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Aabra Ka Dabra

(1ère publication de cette chronique : 2021)
Aabra Ka Dabra

Titre original : Aabra Ka Dabra

Titre(s) alternatif(s) :Aucun

Réalisateur(s) :Dheeraj Kumar

Année : 2005

Nationalité : Inde

Durée : 2h20

Genre : Harry Potter et la copie indienne indélicate

Acteurs principaux :Athit Naik, Vishal Lalwani, Anupam Kher, Tiara

Barracuda
NOTE
3.5/ 5

 

On dit que le battement d’ailes d’un papillon peut engendrer un typhon à l’autre bout du monde”. A Nanarland, nous avons aussi notre phrase pour désigner un phénomène similaire : “On dit que le succès d’un blockbuster hollywoodien peut engendrer un nanar à l’autre bout du monde”. Généralement ça va se passer en Turquie, en Italie ou aux Philippines, mais la France a aussi sa petite industrie.

Dans l’ordre : le French Seven, le French Silence des Agneaux, le French Mad Max et le French Braveheart.

C’est peu dire qu’Harry Potter aura marqué une génération. Une génération de jeunes lecteurs, de spectateurs mais aussi de producteurs de cinéma. Avec 8 blockbusters enchaînés, Harry Potter est un univers à la rentabilité presque sans égal et qui a ouvert la voie à la vague de sagas adaptées de “Young Adult Novels” à base de jeunes millenials en révolte contre leurs parents dans un futur dystopique quelconque. Elle a aussi ouvert la voie à pas mal de copies plus ou moins inspirées.

Percy Jackson, tout le monde t’a vu.

En Inde ce genre de remake non-officiel a un nom : le “Bollycat”, contraction de Bollywood et copycat. Tous les bollycats ne sont pas des nanars ni des mauvais films : certains proposent une réinterprétation intéressante du film original, d’autres se contentent d’être des copies sans génie mais offrant assez de scènes d’action spectaculaires et de chansons accrocheuses pour tenir en haleine. Ce n’est malheureusement pas de cela qu’on va parler ici.


A Nanarland, on est là pour chroniquer du nanar, pas pour faire des tartes aux fraises.

Quand on cherche une copie indienne d’Harry Potter, le premier résultat sur lequel on tombe généralement est une fausse alerte : Hari Puttar, malgré son titre (qui lui a valu des menaces de procès de la part de Warner Bros), n’a rien à voir avec une repompe d’Harry Potter puisqu’il s’agit d’une repompe de Maman j’ai raté l’avion.

Franchement il faudrait avoir mauvais esprit.

Bonne pioche au deuxième essai avec Aabra Ka Dabra, qui est exactement ce que le nanardeur espérait en se frottant les mains : une copie née avant la honte du premier film de la saga, Harry Potter à l’école des sorciers.

Yes ! YES !!!




Tout l'univers visuel de Poudlard est là : les uniformes ridicules, les portraits animés et la grande salle des banquets !

Sorti en 2005, Aabra Ka Dabra se vante d’être “le premier film indien entièrement en 3D relief” (une affirmation mensongère d’après les critiques indiennes qu’on a trouvées) et le DVD est ainsi vendu avec une paire de lunettes rouge et verte à l’ancienne. Le film n’est déjà pas très beau de base, les scènes en décor numérique étant particulièrement laides, et avec ces lunettes colorées c’est juste atroce.

Le film s’ouvre ainsi sur ce qui semble être la colonoscopie de l’Incroyable Hulk.



On a préféré assez vite prendre les sous-titres du DVD et les remettre sur la version 2D trouvable sur Youtube, d’où sont tirées ces images.

 



Tout ce qu’on peut attendre d’une copie Bollywood de Harry Potter est là. Harry, c’est Shanu : il est aussi insupportable et lèche-bottes que l’original, on est en terrain connu. Ses sidekicks sont Pinky et Dinky, deux filles qui n’ont aucune personnalité. Il y a un Hagrid maigre nommé Uncle Limu, Draco Malfoy s’est fait une coloration et s’appelle Changezi, ils sont tous venus ils sont tous là. Il y a juste Dumbledore qui est différent, d’abord parce que c’est une femme, RB, et ensuite parce que c’est une sadique qui aime bien torturer les petits garçons et qu’en fait c’est la méchante.

Je ne vous cache pas qu’à Nanarland on a toujours été plutôt Team Hermione.

Changezi a passé 5 ans à Azkaban pour délit de coiffure moche.


RB, alias “Ilsa la Panthère de Poudlard”. Son obstination à vouloir fesser les petits garçons cul-nu n’est pas sans créer un certain malaise.

Shanu, comme son modèle, est un jeune orphelin qui rejoint Aabra Ka Dabra, la prestigieuse école de magie. Entre deux cours de télékinésie et des matchs de quidditch en tapis volant, il se sert de “pilules d’invisibilité” pour explorer la “forêt maudite” à la recherche tantôt d’indices sur le passé de son père dans l’école, tantôt d’une ancienne relique du fondateur d’Aabra Ka Dabra.



Entraînement au tapis volant !

Chemin faisant, il découvre que son père n’est pas mort mais prisonnier de RB, qui veut le forcer à lui révéler le secret d’une potion de vie éternelle (traduit en “super-aphrodisiaque” dans une partie des sous-titres anglais officiels, ce qui a amené une certaine confusion chez nous).

L'arbre maléfique de la forêt magique.

L'autre forêt magique (y en a deux).

Les pilules d'invisibilité.

Aabra Ka Dabra est un nanar fort sympathique à deux niveaux. D’abord et de façon générale, on prend un malin plaisir à recenser toutes les façons dont il repompe Harry Potter et à jouer aux jeux des 7 différences scène après scène.


On assiste aussi à un caméo de Prabhu Deva, chanteur populaire qui devient ici un magicien-star à la baguette ambigue.


Les séquences musicales sont évidemment présentes mais assez décevantes, avec des chorégraphies pas très inspirées et des chansons oubliées aussi vite qu’on les a écoutées.

Parmi les différences en question, on compte plusieurs placements produits qui n’essaient même pas de se cacher : le premier cours de magie de Shanu commence ainsi par plusieurs minutes de publicité pure et simple pour les fournitures scolaires de la marque “Camel” (ou "Camlin"). On verra aussi une pub pour une barre chocolatée qui a carrément droit à sa propre chanson.


"- J'exige que vous arriviez en cours en ayant appris vos leçons, fait vos exercices et avec des feutres Camel !
- Oui Professeur Rogue !"


"- Et mangez des biscuits Parle-G !"

"- Et achetez aussi des crayons Camlin ! (Camel et Camlin ayant le même logo, on suppose qu'il s'agit de la même marque)"

La chanson sponsorisée par Parle-G est l'une des séquences les plus laides du film.

Ensuite Aabra Ka Dabra met tous les potards à 10 pour qu’on n’oublie pas qu’il est en 3D. Le match de quidditch est un grand moment : le déroulement est aussi incompréhensible que dans les Harry Potter originaux mais là, en plus, les enfants sur leurs tapis volants sont incrustés à la meuleuse par dessus les décors, et parfois remplacés par des avatars 3D du genre qu’on trouvait dans les CD-ROM de clip-art à la Foir’Fouille de Sarreguemines dans les années 90. De toutes façons c’est pour les enfants, on s’en fout ils ne viendront pas râler.




En plus avec leur uniformes ils ressemblent tous à Prince de Lu, ce qui est toujours rigolo.

Une bonne partie du film se déroule ainsi dans des fonds verts sur lesquels on a plaqué des décors numériques criards et pixellisés. Les créatures fantastiques sont fantastiquement moches, même pas texturées et semblent avoir été prises telle quelles dans des banques d’animations. On tremble à l’idée que cela les prenne un jour de faire un spin-off d’Aabra Ka Dabra sur le modèle des Animaux fantastiques. Enfin, disons qu’on frétille.

*Cri de terreur inarticulé*

Casper est aussi de la partie, parce que... pourquoi pas ?


Lors d’une scène qui a laissé plusieurs animateurs de Pixar recroquevillés sur le sol en pleurs, RB allonge son cou pour engueuler les enfants.

Le grand combat final tient parfaitement son rang d’apothéose du film, et force est d’admettre cette fois qu’il offre un spectacle radicalement différent d’Harry Potter. Pas forcément à son avantage. Dehors, ça se fritte à coups de missiles (pas des missiles magiques, de vraies roquettes de moldus) entre les gentils professeurs et des moines échappés des Rivières Pourpres 2 sur fond de décors piqués à des cinématiques de Myst.


C'est l'escalade dans la violence (visuelle) !

A l’intérieur, pendant que Casper le gentil fantôme est poursuivi par un escadron de chauve-souris violettes à têtes de chauve, Shanu et RB échangent des tirs de laser avec leurs baguettes, jusqu’à ce que le père de Shanu en ait marre et décide que la magie c’est bien mais le kickboxing, c’est mieux. La scène était déjà hilarante, voir les deux acteurs visiblement sans aucun entraînement essayer de lever la jambe et de faire des coups spéciaux à la Street Fighter la cimente comme un moment d’anthologie.

"Accio kung-fu, motherfucker !"

"Expecto high kick, bitch !"



Argh ! Mes yeux, ça brûle !

Comme il se doit les gentils gagnent, les méchants sont punis et le générique nous annonce une suite à venir très bientôt ! Malheureusement ce ne fut pas le cas, mais on s’efforce de garder l’espoir que peut-être un jour...



Avec une durée de 2h20, Aabra Ka Dabra offre un spectacle finalement très digeste et régulier dans la nanardise, avec seulement un passage à vide à noter vers les deux tiers. Le fait que le film copie autant Harry Potter rend l'histoire assez facile à suivre et plutôt accessible aux novices du nanar, avec juste quelques coups d'avance rapide à prévoir aux moments stratégiques.

- Barracuda -

Cote de rareté - 4/ Exotique

Barème de notation

Le DVD de chez "Shemaroo" toutes zones n'est disponible qu'à l'import, mais se trouve désormais facilement sur des sites de vente en ligne spécialisés. De plus le film est disponible en intégralité sur Youtube... sans les sous-titres malheureusement.