'attribuant des rôles de jeunes premiers dans lesquels ils sont ridicules. C’est d'ailleurs un trait commun aux vanity projects. Tommy Wiseau (The Room), John De Hart (Champagne and Bullets), Jag Pannu (Toxic Obsession), Neil Breen, Jimmy Williams (Dans les griffes du dragon d'or),  Shuny Bee (Fight of Fury) : on sent les vieux frappés d’insécurité émotionnelle, et dont chaque geste, chaque parole hurle silencieusement leur besoin d’être rassurés sur leur force physique et leur capacité à plaire aux femmes.

Le vanity project comme objet narcissique thérapeutique.

Problèmes d’auto-dévalorisation ? Sentiment d'infériorité aux autres ? Faites péter votre Livret A et produisez un film dont VOUS êtes le héros !


Encore plus efficace qu’un shoot de testostérone, un film les mettant en vedette – même très mauvais – semble pouvoir leur apporter le boost de confiance dont ils ont cruellement besoin. The Boss Man prend ainsi des allures de thérapie "restauration de la confiance et de l'estime de soi" pour les deux héros producteurs. En fait, le film est à l’image de leurs publications sur les réseaux sociaux, où on peut scroller à l’infini sur leurs selfies pris dans des voitures de luxe, des salles de muscu, ou au bras de créatures déformées par le collagène, le silicone et le botox. Étincelants d'arrogance, éblouissants de bêtise : c’est le culte des apparences, la glorification de la vanité, l’idolâtrie du superficiel. Une célébration décomplexée des signes extérieurs de richesse, dans laquelle l’ami Rico voit carrément l'incarnation de la réalité alternative du trumpisme.


The Boss Man agit presque comme un filtre Instagram à l’échelle d’un long-métrage : une version fantasmée de ses auteurs, corrigée, embellie, héroïsée.

Alexander et James nous sont introduits via des gros plans sur leurs chaussures, avec pompes de parrain de sous-préfecture pour le premier…

…et pour le second, des croquenots bling-bling qui, hélas pour lui, brillent plus que son avenir dans le cinéma.

Double Impact en jet privé,
Experts en high kicks et en tire-bouchons,
C’est la Fureur du Pinard, du Bourgogne-Karaté,
Y a-t-il un sommelier dans l'avion ? 


Cette ambiance assez unique de riches retraités qui font leur film a vraiment quelque chose de fascinant. On sent qu'ils ont mené leur projet en totale indépendance, comme ils l'ont voulu. Ça se la joue cossu et huppé mais, paradoxalement, ça pue la misère. Ça se voudrait classe et chic, mais c'est clinquant et mal branlé. Les deux vedettes font preuve d’autant de psychologie et d’épaisseur que dans une rédaction d’élève de 6ème, et les protagonistes autour d’eux passent leur temps à les complimenter, en leur répétant comme un mantra qu'ils sont beaux et forts et brillants, alors que toutes leurs actions à l’écran nous montrent précisément le contraire. Lent et raide comme un lombalgique sous anti-inflammatoires, Raynald La Rochelle se révèle particulièrement peu crédible comme artiste martial, et pire encore comme comédien. JJ Stomp s’en sort lui un tout petit peu mieux dans les scènes de combat, mais traverse le film avec un air de babouin ravi qui anéantit toute tentative de le prendre au sérieux. Associés à l'écran, les deux lascars forment ainsi l’un des duos de films d’action les plus nazes qu’on puisse imaginer, de vrais champions de la nullité. Un exploit d'autant plus remarquable qu’en 25 ans de plongées en eaux troubles sur Nanarland, on pensait avoir établi des références à peu près insurpassables en la matière.

Je vous préviens les gars, j'ai de gros muscles, une grosse voiture et un gros zizi, compris ?

Ouais moi aussi, tout pareil que mon copain ! (le face palm du type en arrière-plan vaut tous les commentaires du monde)


Leur conception de la gent féminine est pas mal non plus. Dans l’univers de The Boss Man, un sourire de phallocrate et une main aux fesses suffisent à faire pâmer d’extase n’importe quelle femme. Les compagnes des deux héros sont des épouses forcément comblées, puisqu’ils les couvrent de cadeaux et leur répètent sans cesse qu’elles sont « so hot » ou « so sexy » même si, quand ils regardent leur partenaire dans les yeux, on sent que c'est surtout pour y contempler leur propre reflet et y lire l'admiration transie qu'elle leur porte.


L'ÉPOUSE IDEALE SELON JJ STOMP :

Le matin, l'épouse idéale se languit de son mari, parti travailler.

Le soir, dans la cuisine, l'épouse idéale se languit toujours de son mari.

Dieu soit loué, le voici enfin de retour !

Maintenant qu’elle a fait à manger, l'épouse idéale va pouvoir remplir sa deuxième fonction.

C'est amusant aussi d'observer comme chacun tire la couverture à lui sur les réseaux sociaux. À l'écran, le duo joue la bromance virile et soudée mais dans la vraie vie, JJ Stomp et Raynald La Rochelle se tirent la bourre et postent chacun de leur côté des visuels laissant penser qu'ils sont la seule et unique vedette de The Boss Man.


Cela dit, il a quand même des copains sympas JJ Stomp car de film en film, son casting lui reste fidèle, invariablement composé des mêmes figures fripées qui jouent tous comme des patates avariées, et de la même galerie de vénérables "Grand Maître Machin" et "Sifu Truc" (des profs d’arts martiaux du coin). À vrai dire, il y a une sacrée galerie de seconds couteaux, tellement émoussés qu'on hésite à les qualifier même de couteaux, et qui donne à The Boss Man les allures d’une « Ferme des célébrités » de l’apocalypse. Il y a notamment Dawna Lee Heising, une ancienne reine de beauté de près de 70 ans. Rory Leidelmeyer, un culturiste qui fut Mr. America en... 1985. Mariano 'Big Dawg' Mendoza, haltérophile, boxeur et combattant de MMA dans une autre vie. Eve Vice, une rousse à forte poitrine qui collectionne les petits rôles dans les productions Asylum. La femme de James / JJ Stomp est jouée par TJ Myers, une fidèle des productions Z du tâcheron texan Bret McCormick (on a pu la voir dans Repligator, Bio-Tech Warrior et Time Tracers). Fait amusant : même si The Boss Man n’est clairement pas au niveau de Fight of Fury en termes d’intérêt nanar, les castings des deux films entretiennent des connexions puisque dans Fight of Fury 2, on retrouvera Joseph Lee Michael dans le rôle de Brutal mais aussi TJ Myers, qui jouera la nouvelle compagne de Shuny Bee, et même Raynald La Rochelle annoncé dans le rôle de Turbo (le temps de quelques flashbacks peut-être).

The Boss Man est terriblement mauvais, ringard, fauché, mal fichu et mal joué. Sur le fond et la forme, c’est du nanar de A à Z. Mais c’est malheureusement mou, avec des dialogues qui évoquent trop souvent d'interminables parties de tennis verbales, tendance échange de fond de court pendant dix minutes, et des scènes vides d'intérêt qui par moments rendent le film aussi excitant que de regarder de la peinture sécher sur un mur en placo-plâtre. En fait, c'est un de ces nanars où aucune scène ne surnage vraiment, mais qui valent le coup d'œil pour leur ambiance générale. Néanmoins, il faudrait être un nanarophile vraiment blasé pour rester complètement insensible aux tenues vestimentaires de JJ Stomp (il en change toutes les cinq minutes), les cheveux d'une couleur de goudron frais de Raynald La Rochelle, l'esthétique porno chic qui rappelle souvent le Kill for Love de Pallardy, et ce goût du kitsch qui s'exprime à tout propos, de façon si primesautière, via des flashbacks avec filtres sépia, d'inexpliquables plans de coupe sur des perroquets ou des colibris sans doute achetés sur des banques d’images libres de droits, ou encore des feux d'artifice ajoutés en post-production pour sublimer l'amour et la romance.

Chez John Woo, il y a des colombes. Chez JJ Stomp, des perroquets et des colibris.

Soirée chic chez nos amis, pyrotechnie choc de chez Gifi.


Et comment rester de marbre devant ces fusillades dans des terrains vagues, agrémentées de bullet time et d’explosions en CGI premier prix ? Comment ne pas pouffer de rire devant un JJ Stomp impavide qui fait des petits sauts nanars et des roulades au ralenti, ou qui mitraille du méchant tout en s’efforçant de rassurer sa femme au téléphone (quel homme !) ? Ou lors de l’inévitable « grand affrontement final », où Fric et Froc nous simulent une montée d’hormones et défient Greg et sa clique en combat singulier, sous le regard de leurs compagnes qui font de gros efforts pour avoir l’air impressionnées ?

Des CGI qualité premium dignes de Birdemic.

Mon Dieu, est-ce que ce sont des coups de feu que j’entends ?

Mais non ma chérie, c’est le patron qui fait un peu d’aérophagie, ha ha ! Allez, fais-toi belle pour ce soir et laisse-moi travailler maintenant.

The Boss Man carbure au fan service, à destination du seul et unique fan de JJ Stomp : lui-même.

Comme le disait Daniel Prévost, « Faire un mauvais film, c'est quand même beaucoup moins grave que d'attaquer une vieille », alors que JJ Stomp et ses copains s’amusent à faire des films, c’est très bien, c’est un loisir créatif complet et c’est bien plus amusant que d’aller voir un psy. Et puis il a l’air plutôt gentil JJ Stomp, et définitivement moins cringe que Neil Breen ou Tommy Wiseau. Mais tout de même… avec un égo pareil, je ne peux pas m’empêcher de penser que si ce type était Président avec les pleins pouvoirs, il vrillerait complètement de la carafe et nous imposerait un violent culte de la personnalité à faire rougir n’importe quel Grand Timonier ou Leader Suprême. On se retrouverait avec des panneaux géants et des statues à l’effigie de JJ Stomp à chaque coin de rue, les écoliers et fonctionnaires seraient contraints de chanter ses louanges chaque matin au garde-à-vous devant son portrait, et les moins fervents seraient expédiés dans des goulags où on les ré-éduquerait en leur faisant visionner ses films en boucle. Après tout, quand on regarde MSG: The Messenger sans connaître le casier judiciaire de Gurmeet Ram Rahim Singh, on pourrait lui aussi lui trouver un air sympa.

JJ Stomp simule une montée d'hormones.

Comme chez les cervidés, le combat de mâles se déroule sous le regard impuissant des femelles.

Grand concours de testostérone : chez les Lopez du 6-3 aussi, la parade nuptiale vient de débuter.

Par amour, par héroïsme, par égo, JJ Stomp se sacrifie pour protéger sa femme. La scène que JJ Stomp a écrite pour JJ Stomp, réalisée par JJ Stomp, jouée par JJ Stomp, montée par JJ Stomp, et admirée par absolument personne à part JJ Stomp.


Dans son dernier quart d’heure, The Boss Man bascule dans une dimension qui ne saurait être appréhendée sans recourir au vocabulaire de l'hagiographie. Ayant sacrifié son corps glorieux pour sauver son épouse, JJ Stomp gît désormais dans son lit d'hôpital avec la sérénité christique d'un martyr en attente de béatification. Débute alors un interminable chemin de croix hospitalier, durant lequel l’épouse éplorée, transformée en pleureuse professionnelle sortie d’une tragédie antique, répète à qui veut l’entendre son sempiternel « He took a bullet for me, you know! », comme une litanie sacrée destinée à graver dans le marbre la grandeur christique du héros. Autour du lit médicalisé devenu autel, amis, infirmières et médecins défilent avec la gravité compassée de disciples au pied du Golgotha, tandis que JJ Stomp, le teint frais, repose dans un coma si paisible qu’on croirait surtout voir un type en train de faire une sieste après le buffet du tournage.

Il ne manque plus que les cierges et l'encens. Et un petit halo lumineux au-dessus du crâne de JJ Stomp.

He took a bullet for me, you know!

TJ Myers, réduite au rang de pleureuse professionnelle digne des funérailles d’un pharaon ou d’un dictateur soviétique.

Vu le niveau d’anglais, on suppose que c’est JJ Stomp lui-même qui a dû taper le texte…

Cerise sur le gâteau : l'emploi intensif de stock-shots...

...qui donnent à la scène un côté « arnaque de brouteur au faux Brad Pitt ».


On comprend vite que cette séquence n'a plus grand chose à voir avec le cinéma d'action – l'intrigue est résolue depuis belle lurette, les méchants dûment expédiés – et tout à voir avec le narcissisme de JJ Stomp, qui s'offre ici une canonisation en bonne et due forme. Après avoir bien fait chialer tout le monde, le miracle survient : notre messie de vidéoclub ressuscite au troisième clignement de paupières, esquissant un sourire béat avec la décontraction d’un homme qui revient moins des limbes que d’une micro-sieste digestive. Le Seigneur est ressuscité, alléluia, par pitié lancez ce foutu générique maintenant. À part Neil Breen, rarement vanity project aura poussé aussi loin la sacralisation de son auteur-acteur, élevé ici au rang de saint patron des egos boursouflés.

La résurrection du Christ.


Au final, The Boss Man ressemble au fil Facebook d'un sexagénaire fortuné qu'on aurait adapté en long-métrage : voitures de luxe, répliques qui sonnent comme des slogans motivationnels, virilité ostentatoire, fétichisation des repas et boissons, romances en toc et photos retouchées destinées à convaincre le monde (ou peut-être seulement eux-mêmes) qu’ils sont encore jeunes, désirables et admirés. Avec JJ Stomp, le nanar contemporain tient peut-être son nouveau filon : non plus des artisans fauchés qui rêvaient de cinéma, mais des businessmen vieillissants qui rêvent surtout d’eux-mêmes. Il a peut-être même inventé un genre en soi : le nanar Instagram ou le Facebook movie.

Sous le regard figé de sa copine imaginaire, JJ Stomp s'apprête à déguster un merveilleux verre de rouge vieilli en fût de LLM, pour accompagner son canard laquais élevé en datacenter et nourri aux prompts.

Tel un poids lourd sans freins, il semblerait qu'on ne puisse plus arrêter JJ Stomp puisqu'on devrait prochainement voir débouler The Bodyguards, et qu'il annonce déjà son projet suivant, Hard Cover, avec des visuels générés par IA où sa propre mère ne le reconnaîtrait pas. On reconnaît par contre immédiatement sa patte, avec ce mélange de romance neuneu et d’action patapouf, son casting de fidèles décatis, l'esthétique tape-à-l'oeil, l'egosploitation à tout crin, et où l'élément le plus spectaculaire reste finalement cette totale absence de talent. On guette évidemment leur sortie en espérant cette fois que ce seront de vrais, beaux et bons nanars !

- John Nada -
Moyenne : 2.25 / 5
John Nada
NOTE
2 / 5
Rico
NOTE
2.5 / 5

Cote de rareté - 4/ Exotique

Barème de notation

Inédit en France, The Boss Man est sorti en DVD dans une édition toute simple et pas chère, chez Filmhub.


A l’heure où nous écrivons ces lignes, le film est également dispo en VOD sur Amazon Prime.